Corrélation, régression et moindres carrés
Ce que ce chapitre apporte 6 points
- Construire et lire un nuage de points pour une série statistique double.
- Calculer une covariance et un coefficient de corrélation linéaire, et les interpréter.
- Déterminer la droite de régression par la méthode des moindres carrés.
- Utiliser la droite pour prédire, en connaissant le domaine de validité.
- Distinguer corrélation et causalité, et reconnaître une corrélation trompeuse.
- Mener l'analyse complète sur un jeu de données réel en Python.
Décrire une colonne ne fait pas décider. Une question du type combien de gaz la chaufferie consommera-t-elle cet hiver ? demande de relier deux colonnes : la température extérieure et la consommation, l'ensoleillement et la consommation. Ce chapitre reprend les trois outils de la statistique à deux variables, et les met à l'épreuve sur des mesures. Le nuage de points, qu'on regarde en premier. Le coefficient de corrélation, qui chiffre l'alignement. La droite des moindres carrés, qui permet de prédire. Et il installe surtout les deux réserves qui vont avec : une droite ne vaut que sur la plage où elle a été construite, et une corrélation ne prouve aucune causalité.
Les mêmes trois outils sont posés dans Statistique à deux variables et estimation, et les deux chapitres ne font pas le même travail. Celui de Mathématiques installe le nuage, la covariance, le coefficient et la droite, puis continue vers l'échantillonnage et l'intervalle de confiance : ce qu'un relevé partiel autorise à affirmer sur l'ensemble.
Celui-ci les met à l'épreuve sur des mesures. Il ajoute ce qui décide de la validité d'un ajustement et qu'aucune formule ne dit : le quatuor d'Anscombe, la lecture des résidus, l'entonnoir qui interdit une prévision ponctuelle, et l'analyse complète d'un relevé de 240 jours.
Qui a lu l'un peut lire l'autre en diagonale jusqu'au quatuor d'Anscombe, où commence ce qu'il n'a pas vu.
Une série double
Quand on observe deux caractères sur les mêmes individus, chaque individu devient un couple . Le nuage de points place ces couples dans un repère : c'est la première chose à tracer, avant tout calcul.
Le point moyen , où et sont les moyennes des deux séries, est le centre de gravité du nuage. Il servira de point d'ancrage à toute la suite. Moyenne, variance et écart-type d'une série simple sont posés dans le chapitre sur les statistiques.
On note le nombre d'individus, la variance de la série des et son écart-type ; de même pour .
Tous les indicateurs de ce chapitre supposent une relation linéaire. Sur une relation en cloche ou en marches d'escalier, ils donnent des nombres parfaitement calculables et parfaitement trompeurs. Le nuage est le seul moyen de savoir si l'hypothèse tient, et il coûte une ligne de code.
Voici les huit journées qui serviront de fil au chapitre : deux colonnes de nombres deviennent huit points, et l'alignement se voit avant tout calcul.
Le nuage montre. Il ne chiffre pas, et un rapport demande un nombre. Le premier à construire est celui qui dit si les deux colonnes bougent dans le même sens.
Covariance
La covariance de la série double mesure si et varient dans le même sens :
En clair, la première forme se lit : « pour chaque individu, multiplier son écart à la moyenne des par son écart à la moyenne des , puis faire la moyenne de ces produits ». La seconde se lit : « moyenne des produits , moins le produit des deux moyennes ». Les deux donnent le même nombre ; la seconde évite de calculer les moyennes avant de parcourir les données.
Chaque terme de la première forme est positif quand et sont tous deux du même côté de leur moyenne, négatif sinon. Le signe de la covariance est ce qui compte : positive, les deux grandeurs augmentent ensemble ; négative, l'une monte quand l'autre descend ; nulle, aucune tendance linéaire.
