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Équations différentielles et oscillations

Ce que ce chapitre apporte7 points
  • Écrire et résoudre l'équation caractéristique d'une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants.
  • Distinguer les trois régimes selon le signe du discriminant et écrire la solution correspondante.
  • Situer les racines de l'équation caractéristique dans le plan complexe et y lire le régime.
  • Relier ces trois cas aux régimes physiques : apériodique, critique, pseudo-périodique.
  • Identifier pulsation propre, période, facteur d'amortissement dans une équation.
  • Trouver une solution particulière en régime forcé et interpréter la résonance.
  • Déterminer les deux constantes à partir des conditions initiales.
Une masse au bout d'un ressort, un pendule, un circuit RLC, une aile d'avion, un pont sous le vent : ce sont physiquement des objets sans rapport, et ils obéissent tous à la même équation. C'est l'un des faits les plus utiles de toute la physique. Apprendre à résoudre y+ay+by=fy'' + ay' + by = f, c'est apprendre à traiter d'un coup tous les systèmes qui oscillent.

L'équation du second ordre

Définition

Une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants s'écrit

ay+by+cy=f(x)a y'' + b y' + c y = f(x),   avec a, b, c constants et a0a \neq 0.

La structure de résolution est exactement la même qu'au premier ordre :

Le théorème de structure, à nouveau
Solution générale = solution générale de l'équation homogène + une solution particulière de l'équation complète.
Seule différence : au second ordre, la solution homogène contient deux constantes libres. Il faudra donc deux conditions initiales pour les déterminer, typiquement une position et une vitesse de départ.

L'équation homogène et l'équation caractéristique

Pour résoudre ay+by+cy=0a y'' + b y' + c y = 0, on cherche des solutions de la forme y=erxy = e^{rx}. Alors y=rerxy' = r e^{rx} et y=r2erxy'' = r^2 e^{rx}, et l'équation devient :

erx(ar2+br+c)=0e^{rx} (a r^2 + b r + c) = 0

Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, tout se ramène à une équation du second degré ordinaire.

Définition

L'équation caractéristique est ar2+br+c=0a r^2 + b r + c = 0. Son discriminant Δ=b24ac\Delta = b^2 - 4ac décide de la forme des solutions.

C'est le point remarquable du chapitre : un problème d'analyse se ramène entièrement à une équation du second degré, et les trois cas du discriminant correspondent à trois comportements physiques distincts.

Les trois cas

Cas 1 : Δ>0\Delta > 0 : deux racines réelles distinctes r1r_1 et r2r_2.

y(x)=Aer1x+Ber2xy(x) = A e^{r_1x} + B e^{r_2x}

Aucune oscillation : une somme de deux exponentielles. Si les deux racines sont négatives, la solution décroît vers 0 sans jamais changer de signe. C'est le régime apériodique (ou surcritique) : le système revient à l'équilibre sans le dépasser, comme une porte munie d'un ferme-porte bien serré.

Cas 2 : Δ=0\Delta = 0 : une racine double r0=b/(2a)r_0 = -b/(2a).

y(x)=(A+Bx)er0xy(x) = (A + Bx) e^{r_0x}

Le facteur xx devant la seconde constante est indispensable : sans lui, on n'aurait qu'une seule solution indépendante au lieu de deux. C'est le régime critique, celui du retour à l'équilibre le plus rapide possible sans dépassement. C'est le réglage recherché pour un amortisseur de voiture ou un galvanomètre.

Cas 3 : Δ<0\Delta < 0 : deux racines complexes conjuguées r=α±iβr = \alpha \pm i\beta, avec α=b/(2a)\alpha = -b/(2a) et β=Δ/(2a)\beta = \sqrt{-\Delta }/(2a).

y(x)=eαx(Acosβx+Bsinβx)y(x) = e^{\alpha x} (A \cos \beta x + B \sin \beta x)

C'est le régime pseudo-périodique : une oscillation de pulsation β, dont l'amplitude est modulée par l'enveloppe eαxe^{\alpha x}. Si α<0\alpha < 0, les oscillations s'amortissent ; si α=0\alpha = 0, elles durent indéfiniment.

