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Intégrales multiples

Ce que ce chapitre apporte 6 points
  • Interpréter une intégrale double comme un volume, une aire ou une masse.
  • Décrire un domaine plan par des inégalités et écrire les bornes correspondantes.
  • Calculer une intégrale double sur un rectangle, puis sur un domaine quelconque.
  • Intervertir l'ordre d'intégration et savoir pourquoi c'est parfois indispensable.
  • Passer en coordonnées polaires et ne pas oublier le jacobien.
  • Calculer une intégrale triple et connaître les coordonnées cylindriques et sphériques.
Une intégrale simple accumule une grandeur le long d'un segment. Mais une plaque a une masse répartie sur une surface, un solide a une inertie répartie dans un volume, et un champ traverse une région entière. Il faut donc savoir accumuler sur un domaine à deux ou trois dimensions. La bonne nouvelle : on ne fait que des intégrales simples, les unes après les autres.

L'idée

Définition

L'intégrale double de f sur un domaine D du plan, notée ∬Df(x,y)dxdy\iint _D f(x,y) dx dy, est la limite des sommes ∑f(xi,yi)ΔA\sum f(x_i,y_i) \Delta A quand on découpe D en petits morceaux d'aire ΔA de plus en plus fins.

Trois lectures selon ce qu'on intègre :

Ce qu'on intègreCe qu'on obtient
f(x,y)≥0f(x,y) \geq 0le volume entre la surface z=f(x,y)z = f(x,y) et le domaine D
11l'aire de D
une densité surfacique ρ(x,y)\rho (x,y)la masse de la plaque D

C'est le même passage que de la longueur à l'aire : au lieu de découper un segment en petits dxdx, on découpe une surface en petits dxdydx dy.

Reste à savoir de quoi on parle quand on dit « un domaine D du plan ». En voici un, sans rien de particulier.

012012entre par x^2/4sort par 2 + 0.5sin(3x)xy
x = 1,4

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,49 à 1,56

Un domaine du plan, pris au hasard. Il est délimité en bas et en haut par deux courbes, et à gauche et à droite par deux abscisses. Toute la difficulté du chapitre tient à traduire cette image en quatre bornes, et c'est la flèche orange qui sert à le faire. Aire du domaine : 3,807.

Rien dans ce dessin ne dit ce qu'on intègre : le domaine est le terrain, la fonction est ce qu'on y accumule. Les deux se choisissent indépendamment, et l'on peut très bien intégrer la même fonction sur deux domaines différents, ou deux fonctions sur le même.

Le théorème de Fubini

Théorème

Sous des hypothèses vérifiées pour toutes les fonctions du programme, une intégrale double se calcule comme deux intégrales simples successives, et l'ordre peut être choisi librement :

∬Dfdxdy=∫(∫fdx)dy=∫(∫fdy)dx\iint _D f dx dy = \int ( \int f dx ) dy = \int ( \int f dy ) dx

La mécanique de calcul. On intègre d'abord par rapport à une variable, en traitant l'autre comme une constante, exactement comme on dérive partiellement. On obtient une fonction de la seule variable restante, qu'on intègre ensuite normalement. Il n'y a rien de nouveau à savoir calculer : uniquement à savoir écrire les bornes.

Sur un rectangle

Quand D=[a;b]×[c;d]D = [a;b] \times [c;d], les bornes sont constantes et l'ordre n'a aucune importance.

Exemple travaillé. ∬xydxdy\iint x y dx dy sur [0;2]×[0;3][0;2] \times [0;3].

012300,511,52entre par 0sort par 3xy
x = 1,2

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 3

Le rectangle [0 ; 2] × [0 ; 3]. La flèche verticale entre par y = 0 et sort par y = 3, quelle que soit l'abscisse où on la place : c'est cela, avoir des bornes constantes. Aire du domaine : 6.
=∫03(∫02xy dx) dy= \int _{0}^{3} ( \int _{0}^{2} xy\,dx )\,dy

À l'intérieur, y est une constante : ∫02xy dx=y[x2/2]02=2y\int _{0}^{2} xy\,dx = y \left[x^2/2\right]_{0}^{2} = 2y.

=∫032y dy=[y2]03== \int _{0}^{3} 2y\,dy = \left[y^2\right]_{0}^{3} = 99

Cas particulier commode : si f(x,y)=g(x)h(y)f(x,y) = g(x) h(y) et que le domaine est un rectangle, l'intégrale double se factorise en produit de deux intégrales simples. Ici : (∫02x dx)(∫03y dy)=2×4,5=9(\int _{0}^{2} x\,dx)(\int _{0}^{3} y\,dy) = 2 \times 4{,}5 = 9 ✓, mais cette factorisation ne vaut que sur un rectangle.

