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Statistiques

Ce que ce chapitre apporte10 points
  • Distinguer population, individu, caractère, modalité, et types de caractères.
  • Construire un tableau d'effectifs et de fréquences, simples et cumulés.
  • Calculer moyenne, médiane, mode et quantiles, et choisir l'indicateur adapté.
  • Calculer étendue, écart interquartile, variance et écart-type, et interpréter la dispersion.
  • Mener un calcul complet à la main, puis le retrouver sur machine.
  • Construire et lire une boîte à moustaches, et repérer les valeurs aberrantes.
  • Charger et résumer un jeu de données tabulaire en Python.
  • Calculer un coefficient de corrélation et écrire une droite de régression.
  • Distinguer corrélation et causalité.
  • Estimer une proportion et donner un intervalle de confiance.
Les probabilités partent d'un modèle et en déduisent ce qui devrait arriver. Les statistiques font le trajet inverse : elles partent de ce qui est arrivé, une colonne de mesures, et remontent à ce qui s'est passé. C'est le sens dans lequel on travaille réellement en ingénierie, parce qu'on n'a jamais le modèle, on n'a que les données. Ce chapitre installe d'abord le réflexe qui compte, regarder la forme avant de calculer une moyenne, puis les indicateurs de position et de dispersion, un calcul mené entièrement à la main, la boîte à moustaches, le travail sur un fichier réel, et enfin les séries à deux variables et l'estimation.

Le vocabulaire

Définitions

La population est l'ensemble étudié ; un individu en est un élément ; le caractère est ce qu'on observe sur chaque individu ; les valeurs que peut prendre un caractère sont ses modalités.

Un caractère est quantitatif si ses modalités sont des nombres qu'on peut mesurer et sur lesquels calculer (une température, une durée), qualitatif sinon (une saison, une marque, un avis).

Un caractère quantitatif est discret s'il prend des valeurs isolées, comme le nombre de vélos loués. Il est continu s'il peut prendre n'importe quelle valeur d'un intervalle, comme une température : on le regroupe alors en classes.

Un nombre n'est pas forcément quantitatif

Dans le jeu de données de vélos en libre-service, la saison est codée 1, 2, 3, 4 et la météo 1, 2, 3. Ce sont des étiquettes, pas des mesures : « saison moyenne = 2,4 » n'a aucun sens. Avant tout calcul, se demander si la différence entre deux valeurs veut dire quelque chose. Entre l'hiver et l'été, non.

Effectifs et fréquences

L'effectif nin_i est le nombre d'individus présentant la modalité xix_i, et ni=N\sum n_i = N. La fréquence fi=ni/Nf_i = n_i/N en est la proportion, et fi=1\sum f_i = 1, c'est le premier contrôle d'un tableau.

L'effectif cumulé croissant NiN_i compte les individus dont la modalité est inférieure ou égale à xix_i ; la fréquence cumulée Fi=Ni/NF_i = N_i/N en est la proportion. C'est sur ces cumuls que se lisent directement médiane et quantiles.

Regrouper en classes

Un caractère continu ne se compte pas modalité par modalité. Sur mille températures relevées au dixième de degré, chaque valeur apparaît une fois ou deux, et le tableau d'effectifs n'apprend rien. On regroupe alors les valeurs en classes, c'est-à-dire en intervalles contigus.

Convention

Les classes sont fermées à gauche et ouvertes à droite, notées [a;b[[a ; b[, sauf la dernière qui est fermée aux deux bouts. Sans cette règle, une valeur tombant exactement sur une borne serait comptée deux fois, ou pas du tout.

Le nombre de classes est un compromis : trop peu, la forme disparaît ; trop, chaque classe ne contient plus qu'une ou deux valeurs et le bruit reprend le dessus. La règle de Sturges, k1+log2Nk \approx 1 + \log_2 N, donne un point de départ raisonnable, et c'est celle qu'appliquent les tableurs par défaut.

D'où sort ce logarithme ? La règle suppose que les données se répartissent en cloche, et approche cette cloche par les coefficients binomiaux. Avec kk classes, les effectifs idéaux seraient (k10),(k11),,(k1k1)\binom{k-1}{0}, \binom{k-1}{1}, \dots, \binom{k-1}{k-1}, c'est-à-dire une ligne du triangle de Pascal : petite aux bords, forte au centre. Or la somme d'une ligne du triangle vaut 2k12^{k-1}.

En posant que ces effectifs doivent totaliser les NN observations, 2k1=N2^{k-1} = N, d'où k1=log2Nk - 1 = \log_2 N et donc k=1+log2Nk = 1 + \log_2 N. Sur les douze jours de locations étudiés plus bas, 1+log2124,61 + \log_2 12 \approx 4{,}6 : on arrondit à cinq classes.

Un point de départ, pas une réponse

La règle suppose une distribution symétrique et en cloche. Sur une série asymétrique, ou franchement bimodale, elle donne trop peu de classes et efface justement ce qu'on cherchait à voir. Elle sous-estime aussi le nombre de classes dès que NN dépasse quelques milliers, le logarithme croissant trop lentement.

La conduite à tenir est simple : partir de Sturges, tracer, puis essayer une valeur au-dessus et une en dessous. Si la forme change beaucoup, c'est que le découpage porte la conclusion, et il faut le dire.

5421122232425262locations par jour (centaines)fréquence
Les douze jours de locations, regroupés en cinq classes. Le nombre inscrit au sommet de chaque rectangle est son effectif. Moyenne 26,67.

L'histogramme montre ce qu'aucun indicateur ne dit : la série n'a pas une seule bosse au milieu, elle décroît vers la droite avec une valeur isolée tout au bout. C'est exactement ce qu'une moyenne, à elle seule, cacherait.

Lire un quantile sur les cumuls

Les fréquences cumulées répondent à la question « quelle proportion des valeurs est inférieure à tant ? ». Renversée, elle donne les quantiles : on entre par l'ordonnée, on redescend sur l'abscisse.

542100,250,50,7511824,532122232425262locations par jour (centaines)fréquencecumul
La même série, avec la courbe des fréquences cumulées lue sur l'échelle de droite. Les trois lectures en pointillés donnent Q₁, la médiane et Q₃. Moyenne 26,67.