Le tableau à retenir
Δ>0\Delta > 0 → deux exponentielles → pas d'oscillation, retour lent (apériodique).
Δ=0\Delta = 0(A+Bx)er0x(A + Bx)e^{r_0x}retour le plus rapide sans dépassement (critique).
Δ < 0eαx(Acosβx+Bsinβx)e^{\alpha x}(A \cos \beta x + B \sin \beta x)oscillations amorties (pseudo-périodique).
Et dans tous les cas, c'est le signe de la partie réelle des racines qui dit si le système revient à l'équilibre (α négatif) ou s'emballe (α positif).

Les racines se lisent dans le plan complexe

Les trois cas ne sont pas trois règles à mémoriser séparément : c'est une seule situation, celle de deux racines dans le plan complexe, vue sous trois angles. Prenons trois systèmes de même pulsation propre ω0=3\omega _0 = 3, et faisons seulement varier l'amortissement.

partie réellepartie imaginaire-7-6-5-4-3-2-11-4-3-2-11234r₁, apériodiquer₂, apériodiqueracine double, critiquepseudo-périodiquesa conjuguée
Les racines de l'équation caractéristique pour trois amortissements d'un même système. Toutes sont à gauche de l'axe vertical, donc les trois solutions s'éteignent. Ce qui change est la hauteur : nulle, les racines sont réelles et il n'y a pas d'oscillation ; non nulle, elle donne la pseudo-pulsation.

Deux lectures, et elles suffisent à répondre à la plupart des questions du chapitre.

L'abscisse dit si le système revient. C'est la partie réelle α : à gauche de l'axe vertical le système s'éteint en eαte^{\alpha t}, à droite il s'emballe. Un système est stable si et seulement si toutes ses racines sont dans le demi-plan de gauche, et c'est très exactement le critère qu'utilise l'automatique.

L'ordonnée dit s'il oscille. Une racine posée sur l'axe horizontal ne produit aucune oscillation ; une racine au-dessus donne un cosinus de pulsation égale à sa hauteur. Amortir un système, c'est faire glisser ses racines vers la gauche, et le régime critique est le moment précis où elles se rejoignent sur l'axe réel.

Cinq équations de même pulsation propre, dont seul l'amortissement change, montrent le déplacement des racines :

ÉquationΔ\DeltaRacinesRégime
y+7,5y+9y=0y'' + 7{,}5\,y' + 9y = 0+20,25+20{,}256-6 et 1,5-1{,}5apériodique
y+6y+9y=0y'' + 6\,y' + 9y = 0003-3 (double)critique
y+0,8y+9y=0y'' + 0{,}8\,y' + 9y = 035,36-35{,}360,40±2,97i-0{,}40 \pm 2{,}97\,ipseudo-périodique
y+9y=0y'' + 9y = 036-36±3i\pm 3ioscillation entretenue
yy+9y=0y'' - y' + 9y = 035-35+0,50±2,96i+0{,}50 \pm 2{,}96\,idivergence

Les quatre premières ont la même pulsation propre, 9=3\sqrt{9} = 3 : seul l'amortissement change, et c'est lui seul qui déplace les racines. La quatrième, sans amortissement du tout, a ses racines exactement sur l'axe vertical et oscille indéfiniment sans s'éteindre. La dernière a un amortissement négatif, ce qui pousse ses racines à droite de l'axe : la solution s'emballe au lieu de s'éteindre, et c'est le mode de défaillance qu'un asservissement mal réglé produit.

Ces trois régimes sont tracés côte à côte plus bas, dans la section sur l'oscillateur amorti : les voir superposés vaut mieux que de les imaginer un par un.

Le seuil se calcule, il ne s'essaie pas
Pour my+cy+ky=0m\,y'' + c\,y' + k\,y = 0, le discriminant vaut c24mkc^2 - 4mk, et il change de signe en c=2mkc = 2\sqrt{mk}. C'est l'amortissement critique : en dessous le système oscille avant de revenir, au-dessus il revient sans osciller mais plus lentement, et exactement dessus il revient au repos le plus vite possible.
Une seule racine carrée sépare donc les trois régimes, et c'est la quantité à calculer en premier devant un système de ce genre.