Sur un domaine quelconque

C'est là qu'est la vraie difficulté du chapitre, et elle est géométrique, pas calculatoire.

Domaine simple selon y
D={(x,y)  :  a≤x≤b,  φ1(x)≤y≤φ2(x)}D = \{ (x,y) \; : \; a \leq x \leq b, \; \varphi _1(x) \leq y \leq \varphi _2(x) \} ∬Df dx dy=∫ab(∫φ1(x)φ2(x)f(x,y) dy) dx\iint _D f\,dx\,dy = \int _{a}^{b} ( \int _{\varphi _1(x)}^{\varphi _2(x)} f(x,y)\,dy )\,dx
La règle des bornes
Les bornes de l'intégrale intérieure peuvent dépendre de l'autre variable ; celles de l'intégrale extérieure doivent être des constantes. Si on obtient un « x » dans les bornes extérieures, on s'est trompé quelque part : c'est le contrôle le plus rapide sur ce chapitre.

La méthode qui évite toutes les erreurs de bornes.

Dessiner le domaine. Puis, pour intégrer d'abord en y : tracer une flèche verticale qui traverse le domaine. Elle entre par la courbe du bas (borne inférieure) et sort par celle du haut (borne supérieure). Faisons ensuite balayer cette flèche de gauche à droite : les positions extrêmes donnent les bornes en x. Cette méthode est infaillible et prend dix secondes.

Exemple travaillé. Calculer ∬Dxdxdy\iint _D x dx dy sur le triangle de sommets (0,0), (1,0) et (1,1).

Appliquons la méthode : on dessine, on trace la flèche, on lit.

00,5100,51entre par 0sort par xxy
x = 0,6

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 0,6

Le triangle, balayé verticalement. La flèche entre par y = 0 et sort par y = x : ce sont les bornes de l'intégrale intérieure, celle en y. En la faisant glisser d'un bout à l'autre, elle parcourt les abscisses de 0 à 1, et ce sont les bornes de l'intégrale extérieure. Aire du domaine : 0,5.
À manipuler
Faire glisser la flèche d'un bout à l'autre du triangle et lire les bornes affichées sous la figure. Elles changent à chaque position : ce sont celles de l'intégrale intérieure, et c'est pourquoi elles dépendent de x. Le trajet que la flèche parcourt, lui, ne change pas : ce sont celles de l'intégrale extérieure. Toute l'écriture d'une intégrale double tient dans cette distinction.

La figure se traduit mot à mot : le domaine est délimité par y=0y = 0 en bas, y=xy = x en haut, et x va de 0 à 1.

∬Dx dx dy=∫01(∫0xx dy) dx=∫01x⋅[y]0x dx=∫01x2 dx=\iint _D x\,dx\,dy = \int _{0}^{1} ( \int _{0}^{x} x\,dy )\,dx = \int _{0}^{1} x\cdot \left[y\right]_{0}^{x}\,dx = \int _{0}^{1} x^2\,dx = 1/31/3

Intervertir l'ordre

Le même domaine se décrit de deux façons, et c'est le sens de la flèche qui change, pas le domaine. Voici exactement le triangle précédent, balayé dans l'autre sens.

00,5100,51entre par y = xsort par x = 1xy
y = 0,45

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,45 à 1

Le même triangle, balayé horizontalement. La flèche entre maintenant par la droite y = x et sort par le bord x = 1, et ce sont les bornes de l'intégrale intérieure, celle en x. Le domaine dessiné est identique à celui de la figure précédente : seule la façon de le parcourir a changé. Aire du domaine : 0,5.

On lit donc : y va de 0 à 1, et pour chaque y, x va de yy à 11.

∫01(∫y1x dx) dy=∫01[x2/2]y1 dy=∫01(1−y2)/2 dy=(1/2)(1−1/3)=\int _{0}^{1} ( \int _{y}^{1} x\,dx )\,dy = \int _{0}^{1} \left[x^2/2\right]_{y}^{1}\,dy = \int _{0}^{1} (1 - y^2)/2\,dy = (1/2)(1 - 1/3) = 1/31/3 ✓

Les deux ordres donnent le même résultat, mais pas toujours la même difficulté.