Ce qu'il faut regarder ici est la pente de la courbe, et non sa hauteur. Là où elle monte raide, les valeurs s'entassent ; là où elle s'aplatit, il n'y a presque personne. Le long palier de droite dit donc à lui seul que les fortes journées sont rares et isolées. L'écartement des trois pointillés ajoute que la moitié haute de la série est bien plus étalée que la moitié basse.

La lecture graphique ne donne pas le même nombre que le calcul

Sur les données brutes, la médiane de cette série vaut 23. Lue sur la courbe cumulative, elle vaut 24,5. Le regroupement en classes a en effet perdu de l'information : la lecture suppose les valeurs réparties uniformément dans chaque classe, ce qui est faux. La lecture graphique donne un ordre de grandeur, jamais une valeur exacte. Quand on dispose des données brutes, c'est sur elles qu'on calcule.

Indicateurs de position

Ils répondent à « où se situe le centre des données ? ».

Moyenne

xˉ=nixiN\bar{x} = \frac{\sum n_i x_i}{N}

En clair : chaque modalité xix_i est multipliée par le nombre d'individus nin_i qui la présentent, on additionne le tout, et l'on divise par l'effectif total NN. Sur une liste de valeurs brutes, où chaque valeur ne figure qu'une fois, cela revient à leur somme divisée par leur nombre. La moyenne est le centre de gravité de la série : elle utilise toutes les valeurs, ce qui est sa force et sa faiblesse.

Le mot « centre de gravité » est à prendre au pied de la lettre. Si l'on pose les valeurs sur une règle, une masse égale sur chacune, la moyenne est le point où la règle tient en équilibre. Une valeur éloignée agit comme un bras de levier : plus elle est loin, plus elle déplace le point d'équilibre, et elle le fait à elle seule.

Le calcul le montre en deux lignes. Sur les neuf valeurs 11,12,13,13,14,15,16,18,4211, 12, 13, 13, 14, 15, 16, 18, 42, la somme vaut 154 et la moyenne 154/917,1154/9 \approx 17{,}1. En remplaçant le 42 par 86, la somme passe à 198, et la moyenne à 198/9=198/9 = 22,0. Une seule valeur a bougé, et la moyenne a gagné près de cinq points. La médiane, elle, n'a pas bougé d'un millimètre : elle valait 14 avant, elle vaut 14 après.

La règle qui suit de là

La médiane ne dépend que du rang des valeurs, pas de leur grandeur. Déplacer la plus grande valeur de la série à l'infini ne la change pas d'un iota. C'est ce qu'on appelle un indicateur robuste, et c'est la raison pour laquelle on publie une médiane, et non une moyenne, dès qu'une série peut contenir des valeurs extrêmes.

Estimer avant de calculer

Cinq temps de réponse, en millisecondes : 40, 45, 47, 50 et 4 000. La dernière requête a expiré.

Avant de lire la suite, avancer deux nombres. Quelle est la moyenne de ces cinq valeurs ? Et leur médiane ? À vue de nez suffit, mais il faut les dire avant de tourner la page : l'écart entre ce qu'on annonce et ce qu'on trouve est précisément ce que cette section a à apprendre.

La moyenne est sensible aux valeurs extrêmes

La moyenne vaut 836 ms, la médiane 47 ms. Si l'estimation de la moyenne se tenait quelque part entre 40 et 100, c'est normal : on lit une série de gauche à droite et l'on pondère mal ce qui dépasse. Le calcul, lui, ne pondère rien du tout : il additionne, et 4 000 pèse quatre-vingts fois 50.

Le résultat est un temps que personne n'a jamais observé, et qui ne décrit ni le fonctionnement courant ni l'incident. Ce n'est pas un cas d'école, c'est le quotidien d'une métrique de supervision où une seule requête a expiré.

01 0002 0003 0004 000temps de réponse (ms)avec l'expiration4 000sans elle
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
avec l'expiration404446,5504 000441,41 186,2
sans elle404446,5505546,94,32
La même série, à une valeur près. La boîte et la médiane ne bougent quasiment pas ; seule la valeur aberrante, cerclée, se détache. C'est ce que la moyenne ne sait pas faire.

Comparer les deux boîtes, et rien d'autre : elles sont à la même place, alors que les deux séries n'ont pas du tout la même moyenne. La valeur à 4 000 ms n'a pas déformé le résumé, elle s'est simplement exposée à part : l'incident reste visible sans contaminer la description du fonctionnement courant.

Quelle statistique publier sur un temps de réponse

Ni la moyenne, ni le maximum. La pratique du métier est de publier des quantiles (définis plus bas) : la médiane pour l'expérience courante, le 95ᵉ ou le 99ᵉ centile pour ce que subissent les plus malchanceux. Une moyenne sur des temps de réponse mélange les deux et n'informe sur aucun des deux.

Médiane

Définition

La médiane MeMe partage la série ordonnée en deux moitiés de même effectif : au moins 50 % des valeurs lui sont inférieures ou égales, au moins 50 % lui sont supérieures ou égales.

La méthode, en deux temps qu'on n'inverse jamais :

  1. Ordonner la série dans l'ordre croissant.
  2. Si NN est impair, prendre la valeur de rang (N+1)/2(N+1)/2. Si NN est pair, prendre la moyenne des valeurs de rang N/2N/2 et N/2+1N/2 + 1.

Mode

Le mode est la modalité de plus grand effectif. C'est le seul indicateur de position disponible pour un caractère qualitatif : la saison la plus fréquente a un sens, la saison moyenne non.

Sur une série symétrique, les trois indicateurs coïncident. Sur une série étirée d'un côté, ils se séparent, et l'ordre dans lequel ils se placent renseigne sur le sens de l'étirement. La figure suivante montre le cas de référence : regarder si les deux moitiés de la cloche, de part et d'autre du sommet, sont superposables.

μ−2σ26μ−σ38μ50μ+σ62μ+2σ74valeur mesuréedensité0,6827
± 1 σ
σ = 12

entre 38 et 62, l'aire vaut 0,6827. Déplacer l'écart-type : elle ne bouge pas.