Sur les huit journées, le point moyen coupe le plan en quatre coins, et la règle se voit :
Elle porte le produit des unités (des « degrés × MWh ») et change si on passe des degrés Celsius aux dixièmes de degré. Une covariance de −37,5 ne veut rien dire dans l'absolu. C'est précisément pour cela qu'on la normalise.
Coefficient de corrélation linéaire
est sans unité et toujours compris entre et .
En clair : « la covariance divisée par le produit des deux écarts-types ». La division est le point important. La covariance porte le produit des deux unités, des « degrés × MWh ». Le dénominateur aussi : porte les degrés, les MWh. La division les élimine, et il reste un nombre pur, comparable d'un jeu de données à l'autre.
| Valeur absolue de | Lecture |
|---|---|
| de 0,95 à 1 | Points quasiment alignés, ajustement affine excellent |
| de 0,8 à 0,95 | Corrélation forte, l'ajustement a du sens |
| de 0,5 à 0,8 | Corrélation modérée, la droite ne capte qu'une partie du phénomène |
| Corrélation faible, un ajustement affine n'apporte rien |
Le coefficient de détermination s'interprète directement en pourcentage. Autour de la droite, les écarts verticaux des points ne gardent que la part de la variance de : avec , , et la moyenne des carrés de ces écarts ne vaut plus que 19 % de . On dit que la droite explique 81 % de la variance de . C'est le chiffre à écrire dans un rapport, parce qu'il est le seul des deux à se traduire en français.
Les points , , , , sont exactement sur la parabole , donc parfaitement liés. Et pourtant : la moitié gauche du nuage descend, la moitié droite monte, et les deux tendances s'annulent terme à terme dans la covariance. Le coefficient ne mesure que l'alignement, pas la dépendance. Encore le nuage.
1.Un coefficient de corrélation de -0,95 signifie…
2.Une corrélation proche de zéro signifie…
3.Le coefficient de détermination r² vaut 0,64. Comment se lit-il ?
Jusqu'ici, deux nombres qui disent s'il y a une relation linéaire et à quel point elle est nette. Ni l'un ni l'autre ne donne l'équation qui permettrait de prédire une valeur. C'est l'objet de la section suivante.
La droite des moindres carrés
Parmi toutes les droites possibles, la droite de régression de en est celle qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et la droite.
La chercher d'abord à la main
La phrase ci-dessus décrit une recherche. La faire, avant de lire les formules qui la court-circuitent.
Chaque carré de la figure a pour côté l'écart vertical entre un point et la droite, qu'on appelle le résidu de ce point : l'aire du carré est donc le carré du résidu, et le total affiché est exactement la quantité que la méthode rend minimale.
Le minimum vaut 2,29, soit 1 762,49 de moins qu'ici.
Deux choses se remarquent en cherchant, et les formules ne les diront pas.
Le total ne descend pas régulièrement : il chute vite, puis résiste. Sur ces huit points, en prenant pour chaque pente la meilleure origine possible, une pente fausse de donne un total de 44,3 ; fausse de seulement, elle donne 4,0, et le minimum vaut 2,3. Si l'origine reste figée à sa meilleure valeur, la même erreur de sur la pente coûte 172,3. Autrement dit, une droite « à peu près bonne » se trouve tout de suite, et les derniers centièmes de pente se paient cher. C'est exactement ce qui rend un calcul préférable au tâtonnement.
Et les deux réglages sont liés : dès qu'on touche à la pente, la meilleure origine se déplace aussi. Ici, de pente en plus abaisse l'origine idéale de . On ne peut donc pas régler l'un puis l'autre et s'arrêter. C'est pourquoi le calcul, détaillé après l'encadré des formules, traite les deux inconnues ensemble : il annule deux dérivées partielles, en commençant par celle qui donne directement en fonction de .
En clair : la pente est « la covariance divisée par la variance des », et elle dit de combien augmente quand augmente d'une unité. L'ordonnée à l'origine est « la moyenne des moins la pente fois la moyenne des » : c'est le réglage vertical qui force la droite à passer par le point moyen. La pente d'abord, la hauteur ensuite.