L'oscillateur harmonique

C'est le cas le plus simple et le plus fondamental : pas de frottement, donc pas de terme en yy'.

y+ω02y=0y'' + \omega _0^2 y = 0

L'équation caractéristique est r2+ω02=0r^2 + \omega _0^2 = 0, dont les racines sont ±iω0\pm i\omega _0 : purement imaginaires. On est dans le cas 3 avec α=0\alpha = 0, d'où :

y(t)=Acos(ω0t)+Bsin(ω0t)y(t) = A \cos(\omega _0t) + B \sin(\omega _0t)
Définitions

ω0\omega _0 est la pulsation propre, en rad/s. La période est T=2π/ω0T = 2\pi /\omega _0 et la fréquence f=1/T=ω0/(2π)f = 1/T = \omega _0/(2\pi ).

Cette solution s'écrit aussi sous forme d'une seule sinusoïde :

y(t)=Ccos(ω0tφ)y(t) = C \cos(\omega _0t - \varphi ),   avec C=A2+B2C = \sqrt{A^2 + B^2} l'amplitude et φ la phase à l'origine.

Les deux écritures sont équivalentes : la première est commode pour appliquer les conditions initiales, la seconde pour lire l'amplitude. On passe de l'une à l'autre en développant cos(ω0tφ)\cos(\omega _0t - \varphi ).

Exemple travaillé. Traçons y(t)=2cos(2tπ/3)y(t) = 2\cos(2t - \pi /3), qui est la seconde écriture avec C=2C = 2, ω0=2\omega _0 = 2 et φ=π/3\varphi = \pi /3.

0,511,522,533,544,555,566,5-2,5-2-1,5-1-0,50,511,522,5ty(t)premier maximumle suivant, une période plus tard
f(x) = 2cos(2x - 1.0472)
Les trois nombres qui décrivent une sinusoïde se lisent tous sur le dessin. L'amplitude C est la hauteur des maximums, la période T l'écart entre deux d'entre eux, et la phase φ le décalage du premier maximum par rapport à l'instant zéro.

Les trois se lisent sans calcul. L'amplitude vaut 2, c'est la hauteur atteinte. La période est l'écart entre les deux maximums marqués, 3,670,52=π3{,}67 - 0{,}52 = \pi, ce qui redonne bien T=2π/ω0=2π/2T = 2\pi /\omega _0 = 2\pi /2. Et la phase se lit sur le premier maximum : il tombe en t=π/6t = \pi /6 et non en zéro, parce que φ/ω0=(π/3)/2=π/6\varphi /\omega _0 = (\pi /3)/2 = \pi /6.

La phase n'est pas un décalage en temps
φ vaut ici π/3\pi /3, mais le décalage du maximum vaut π/6\pi /6. Le rapport entre les deux est ω0\omega _0, et l'oublier est l'erreur classique : une phase est un angle, un retard est une durée, et l'on passe de l'un à l'autre en divisant par la pulsation.

Exemples de systèmes régis par cette équation :

SystèmeÉquationPulsation propre
Masse-ressortmy+ky=0m y'' + k y = 0ω0=k/m\omega _0 = \sqrt{k/m}
Pendule (petites oscillations)θ+(g/L)θ=0\theta '' + (g/L) \theta = 0ω0=g/L\omega _0 = \sqrt{g/L}
Circuit LCLq+q/C=0L q'' + q/C = 0ω0=1/LC\omega _0 = 1/\sqrt{LC}
Ce que ce tableau raconte
Trois dispositifs sans aucun rapport physique, et la même équation. C'est pour cela qu'on peut simuler un système mécanique par un circuit électrique, et que le vocabulaire (résonance, amortissement, facteur de qualité) est commun à toutes ces disciplines.

