Équations différentielles et oscillations
Ce que ce chapitre apporte7 points
- Écrire et résoudre l'équation caractéristique d'une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants.
- Distinguer les trois régimes selon le signe du discriminant et écrire la solution correspondante.
- Situer les racines de l'équation caractéristique dans le plan complexe et y lire le régime.
- Relier ces trois cas aux régimes physiques : apériodique, critique, pseudo-périodique.
- Identifier pulsation propre, période, facteur d'amortissement dans une équation.
- Trouver une solution particulière en régime forcé et interpréter la résonance.
- Déterminer les deux constantes à partir des conditions initiales.
L'équation du second ordre
Une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants s'écrit
, avec a, b, c constants et .
La structure de résolution est exactement la même qu'au premier ordre :
Seule différence : au second ordre, la solution homogène contient deux constantes libres. Il faudra donc deux conditions initiales pour les déterminer, typiquement une position et une vitesse de départ.
L'équation homogène et l'équation caractéristique
Pour résoudre , on cherche des solutions de la forme . Alors et , et l'équation devient :
Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, tout se ramène à une équation du second degré ordinaire.
L'équation caractéristique est . Son discriminant décide de la forme des solutions.
C'est le point remarquable du chapitre : un problème d'analyse se ramène entièrement à une équation du second degré, et les trois cas du discriminant correspondent à trois comportements physiques distincts.
Les trois cas
Cas 1 : : deux racines réelles distinctes et .
Aucune oscillation : une somme de deux exponentielles. Si les deux racines sont négatives, la solution décroît vers 0 sans jamais changer de signe. C'est le régime apériodique (ou surcritique) : le système revient à l'équilibre sans le dépasser, comme une porte munie d'un ferme-porte bien serré.
Cas 2 : : une racine double .
Le facteur devant la seconde constante est indispensable : sans lui, on n'aurait qu'une seule solution indépendante au lieu de deux. C'est le régime critique, celui du retour à l'équilibre le plus rapide possible sans dépassement. C'est le réglage recherché pour un amortisseur de voiture ou un galvanomètre.
Cas 3 : : deux racines complexes conjuguées , avec et .
C'est le régime pseudo-périodique : une oscillation de pulsation β, dont l'amplitude est modulée par l'enveloppe . Si , les oscillations s'amortissent ; si , elles durent indéfiniment.
→ → retour le plus rapide sans dépassement (critique).
Δ < 0 → → oscillations amorties (pseudo-périodique).Et dans tous les cas, c'est le signe de la partie réelle des racines qui dit si le système revient à l'équilibre (α négatif) ou s'emballe (α positif).
Les racines se lisent dans le plan complexe
Les trois cas ne sont pas trois règles à mémoriser séparément : c'est une seule situation, celle de deux racines dans le plan complexe, vue sous trois angles. Prenons trois systèmes de même pulsation propre , et faisons seulement varier l'amortissement.
Deux lectures, et elles suffisent à répondre à la plupart des questions du chapitre.
L'abscisse dit si le système revient. C'est la partie réelle α : à gauche de l'axe vertical le système s'éteint en , à droite il s'emballe. Un système est stable si et seulement si toutes ses racines sont dans le demi-plan de gauche, et c'est très exactement le critère qu'utilise l'automatique.
L'ordonnée dit s'il oscille. Une racine posée sur l'axe horizontal ne produit aucune oscillation ; une racine au-dessus donne un cosinus de pulsation égale à sa hauteur. Amortir un système, c'est faire glisser ses racines vers la gauche, et le régime critique est le moment précis où elles se rejoignent sur l'axe réel.
