Aller au contenu principal

Intégrales multiples

Ce que ce chapitre apporte6 points
  • Interpréter une intégrale double comme un volume, une aire ou une masse.
  • Décrire un domaine plan par des inégalités et écrire les bornes correspondantes.
  • Calculer une intégrale double sur un rectangle, puis sur un domaine quelconque.
  • Intervertir l'ordre d'intégration et savoir pourquoi c'est parfois indispensable.
  • Passer en coordonnées polaires et ne pas oublier le jacobien.
  • Calculer une intégrale triple et connaître les coordonnées cylindriques et sphériques.
Une intégrale simple accumule une grandeur le long d'un segment. Mais une plaque a une masse répartie sur une surface, un solide a une inertie répartie dans un volume, et un champ traverse une région entière. Il faut donc savoir accumuler sur un domaine à deux ou trois dimensions. La bonne nouvelle : on ne fait que des intégrales simples, les unes après les autres.

L'idée

Définition

L'intégrale double de f sur un domaine D du plan, notée Df(x,y)dxdy\iint _D f(x,y) dx dy, est la limite des sommes f(xi,yi)ΔA\sum f(x_i,y_i) \Delta A quand on découpe D en petits morceaux d'aire ΔA de plus en plus fins.

Trois lectures selon ce qu'on intègre :

Ce qu'on intègreCe qu'on obtient
f(x,y)0f(x,y) \geq 0le volume entre la surface z=f(x,y)z = f(x,y) et le domaine D
11l'aire de D
une densité surfacique ρ(x,y)\rho (x,y)la masse de la plaque D

C'est le même passage que de la longueur à l'aire : au lieu de découper un segment en petits dxdx, on découpe une surface en petits dxdydx dy.

Reste à savoir de quoi on parle quand on dit « un domaine D du plan ». En voici un, sans rien de particulier.

012012entre par x^2/4sort par 2 + 0.5sin(3x)xy
x = 1,4

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,49 à 1,56

Un domaine du plan, pris au hasard. Il est délimité en bas et en haut par deux courbes, et à gauche et à droite par deux abscisses. Toute la difficulté du chapitre tient à traduire cette image en quatre bornes, et c'est la flèche orange qui sert à le faire. Aire du domaine : 3,807.

Rien dans ce dessin ne dit ce qu'on intègre : le domaine est le terrain, la fonction est ce qu'on y accumule. Les deux se choisissent indépendamment, et l'on peut très bien intégrer la même fonction sur deux domaines différents, ou deux fonctions sur le même.

Le théorème de Fubini

Théorème

Sous des hypothèses vérifiées pour toutes les fonctions du programme, une intégrale double se calcule comme deux intégrales simples successives, et l'ordre peut être choisi librement :

Dfdxdy=(fdx)dy=(fdy)dx\iint _D f dx dy = \int ( \int f dx ) dy = \int ( \int f dy ) dx
La mécanique de calcul
On intègre d'abord par rapport à une variable, en traitant l'autre comme une constante, exactement comme on dérive partiellement. On obtient une fonction de la seule variable restante, qu'on intègre ensuite normalement. Il n'y a rien de nouveau à savoir calculer : uniquement à savoir écrire les bornes.

Sur un rectangle

Quand D=[a;b]×[c;d]D = [a;b] \times [c;d], les bornes sont constantes et l'ordre n'a aucune importance.

Exemple travaillé. xydxdy\iint x y dx dy sur [0;2]×[0;3][0;2] \times [0;3].

012300,511,52entre par 0sort par 3xy
x = 1,2

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 3

Le rectangle [0 ; 2] × [0 ; 3]. La flèche verticale entre par y = 0 et sort par y = 3, quelle que soit l'abscisse où on la place : c'est cela, avoir des bornes constantes. Aire du domaine : 6.
=03(02xydx)dy= \int _{0}^{3} ( \int _{0}^{2} xy\,dx )\,dy

À l'intérieur, y est une constante : 02xydx=y[x2/2]02=2y\int _{0}^{2} xy\,dx = y \left[x^2/2\right]_{0}^{2} = 2y.