Une série symétrique : moyenne, médiane et mode tombent au même endroit, au sommet de la cloche. C'est le cas de référence, et c'est celui où la moyenne suffit.
À manipuler
Régler l'écart à deux écarts-types et relever l'aire : environ 95 %. C'est la part des mesures qui tombe dans cet intervalle quand la série suit cette loi, et c'est de là que vient la règle employée plus loin pour repérer une valeur aberrante. Tout ce qui sort de ces bornes arrive moins d'une fois sur vingt.
L'ordre des trois indicateurs raconte la forme
  • Série symétrique : moyenne = médiane = mode.
  • Série étirée vers le haut (une queue de grandes valeurs, comme des temps de réponse) : mode < médiane < moyenne. La moyenne est tirée par la queue.
  • Série étirée vers le bas : l'inverse.

Comparer moyenne et médiane est donc le test de dissymétrie le moins cher qui existe : deux calculs, et la forme se devine.

Les trois cas, sur trois séries de dix valeurs. Dans chaque figure, le trait épais est la médiane et le losange la moyenne. Une seule chose est à regarder dans les trois : de quel côté du trait tombe le losange, et à quelle distance.

Premier cas, la série symétrique. Les valeurs se répartissent également de part et d'autre du centre.

1520valeur mesuréesymétrique
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
symétrique1114161821162,79
Une série symétrique. Le losange de la moyenne se pose exactement sur le trait de la médiane : les deux valent 16. Aucune valeur ne tire d'un côté.

Deuxième cas, la série étirée vers le haut. C'est celui des temps de réponse, des salaires, des durées d'attente : beaucoup de petites valeurs, quelques très grandes.

20406080valeur mesuréeétirée vers le haut4286
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
étirée vers le haut111314,518862422,37
Deux grandes valeurs suffisent. La médiane reste à 14,5, la moyenne est emportée à 24 : le losange se détache nettement à droite du trait. Les deux valeurs qui dépassent sont cerclées.

Troisième cas, la série étirée vers le bas. Plus rare en informatique, on la rencontre sur des rendements ou des taux de disponibilité, bornés par le haut, où quelques pannes isolées tirent vers le bas.

020406080valeur mesuréeétirée vers le bas145
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
étirée vers le bas16972,5757863,422,6
La situation miroir. La médiane vaut 72,5, la moyenne 63,4 : le losange passe cette fois à gauche du trait. Le sens de l'écart donne le sens de l'étirement, et ce sont les deux petites valeurs, cerclées, qui le produisent.
Lire la dissymétrie en une soustraction

Calculer xˉMe\bar{x} - Me, la moyenne moins la médiane. Le résultat est positif pour une série étirée vers le haut, négatif vers le bas, nul pour une série symétrique. Sur les trois séries ci-dessus : 00, +9,5+9{,}5 et 9,1-9{,}1. Deux calculs et un signe suffisent à savoir de quel côté penche une distribution, sans tracer quoi que ce soit.

Quantiles

Définition

Le quantile d'ordre qq est la valeur du caractère correspondant à la fréquence cumulée qq. Q1Q_1 est le quantile d'ordre 0,25, Q3Q_3 celui d'ordre 0,75, et la médiane celui d'ordre 0,5.

En pratique, sur une série ordonnée de NN valeurs, la règle tient en une phrase : couper la série en deux moitiés et prendre la médiane de chacune. Q1Q_1 est la médiane de la moitié basse, Q3Q_3 celle de la moitié haute. Quand NN est impair, la médiane de la série n'appartient à aucune des deux moitiés. C'est la règle qu'appliquent les boîtes à moustaches de ce site, et tous les exemples chiffrés du cours.

Sur les douze relevés 12 15 15 18 21 22 24 27 31 33 40 62, la moitié basse est 12 15 15 18 21 22, de médiane (15+18)/2=16,5(15 + 18)/2 = 16{,}5 : c'est Q1Q_1. La moitié haute 24 27 31 33 40 62 donne Q3=(31+33)/2=32Q_3 = (31 + 33)/2 = 32.

Les conventions varient, et c'est normal

Il existe plusieurs définitions des quartiles, qui donnent des résultats légèrement différents sur les petits échantillons : numpy en propose neuf. Sur les douze relevés ci-dessus, describe() de pandas affiche Q1=17,25Q_1 = 17{,}25 et Q3=31,5Q_3 = 31{,}5, là où la règle des deux moitiés donne 16,5 et 32 : pandas interpole entre deux rangs. Aucune des deux n'est fausse. Appliquer celle du cours et l'écrire : c'est la convention annoncée qui rend le résultat vérifiable par un tiers, pas la troisième décimale.

Indicateurs de dispersion

Ils répondent à « les données sont-elles serrées ou étalées ? ». Deux séries de même moyenne peuvent être radicalement différentes.

Étendue et écart interquartile

L'étendue est maxmin\max - \min. Simple, et entièrement déterminée par les deux valeurs les plus douteuses de la série.

L'écart interquartile IQR=Q3Q1\mathrm{IQR} = Q_3 - Q_1 mesure l'étalement des 50 % centraux. Il ignore les extrêmes par construction : c'est un indicateur robuste, et c'est celui qui servira à détecter les anomalies au chapitre 5.

Variance et écart-type

Définitions

La variance est la moyenne des carrés des écarts à la moyenne :

V(X)=ni(xixˉ)2N=nixi2Nxˉ2V(X) = \frac{\sum n_i (x_i - \bar{x})^2}{N} = \frac{\sum n_i x_i^2}{N} - \bar{x}^2

L'écart-type σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)} la ramène dans l'unité des données.

Les deux écritures sont la même, et passer de l'une à l'autre tient en trois lignes. Développer le carré donne xi22xixˉ+xˉ2x_i^2 - 2x_i\bar{x} + \bar{x}^2, puis on distribue la somme sur les trois termes :

  • nixi2/N\sum n_ix_i^2 / N est la moyenne des carrés ;
  • 2xˉ×nixi/N-2\bar{x} \times \sum n_ix_i / N vaut 2xˉ×xˉ=2xˉ2-2\bar{x} \times \bar{x} = -2\bar{x}^2, puisque nixi/N\sum n_ix_i / N est précisément la moyenne ;
  • xˉ2×ni/N\bar{x}^2 \times \sum n_i / N vaut xˉ2\bar{x}^2, puisque ni=N\sum n_i = N.