Cinq équations de même pulsation propre, dont seul l'amortissement change, montrent le déplacement des racines :
| Équation | Racines | Régime | |
|---|---|---|---|
| et | apériodique | ||
| (double) | critique | ||
| pseudo-périodique | |||
| oscillation entretenue | |||
| divergence |
Les quatre premières ont la même pulsation propre, : seul l'amortissement change, et c'est lui seul qui déplace les racines. La quatrième, sans amortissement du tout, a ses racines exactement sur l'axe vertical et oscille indéfiniment sans s'éteindre. La dernière a un amortissement négatif, ce qui pousse ses racines à droite de l'axe : la solution s'emballe au lieu de s'éteindre, et c'est le mode de défaillance qu'un asservissement mal réglé produit.
Ces trois régimes sont tracés côte à côte plus bas, dans la section sur l'oscillateur amorti : les voir superposés vaut mieux que de les imaginer un par un.
Une seule racine carrée sépare donc les trois régimes, et c'est la quantité à calculer en premier devant un système de ce genre.
L'oscillateur harmonique
C'est le cas le plus simple et le plus fondamental : pas de frottement, donc pas de terme en .
L'équation caractéristique est , dont les racines sont : purement imaginaires. On est dans le cas 3 avec , d'où :
est la pulsation propre, en rad/s. La période est et la fréquence .
Cette solution s'écrit aussi sous forme d'une seule sinusoïde :
, avec l'amplitude et φ la phase à l'origine.
Les deux écritures sont équivalentes : la première est commode pour appliquer les conditions initiales, la seconde pour lire l'amplitude. On passe de l'une à l'autre en développant .
Exemple travaillé. Traçons , qui est la seconde écriture avec , et .
Les trois se lisent sans calcul. L'amplitude vaut 2, c'est la hauteur atteinte. La période est l'écart entre les deux maximums marqués, , ce qui redonne bien . Et la phase se lit sur le premier maximum : il tombe en et non en zéro, parce que .
Exemples de systèmes régis par cette équation :
| Système | Équation | Pulsation propre |
|---|---|---|
| Masse-ressort | ||
| Pendule (petites oscillations) | ||
| Circuit LC |
L'oscillateur amorti
On ajoute un frottement proportionnel à la vitesse :
Le coefficient λ est le facteur d'amortissement (λ > 0). Le discriminant réduit vaut , ce qui donne les trois régimes selon la comparaison entre λ et ω₀ :
| Condition | Régime | Comportement |
|---|---|---|
| apériodique | retour lent, sans dépassement | |
| critique | retour le plus rapide sans dépassement | |
| pseudo-périodique | oscillations amorties |
Dans le troisième cas, les racines sont , et la pseudo-pulsation vaut . Elle est toujours inférieure à la pulsation propre : l'amortissement ralentit les oscillations, en plus de les réduire.
Les trois régimes se distinguent d'un coup d'œil. Voici les trois solutions d'un même système, de pulsation propre , lâché de la même hauteur et sans vitesse initiale, pour trois valeurs du facteur d'amortissement. Ce sont exactement les trois jeux de racines de la figure du plan complexe.
Les trois courbes partent de la même hauteur avec une vitesse nulle, et elles sont bien solutions de la même équation à l'amortissement près : c'est ce qui rend leur comparaison licite. Sans cette précaution, on comparerait trois systèmes différents et l'on n'en conclurait rien.
Le résultat le moins intuitif est celui du milieu : augmenter l'amortissement au-delà du régime critique ralentit le retour à l'équilibre au lieu de l'accélérer. C'est pour cela qu'un amortisseur de voiture est réglé au voisinage du cas critique, et non « le plus amorti possible ».
L'amplitude décroît comme . La quantité est le temps caractéristique d'extinction.
Exemple travaillé. , avec et .
Équation caractéristique : , , racines , soit et .
Conditions initiales : , et donne , donc . En reportant : , donc et .
Régime apériodique : les deux racines sont réelles et négatives, la solution tend vers 0 sans osciller.
Le régime forcé et la résonance
On excite maintenant le système par une force extérieure, typiquement sinusoïdale :
La solution générale est la somme de deux parties, dont l'interprétation physique est essentielle :
- la solution homogène, qui contient et s'éteint : c'est le régime transitoire ;
- la solution particulière, qui oscille à la pulsation ω de l'excitation et subsiste : c'est le régime permanent (ou forcé).