Pourquoi l'ordre d'intégration compte. Certaines intégrales sont impossibles dans un ordre et immédiates dans l'autre. L'exemple classique est ∬ey2dxdy∬ e^{y^2} dx dy sur le triangle 0≤x≤y≤10 \leq x \leq y \leq 1 : intégrer d'abord en y demanderait une primitive de ey2e^{y^2}, qui n'existe pas sous forme élémentaire. En intégrant d'abord en x, il apparaît un facteur y qui rend la seconde intégration immédiate par la forme u′euu'e^u. Quand on bloque, essayer l'autre ordre avant de chercher une astuce.

Exemple travaillé. Voyons ce cas de près, puisqu'il justifie à lui seul toute la section. Le domaine 0≤x≤y≤10 \leq x \leq y \leq 1 est le triangle au-dessus de la diagonale.

00,5100,51entre par x = 0sort par y = xxy
y = 0,55

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0 à 0,55

Le triangle 0 ⩽ x ⩽ y ⩽ 1, balayé horizontalement. La flèche entre par le bord x = 0 et sort par la droite y = x, autrement dit x va de 0 à y. C'est ce balayage-là qui rend l'intégrale calculable. Aire du domaine : 0,5.

L'intégrale intérieure devient alors immédiate, puisque ey2e^{y^2} ne dépend pas de x :

∫01(∫0yey2 dx)dy=∫01y ey2 dy=[ey22]01=e−12≈0,859\int _{0}^{1} \left( \int _{0}^{y} e^{y^2}\,dx \right) dy = \int _{0}^{1} y\,e^{y^2}\,dy = \left[ \frac{e^{y^2}}{2} \right]_{0}^{1} = \frac{e - 1}{2} \approx 0{,}859

Le facteur yy qui rend tout possible n'est pas une astuce : c'est la longueur de la flèche, qui vaut y−0=yy - 0 = y. Balayé dans l'autre sens, ce même domaine aurait donné ∫01(∫x1ey2dy)dx\int _{0}^{1} ( \int _{x}^{1} e^{y^2} dy ) dx, et l'intégrale intérieure n'a pas de primitive élémentaire. Le calcul s'arrête là, non par manque d'astuce, mais parce que la fonction n'en a pas.

L'ordre d'intégration est un choix, et il se paie. Les deux ordres décrivent le même domaine et donnent le même nombre. Mais l'un peut mener à une intégrale intérieure sans primitive élémentaire, et l'autre non. Devant une intégrale double qui bloque, la première chose à essayer n'est pas une astuce de calcul : c'est l'autre ordre, ce qui suppose de redessiner le domaine et d'en relire les bornes.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Dans une intégrale double, qu'est-ce qui change quand on intervertit l'ordre d'intégration sur un domaine rectangulaire à bornes constantes ?

2.Pourquoi ne peut-on pas intervertir librement l'ordre quand les bornes dépendent d'une variable ?

Coordonnées polaires

Dès qu'un disque, un secteur ou une couronne apparaît, les bornes cartésiennes deviennent des racines carrées. La figure ci-dessous le montre mieux qu'un argument.

-101-1-0,500,51entre par -sqrt(1 - x^2)sort par sqrt(1 - x^2)xy
x = 0,6

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de -0,8 à 0,8

Le disque de rayon 1, décrit en cartésien. La flèche entre et sort par des racines carrées, et c'est là tout le problème : les bornes de l'intégrale intérieure seront ces racines, qu'il faudra ensuite intégrer en x. Aire du domaine : 3,142.

En polaires, ce même disque devient le rectangle 0≤r≤10 \leq r \leq 1, 0≤θ≤2π0 \leq \theta \leq 2\pi : des bornes constantes, et plus une seule racine. Le changement de variables ne simplifie pas le calcul par magie, il redresse le domaine.

x=rcos⁡θx = r \cos \theta    y=rsin⁡θy = r \sin \theta    avec r≥0r \geq 0 et θ∈[0;2π[\theta \in [0 ; 2\pi [

Théorème
dxdy=rdrdθdx dy = r dr d\theta

∬Df(x,y)dxdy=∬D′f(rcos⁡θ,rsin⁡θ)⋅\iint _D f(x,y) dx dy = \iint _D' f(r \cos \theta , r \sin \theta ) \cdot rr ⋅drdθ\cdot dr d\theta

Le facteur r ne s'oublie pas
Ce r est le jacobien du changement de variables. Il traduit un fait géométrique : un petit rectangle dr×dθdr \times d\theta loin du centre couvre une aire plus grande que le même rectangle près du centre, parce que l'arc de longueur rdθr d\theta s'allonge avec r. L'oublier est l'erreur du chapitre, et elle donne un résultat faux sans aucun signe d'alerte.