=032ydy=[y2]03== \int _{0}^{3} 2y\,dy = \left[y^2\right]_{0}^{3} = 99

Cas particulier commode : si f(x,y)=g(x)h(y)f(x,y) = g(x) h(y) et que le domaine est un rectangle, l'intégrale double se factorise en produit de deux intégrales simples. Ici : (02xdx)(03ydy)=2×4,5=9(\int _{0}^{2} x\,dx)(\int _{0}^{3} y\,dy) = 2 \times 4{,}5 = 9 ✓, mais cette factorisation ne vaut que sur un rectangle.

Sur un domaine quelconque

C'est là qu'est la vraie difficulté du chapitre, et elle est géométrique, pas calculatoire.

Domaine simple selon y
D={(x,y)  :  axb,  φ1(x)yφ2(x)}D = \{ (x,y) \; : \; a \leq x \leq b, \; \varphi _1(x) \leq y \leq \varphi _2(x) \} Dfdxdy=ab(φ1(x)φ2(x)f(x,y)dy)dx\iint _D f\,dx\,dy = \int _{a}^{b} ( \int _{\varphi _1(x)}^{\varphi _2(x)} f(x,y)\,dy )\,dx
La règle des bornes
Les bornes de l'intégrale intérieure peuvent dépendre de l'autre variable ; celles de l'intégrale extérieure doivent être des constantes. Si on obtient un « x » dans les bornes extérieures, on s'est trompé quelque part : c'est le contrôle le plus rapide sur ce chapitre.
La méthode qui évite toutes les erreurs de bornes
Dessiner le domaine. Puis, pour intégrer d'abord en y : tracer une flèche verticale qui traverse le domaine. Elle entre par la courbe du bas (borne inférieure) et sort par celle du haut (borne supérieure). Faisons ensuite balayer cette flèche de gauche à droite : les positions extrêmes donnent les bornes en x. Cette méthode est infaillible et prend dix secondes.

Exemple travaillé. Calculer Dxdxdy\iint _D x dx dy sur le triangle de sommets (0,0), (1,0) et (1,1).

Appliquons la méthode : on dessine, on trace la flèche, on lit.

00,5100,51entre par 0sort par xxy
x = 0,6

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 0,6

Le triangle, balayé verticalement. La flèche entre par y = 0 et sort par y = x : ce sont les bornes de l'intégrale intérieure, celle en y. En la faisant glisser d'un bout à l'autre, elle parcourt les abscisses de 0 à 1, et ce sont les bornes de l'intégrale extérieure. Aire du domaine : 0,5.
À manipuler
Faire glisser la flèche d'un bout à l'autre du triangle et lire les bornes affichées sous la figure. Elles changent à chaque position : ce sont celles de l'intégrale intérieure, et c'est pourquoi elles dépendent de x. Le trajet que la flèche parcourt, lui, ne change pas : ce sont celles de l'intégrale extérieure. Toute l'écriture d'une intégrale double tient dans cette distinction.

La figure se traduit mot à mot : le domaine est délimité par y=0y = 0 en bas, y=xy = x en haut, et x va de 0 à 1.

Dxdxdy=01(0xxdy)dx=01x[y]0xdx=01x2dx=\iint _D x\,dx\,dy = \int _{0}^{1} ( \int _{0}^{x} x\,dy )\,dx = \int _{0}^{1} x\cdot \left[y\right]_{0}^{x}\,dx = \int _{0}^{1} x^2\,dx = 1/31/3

Intervertir l'ordre

Le même domaine se décrit de deux façons, et c'est le sens de la flèche qui change, pas le domaine. Voici exactement le triangle précédent, balayé dans l'autre sens.

00,5100,51entre par y = xsort par x = 1xy
y = 0,45

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,45 à 1

Le même triangle, balayé horizontalement. La flèche entre maintenant par la droite y = x et sort par le bord x = 1, et ce sont les bornes de l'intégrale intérieure, celle en x. Le domaine dessiné est identique à celui de la figure précédente : seule la façon de le parcourir a changé. Aire du domaine : 0,5.

On lit donc : y va de 0 à 1, et pour chaque y, x va de yy à 11.