On cherche la solution particulière sous la forme , on injecte, et on identifie les coefficients de et de .
Exemple travaillé. Sur , avec un système au repos au départ, la solution complète et son régime permanent se superposent ainsi.
Le système part au repos, il oscille d'abord de façon compliquée, à deux pulsations mêlées, la sienne et celle qu'on lui impose. Puis fait son œuvre : au bout d'une quinzaine de secondes l'écart entre les deux courbes est descendu sous 1 %, et il ne subsiste que l'oscillation forcée, à la pulsation 1,2 de l'excitation et non à la pulsation propre 2.
C'est pourquoi une mesure faite trop tôt après une mise sous tension ne vaut rien : on mesure encore le transitoire. Attendre cinq temps caractéristiques, ici s, est la règle.
L'amplitude du régime permanent dépend de ω, et elle passe par un maximum lorsque ω est proche de : c'est la résonance.
En pratique, tout système réel possède un amortissement, qui borne l'amplitude à la résonance. Plus λ est petit, plus le pic est haut et étroit : c'est le facteur de qualité du système, recherché dans un filtre sélectif, redouté dans une structure mécanique.
La lecture est directe : à excitation constante, le système le moins amorti des trois répond près de cinq fois plus fort que le plus amorti, et seulement au voisinage de sa pulsation propre. C'est la raison pour laquelle on accorde une radio, et la raison pour laquelle on brise le pas cadencé sur un pont.
Et au-delà de , il n'y a plus de pic du tout : l'amplitude décroît dès la première pulsation. Un système très amorti n'a pas de résonance, il a une réponse qui s'affaisse.
Avec dix fois plus petit que , cela fait un facteur cinq, et c'est bien la hauteur du pic vert de la figure ci-dessus. Ce n'est pas une correction, c'est un changement de régime.
Conditions initiales
Deux constantes, donc deux conditions. Elles portent presque toujours sur la position et la vitesse initiales.
Pensons à dériver la solution avant d'utiliser la condition sur , sans oublier de dériver aussi la solution particulière.
Exemple travaillé. Sur , fixons la position de départ à et faisons varier la seule vitesse initiale.
C'est ce que les deux constantes autorisent, et rien de plus. La pulsation, elle, ne dépend d'aucune condition initiale : elle est inscrite dans l'équation, et c'est pour cela qu'une corde de guitare donne la même note quelle que soit la force du pincement.
Le régime, autant de fois qu'il faut
Quatre nombres se lisent sur l'équation caractéristique avant toute résolution, et ils suffisent à décrire entièrement le comportement : le seuil qui sépare les régimes, le discriminant qui dit lequel s'applique, la vitesse d'extinction et la pulsation réelle des oscillations.
Les quatre nombres d'un oscillateur amorti
Soit l'équation .
- L'amortissement critique,
- Le discriminant
- La partie réelle des racines
- La pseudo-pulsation, partie imaginaire des racines
Comparer la dernière réponse à la pulsation propre . Elle lui est toujours inférieure : un système amorti oscille plus lentement que le même système sans frottement, et l'écart grandit avec l'amortissement jusqu'à faire disparaître l'oscillation au seuil critique.
Où la démarche dérape
Un raisonnement qui sépare proprement l'amplitude et la fréquence, et qui se trompe sur la seconde.
Une fréquence que l'amortissement ne changerait pas
Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.
Soit un système régi par , avec un amortissement compris strictement entre 0 et 10. On cherche la pulsation de ses oscillations.
À calculer soi-même
Quatre nombres qui décrivent un même système : une masse de 2 kilogrammes sur un ressort de raideur 200. Ce sont les quatre grandeurs qu'on calcule en premier devant n'importe quel oscillateur.
Les quatre grandeurs d'un oscillateur
- 1.
La pulsation propre , pour et .
- 2.
La période propre correspondante.
- 3.
La valeur du coefficient d'amortissement qui place le système au régime critique.