Le principe est le même pour tout changement de variables, et il se voit sur le cas linéaire, celui du chapitre sur les matrices. Une transformation du plan déforme les aires d'un facteur constant, égal à la valeur absolue de son déterminant : c'est exactement ce que le jacobien mesure, en chaque point, pour une transformation quelconque.

i'j'
Un changement de variables linéaire de déterminant 6. Le carré unité devient un rectangle six fois plus grand : dans l'intégrale, cette déformation se paie par un facteur 6. Le jacobien du passage en polaires fait la même chose, à ceci près qu'il vaut r et change donc d'un point à l'autre. Déterminant 6, soit le facteur par lequel les aires sont multipliées.
Un contrôle qui attrape l'oubli du jacobien
Après un changement de variables, vérifier l'aire d'un cas connu. Le disque de rayon 1 doit donner π. Sans le facteur r, l'intégrale ∫02π ⁣∫01dr dθ\int_0^{2\pi}\!\int_0^1 dr\, d\theta donne 2π2\pi : le résultat est faux d'un facteur 2, et rien d'autre ne le signale.

Le grand avantage : sur un disque de rayon R centré à l'origine, le domaine devient le rectangle 0≤r≤R0 \leq r \leq R, 0≤θ≤2π0 \leq \theta \leq 2\pi. Des bornes constantes, donc.

La raison de ce facteur exactement 2 tient en une ligne. Sans le facteur rr, chaque tranche compte pour la même chose, qu'elle soit au centre du disque ou au bord. Or l'arc de longueur r dθr\,d\theta s'allonge avec rr : le jacobien n'est pas une correction, c'est la surface même du petit élément.

Exemple travaillé. Aire d'un disque de rayon R.

A=∬1 dx dy=∫02π∫0Rr dr dθ=∫02π[r2/2]0R dθ=∫02πR2/2 dθ=A = \iint 1\,dx\,dy = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{R} r\,dr\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } \left[r^2/2\right]_{0}^{R}\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } R^2/2\,d\theta = πR2\pi R^2 ✓

Le résultat connu, retrouvé en trois lignes, et qu'on n'aurait pas atteint aussi simplement en cartésien.

Exemple travaillé. ∬(x2+y2)dxdy\iint (x^2 + y^2) dx dy sur le disque de rayon 2.

En polaires, x2+y2=r2x^2 + y^2 = r^2, donc :

=∫02π∫02r2⋅r dr dθ=∫02π[r4/4]02 dθ=∫02π4 dθ== \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{2} r^2 \cdot r\,dr\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } \left[r^4/4\right]_{0}^{2}\,d\theta = \int _{0}^{2\pi } 4\,d\theta = 8π8\pi

Notons comme l'expression x2+y2x^2 + y^2 devient triviale : c'est le signal qu'il faut passer en polaires.

Quand passer en polaires. Dès qu'on voit un disque, une couronne, un secteur dans le domaine, ou une expression en x2+y2x^2 + y^2 dans la fonction. Ces deux indices suffisent à décider.

Vérification rapideon peut se reprendre

En passant en coordonnées polaires, on remplace dxdydx dy par :

Intégrales triples

Même principe, une dimension de plus. ∭Vf(x,y,z)dxdydz\iiint _V f(x,y,z) dx dy dz s'évalue par trois intégrations successives, et ∭V1dV\iiint _V 1 dV donne le volume de V.

Deux systèmes de coordonnées adaptés, avec leur jacobien :

Coordonnées cylindriques

Pour un cylindre, un tube, tout ce qui a un axe de révolution :

x=rcos⁡θx = r \cos \theta, y=rsin⁡θy = r \sin \theta, z=zz = z   et   dV=dV = rr drdθdzdr d\theta dz

Coordonnées sphériques

Pour une boule, une calotte, un champ central :

x=ρsin⁡φcos⁡θx = \rho \sin \varphi \cos \theta, y=ρsin⁡φsin⁡θy = \rho \sin \varphi \sin \theta, z=ρcos⁡φz = \rho \cos \varphi   et   dV=dV = ρ2sin⁡φ\rho ^2 \sin \varphi dρdφdθd\rho d\varphi d\theta

avec ρ≥0\rho \geq 0 la distance à l'origine, φ∈[0;π]\varphi \in [0;\pi ] l'angle depuis l'axe Oz (colatitude), θ∈[0;2π[\theta \in [0;2\pi [ l'angle dans le plan.