01(y1xdx)dy=01[x2/2]y1dy=01(1y2)/2dy=(1/2)(11/3)=\int _{0}^{1} ( \int _{y}^{1} x\,dx )\,dy = \int _{0}^{1} \left[x^2/2\right]_{y}^{1}\,dy = \int _{0}^{1} (1 - y^2)/2\,dy = (1/2)(1 - 1/3) = 1/31/3

Les deux ordres donnent le même résultat, mais pas toujours la même difficulté.

Pourquoi l'ordre d'intégration compte
Certaines intégrales sont impossibles dans un ordre et immédiates dans l'autre. L'exemple classique est ey2dxdy∬ e^{y^2} dx dy sur le triangle 0xy10 \leq x \leq y \leq 1 : intégrer d'abord en y demanderait une primitive de ey2e^{y^2}, qui n'existe pas sous forme élémentaire. En intégrant d'abord en x, il apparaît un facteur y qui rend la seconde intégration immédiate par la forme ueuu'e^u. Quand on bloque, essayer l'autre ordre avant de chercher une astuce.

Exemple travaillé. Voyons ce cas de près, puisqu'il justifie à lui seul toute la section. Le domaine 0xy10 \leq x \leq y \leq 1 est le triangle au-dessus de la diagonale.

00,5100,51entre par x = 0sort par y = xxy
y = 0,55

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 0,55

Le triangle 0 ⩽ x ⩽ y ⩽ 1, balayé horizontalement. La flèche entre par le bord x = 0 et sort par la droite y = x, autrement dit x va de 0 à y. C'est ce balayage-là qui rend l'intégrale calculable. Aire du domaine : 0,5.

L'intégrale intérieure devient alors immédiate, puisque ey2e^{y^2} ne dépend pas de x :

01(0yey2dx)dy=01yey2dy=[ey22]01=e120,859\int _{0}^{1} \left( \int _{0}^{y} e^{y^2}\,dx \right) dy = \int _{0}^{1} y\,e^{y^2}\,dy = \left[ \frac{e^{y^2}}{2} \right]_{0}^{1} = \frac{e - 1}{2} \approx 0{,}859

Le facteur yy qui rend tout possible n'est pas une astuce : c'est la longueur de la flèche, qui vaut y0=yy - 0 = y. Balayé dans l'autre sens, ce même domaine aurait donné 01(x1ey2dy)dx\int _{0}^{1} ( \int _{x}^{1} e^{y^2} dy ) dx, et l'intégrale intérieure n'a pas de primitive élémentaire. Le calcul s'arrête là, non par manque d'astuce, mais parce que la fonction n'en a pas.

L'ordre d'intégration est un choix, et il se paie
Les deux ordres décrivent le même domaine et donnent le même nombre. Mais l'un peut mener à une intégrale intérieure sans primitive élémentaire, et l'autre non. Devant une intégrale double qui bloque, la première chose à essayer n'est pas une astuce de calcul : c'est l'autre ordre, ce qui suppose de redessiner le domaine et d'en relire les bornes.

Coordonnées polaires

Dès qu'un disque, un secteur ou une couronne apparaît, les bornes cartésiennes deviennent des racines carrées. La figure ci-dessous le montre mieux qu'un argument.

-101-1-0,500,51entre par -sqrt(1 - x^2)sort par sqrt(1 - x^2)xy
x = 0,6

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de -0,8 à 0,8

Le disque de rayon 1, décrit en cartésien. La flèche entre et sort par des racines carrées, et c'est là tout le problème : les bornes de l'intégrale intérieure seront ces racines, qu'il faudra ensuite intégrer en x. Aire du domaine : 3,142.