L'oscillateur amorti

On ajoute un frottement proportionnel à la vitesse :

y+2λy+ω02y=0y'' + 2\lambda y' + \omega _0^2 y = 0

Le coefficient λ est le facteur d'amortissement (λ > 0). Le discriminant réduit vaut λ2ω02\lambda ^2 - \omega _0^2, ce qui donne les trois régimes selon la comparaison entre λ et ω₀ :

ConditionRégimeComportement
λ>ω0\lambda > \omega _0apériodiqueretour lent, sans dépassement
λ=ω0\lambda = \omega _0critiqueretour le plus rapide sans dépassement
λ<ω0\lambda < \omega _0pseudo-périodiqueoscillations amorties

Dans le troisième cas, les racines sont λ±iω02λ2-\lambda \pm i\sqrt{\omega _0^2 - \lambda ^2}, et la pseudo-pulsation vaut ω=ω02λ2\omega = \sqrt{\omega _0^2 - \lambda ^2}. Elle est toujours inférieure à la pulsation propre : l'amortissement ralentit les oscillations, en plus de les réduire.

Les trois régimes se distinguent d'un coup d'œil. Voici les trois solutions d'un même système, de pulsation propre ω0=3\omega _0 = 3, lâché de la même hauteur et sans vitesse initiale, pour trois valeurs du facteur d'amortissement. Ce sont exactement les trois jeux de racines de la figure du plan complexe.

0,511,522,533,544,555,56-0,6-0,4-0,20,20,40,60,81ty(t)
f(x) = exp(-0.4x)cos(2.9732x) + 0.1345exp(-0.4x)sin(2.9732x) vaut 0,04g(x) = (1 + 3x)exp(-3x) vaut 0h(x) = 1.3333exp(-1.5x) - 0.3333exp(-6x) vaut 0
Valeurs pour t = 6, le bord droit de la figure.
En vert le régime pseudo-périodique (λ = 0,4) : il oscille en s'éteignant. En orange le régime critique (λ = 3 = ω₀) : il revient à zéro sans jamais le dépasser, et c'est le plus rapide à le faire. En rouge le régime apériodique (λ = 3,75) : il revient aussi, mais plus lentement.
À manipuler
Élargir l'axe du temps jusqu'au bout du curseur. Le régime pseudo-périodique continue d'osciller bien après qu'on ait cessé de le voir sur la vue de départ, mais son amplitude est devenue invisible à l'échelle du dessin. Chercher le moment où les trois courbes deviennent indiscernables de l'axe : c'est le temps au bout duquel le système est revenu au repos, quelle que soit la façon dont il y est revenu.

Les trois courbes partent de la même hauteur avec une vitesse nulle, et elles sont bien solutions de la même équation à l'amortissement près : c'est ce qui rend leur comparaison licite. Sans cette précaution, on comparerait trois systèmes différents et l'on n'en conclurait rien.

Le résultat le moins intuitif est celui du milieu : augmenter l'amortissement au-delà du régime critique ralentit le retour à l'équilibre au lieu de l'accélérer. C'est pour cela qu'un amortisseur de voiture est réglé au voisinage du cas critique, et non « le plus amorti possible ».

L'amplitude décroît comme eλte^{-\lambda t}. La quantité 1/λ1/\lambda est le temps caractéristique d'extinction.

Exemple travaillé. y+4y+3y=0y'' + 4y' + 3y = 0, avec y(0)=2y(0) = 2 et y(0)=0y'(0) = 0.

Équation caractéristique : r2+4r+3=0r^2 + 4r + 3 = 0, Δ=1612=4>0\Delta = 16 - 12 = 4 > 0, racines r=(4±2)/2r = (-4 \pm 2)/2, soit 1-1 et 3-3.

y(t)=Aet+Be3ty(t) = A e^{-t} + B e^{-3t}

Conditions initiales : y(0)=A+B=2y(0) = A + B = 2, et y(t)=Aet3Be3ty'(t) = -A e^{-t} - 3B e^{-3t} donne y(0)=A3B=0y'(0) = -A - 3B = 0, donc A=3BA = -3B. En reportant : 3B+B=2-3B + B = 2, donc B=1B = -1 et A=3A = 3.

y(t)=3ete3ty(t) = 3e^{-t} - e^{-3t}

Régime apériodique : les deux racines sont réelles et négatives, la solution tend vers 0 sans osciller.