En additionnant : 2xˉ2+xˉ2=xˉ2-2\bar{x}^2 + \bar{x}^2 = -\bar{x}^2, d'où la moyenne des carrés moins le carré de la moyenne.

Laquelle employer

La première écriture dit ce que la variance est : une moyenne d'écarts. La seconde, la moyenne des carrés moins le carré de la moyenne, permet de la calculer en un seul passage sur les données. Il suffit de cumuler au fil de l'eau la somme des valeurs et la somme de leurs carrés, sans connaître la moyenne d'avance. C'est l'écriture des calculs à la main, et celle des systèmes de supervision, qui ne peuvent pas conserver l'historique.

Elle a cependant un défaut : sur des grandes valeurs proches les unes des autres, elle soustrait deux nombres presque égaux et perd de la précision. Les bibliothèques sérieuses emploient pour cette raison un troisième algorithme, incrémental et stable.

Diviser par N ou par N − 1 ?

Par NN quand on décrit la série qu'on a sous les yeux (variance de population). Par N1N - 1 quand on estime la variance d'une population plus large à partir d'un échantillon.

En Python, numpy.std() divise par NN et pandas.Series.std() par N1N - 1 : les deux bibliothèques ne donnent pas le même nombre sur la même colonne. Sur 12 valeurs, l'écart-type de pandas dépasse celui de numpy de 4,5 % ; sur 10 000, l'écart est invisible. Savoir lequel on emploie, et pourquoi.

Le coefficient de variation CV=σ/xˉCV = \sigma /\bar{x} est sans unité, puisque l'écart-type et la moyenne portent la même unité et qu'elle se simplifie. Il permet de comparer la dispersion de deux séries d'échelles différentes, par exemple une charge CPU en pourcentage et un trafic réseau en Mo/s.

Un calcul complet, à la main

Les locations quotidiennes d'un service de vélos sur 12 jours, en centaines :

12, 15, 15, 18, 21, 22, 24, 27, 31, 33, 40, 62

La série est déjà ordonnée, N=12N = 12.

IndicateurCalculRésultat
Moyenne320/12320 / 1226,67
Médiane(22+24)/2(22 + 24)/223
Q1Q_1médiane de 12 15 15 18 21 22, soit (15+18)/2(15 + 18)/216,5
Q3Q_3médiane de 24 27 31 33 40 62, soit (31+33)/2(31 + 33)/232
Étendue621262 - 1250
IQR\mathrm{IQR}3216,532 - 16{,}515,5
Variance10642/12(320/12)210642/12 - (320/12)^2175,7
Écart-type175,7\sqrt{175{,}7}13,26

Dans la ligne de la variance, 1064210642 est la somme des carrés des douze valeurs. Le carré de la moyenne se prend sur la fraction exacte 320/12320/12 : avec la valeur arrondie 26,6726{,}67, on trouverait 175,5175{,}5. Arrondir en cours de calcul, puis élever au carré, amplifie l'erreur.

Trois lectures immédiates, et elles valent plus que les nombres :

  1. Moyenne (26,7) nettement supérieure à la médiane (23) : la série est étirée vers le haut. Une journée exceptionnelle tire la moyenne.
  2. CV=13,26/26,670,50CV = 13{,}26/26{,}67 \approx 0{,}50 : l'écart typique vaut la moitié de la moyenne. C'est une série très dispersée, prévoir « 2 670 locations demain » serait absurde.
  3. La valeur 62 dépasse Q3+1,5×IQR=55,25Q_3 + 1{,}5 \times \mathrm{IQR} = 55{,}25 : c'est une valeur aberrante au sens de la boîte à moustaches. À enquêter, pas à supprimer.
Vérification rapideon peut se reprendre

1.Une série contient une valeur extrême. Quel indicateur bouge le plus ?

2.L'écart-type se lit dans la même unité que…

3.Deux séries ont la même moyenne. Que peut-on en conclure ?

4.Un capteur mal étalonné majore toutes ses mesures de 2 °C. Que deviennent moyenne et écart-type ?

5.Un point tombe hors des moustaches. Faut-il le retirer du jeu de données ?

La boîte à moustaches

Définition

La boîte à moustaches (diagramme de Tukey) résume une série par cinq nombres : le bord inférieur de la boîte est Q1Q_1, la barre intérieure la médiane, le bord supérieur Q3Q_3. Les moustaches s'étendent jusqu'à la dernière valeur située à moins de 1,5×IQR1{,}5 \times \mathrm{IQR} de la boîte ; au-delà, les points sont tracés individuellement comme valeurs aberrantes.

Son intérêt n'est pas de résumer une série (un tableau le fait mieux) mais d'en comparer plusieurs d'un seul coup d'œil : quatre saisons, sept jours de la semaine, trois serveurs.

204060nombre de locations par jourLocations62HiverÉté
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
Locations1216,523326226,6713,26
Hiver811,514,518,52314,834,52
Été2429,535404735,176,72
Trois séries sur la même échelle. La comparaison se lit sans calcul : l'été est nettement plus haut que l'hiver, et une seule des trois séries porte une valeur aberrante.

Deux comparaisons se font d'un seul regard, et aucune ne demande un chiffre. La hauteur des boîtes d'abord : celle de l'été est entièrement au-dessus de celle de l'hiver, donc même le pire jour d'été dépasse le meilleur jour d'hiver. Leur longueur ensuite : la boîte de la série complète est la plus étirée des trois, et c'est la seule à porter une valeur aberrante. La raison tient en un mot : elle mélange des saisons qui ne se situent pas au même niveau. Un service dimensionné sur l'ensemble de l'année serait donc trop large l'hiver et trop juste l'été.

Une valeur aberrante ne se supprime pas

Un point hors des moustaches signale une chose à comprendre : une erreur de mesure, un événement exceptionnel, ou le comportement réel du système dans un régime rare. Les trois se traitent différemment, et aucun ne se traite en effaçant la ligne. Écrire ce qu'on en fait, et pourquoi.

Travailler sur des données tabulaires

En pratique, les données arrivent en table : une ligne par observation, une colonne par caractère. Le travail statistique sur une telle table tient en trois questions, et c'est l'ordre dans lequel les poser qui compte. L'outil, lui, s'apprend ailleurs : le parcours Python couvre pandas, dont trois méthodes suffisent ici.