En polaires, ce même disque devient le rectangle 0r10 \leq r \leq 1, 0θ2π0 \leq \theta \leq 2\pi : des bornes constantes, et plus une seule racine. Le changement de variables ne simplifie pas le calcul par magie, il redresse le domaine.

x=rcosθx = r \cos \theta    y=rsinθy = r \sin \theta    avec r0r \geq 0 et θ[0;2π[\theta \in [0 ; 2\pi [

Théorème
dxdy=rdrdθdx dy = r dr d\theta

Df(x,y)dxdy=Df(rcosθ,rsinθ)\iint _D f(x,y) dx dy = \iint _D' f(r \cos \theta , r \sin \theta ) \cdot rr drdθ\cdot dr d\theta

Le facteur r ne s'oublie pas
Ce r est le jacobien du changement de variables. Il traduit un fait géométrique : un petit rectangle dr×dθdr \times d\theta loin du centre couvre une aire plus grande que le même rectangle près du centre, parce que l'arc de longueur rdθr d\theta s'allonge avec r. L'oublier est l'erreur du chapitre, et elle donne un résultat faux sans aucun signe d'alerte.

Le principe est le même pour tout changement de variables, et il se voit sur le cas linéaire. Une transformation du plan déforme les aires d'un facteur constant, égal à la valeur absolue de son déterminant : c'est exactement ce que le jacobien mesure, en chaque point, pour une transformation quelconque.

i'j'
Un changement de variables linéaire de déterminant 6. Le carré unité devient un rectangle six fois plus grand : dans l'intégrale, cette déformation se paie par un facteur 6. Le jacobien du passage en polaires fait la même chose, à ceci près qu'il vaut r et change donc d'un point à l'autre. Déterminant 6, soit le facteur par lequel les aires sont multipliées.
Un contrôle qui attrape l'oubli du jacobien
Après un changement de variables, vérifier l'aire d'un cas connu. Le disque de rayon 1 doit donner π. Sans le facteur r, l'intégrale 02π ⁣01drdθ\int_0^{2\pi}\!\int_0^1 dr\, d\theta donne 2π2\pi : le résultat est faux d'un facteur 2, et rien d'autre ne le signale.

Le grand avantage : sur un disque de rayon R centré à l'origine, le domaine devient le rectangle 0rR0 \leq r \leq R, 0θ2π0 \leq \theta \leq 2\pi. Des bornes constantes, donc.

La raison de ce facteur exactement 2 tient en une ligne. Sans le facteur rr, chaque tranche compte pour la même chose, qu'elle soit au centre du disque ou au bord. Or l'arc de longueur rdθr\,d\theta s'allonge avec rr : le jacobien n'est pas une correction, c'est la surface même du petit élément.

Exemple travaillé. Aire d'un disque de rayon R.

A=1dxdy=02π0Rrdrdθ=02π[r2/2]0Rdθ=02πR2/2dθ=A = \iint 1\,dx\,dy = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{R} r\,dr\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } \left[r^2/2\right]_{0}^{R}\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } R^2/2\,d\theta = πR2\pi R^2

Le résultat connu, retrouvé en trois lignes, et qu'on n'aurait pas atteint aussi simplement en cartésien.

Exemple travaillé. (x2+y2)dxdy\iint (x^2 + y^2) dx dy sur le disque de rayon 2.

En polaires, x2+y2=r2x^2 + y^2 = r^2, donc :

=02π02r2rdrdθ=02π[r4/4]02dθ=02π4dθ== \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{2} r^2 \cdot r\,dr\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } \left[r^4/4\right]_{0}^{2}\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } 4\,d\theta = 8π8\pi

Notons comme l'expression x2+y2x^2 + y^2 devient triviale : c'est le signal qu'il faut passer en polaires.

Quand passer en polaires
Dès qu'on voit un disque, une couronne, un secteur dans le domaine, ou une expression en x2+y2x^2 + y^2 dans la fonction. Ces deux indices suffisent à décider.

Intégrales triples

Même principe, une dimension de plus. Vf(x,y,z)dxdydz\iiint _V f(x,y,z) dx dy dz s'évalue par trois intégrations successives, et V1dV\iiint _V 1 dV donne le volume de V.