Trois contrôles qui ne coûtent rien.
- La droite passe par le point moyen . C'est la conséquence directe de , et c'est la vérification à faire systématiquement.
- et ont le même signe, puisqu'ils partagent le numérateur et que les dénominateurs sont positifs.
- Calculer avant d'écrire la droite. Si est faible, la droite existe quand même, elle ne sert simplement à rien, et l'écrire sans le dire est l'erreur classique.
Pourquoi les carrés des écarts ? Parce que la somme des écarts simples s'annule pour une infinité de droites, et parce que la valeur absolue ne se dérive pas partout. Le carré, lui, donne une fonction dérivable dont on annule la dérivée.
Le calcul tient en deux dérivations, et les suivre une fois évite de retenir deux formules par cœur.
La quantité à minimiser est une fonction des deux inconnues et :
En clair : pour une droite donnée, c'est-à-dire pour un couple , la quantité est ce que la droite prédit au point , et est donc l'écart entre l'observation et cette prédiction. On élève chaque écart au carré, on les additionne sur les points, et le total mesure à quel point cette droite-là rate le nuage. Chercher la meilleure droite, c'est chercher le couple qui rend le plus petit possible.
Son minimum annule ses deux dérivées partielles, chacune calculée en traitant l'autre inconnue comme une constante (voir le chapitre sur les fonctions de plusieurs variables).
Dériver par rapport à et annuler donne , soit . En divisant par : , c'est-à-dire . C'est là, et pas ailleurs, que naît le passage de la droite par le point moyen.
Dériver par rapport à et annuler donne . En y remplaçant par , chaque parenthèse devient , d'où . Les écarts à la moyenne ont une somme nulle : et valent donc zéro, et l'on peut remplacer par devant chaque parenthèse sans changer les deux sommes. Il reste
En clair, le numérateur est la somme des produits des deux écarts à la moyenne : c'est le mouvement commun de et de . Le dénominateur est la somme des carrés des écarts en seuls : c'est l'étalement de . La pente rapporte donc le premier au second (la seconde égalité s'obtient en divisant numérateur et dénominateur par ). Les deux formules de l'encadré ne sont donc pas deux définitions à retenir : ce sont les deux conditions d'annulation des dérivées d'une même fonction.
La régression de en minimise les écarts verticaux. Celle de en minimise les écarts horizontaux : avec . Les deux droites sont différentes, se croisent au point moyen, et vérifient . Elles se confondent quand . Il faut choisir celle qui correspond à la question : quelle variable prédit-on à partir de quelle autre ?
L'égalité se vérifie en une ligne, et elle éclaire ce que mesure vraiment :
Dans le repère habituel, la droite a pour pente . Puisque , on a : la droite de en est toujours au moins aussi raide que celle de en . Elles se confondent exactement quand . Quand , l'une est horizontale () et l'autre verticale () : elles sont perpendiculaires. L'écart angulaire entre elles donne donc une lecture géométrique de la force de la corrélation : nul quand , droit quand . Entre les deux, sa valeur dépend aussi des échelles choisies pour les axes, et ne se compare pas d'un graphique à l'autre.
Un calcul complet
Sur huit jours d'hiver, la température extérieure moyenne de la journée en °C et la consommation de la chaufferie d'un campus en MWh :
| 1 | 3 | 5 | 7 | 9 | 11 | 13 | 15 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 30 | 28 | 24 | 21 | 17 | 13 | 9 | 6 |
Le nuage d'abord, cette fois avec sa droite et ses résidus. Sa légende en donne déjà l'équation et ; le calcul qui suit les retrouve à la main :
Les points sont visiblement alignés et les résidus minuscules : une droite a du sens, et le calcul peut commencer. C'est cet ordre-là qu'il faut prendre, regarder puis calculer, et jamais l'inverse.