Le régime forcé et la résonance

On excite maintenant le système par une force extérieure, typiquement sinusoïdale :

y+2λy+ω02y=Fcos(ωt)y'' + 2\lambda y' + \omega _0^2 y = F \cos(\omega t)

La solution générale est la somme de deux parties, dont l'interprétation physique est essentielle :

  • la solution homogène, qui contient eλte^{-\lambda t} et s'éteint : c'est le régime transitoire ;
  • la solution particulière, qui oscille à la pulsation ω de l'excitation et subsiste : c'est le régime permanent (ou forcé).
Le résultat physique central
Au bout de quelques temps caractéristiques, le système oublie ses conditions initiales et oscille à la pulsation qu'on lui impose, pas à la sienne. C'est pourquoi, en pratique, on ne s'intéresse qu'au régime permanent : le transitoire a disparu.

On cherche la solution particulière sous la forme y=Pcos(ωt)+Qsin(ωt)y = P \cos(\omega t) + Q \sin(\omega t), on injecte, et on identifie les coefficients de cos\cos et de sin\sin.

Exemple travaillé. Sur y+0,6y+4y=3cos(1,2t)y'' + 0{,}6\, y' + 4y = 3\cos(1{,}2\, t), avec un système au repos au départ, la solution complète et son régime permanent se superposent ainsi.

24681012141618-1,4-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,4ty(t)
f(x) = 1.086cos(1.2x) + 0.3054sin(1.2x) - 1.086exp(-0.3x)cos(1.9774x) - 0.3501exp(-0.3x)sin(1.9774x)g(x) = 1.086cos(1.2x) + 0.3054sin(1.2x)
En vert la solution complète, partie de zéro et sans vitesse ; en orange le seul régime permanent. Les deux courbes sont d'abord très différentes, puis deviennent indiscernables : le transitoire s'est éteint et le système a oublié d'où il partait.

Le système part au repos, il oscille d'abord de façon compliquée, à deux pulsations mêlées, la sienne et celle qu'on lui impose. Puis e0,3te^{-0{,}3t} fait son œuvre : au bout d'une quinzaine de secondes l'écart entre les deux courbes est descendu sous 1 %, et il ne subsiste que l'oscillation forcée, à la pulsation 1,2 de l'excitation et non à la pulsation propre 2.

Ce que cela veut dire en pratique
Un système forcé finit toujours par osciller à la fréquence qu'on lui impose, jamais à la sienne. La sienne ne décide que de l'amplitude de la réponse, par la courbe de résonance ci-dessous, et de la durée du transitoire, par son amortissement.
C'est pourquoi une mesure faite trop tôt après une mise sous tension ne vaut rien : on mesure encore le transitoire. Attendre cinq temps caractéristiques, ici 5/λ175/\lambda \approx 17 s, est la règle.

L'amplitude du régime permanent dépend de ω, et elle passe par un maximum lorsque ω est proche de ω0\omega _0 : c'est la résonance.

Le cas non amorti
Quand λ=0\lambda = 0 et ω=ω0\omega = \omega_0, la forme Pcos(ω0t)+Qsin(ω0t)P\cos(\omega_0 t) + Q\sin(\omega_0 t) est déjà solution de l'homogène : elle ne peut pas convenir. Il faut la multiplier par t, et la solution particulière devient proportionnelle à tsin(ω0t)t\sin(\omega_0 t), une amplitude qui croît linéairement sans limite. C'est la résonance destructrice : sans amortissement, le système finit par se casser. Retenons le lien : c'est le même « cas résonnant » qu'au premier ordre, quand la forme essayée était déjà solution de l'homogène.

En pratique, tout système réel possède un amortissement, qui borne l'amplitude à la résonance. Plus λ est petit, plus le pic est haut et étroit : c'est le facteur de qualité du système, recherché dans un filtre sélectif, redouté dans une structure mécanique.

0,20,40,60,811,21,41,61,822,22,40,511,522,533,544,555,5ω (pulsation d'excitation)amplitudele pic, à λ = 0,1
f(x) = 1/sqrt((1 - x^2)^2 + 0.04x^2)g(x) = 1/sqrt((1 - x^2)^2 + 0.25x^2)h(x) = 1/sqrt((1 - x^2)^2 + 1.44x^2)
L'amplitude du régime permanent en fonction de la pulsation d'excitation, pour λ = 0,1 puis 0,25 puis 0,6. La pulsation propre vaut 1. En vert, l'amortissement le plus faible : le pic est haut et étroit. En rouge, le plus fort : il n'y a presque plus de pic.