Deux systèmes de coordonnées adaptés, avec leur jacobien :

Coordonnées cylindriques

Pour un cylindre, un tube, tout ce qui a un axe de révolution :

x=rcosθx = r \cos \theta, y=rsinθy = r \sin \theta, z=zz = z   et   dV=dV = rr drdθdzdr d\theta dz

Coordonnées sphériques

Pour une boule, une calotte, un champ central :

x=ρsinφcosθx = \rho \sin \varphi \cos \theta, y=ρsinφsinθy = \rho \sin \varphi \sin \theta, z=ρcosφz = \rho \cos \varphi   et   dV=dV = ρ2sinφ\rho ^2 \sin \varphi dρdφdθd\rho d\varphi d\theta

avec ρ0\rho \geq 0 la distance à l'origine, φ[0;π]\varphi \in [0;\pi ] l'angle depuis l'axe Oz (colatitude), θ[0;2π[\theta \in [0;2\pi [ l'angle dans le plan.

Exemple travaillé. Volume de la boule de rayon R.

V=02π0π0Rρ2sinφdρdφdθV = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{\pi } \int _{0}^{R} \rho ^2 \sin \varphi\,d\rho\,d\varphi\,d\theta

Le domaine étant un « rectangle » en (ρ, φ, θ), les trois intégrales se séparent :

=(02πdθ)(0πsinφdφ)(0Rρ2dρ)=2π×2×R3/3== (\int _{0}^{2\pi }\,d\theta )(\int _{0}^{\pi } \sin \varphi\,d\varphi )(\int _{0}^{R} \rho ^2\,d\rho ) = 2\pi \times 2 \times R^3/3 = (4/3)πR3(4/3)\pi R^3

Applications physiques

Ces formules sont la raison d'être du chapitre, et elles tombent régulièrement.

  • Masse d'une plaque de densité surfacique ρ : m=Dρ(x,y)dxdym = \iint _D \rho (x,y) dx dy
  • Centre de gravité : xG=(1/m)Dxρdxdyx_G = (1/m) \iint _D x \rho dx dy, et de même pour yGy_G
  • Moment d'inertie par rapport à un axe : I=Dd2ρdxdyI = \iint _D d^2 \rho dx dy, où d est la distance à l'axe
  • Valeur moyenne de f sur D : 1aire(D)Dfdxdy\dfrac{1}{\text{aire}(D)} \displaystyle\iint_D f\,dx\,dy

Toutes suivent le même schéma : on intègre la grandeur locale, pondérée par ce qui l'affecte, sur tout le domaine.

L'intégrale double, autant de fois qu'il faut

Sur un rectangle les bornes sont constantes et rien ne peut mal tourner : c'est donc là qu'il faut installer le réflexe, qui est de calculer l'aire du domaine avant l'intégrale. Leur quotient est la valeur moyenne, et c'est presque toujours elle que la question demande.

Une intégrale double, son aire et sa valeur moyenne

On intègre f(x,y)=1x+3yf(x, y) = 1x + 3y sur le rectangle [0;4]×[0;6][0 \,;\, 4] \times [0 \,;\, 6].

  1. L'aire du domaine
  2. L'intégrale double
  3. La valeur moyenne de ff sur ce rectangle
  4. L'intégrale de 3x+1y3x + 1y sur le MÊME rectangle

La dernière question échange les deux coefficients sans toucher au domaine. Le résultat change, parce que le rectangle n'est pas un carré et qu'il pèse donc plus dans une direction que dans l'autre. Sur un domaine symétrique, les deux valeurs auraient coïncidé.

Où la démarche dérape

Une interversion de l'ordre d'intégration, faite en échangeant deux lettres.

Des bornes échangées sans regarder le domaine

Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.

On veut calculer xdxdy\iint x\,dx\,dy sur le triangle défini par 0yxa0 \leq y \leq x \leq a, avec a>0a > 0.

À calculer soi-même

Les quatre calculs ci-dessous se posent avec ce qui précède et rien d'autre. La valeur attendue n'est écrite nulle part : elle est obtenue en évaluant l'intégrale, et la correction se fait à un pour cent près, ce qui laisse arrondir sans être pris en défaut.

Poser les bornes, puis calculer

  • 1.

    D(2x+3y)dxdy\iint_D (2x + 3y)\,dx\,dy sur le rectangle [0;1]×[0;2][0;1] \times [0;2].

  • 2.

    L'aire du domaine compris entre y=x2y = x^2 et y=xy = \sqrt{x}, pour xx entre 0 et 1.