, , , , ,
et
- , donc
- , donc
: corrélation quasi parfaite, et négative, . Le calcul confirme ce que le nuage montrait.
et
Contrôle : pour , ✓ la droite passe bien par , aux arrondis près.
Interprétation métier : chaque degré de plus dehors fait économiser en moyenne environ 1,8 MWh par jour. C'est cette phrase qu'on retient, pas le coefficient.
1.Pourquoi la droite des moindres carrés minimise-t-elle les carrés des écarts, et non les écarts eux-mêmes ?
2.La droite des moindres carrés passe toujours par un point particulier. Lequel ?
Prédire, et jusqu'où
La droite sert à estimer pour un non observé. C'est son intérêt, et c'est aussi là qu'on se trompe.
- À 6 °C (dans la plage observée, de 1 à 15 °C), la droite prédit MWh. C'est une interpolation, et la prédiction est légitime.
- À 25 °C (hors plage), elle prédit MWh. C'est une extrapolation, et elle annonce une consommation négative, comme si la chaufferie rendait du gaz au réseau. Or, passé une vingtaine de degrés, le chauffage est coupé et la consommation reste à zéro, quelle que soit la chaleur : la relation observée entre 1 et 15 °C n'a aucune raison de se prolonger. La droite continue de calculer ; le phénomène, lui, s'est arrêté.
La figure ci-dessous ne montre que la droite, prolongée de −5 à 30 °C ; aucun jour observé n'y figure. La zone teintée sous la droite, de 1 à 15 °C, marque la plage où les huit jours ont été relevés. L'aire chiffrée que la figure affiche en dessous ne joue ici aucun rôle.
| température extérieure (°C) | f |
|---|---|
| -5 | 41,716 |
| -3,25 | 38,5905 |
| -1,5 | 35,465 |
| 0,25 | 32,3395 |
| 2 | 29,214 |
| 3,75 | 26,0885 |
| 5,5 | 22,963 |
| 6 | 22,07 |
| 7,25 | 19,8375 |
| 9 | 16,712 |
| 10,75 | 13,5865 |
| 12,5 | 10,461 |
| 14,25 | 7,3355 |
| 16 | 4,21 |
| 17,75 | 1,0845 |
| 19,5 | -2,041 |
| 21,25 | -5,1665 |
| 23 | -8,292 |
| 24,75 | -11,4175 |
| 25 | -11,864 |
| 26,5 | -14,543 |
| 28,25 | -17,6685 |
| 30 | -20,794 |
Ce qu'il faut regarder, c'est la bordure droite de la zone teintée. Rien n'y change : la droite la franchit sans marquer d'arrêt, garde exactement la même pente, et le point à 25 °C se pose dessus exactement comme celui à 6 °C. Le tracé ne signale donc jamais qu'on vient de sortir des données. C'est au lecteur de savoir où s'arrête la zone, et c'est pour cela qu'on écrit toujours la plage d'observation à côté de l'équation.
Une droite ne vaut que sur son domaine. Écrire toujours la plage sur laquelle l'ajustement a été construit, et refuser explicitement de prédire au-delà. C'est une phrase, et elle distingue un résultat d'un nombre.
La raison est simple : les moindres carrés minimisent l'écart sur les points fournis, et rien d'autre. En dehors, aucun point n'a jamais contredit la droite, donc rien ne l'a jamais corrigée. Son prolongement n'est pas une prédiction faible, c'est une prédiction sans information.
Le coefficient de corrélation mesure l'alignement des points observés. Un de sur la plage de 1 à 15 °C ne dit strictement rien de ce qui se passe à 25 °C. Aucun indicateur calculé sur ces données ne le dirait : la seule façon de savoir est d'aller observer.
Prédire une valeur bien au-delà de la plage observée s'appelle…
Corrélation n'est pas causalité
Une corrélation forte entre et admet quatre explications, et une seule est « cause » :
- cause ;
- cause (le sens est inversé) ;
- une troisième variable cause les deux, c'est le cas le plus fréquent ;
- le hasard : sur un petit échantillon, ou quand on a comparé tant de paires de variables que l'une finit par sortir corrélée par chance.