La lecture est directe : à excitation constante, le système le moins amorti des trois répond près de cinq fois plus fort que le plus amorti, et seulement au voisinage de sa pulsation propre. C'est la raison pour laquelle on accorde une radio, et la raison pour laquelle on brise le pas cadencé sur un pont.

Le maximum n'est pas exactement en ω₀
Le pic tombe en ω=ω022λ2\omega = \sqrt{\omega _0^2 - 2\lambda ^2}, donc toujours un peu en dessous de la pulsation propre, et d'autant plus bas que l'amortissement est fort. Sur la courbe verte, à peine perceptible, il tombe en 0,99 ; sur la rouge, en 0,53.
Et au-delà de λ=ω0/2\lambda = \omega _0/\sqrt{2}, il n'y a plus de pic du tout : l'amplitude décroît dès la première pulsation. Un système très amorti n'a pas de résonance, il a une réponse qui s'affaisse.
Un ordre de grandeur à garder
L'amplitude à la résonance vaut environ F/(2λω0)F/(2\lambda \omega _0), et l'amplitude en régime statique vaut F/ω02F/\omega _0^2. Le facteur d'amplification est le rapport des deux, soit ω0/(2λ)\omega _0/(2\lambda ), un nombre sans dimension qui ne dépend que de l'amortissement relatif.
Avec λ\lambda dix fois plus petit que ω0\omega _0, cela fait un facteur cinq, et c'est bien la hauteur du pic vert de la figure ci-dessus. Ce n'est pas une correction, c'est un changement de régime.

Conditions initiales

Deux constantes, donc deux conditions. Elles portent presque toujours sur la position et la vitesse initiales.

L'ordre à respecter
On écrit d'abord la solution complète (homogène + particulière), puis on applique les conditions initiales. Les appliquer sur la seule partie homogène est l'erreur la plus fréquente du chapitre, et elle produit une réponse fausse qui a l'air correcte.

Pensons à dériver la solution avant d'utiliser la condition sur y(0)y'(0), sans oublier de dériver aussi la solution particulière.

Exemple travaillé. Sur y+9y=0y'' + 9y = 0, fixons la position de départ à y(0)=1y(0) = 1 et faisons varier la seule vitesse initiale.

0,511,522,533,54-1,6-1,4-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,6ty(t)même position de départ
f(x) = cos(3x)g(x) = cos(3x) + sin(3x)
Deux solutions de la même équation, partant du même point. En vert celle lâchée sans vitesse, en orange celle lancée avec y'(0) = 3. La seconde monte plus haut et son maximum arrive plus tôt : une vitesse initiale change l'amplitude ET la phase, jamais la pulsation.

C'est ce que les deux constantes autorisent, et rien de plus. La pulsation, elle, ne dépend d'aucune condition initiale : elle est inscrite dans l'équation, et c'est pour cela qu'une corde de guitare donne la même note quelle que soit la force du pincement.

Le régime, autant de fois qu'il faut

Quatre nombres se lisent sur l'équation caractéristique avant toute résolution, et ils suffisent à décrire entièrement le comportement : le seuil qui sépare les régimes, le discriminant qui dit lequel s'applique, la vitesse d'extinction et la pulsation réelle des oscillations.

Les quatre nombres d'un oscillateur amorti

Soit l'équation y+24y+169y=0y'' + 24\,y' + 169\,y = 0.

  1. L'amortissement critique, 2mk2\sqrt{mk}
  2. Le discriminant c24mkc^2 - 4mk
  3. La partie réelle des racines
  4. La pseudo-pulsation, partie imaginaire des racines

Comparer la dernière réponse à la pulsation propre k\sqrt{k}. Elle lui est toujours inférieure : un système amorti oscille plus lentement que le même système sans frottement, et l'écart grandit avec l'amortissement jusqu'à faire disparaître l'oscillation au seuil critique.