Première question : à quoi ressemble chaque colonne ? Un résumé par colonne donne d'un coup l'effectif, la moyenne, l'écart-type, le minimum, les trois quartiles et le maximum. Sur un relevé de 240 journées de location de vélos :

Température (°C)Humidité (%)Locations
Effectif240240240
Moyenne23,361,31 413
Écart-type7,114,2493
Minimum7,620,550
Q1Q_117,651,21 127
Médiane23,061,11 450
Q3Q_328,970,21 779
Maximum37,598,42 454

Trois choses s'y lisent déjà. Les locations ont un écart-type qui vaut plus du tiers de leur moyenne, donc la série est dispersée. Leur médiane dépasse leur moyenne, donc la distribution est étirée vers le bas. Et le minimum à 50 est très loin du premier quartile, ce qui signale une poignée de journées hors norme à comprendre.

Deuxième question : les sous-populations se ressemblent-elles ? C'est la question qui décide d'à peu près toutes les actions. Regrouper par saison :

SaisonTempérature moyenneEffectifMoyenneMédianeÉcart-type
114,2 °C521 0221 118459
220,1 °C681 3091 384426
326,2 °C601 5041 567403
431,8 °C601 7791 837378

Les quatre saisons sont numérotées de la plus froide à la plus chaude. La moyenne monte avec la température, ce qui n'étonne personne, mais l'écart-type descend : plus il fait chaud, plus la fréquentation est prévisible. C'est une information de dimensionnement que la moyenne seule ne donne pas.

Puis par type de jour : 1 590 locations en moyenne un jour ouvré, contre 966 sinon, soit un écart de 623 locations par jour. À comparer aux 757 locations qui séparent la saison la plus froide de la plus chaude : le jour de la semaine pèse presque autant que la saison, alors que c'est la saison à laquelle on pense en premier. Un service dimensionné sur la moyenne générale serait donc mal réglé la plupart du temps, et la moyenne générale est précisément le chiffre que l'on cite d'abord.

Troisième question : la forme confirme-t-elle les nombres ? Un résumé peut cacher deux bosses, et aucune moyenne ne les distingue. Il faut donc regarder la distribution complète, puis les sous-populations côte à côte.

01 0002 000locations par joursaison 1saison 4
sérieminQ₁médianeQ₃maxmoyenneécart-type
saison 150731,51 1181 3311 9501 022,04454,35
saison 49931 544,51 8372 0602 4541 779,18375,3
Les deux saisons extrêmes, avec toutes leurs journées. Les boîtes se recouvrent à peine, et celle de la saison 1 est nettement plus longue : c'est ce que l'écart-type annonçait, et c'est ce qui justifie de traiter les deux comme des régimes distincts plutôt que comme une seule population.
L'ordre des trois questions n'est pas interchangeable
Résumer avant de comparer, comparer avant de conclure, et regarder la forme avant de croire un résumé. Commencer par la conclusion, c'est-à-dire chercher dans les données ce qu'on espérait y trouver, est l'erreur qui produit les analyses les plus convaincantes et les plus fausses.
Ce qu'on cherche sur un histogramme

Trois choses, dans cet ordre :

  1. La distribution est-elle à une seule bosse ou à plusieurs ? Deux bosses signalent deux populations mélangées, à séparer avant tout calcul.
  2. Est-elle symétrique ou étirée d'un côté ?
  3. Y a-t-il des points isolés loin du reste ?

Ces trois réponses conditionnent tout ce qui suit.

Séries à deux variables

On mesure deux caractères sur les mêmes individus (une température et une résistance, une durée d'usage et une usure) et on cherche s'ils sont liés.

Nuage de points

On représente chaque individu par le point (xi,yi)(x_i, y_i). Le point moyen G(xˉ,yˉ)G(\bar{x}, \bar{y}) est le centre de gravité du nuage. Regarder le nuage avant de calculer quoi que ce soit est indispensable : lui seul révèle une relation courbe, un groupe à part, une valeur aberrante.

Voici les deux situations qu'aucun coefficient ne distingue. La première a un lien affine réel.

10203040102030température (°C)locations (centaines)
Un nuage qui justifie une droite : les points sont alignés et les résidus sont minuscules. Droite des moindres carrés : y = 1,389 x − 0,194, avec r = 0,997 et r² = 0,993.

La seconde a un lien tout aussi fort, mais courbe. La droite y est calculable, elle est même la meilleure droite possible, et elle ne décrit rien.

46851015xy
Le même coefficient de corrélation, r = 0,816, sur un nuage qui n'a rien d'affine. Les résidus ne sont plus répartis au hasard : ils sont négatifs aux extrémités et positifs au milieu, signature d'un modèle mal choisi. Droite des moindres carrés : y = 0,5 x + 3,001, avec r = 0,816 et r² = 0,666.
Le contrôle qui ne demande aucun calcul
Après avoir tracé la droite, regarder les résidus. S'ils sont dispersés sans forme, le modèle affine convient. S'ils dessinent une courbe, un arc ou un motif, c'est que la relation n'est pas affine, quel que soit le coefficient de corrélation obtenu.

Covariance et corrélation

cov(x,y)=(xiyi)/Nxˉyˉ\operatorname{cov}(x,y) = (\sum x_iy_i)/N - \bar{x}\bar{y}

La covariance est positive si les deux variables varient dans le même sens, négative sinon. Mais sa valeur dépend des unités, donc elle ne se compare pas. On la normalise :

Définition

Le coefficient de corrélation linéaire est

r=cov(x,y)/(σxσy)r = \operatorname{cov}(x,y) / (\sigma _x \sigma _y)

Il est toujours compris entre −1 et 1.

Sa lecture :

  • rr proche de 1 : les points sont presque alignés sur une droite croissante ;
  • rr proche de −1 : presque alignés sur une droite décroissante ;
  • rr proche de 0 : aucune relation linéaire, ce qui n'exclut pas une relation d'un autre type.
Les deux pièges de la corrélation
1. Corrélation n'est pas causalité. Les ventes de glaces et les noyades sont fortement corrélées ; aucune ne cause l'autre, c'est la chaleur qui cause les deux. Une corrélation ne dit rien du pourquoi.
2. r=0r = 0 ne signifie pas « indépendantes ». Des points parfaitement disposés sur une parabole peuvent donner r=0r = 0 : la relation est totale, mais elle n'est pas linéaire, et r ne mesure que le linéaire. D'où l'obligation de regarder le nuage.