Exemple travaillé. Volume d'un cylindre de rayon RR et de hauteur hh, en coordonnées cylindriques.

V=∫0h∫02π∫0Rr dr dθ dz=h×2π×R22=πR2hV = \int_0^{h} \int_0^{2\pi} \int_0^{R} r\,dr\,d\theta\,dz = h \times 2\pi \times \frac{R^2}{2} = \pi R^2 h

La base, πR2\pi R^2, est l'aire du disque calculée plus haut, et la hauteur multiplie. Le cylindre est un rectangle en (r,θ,z)(r, \theta, z), ce qui fait que les trois intégrales se séparent.

Exemple travaillé. Volume de la boule de rayon R.

V=∫02π∫0π∫0Rρ2sin⁡φ dρ dφ dθV = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{\pi } \int _{0}^{R} \rho ^2 \sin \varphi\,d\rho\,d\varphi\,d\theta

Le domaine étant un « rectangle » en (ρ, φ, θ), les trois intégrales se séparent :

=(∫02π dθ)(∫0πsin⁡φ dφ)(∫0Rρ2 dρ)=2π×2×R3/3== (\int _{0}^{2\pi }\,d\theta )(\int _{0}^{\pi } \sin \varphi\,d\varphi )(\int _{0}^{R} \rho ^2\,d\rho ) = 2\pi \times 2 \times R^3/3 = (4/3)πR3(4/3)\pi R^3 ✓

Applications physiques

Ces formules sont la raison d'être du chapitre, et elles tombent régulièrement.

  • Masse d'une plaque de densité surfacique ρ : m=∬Dρ(x,y)dxdym = \iint _D \rho (x,y) dx dy
  • Centre de gravité : xG=(1/m)∬Dxρdxdyx_G = (1/m) \iint _D x \rho dx dy, et de même pour yGy_G
  • Moment d'inertie par rapport à un axe : I=∬Dd2ρdxdyI = \iint _D d^2 \rho dx dy, où d est la distance à l'axe
  • Valeur moyenne de f sur D : 1aire(D)∬Df dx dy\dfrac{1}{\text{aire}(D)} \displaystyle\iint_D f\,dx\,dy

Toutes suivent le même schéma : on intègre la grandeur locale, pondérée par ce qui l'affecte, sur tout le domaine. Le chapitre sur les opérateurs vectoriels s'en sert pour les flux et les circulations.

L'intégrale double, autant de fois qu'il faut

Sur un rectangle les bornes sont constantes et rien ne peut mal tourner : c'est donc là qu'il faut installer le réflexe, qui est de calculer l'aire du domaine avant l'intégrale. Leur quotient est la valeur moyenne, et c'est presque toujours elle que la question demande.

Une intégrale double, son aire et sa valeur moyenne

On intègre f(x,y)=1x+3yf(x, y) = 1x + 3y sur le rectangle [0 ; 4]×[0 ; 6][0 \,;\, 4] \times [0 \,;\, 6].

  1. L'aire du domaine
  2. L'intégrale double
  3. La valeur moyenne de ff sur ce rectangle
  4. L'intégrale de 3x+1y3x + 1y sur le MÊME rectangle

La dernière question échange les deux coefficients sans toucher au domaine. Le résultat change, parce que le rectangle n'est pas un carré et qu'il pèse donc plus dans une direction que dans l'autre. Sur un domaine symétrique, les deux valeurs auraient coïncidé.

La méthode sur feuille

  1. Dessiner le domaine. Ce n'est pas facultatif : c'est là que se jouent les points.
  2. Choisir l'ordre et tracer la flèche : l'entrée et la sortie donnent les bornes intérieures, le balayage donne les bornes extérieures.
  3. Contrôler que les bornes extérieures sont bien des constantes.
  4. Si on voit un disque ou un x2+y2x^2 + y^2, passer en polaires, et écrire le rr immédiatement, avant d'oublier.
  5. Si le calcul bloque, essayer l'autre ordre avant de chercher une astuce : c'est souvent la seule chose qui manque.
  6. Contrôle du résultat : une aire, un volume et une masse sont positifs. Et pour un domaine symétrique, une fonction impaire donne une intégrale nulle, un raccourci qui fait gagner de longues minutes.