- 4.
Avec un amortissement tel que , quelle est la pseudo-pulsation des oscillations ?
- 5.
Pour , à partir de quelle valeur de le régime cesse-t-il d'osciller ?
- 6.
Pour la même équation, la pseudo-pulsation quand , c'est-à-dire la partie imaginaire des racines.
Exercices type
Résoudre
, , racines = 3 et 2.
Les deux racines sont positives : toutes les solutions non nulles divergent.
Résoudre avec y(0) = 1 et y'(0) = 0
, racine double → régime critique.
. Et , donc , d'où .
Résoudre avec y(0) = 0 et y'(0) = 3
→ , donc .
. Et , donc et .
, oscillation d'amplitude 1 et de période .
Résoudre et donner la pseudo-période
, , racines .
Régime pseudo-périodique : pseudo-pulsation , donc pseudo-période . L'amplitude décroît comme , avec un temps caractéristique de 1 s.
Un circuit RLC a L = 1 H, C = 1 F. Quelle valeur de R donne le régime critique ?
L'équation est , soit ici .
Le régime critique correspond à , c'est-à-dire , donc .
En dessous : oscillations amorties. Au-dessus : retour apériodique, sans oscillation.
Résoudre
Homogène : → .
Particulière : le second membre est constant, on essaie . Alors , donc .
Le système oscille autour de la valeur d'équilibre 2, et non autour de 0 : le second membre constant a déplacé la position de repos.
La méthode sur feuille
- Normaliser : coefficient 1 devant .
- Écrire l'équation caractéristique et calculer Δ. C'est le nœud de tout l'exercice.
- Appliquer la forme correspondant au cas : les trois formes doivent être sues par cœur, il n'y a pas le temps de les redémontrer en 30 minutes.
- Nommer le régime (apériodique, critique, pseudo-périodique) : c'est souvent une question à part entière.
- Pour un second membre, chercher la solution particulière de la même forme, en vérifiant qu'elle n'est pas déjà solution de l'homogène.
- Additionner, puis appliquer les deux conditions initiales sur la solution complète.
- Contrôle : dériver deux fois et réinjecter. Vérifier aussi le comportement à l'infini : un système amorti doit tendre vers sa position d'équilibre.
- Situer les racines dans le plan complexe quand on doute du régime : à gauche de l'axe vertical le système revient, au-dessus de l'axe horizontal il oscille.
1.On augmente l'amortissement d'un système bien au-delà du régime critique. Le retour à l'équilibre est :
2.L'équation caractéristique a deux racines complexes conjuguées. Quel régime ?
3.La pseudo-pulsation d'un oscillateur amorti, comparée à sa pulsation propre :
4.Un système non amorti est excité exactement à sa pulsation propre. Que se passe-t-il ?
Synthèse
- : la structure est celle du premier ordre, avec deux constantes et donc deux conditions initiales.
- Tout repose sur l'équation caractéristique .
- → → apériodique.
- → → critique, le retour le plus rapide sans dépassement.
- → → pseudo-périodique, oscillations amorties.
- Le signe de α (partie réelle) dit si le système revient à l'équilibre ou diverge, et la partie imaginaire dit s'il oscille et à quelle pulsation. Les trois cas sont trois positions de racines dans le plan complexe, pas trois règles séparées.
- Oscillateur harmonique : pulsation propre, .
- Amorti : régime selon la comparaison de λ et ω₀ ; pseudo-pulsation .
- Régime forcé : le transitoire s'éteint, le permanent oscille à la pulsation imposée. Résonance quand , avec un facteur d'amplification ; sans amortissement, l'amplitude croît en et diverge.
- Conditions initiales en dernier, sur la solution complète.
Mettre en pratique
Pulsation propre, les trois régimes d'amortissement, et l'endroit où se place vraiment la résonance.
- Un système masse-ressort, de bout en boutNiveau 2
- Les trois régimes, et la frontière entre euxNiveau 3
- Où se place vraiment la résonanceNiveau 3