  • 3.

    Dx2+y2dxdy\iint_D \sqrt{x^2 + y^2}\,dx\,dy sur le disque de rayon 3 centré à l'origine.

  • 4.

    Le volume compris entre le paraboloïde z=9x2y2z = 9 - x^2 - y^2 et le disque de rayon 3.

    unités de volume
  • 5.

    Vzdxdydz\iiint_V z\,dx\,dy\,dz sur le pavé [0;1]×[0;2]×[0;3][0;1] \times [0;2] \times [0;3].

  • 6.

    L'aire du disque de rayon 1, calculée en polaires SANS le facteur rr, c'est-à-dire 02π01drdθ\int_0^{2\pi}\int_0^1 dr\,d\theta. Quelle valeur fausse obtient-on ?

Exercices type

(x+y)dxdy\iint (x + y)\,dx\,dy sur [0;1]×[0;2][0 \,;\, 1] \times [0 \,;\, 2] 02(01(x+y)dx)dy=02[x2/2+xy]01dy=02(1/2+y)dy\int _{0}^{2} ( \int _{0}^{1} (x+y)\,dx )\,dy = \int _{0}^{2} \left[x^2/2 + xy\right]_{0}^{1}\,dy = \int _{0}^{2} (1/2 + y)\,dy

=[y2+y22]02=1+2== \left[\dfrac{y}{2} + \dfrac{y^2}{2}\right]_0^2 = 1 + 2 = 33

(La fonction n'étant pas un produit g(x)h(y)g(x)h(y), la factorisation ne s'applique pas ici.)

Aire du domaine compris entre y=x2y = x^2 et y=xy = x

Les courbes se coupent en x=0x = 0 et x=1x = 1, et sur cet intervalle x2xx^2 \leq x.

00,5100,51entre par x^2sort par xxy
x = 0,45

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,2 à 0,45

Le domaine compris entre la parabole et la droite. La flèche entre par y = x² et sort par y = x, ce qui donne directement les bornes intérieures. Aire du domaine : 0,167.

A=01(x2x1dy)dx=01(xx2)dx=1/21/3=A = \int _{0}^{1} ( \int _{x^2}^{x} 1\,dy )\,dx = \int _{0}^{1} (x - x^2)\,dx = 1/2 - 1/3 = 1/61/6

On retrouve le calcul d'aire entre deux courbes du chapitre sur l'intégration : c'est le même, écrit en intégrale double.

e(x2+y2)dxdy∬ e^{-(x^2+y^2)} dx dy sur le disque de rayon 1

L'expression x2+y2x^2 + y^2 et le disque : passage en polaires obligatoire.

=02π01er2rdrdθ= \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{1} e^{-r^2} \cdot r\,dr\,d\theta

L'intégrale en r est de la forme ueuu'e^u au facteur 1/2-1/2 près : 01rer2dr=[er2/2]01=(1e1)/2\int _{0}^{1} r e^{-r^2}\,dr = \left[-e^{-r^2}/2\right]_{0}^{1} = (1 - e^{-1})/2.

=2π×(1e1)/2== 2\pi \times (1 - e^{-1})/2 = π(11/e)1,99\pi (1 - 1/e) \approx 1{,}99

Sans le facteur r du jacobien, cette intégrale serait incalculable : c'est lui qui fournit le uu'.

Volume sous z=4x2y2z = 4 - x^2 - y^2 au-dessus du disque de rayon 2

En polaires, z=4r2z = 4 - r^2, qui est bien positif pour r2r \leq 2.