Ce n'est pas une figure de style. Voici neuf points posés exactement sur une parabole : y est entièrement déterminé par x, il n'y a aucun hasard, et pourtant le coefficient de corrélation est nul.

Les neuf abscisses sont symétriques autour de zéro, donc leur moyenne est nulle. La covariance vaut 19xi(yiyˉ)\frac{1}{9}\sum x_i\,(y_i - \bar{y}), et comme yi=xi2y_i = x_i^2 est une fonction paire, chaque terme d'abscisse x-x annule exactement celui d'abscisse +x+x. La somme est nulle, donc r=0r = 0, alors que yy est entièrement déterminé par xx.

-4-3-2-11234-22468101214161820xy
f(x) = x^2
La relation est parfaite, et pourtant r vaut zéro. Ce qui monte à droite descend à gauche : la meilleure droite est horizontale.

La raison se voit sur la figure : la moitié gauche descend, la moitié droite monte, et les deux se compensent exactement dans le calcul de la covariance. Un coefficient de corrélation nul ne dit pas « pas de lien », il dit « pas de lien linéaire ».

Droite de régression

Définition

La droite de régression de y en x, dite droite des moindres carrés, est celle qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et la droite. Son équation est y=ax+by = a x + b avec

a=cov(x,y)/V(x)a = \operatorname{cov}(x,y) / V(x)   et   b=yˉaxˉb = \bar{y} - a \bar{x}

Deux faits à retenir : la droite passe toujours par le point moyen G(xˉ,yˉ)G(\bar{x}, \bar{y}) (c'est d'ailleurs le contrôle à faire), et le coefficient directeur a le même signe que r.

L'ajustement sert à interpoler (estimer une valeur à l'intérieur du domaine observé) et, avec prudence, à extrapoler. L'extrapolation loin des données observées est le péché classique : rien ne garantit que la relation linéaire se prolonge.

La condition d'usage
Une régression linéaire n'a de sens que si r est proche de ±1. Ajuster une droite sur un nuage de r=0,2r = 0{,}2 produit une équation qui ne prédit rien. On annonce donc r avant d'écrire la droite, et on justifie que l'ajustement est légitime.

Échantillonnage et estimation

Jusqu'ici on décrivait des données. Ici on veut en tirer une conclusion sur une population qu'on n'a pas entièrement observée.

Définition

Un échantillon est une partie de la population, choisie au hasard. On calcule sur l'échantillon une estimation de la grandeur inconnue de la population : la fréquence observée ff estime la proportion réelle pp, la moyenne de l'échantillon estime la moyenne de la population.

Une estimation n'est jamais exacte. Ce qu'on peut donner, c'est un intervalle et un niveau de confiance.

Intervalle de confiance à 95 %
[f1,96f(1f/n);f+1,96f(1f/n)][ f - 1{,}96 \sqrt{f(1-f}/n) ; f + 1{,}96 \sqrt{f(1-f}/n) ]

souvent simplifié en [f1/n;f+1/n][f - 1/\sqrt{n} ; f + 1/\sqrt{n}], qui est un peu plus large mais se calcule de tête.

Exemple travaillé. Sur 400 pièces contrôlées, 24 sont défectueuses.

f=24/400=0,06f = 24/400 = 0{,}06, et 1/400=1/20=0,051/\sqrt{400} = 1/20 = 0{,}05.

L'intervalle simplifié est [0,01;0,11][0{,}01 ; 0{,}11]. On peut affirmer, avec 95 % de confiance, que le taux réel de défauts est entre 1 % et 11 %.

Ce que « 95 % de confiance » veut dire
Ce n'est pas « il y a 95 % de chances que p soit dans cet intervalle » : p est une valeur fixe, elle y est ou elle n'y est pas. Cela signifie : si on répétait l'échantillonnage un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient la vraie valeur. C'est la méthode qui est fiable à 95 %, pas l'intervalle particulier qu'on a sous les yeux.

Et la conséquence pratique la plus importante : la largeur de l'intervalle est en 1/n1/\sqrt{n}. Pour diviser l'incertitude par deux, il faut multiplier la taille de l'échantillon par quatre. C'est ce qui rend la précision coûteuse.

Vérification

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Diviser par N ou par N − 1 pour la variance : qu'est-ce qui décide ?

2.Sur une boîte à moustaches, que représente la longueur de la boîte ?

3.Deux séries mesurées dans des unités différentes. Comment comparer leur dispersion ?

4.Un histogramme montre deux bosses nettement séparées. Que faut-il en faire ?

D'autres questions

Moyenne et médiane de 4, 7, 7, 9, 13, 15, 45

Moyenne : (4+7+7+9+13+15+45)/7=100/7(4+7+7+9+13+15+45)/7 = 100/7 \approx 14,314{,}3

Médiane : 7 valeurs, rang (7+1)/2=4(7+1)/2 = 4, donc Me = 9.

La moyenne est bien supérieure à la médiane : la valeur 45 tire la série vers le haut. Ici la médiane est plus représentative.

Écart-type de 2, 4, 4, 4, 5, 5, 7, 9 xˉ=40/8=5\bar{x} = 40/8 = 5 xi2=4+16+16+16+25+25+49+81=232\sum x_i^2 = 4 + 16 + 16 + 16 + 25 + 25 + 49 + 81 = 232

V=232/825=2925=4V = 232/8 - 25 = 29 - 25 = 4, donc σ=\sigma = 22

Lecture : l'écart typique à la moyenne est de 2, sur une série centrée en 5.

Une note est augmentée de 2 points pour tout le monde. Que deviennent moyenne et écart-type ?

La moyenne augmente de 2. L'écart-type ne change pas : on a translaté toute la série sans modifier les écarts entre les valeurs.

Si au lieu d'ajouter 2 on multipliait toutes les notes par 1,2, alors moyenne et écart-type seraient multipliés par 1,2.