Où la démarche dérape

Un raisonnement qui sépare proprement l'amplitude et la fréquence, et qui se trompe sur la seconde.

Une fréquence que l'amortissement ne changerait pas

Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.

Soit un système régi par y+cy+25y=0y'' + c\,y' + 25\,y = 0, avec un amortissement cc compris strictement entre 0 et 10. On cherche la pulsation de ses oscillations.

À calculer soi-même

Quatre nombres qui décrivent un même système : une masse de 2 kilogrammes sur un ressort de raideur 200. Ce sont les quatre grandeurs qu'on calcule en premier devant n'importe quel oscillateur.

Les quatre grandeurs d'un oscillateur

  • 1.

    La pulsation propre ω0\omega_0, pour k=200k = 200 et m=2m = 2.

  • 2.

    La période propre correspondante.

  • 3.

    La valeur du coefficient d'amortissement qui place le système au régime critique.

  • 4.

    Avec un amortissement tel que λ=6\lambda = 6, quelle est la pseudo-pulsation des oscillations ?

  • 5.

    Pour y+cy+4y=0y'' + c\,y' + 4y = 0, à partir de quelle valeur de cc le régime cesse-t-il d'osciller ?

  • 6.

    Pour la même équation, la pseudo-pulsation quand c=2c = 2, c'est-à-dire la partie imaginaire des racines.

Exercices type

Résoudre y5y+6y=0y'' - 5y' + 6y = 0

r25r+6=0r^2 - 5r + 6 = 0, Δ=2524=1\Delta = 25 - 24 = 1, racines (5±1)/2(5 \pm 1)/2 = 3 et 2.

y(x)=Ae3x+Be2xy(x) = A e^{3x} + B e^{2x}

Les deux racines sont positives : toutes les solutions non nulles divergent.

Résoudre y+4y+4y=0y'' + 4y' + 4y = 0 avec y(0) = 1 et y'(0) = 0

r2+4r+4=(r+2)2=0r^2 + 4r + 4 = (r+2)^2 = 0, racine double r=2r = -2régime critique.

y(x)=(A+Bx)e2xy(x) = (A + Bx)e^{-2x}

y(0)=A=1y(0) = A = 1. Et y(x)=Be2x2(A+Bx)e2xy'(x) = B e^{-2x} - 2(A + Bx)e^{-2x}, donc y(0)=B2A=0y'(0) = B - 2A = 0, d'où B=2B = 2.

y(x)=(1+2x)e2xy(x) = (1 + 2x)e^{-2x}

Résoudre y+9y=0y'' + 9y = 0 avec y(0) = 0 et y'(0) = 3

r2+9=0r^2 + 9 = 0r=±3ir = \pm 3i, donc ω0=3\omega _0 = 3.

y(t)=Acos3t+Bsin3ty(t) = A \cos 3t + B \sin 3t

y(0)=A=0y(0) = A = 0. Et y(t)=3Asin3t+3Bcos3ty'(t) = -3A \sin 3t + 3B \cos 3t, donc y(0)=3B=3y'(0) = 3B = 3 et B=1B = 1.

y(t)=sin(3t)y(t) = \sin(3t), oscillation d'amplitude 1 et de période T=2π/32,09sT = 2\pi /3 \approx 2{,}09 s.

Résoudre y+2y+5y=0y'' + 2y' + 5y = 0 et donner la pseudo-période

r2+2r+5=0r^2 + 2r + 5 = 0, Δ=420=16\Delta = 4 - 20 = -16, racines (2±4i)/2=1±2i(-2 \pm 4i)/2 = -1 \pm 2i.

y(t)=et(Acos2t+Bsin2t)y(t) = e^{-t}(A \cos 2t + B \sin 2t)

Régime pseudo-périodique : pseudo-pulsation ω=2\omega = 2, donc pseudo-période T=2π/2=T = 2\pi /2 = π3,14s\pi \approx 3{,}14 s. L'amplitude décroît comme ete^{-t}, avec un temps caractéristique de 1 s.

Un circuit RLC a L = 1 H, C = 1 F. Quelle valeur de R donne le régime critique ?