La consommation de la chaufferie et les ventes de boissons chaudes de la cafétéria du campus sont fortement corrélées. Aucune des deux ne cause l'autre : le froid les cause toutes les deux. Prédire la consommation à partir des ventes de boissons chaudes fonctionnerait pourtant très bien, c'est tout le paradoxe. Une corrélation suffit à prédire ; seule une causalité permet d'agir. Fermer la cafétéria ne fera pas baisser la facture de gaz.
Le quatuor d'Anscombe
Quatre jeux de onze points suivent. Avant de lire les légendes placées sous les figures, qui donnent la réponse, regarder seulement les points et noter quelque part la réponse à deux questions.
- Les classer du plus corrélé au moins corrélé.
- Pour chacun, risquer une valeur de , même approximative, même à 0,2 près.
Deux minutes suffisent, et il faut vraiment écrire les quatre nombres : une estimation qu'on garde en tête s'ajuste toute seule à la réponse, et on croit ensuite avoir vu juste.
Sur chacune des quatre figures, ce sont les résidus, les traits rouges, qu'il faut regarder : leur longueur et surtout la façon dont elle varie le long de la droite.
Les résidus sont courts, tantôt au-dessus tantôt en dessous, et sans ordre apparent. C'est exactement ce qu'on attend d'un ajustement honnête, et c'est le seul des quatre jeux où l'on voit cela.
Ici les résidus ont un ordre : négatifs aux deux bouts, positifs au milieu. Ce n'est pas du hasard qui se répartit, c'est une forme que la droite n'a pas captée. Dès qu'un résidu se devine à partir de la position du point, il reste un modèle à trouver.
Un seul résidu est long, tous les autres sont minuscules. C'est la signature d'une valeur aberrante : il faut aller voir d'où vient ce point, et si la droite calculée sans lui n'est pas la vraie réponse.
Cette fois, c'est l'axe des abscisses qu'il faut regarder : dix points occupent la même verticale, un seul est ailleurs. Une pente se mesure entre deux abscisses différentes ; il n'y en a ici que deux en tout, donc la droite relie le nuage vertical au point isolé, et rien d'autre. Déplacer ce point d'un centimètre déplace toute la droite.
Reprendre les quatre estimations. Les quatre jeux ont la même moyenne, la même variance, la même corrélation et la même droite de régression , aux arrondis près.
Le classement n'avait donc rien à classer, et c'est tout l'intérêt de l'avoir écrit. Quatre nuages qui n'ont visiblement rien à voir rendent exactement les mêmes indicateurs. Aucun des nombres de ce chapitre ne distingue une droite d'une parabole, ni un vrai lien d'un point isolé qui décide de tout.
D'où la règle qu'établit le chapitre sur les deux variables, et qui ne souffre pas d'exception : le nuage se regarde avant que l'indicateur se calcule. Un de 0,816 rapporté sans figure est une affirmation invérifiable.
Les quatre figures ci-dessus s'affichent instantanément. Le bloc suivant refait le même travail en Python, pour qui veut la manière de le produire plutôt que le résultat.
Ce que montre le quatuor. Seul le premier jeu justifie une droite. Les trois autres appellent trois réponses différentes : un modèle du second degré, une enquête sur le point douteux, des observations à d'autres abscisses.
Quatre situations à traiter différemment, et des indicateurs identiques dans les quatre cas. C'est l'argument le plus court en faveur du nuage de points.
1.Pourquoi le quatuor d'Anscombe est-il célèbre ?
2.Sur un nuage, les résidus sont négatifs aux deux bouts et positifs au milieu. Que conclure ?