V=02π02(4r2)rdrdθ=2π02(4rr3)drV = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{2} (4 - r^2) r\,dr\,d\theta = 2\pi \int _{0}^{2} (4r - r^3)\,dr

=2π[2r2r44]02=2π(84)== 2\pi \left[2r^2 - \dfrac{r^4}{4}\right]_0^2 = 2\pi\,(8 - 4) = 8π8\pi

Masse d'une plaque carrée [0;1]2[0;1]^2 de densité ρ(x,y)=x+y\rho (x,y) = x + y

m=0101(x+y)dxdy=01(1/2+y)dy=1/2+1/2=m = \int _{0}^{1} \int _{0}^{1} (x + y)\,dx\,dy = \int _{0}^{1} (1/2 + y)\,dy = 1/2 + 1/2 = 11

Par symétrie, le centre de gravité vérifie xG=yGx_G = y_G. Et xG=x(x+y)dxdy=01(1/3+y/2)dy=1/3+1/4=x_G = \iint x(x+y)\,dx\,dy = \int _{0}^{1} (1/3 + y/2)\,dy = 1/3 + 1/4 = 7/127/12, décalé vers le coin le plus dense, comme attendu.

Écrire 01x1f(x,y)dydx\displaystyle\int_0^1 \int_x^1 f(x, y)\,dy\,dx dans l'autre ordre

Le domaine est {0x1,  xy1}\{ 0 \leq x \leq 1, \; x \leq y \leq 1 \}, c'est-à-dire le triangle au-dessus de la diagonale.

Décrit en partant de y : y va de 0 à 1, et pour chaque y, x va de 0 à y.

010yf(x,y)dxdy\int _{0}^{1} \int _{0}^{y} f(x,y)\,dx\,dy

C'est exactement l'interversion qui rend calculable f(x,y)=ey2f(x,y) = e^{y^2}.

La méthode sur feuille

  1. Dessiner le domaine. Ce n'est pas facultatif : c'est là que se jouent les points.
  2. Choisir l'ordre et tracer la flèche : l'entrée et la sortie donnent les bornes intérieures, le balayage donne les bornes extérieures.
  3. Contrôler que les bornes extérieures sont bien des constantes.
  4. Si on voit un disque ou un x2+y2x^2 + y^2, passer en polaires, et écrire le rr immédiatement, avant d'oublier.
  5. Si le calcul bloque, essayer l'autre ordre avant de chercher une astuce : c'est souvent la seule chose qui manque.
  6. Contrôle du résultat : une aire, un volume et une masse sont positifs. Et pour un domaine symétrique, une fonction impaire donne une intégrale nulle, un raccourci qui fait gagner de longues minutes.
Vérification rapideon peut se reprendre

1.Dans une intégrale double, qu'est-ce qui change quand on intervertit l'ordre d'intégration sur un domaine rectangulaire à bornes constantes ?

2.Pourquoi ne peut-on pas intervertir librement l'ordre quand les bornes dépendent d'une variable ?

3.En passant en coordonnées polaires, on remplace dxdydx dy par :

4.À quoi sert de calculer 1dxdy\iint 1\,dx\,dy sur un domaine D ?

Synthèse

  • Une intégrale double, c'est un volume (si f0f \geq 0), une aire (si f=1f = 1), ou une masse (si f est une densité).
  • Fubini : deux intégrales simples successives, en traitant l'autre variable comme une constante. L'ordre est libre.
  • Les bornes intérieures peuvent dépendre de l'autre variable, les bornes extérieures sont constantes.
  • La méthode de la flèche sur un dessin donne les bornes sans erreur : ce par quoi elle entre et sort donne les bornes intérieures, son balayage donne les extérieures.
  • Changer l'ordre, c'est tourner la flèche d'un quart de tour sur le même dessin. Le domaine ne change pas, sa description change.
  • Intervertir l'ordre rend parfois calculable une intégrale qui ne l'était pas.
  • Polaires : x=rcosθx = r \cos \theta, y=rsinθy = r \sin \theta, et dxdy=dx dy = rr drdθdr d\theta. Le jacobien r ne s'oublie jamais.
  • Indices pour passer en polaires : un disque dans le domaine, un x2+y2x^2 + y^2 dans la fonction.
  • Cylindriques : dV=rdrdθdzdV = r dr d\theta dz. Sphériques : dV=ρ2sinφdρdφdθdV = \rho ^2 \sin \varphi d\rho d\varphi d\theta.
  • Applications : masse, centre de gravité, moment d'inertie, valeur moyenne.

Mettre en pratique

Écrire les bornes d'un domaine, passer en polaires, et mesurer ce que coûte l'oubli du jacobien.

Tous les exercices sur intégrales multiples