Interpréter r = −0,95 entre la température et la consommation de chauffage

Corrélation linéaire négative et très forte : plus il fait chaud, moins on chauffe, et la relation est presque parfaitement linéaire sur le domaine observé.

Un ajustement affine est ici pleinement légitime. Attention toutefois à l'extrapolation : à 35 °C, la droite prédirait une consommation négative, ce qui n'a pas de sens. La relation linéaire ne vaut que sur la plage observée.

Droite de régression avec x̄ = 10, ȳ = 25, cov = 12, V(x) = 8 a=12/8=1,5a = 12/8 = 1{,}5 b=251,5×10=10b = 25 - 1{,}5 \times 10 = 10

y=1,5x+10y = 1{,}5x + 10

Contrôle : pour x=10x = 10, on obtient y=25y = 25, c'est bien le point moyen ✓

Un sondage sur 1000 personnes donne 52 % pour un candidat. Peut-on conclure qu'il gagne ?

1/10000,0321/\sqrt{1000} \approx 0{,}032, soit ±3,2 points.

L'intervalle de confiance à 95 % est [48,8%;55,2%][48{,}8 \% ; 55{,}2 \%]. Il contient 50 %.

On ne peut donc pas conclure : le candidat est peut-être minoritaire. C'est exactement la raison pour laquelle les instituts publient une marge d'erreur, et pourquoi un écart de 2 points est considéré comme non significatif.

Moyenne et médiane, autant de fois qu'il faut

Le chapitre affirme que la médiane résiste aux valeurs aberrantes et que la moyenne non. L'exercice demande les deux indicateurs, puis les redemande sur la même série dont la plus grande valeur a été décuplée.

Les deux indicateurs, avant et après une valeur extrême

Une série de neuf relevés : 8, 13, 14, 15, 16, 17, 21, 26, 320.

  1. La médiane
  2. La moyenne
  3. La médiane si la plus grande valeur est multipliée par 10
  4. La moyenne dans ce même cas

Comparer les deux couples de réponses. La médiane n'a pas bougé d'un point, parce qu'elle ne voit que l'ordre des valeurs et jamais leur amplitude. La moyenne s'est déplacée exactement de la valeur extrême, parce qu'un relevé sur neuf y pèse un neuvième d'une augmentation qui vaut neuf fois cette valeur.

Où la démarche dérape

Deux moyennes, une moyenne des deux, et un résultat qui ne veut rien dire.

La moyenne des moyennes

Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.

Un service compte deux équipes. L'équipe A est formée d'une seule personne, qui traite 0 dossier. L'équipe B compte nn personnes, qui en traitent 10 chacune. On cherche le nombre moyen de dossiers par personne dans le service.

À calculer soi-même

Quatre nombres sur la série 2,5,7,10,112, 5, 7, 10, 11 et sur l'échantillonnage. Le dernier est la question qu'on se pose avant de lancer une enquête, et non après.

Décrire, puis estimer

  • 1.

    La moyenne de la série 2,5,7,10,112, 5, 7, 10, 11.

  • 2.

    L'écart type de cette même série, calculé sur les cinq valeurs.

  • 3.

    Sur un échantillon de 100 personnes, 40 % répondent oui. Quelle est la demi-largeur de l'intervalle de confiance à 95 % ?

  • 4.

    Quelle taille d'échantillon faut-il pour garantir une précision de ±0,02\pm 0{,}02 à 95 %, sans rien savoir de pp ?

Exercices type

Moyenne et médiane de 4, 7, 7, 9, 13, 15, 45

Moyenne : (4+7+7+9+13+15+45)/7=100/7(4+7+7+9+13+15+45)/7 = 100/7 \approx 14,3

Médiane : 7 valeurs, rang (7+1)/2=4(7+1)/2 = 4, donc Me=9Me = 9

La moyenne est bien supérieure à la médiane : la valeur 45 tire la série vers le haut. Ici la médiane est plus représentative, et l'écart entre les deux est déjà une conclusion sur la forme de la série.

Écart-type de 2, 4, 4, 4, 5, 5, 7, 9

xˉ=40/8=5\bar{x} = 40/8 = 5

xi2=4+16+16+16+25+25+49+81=232\sum x_i^2 = 4 + 16 + 16 + 16 + 25 + 25 + 49 + 81 = 232

V=232/825=2925=4V = 232/8 - 25 = 29 - 25 = 4, donc σ=\sigma = 2

L'écart typique à la moyenne vaut 2, sur une série centrée en 5 : CV=0,4CV = 0{,}4.

Toutes les mesures d'un capteur sont majorées de 2 °C par un défaut d'étalonnage. Que deviennent moyenne et écart-type ?

La moyenne augmente de 2. L'écart-type ne change pas : on a translaté toute la série sans modifier les écarts entre les valeurs.

Si le défaut était multiplicatif (toutes les valeurs × 1,1), moyenne et écart-type seraient multipliés par 1,1. Ce sont les propriétés E(aX+b)=aE(X)+bE(aX + b) = aE(X) + b et σ(aX+b)=aσ(X)\sigma(aX + b) = |a|\sigma(X) du chapitre sur les probabilités, vues depuis les données.

Sur 200 mesures de charge CPU, Q1=22%Q_1 = 22 \%, Me=31%Me = 31 \%, Q3=68%Q_3 = 68 \%. Que dire de la série ?

IQR=6822=46\mathrm{IQR} = 68 - 22 = 46 points, c'est énorme : les 50 % centraux s'étalent sur près de la moitié de l'échelle de 0 à 100 %.

Surtout, la médiane (31) est beaucoup plus proche de Q1Q_1 (22) que de Q3Q_3 (68) : la moitié basse est serrée, la moitié haute très étalée. La distribution est fortement asymétrique à droite.

L'interprétation métier est nette : le serveur est le plus souvent peu chargé, avec des périodes de forte charge bien distinctes. Une bimodalité est probable, jour/nuit, ou traitement par lots. Il faut tracer l'histogramme et séparer les deux régimes avant tout autre calcul.

Pourquoi ne compare-t-on pas deux séries par leurs écarts-types quand elles n'ont pas la même unité ?

Parce que l'écart-type porte l'unité des données. Un écart-type de 12 sur une charge CPU en pourcentage et de 12 sur un trafic en Mo/s ne sont pas comparables.