3.Une corrélation forte entre deux variables prouve…
L'analyse complète sur le relevé de la chaufferie
Voici la démarche de bout en bout, avec les bibliothèques pandas et scipy (voir les chapitres pandas et SciPy). Trois temps : matrice de corrélation pour repérer les variables qui comptent, régression sur celle qui compte le plus, résidus pour vérifier que le modèle tient. Les données sont simulées, mais construites comme un vrai relevé : 240 jours de saison de chauffe, avec la température extérieure, l'ensoleillement en heures, le vent en km/h et la consommation de la chaufferie en MWh.
Ce que le code affiche se lit ligne à ligne. Dans la matrice, la colonne consommation donne avec la température, avec l'ensoleillement et avec le vent : la température domine, l'ensoleillement compte aussi, le vent ne compte pas. La régression sur la température seule donne , soit environ 1,8 MWh de moins par degré, la pente déjà trouvée sur les huit journées, avec : la température explique 66 % de la variance de la consommation, sur une plage de −4,1 à 15,0 °C. D'après le tableau des lectures de , la corrélation est forte et l'ajustement a du sens. La droite laisse pourtant de côté un tiers du phénomène, dont l'effet de l'ensoleillement, qu'aucune droite à une seule variable ne peut capter.
Et le tracé qui accompagne le rapport : le nuage avec sa droite, puis les résidus, c'est-à-dire les écarts entre observations et prédictions.
Les résidus doivent former un nuage informe centré sur zéro. S'ils dessinent une courbe, le modèle linéaire est le mauvais modèle. S'ils s'évasent en entonnoir, la dispersion dépend de et les prédictions sont bien moins fiables d'un côté que de l'autre. C'est le contrôle qu'on oublie et qui trouve les vrais problèmes.
Le mot « entonnoir » demande à être vu. Sur le nuage ci-dessous, la droite est correcte et le coefficient de corrélation est honorable () ; ce sont les résidus qui trahissent le problème, courts à gauche et longs à droite.
Annoncer « le temps de réponse à charge 12 sera de 26 ms », la valeur que donne la droite, suppose que l'erreur soit la même partout. Ici elle ne l'est pas : à charge faible, de 1 à 4, les résidus ne dépassent pas une demi-milliseconde ; à charge forte, de 9 à 12, ils vont de quatre à plus de six millisecondes. La droite reste utilisable pour décrire une tendance, jamais pour donner une prévision ponctuelle sans intervalle. La parade usuelle consiste à travailler sur le logarithme de la variable expliquée, ce qui stabilise souvent la dispersion.
La méthode
- Tracer le nuage. Toujours, et avant tout calcul.
- Calculer le point moyen : il servira de contrôle.
- Calculer , , avec la forme « moyenne des produits moins produit des moyennes ».
- Calculer avant la droite, et justifier que l'ajustement affine est légitime.
- Écrire la droite , , et vérifier qu'elle passe par .
- Donner en pourcentage : c'est le chiffre qui parle.
- Regarder les résidus. Informes, le modèle tient ; en courbe, il faut un autre modèle ; en entonnoir, aucune prévision ponctuelle sans son incertitude.
- Préciser le domaine de validité et refuser d'extrapoler au-delà.
- Ne jamais conclure à une causalité. Écrire explicitement la variable cachée possible.
Mettre en pratique
Covariance, corrélation et pente se calculent sur cinq points en trois minutes. Les faire une fois à la main est ce qui rend lisible ce qu'un logiciel affiche ensuite.
Cinq points, trois quantités
- 1.
Cinq relevés d'un gymnase donnent des températures extérieures de 2, 4, 6, 8 et 10 degrés, et des consommations de chauffage de 520, 460, 450, 390 et 330 kWh. Quelle est la moyenne des températures ?
- 2.
Quelle est la moyenne des consommations ?
- 3.
La somme des produits des écarts aux moyennes vaut −900. Quelle est la covariance ?
- 4.
La somme des carrés des écarts de température vaut 40. Quelle est la pente de la droite des moindres carrés ?
- 5.
La somme des carrés des écarts de consommation vaut 21 000. Quel est le coefficient de corrélation ?