L'équation est Lq+Rq+q/C=0L q'' + R q' + q/C = 0, soit ici q+Rq+q=0q'' + R q' + q = 0.

Le régime critique correspond à Δ=0\Delta = 0, c'est-à-dire R24=0R^2 - 4 = 0, donc R=2ΩR = 2 \Omega.

En dessous : oscillations amorties. Au-dessus : retour apériodique, sans oscillation.

Résoudre y+y=2y'' + y = 2

Homogène : r2+1=0r^2 + 1 = 0yh=Acost+Bsinty_h = A \cos t + B \sin t.

Particulière : le second membre est constant, on essaie y=ky = k. Alors 0+k=20 + k = 2, donc k=2k = 2.

y(t)=Acost+Bsint+2y(t) = A \cos t + B \sin t + 2

Le système oscille autour de la valeur d'équilibre 2, et non autour de 0 : le second membre constant a déplacé la position de repos.

La méthode sur feuille

  1. Normaliser : coefficient 1 devant yy''.
  2. Écrire l'équation caractéristique et calculer Δ. C'est le nœud de tout l'exercice.
  3. Appliquer la forme correspondant au cas : les trois formes doivent être sues par cœur, il n'y a pas le temps de les redémontrer en 30 minutes.
  4. Nommer le régime (apériodique, critique, pseudo-périodique) : c'est souvent une question à part entière.
  5. Pour un second membre, chercher la solution particulière de la même forme, en vérifiant qu'elle n'est pas déjà solution de l'homogène.
  6. Additionner, puis appliquer les deux conditions initiales sur la solution complète.
  7. Contrôle : dériver deux fois et réinjecter. Vérifier aussi le comportement à l'infini : un système amorti doit tendre vers sa position d'équilibre.
  8. Situer les racines dans le plan complexe quand on doute du régime : à gauche de l'axe vertical le système revient, au-dessus de l'axe horizontal il oscille.
Vérification rapideon peut se reprendre

1.On augmente l'amortissement d'un système bien au-delà du régime critique. Le retour à l'équilibre est :

2.L'équation caractéristique a deux racines complexes conjuguées. Quel régime ?

3.La pseudo-pulsation d'un oscillateur amorti, comparée à sa pulsation propre :

4.Un système non amorti est excité exactement à sa pulsation propre. Que se passe-t-il ?

Synthèse

  • ay+by+cy=fa y'' + b y' + c y = f : la structure est celle du premier ordre, avec deux constantes et donc deux conditions initiales.
  • Tout repose sur l'équation caractéristique ar2+br+c=0ar^2 + br + c = 0.
  • Δ>0\Delta > 0Aer1x+Ber2xA e^{r_1x} + B e^{r_2x}apériodique.
  • Δ=0\Delta = 0(A+Bx)er0x(A + Bx)e^{r_0x}critique, le retour le plus rapide sans dépassement.
  • Δ<0\Delta < 0eαx(Acosβx+Bsinβx)e^{\alpha x}(A \cos \beta x + B \sin \beta x)pseudo-périodique, oscillations amorties.
  • Le signe de α (partie réelle) dit si le système revient à l'équilibre ou diverge, et la partie imaginaire dit s'il oscille et à quelle pulsation. Les trois cas sont trois positions de racines dans le plan complexe, pas trois règles séparées.
  • Oscillateur harmonique y+ω02y=0y'' + \omega _0^2y = 0 : ω0\omega _0 pulsation propre, T=2π/ω0T = 2\pi /\omega _0.
  • Amorti y+2λy+ω02y=0y'' + 2\lambda y' + \omega _0^2y = 0 : régime selon la comparaison de λ et ω₀ ; pseudo-pulsation ω=ω02λ2<ω0\omega = \sqrt{\omega _0^2 - \lambda ^2} < \omega _0.
  • Régime forcé : le transitoire s'éteint, le permanent oscille à la pulsation imposée. Résonance quand ωω0\omega \approx \omega _0, avec un facteur d'amplification ω0/(2λ)\omega _0/(2\lambda ) ; sans amortissement, l'amplitude croît en tt et diverge.
  • Conditions initiales en dernier, sur la solution complète.

Mettre en pratique