On utilise alors le coefficient de variation CV=σ/xˉCV = \sigma /\bar{x}, sans unité. CV=0,05CV = 0{,}05 (trafic très régulier) et CV=0,8CV = 0{,}8 (charge très irrégulière) se comparent, eux.

Réserve : le CVCV n'a de sens que si la moyenne est positive et loin de zéro. Sur une série centrée en zéro, il explose.

Un point est en dehors des moustaches. Faut-il le retirer du jeu de données ?

Non : pas avant de savoir ce que c'est.

Trois cas, trois traitements. Une erreur de mesure (capteur débranché, valeur 999-999) se corrige ou s'écarte, en le documentant. Un événement exceptionnel réel (jour de grève, pic de trafic) se garde : c'est souvent l'observation la plus intéressante du jeu. Un régime de fonctionnement rare mais normal signale que la population n'est pas homogène et qu'il faut la découper.

Écarter un point parce qu'il gêne le modèle, c'est fabriquer le résultat. Ce qui s'écrit dans un rapport, c'est la phrase qui justifie la décision.

La méthode

Devant une série de mesures, dans cet ordre et jamais l'inverse.

  1. Regarder la forme avant de calculer quoi que ce soit : un histogramme, ou au minimum le minimum, le maximum et la médiane. Une moyenne calculée sur une série bimodale décrit un individu qui n'existe pas.
  2. Choisir l'indicateur selon la forme. Série symétrique sans valeur extrême : moyenne et écart-type. Série dissymétrique ou avec des valeurs aberrantes : médiane et écart interquartile.
  3. Compter les valeurs aberrantes avant de les retirer, et dire pourquoi on les retire. Une mesure fausse se retire ; une mesure rare se garde.
  4. Vérifier l'ordre de grandeur : l'écart-type doit être petit devant l'étendue, et la médiane doit tomber entre le premier et le troisième quartile.
  5. Pour une série double, tracer le nuage avant de calculer un coefficient. Une corrélation nulle n'exclut pas une dépendance, elle exclut seulement une dépendance linéaire.

Le détail des calculs sur feuille

  1. Ordonner la série avant tout calcul de médiane ou de quartile. C'est l'oubli le plus fréquent.
  2. Vérifier que la somme des effectifs correspond bien à N, et que les fréquences somment à 1.
  3. Donner toujours moyenne et écart-type ensemble : l'un sans l'autre ne décrit rien.
  4. Comparer moyenne et médiane : leur écart est déjà une conclusion sur la symétrie de la série.
  5. Pour deux variables, calculer rr avant d'écrire la droite, et justifier que l'ajustement est légitime.
  6. Contrôler la droite : elle doit passer par le point moyen.
  7. Ne jamais conclure à une causalité à partir d'une corrélation. L'écrire noir sur blanc est souvent une question à part entière.
  8. Pour un intervalle de confiance, rappeler la taille de l'échantillon : c'est elle qui fait la précision.
Vérification rapideon peut se reprendre

1.On calcule r=0r = 0 entre deux séries. Que peut-on conclure ?

2.Les ventes de glaces et le nombre de noyades sont fortement corrélées. Que peut-on en déduire ?

3.Une série a pour moyenne 10 et pour écart-type 0. Que peut-on dire ?

4.On ajoute 5 à toutes les valeurs d'une série. Que deviennent la moyenne et l'écart-type ?

Synthèse

  • Population, individu, caractère, modalité. Un caractère qualitatif n'a ni moyenne ni écart-type.
  • ni=N\sum n_i = N et fi=1\sum f_i = 1 : le contrôle qui prend trois secondes. Les cumuls NiN_i et FiF_i servent ensuite à lire médiane et quantiles.
  • Moyenne : centre de gravité, utilise tout, sensible aux extrêmes. Médiane : robuste. Mode : seul indicateur des caractères qualitatifs.
  • Quantiles Q1Q_1, Q3Q_3IQR=Q3Q1\mathrm{IQR} = Q_3 - Q_1, dispersion robuste des 50 % centraux.
  • Variance V=(nixi2)/Nxˉ2V = (\sum n_ix_i^2)/N - \bar{x}^2, écart-type σ=V\sigma = \sqrt{V}, dans l'unité des données.
  • Diviser par NN pour décrire, par N1N - 1 pour estimer. numpy et pandas ne font pas le même choix par défaut.
  • Coefficient de variation CV=σ/xˉCV = \sigma /\bar{x} : sans unité, pour comparer des séries d'échelles différentes.
  • Boîte à moustaches : cinq nombres, aberrantes au-delà de 1,5×IQR1{,}5 \times \mathrm{IQR}. Faite pour comparer des séries.
  • Une valeur aberrante s'explique, elle ne s'efface pas.
  • describe() puis groupby() : les deux premières commandes sur un jeu de données inconnu.
  • Moyenne : centre de gravité, utilise tout, sensible aux extrêmes. Médiane : partage en deux moitiés, robuste.
  • Quartiles Q1Q_1, Q3Q_3écart interquartile Q3Q1Q_3 - Q_1, dispersion des 50 % centraux.
  • Variance V=(nixi2)/Nxˉ2V = (\sum n_ix_i^2)/N - \bar{x}^2, écart-type σ=V\sigma = \sqrt{V}, dans l'unité des données.
  • Ajouter une constante ne change pas l'écart-type ; multiplier par k multiplie moyenne et écart-type par k.
  • Boîte à moustaches : min, Q1Q_1, Me, Q3Q_3, max, pour comparer plusieurs séries d'un coup d'œil.
  • Corrélation r=cov/(σxσy)r = \operatorname{cov}/(\sigma _x\sigma _y), entre −1 et 1. Proche de ±1 = points alignés.
  • Corrélation ≠ causalité, et r=0r = 0 ≠ indépendance. Regarder toujours le nuage.
  • Régression : a=cov/V(x)a = \operatorname{cov}/V(x), b=yˉaxˉb = \bar{y} - a\bar{x}. La droite passe par le point moyen.
  • Intervalle de confiance à 95 % d'une proportion : f±1/nf \pm 1/\sqrt{n}. Pour deux fois plus de précision, quatre fois plus de données.

Mettre en pratique