- 6.
Quel pourcentage de la variance de la consommation la température explique-t-elle ?
- 7.
Sur les cinq points de la parabole, d'abscisses −2, −1, 0, 1 et 2 et d'ordonnées 4, 1, 0, 1 et 4, combien vaut la somme des produits des écarts aux moyennes ?
La dernière réponse est celle qui compte. Cinq points posés exactement sur une parabole donnent une somme nulle, donc un coefficient de corrélation nul, alors que est entièrement déterminé par . Le nombre ne s'est pas trompé : il ne mesure que l'alignement, et il n'a jamais prétendu mesurer autre chose. C'est tout l'argument du nuage tracé avant le calcul.
Interpréter entre la température et la consommation de chauffage
Corrélation linéaire négative et très forte : plus il fait chaud, moins on chauffe, et la relation est presque parfaitement affine sur le domaine observé.
: 90 % de la variance de la consommation s'explique par la température. Un ajustement affine est pleinement légitime.
Réserve à écrire : à 35 °C, la droite prédirait une consommation négative. La relation ne vaut que sur la plage observée.
Droite de régression avec , , ,
Contrôle : pour , on obtient , c'est bien le point moyen ✓
On mesure . Quelle part de la variance la droite explique-t-elle ?
, soit 36 %.
Autrement dit 64 % de la variabilité reste inexpliquée par cette seule variable. Une corrélation qu'on qualifie spontanément de « correcte » laisse en réalité les deux tiers du phénomène de côté.
C'est la raison pour laquelle on rapporte plutôt que : « 0,6 » sonne bien, « 36 % » dit la vérité.
Les ventes de crème solaire et les noyades sont corrélées à . Faut-il interdire la crème solaire ?
Non. La variable cachée est la température, ou plus exactement la fréquentation des plages, qu'elle détermine : quand il fait chaud, on achète de la crème et on se baigne davantage.
C'est le cas 3 des quatre explications : une variable tierce cause les deux. La corrélation est réelle et permet de prédire les noyades à partir des ventes de crème ; elle ne dit rien de ce qui arriverait si on agissait sur les ventes.
Prédire et agir sont deux usages différents d'un même modèle, et un seul des deux exige la causalité.
Sur le relevé de la chaufferie, la corrélation entre le vent et la consommation vaut environ . Que fait-on de cette variable ?
: le vent explique environ 0,03 % de la variance de la consommation. Autant dire rien.
On l'écarte du modèle, en le disant : « le vent n'a pas d'effet linéaire détectable sur ces données » est un résultat, pas une absence de résultat.
Deux réserves honnêtes. L'absence de corrélation linéaire n'exclut pas un effet en seuil, rien en dessous de 50 km/h et des pertes par infiltration d'air nettement plus fortes au-dessus, qu'un nuage de points révélerait. Et la plage d'observation ne contient peut-être aucune journée de tempête.
Pourquoi la droite de en diffère-t-elle de celle de en ?
Parce qu'elles ne minimisent pas la même quantité : la première minimise les écarts verticaux (les erreurs sur ), la seconde les écarts horizontaux (les erreurs sur ).
Leurs pentes vérifient . Quand les points sont alignés et les deux droites se confondent ; quand tend vers 0, elles deviennent perpendiculaires.
En pratique : choisir la droite selon la variable qu'on veut prédire. Pour estimer la consommation à partir de la température, c'est la régression de en .
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Covariance, coefficient de corrélation et moindres carrés.
- La covariance de deux sériesNiveau 1
- Le coefficient de corrélationNiveau 2
- Débogage : un coefficient de corrélation qui dépasse 1Niveau 2
- La droite des moindres carrésNiveau 2
- La consommation d'une chambre froideNiveau 1
- Prédire, mais pas n'importe oùNiveau 3
- Deux bancs, la même corrélationNiveau 2
- Étalonner un débitmètre avec une mesure suspecteNiveau 3