Mettre en pratique

Les quatre calculs ci-dessous se posent avec ce qui précède et rien d'autre. La valeur attendue n'est écrite nulle part : elle est obtenue en évaluant l'intégrale, et la correction se fait à un pour cent près, ce qui laisse arrondir sans être pris en défaut.

Poser les bornes, puis calculer

  • 1.

    ∬D(2x+3y) dx dy\iint_D (2x + 3y)\,dx\,dy sur le rectangle [0;1]×[0;2][0;1] \times [0;2].

  • 2.

    L'aire du domaine compris entre y=x2y = x^2 et y=xy = \sqrt{x}, pour xx entre 0 et 1.

  • 3.

    ∬Dx2+y2 dx dy\iint_D \sqrt{x^2 + y^2}\,dx\,dy sur le disque de rayon 3 centré à l'origine.

  • 4.

    Le volume compris entre le paraboloïde z=9−x2−y2z = 9 - x^2 - y^2 et le disque de rayon 3.

    unités de volume
  • 5.

    ∭Vz dx dy dz\iiint_V z\,dx\,dy\,dz sur le pavé [0;1]×[0;2]×[0;3][0;1] \times [0;2] \times [0;3].

  • 6.

    L'aire du disque de rayon 1, calculée en polaires SANS le facteur rr, c'est-à-dire ∫02π∫01dr dθ\int_0^{2\pi}\int_0^1 dr\,d\theta. Quelle valeur fausse obtient-on ?

Vérification rapideon peut se reprendre

À quoi sert de calculer ∬1 dx dy\iint 1\,dx\,dy sur un domaine D ?

∬(x+y) dx dy\iint (x + y)\,dx\,dy sur [0 ; 1]×[0 ; 2][0 \,;\, 1] \times [0 \,;\, 2] ∫02(∫01(x+y) dx) dy=∫02[x2/2+xy]01 dy=∫02(1/2+y) dy\int _{0}^{2} ( \int _{0}^{1} (x+y)\,dx )\,dy = \int _{0}^{2} \left[x^2/2 + xy\right]_{0}^{1}\,dy = \int _{0}^{2} (1/2 + y)\,dy

=[y2+y22]02=1+2== \left[\dfrac{y}{2} + \dfrac{y^2}{2}\right]_0^2 = 1 + 2 = 33

(La fonction n'étant pas un produit g(x)h(y)g(x)h(y), la factorisation ne s'applique pas ici.)

Aire du domaine compris entre y=x2y = x^2 et y=xy = x

Les courbes se coupent en x=0x = 0 et x=1x = 1, et sur cet intervalle x2≤xx^2 \leq x.

00,5100,51entre par x^2sort par xxy
x = 0,45

bornes de l'intégrale intérieure à cette position : de 0,2 à 0,45

Le domaine compris entre la parabole et la droite. La flèche entre par y = x² et sort par y = x, ce qui donne directement les bornes intérieures. Aire du domaine : 0,167.

A=∫01(∫x2x1 dy) dx=∫01(x−x2) dx=1/2−1/3=A = \int _{0}^{1} ( \int _{x^2}^{x} 1\,dy )\,dx = \int _{0}^{1} (x - x^2)\,dx = 1/2 - 1/3 = 1/61/6

On retrouve le calcul d'aire entre deux courbes du chapitre sur l'intégration : c'est le même, écrit en intégrale double.

∬e−(x2+y2)dxdy∬ e^{-(x^2+y^2)} dx dy sur le disque de rayon 1

L'expression x2+y2x^2 + y^2 et le disque : passage en polaires obligatoire.

=∫02π∫01e−r2⋅r dr dθ= \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{1} e^{-r^2} \cdot r\,dr\,d\theta

L'intégrale en r est de la forme u′euu'e^u au facteur −1/2-1/2 près : ∫01re−r2 dr=[−e−r2/2]01=(1−e−1)/2\int _{0}^{1} r e^{-r^2}\,dr = \left[-e^{-r^2}/2\right]_{0}^{1} = (1 - e^{-1})/2.

=2π×(1−e−1)/2== 2\pi \times (1 - e^{-1})/2 = π(1−1/e)≈1,99\pi (1 - 1/e) \approx 1{,}99

Sans le facteur r du jacobien, cette intégrale serait incalculable : c'est lui qui fournit le u′u'.

Volume sous z=4−x2−y2z = 4 - x^2 - y^2 au-dessus du disque de rayon 2

En polaires, z=4−r2z = 4 - r^2, qui est bien positif pour r≤2r \leq 2.

V=∫02π∫02(4−r2)r dr dθ=2π∫02(4r−r3) drV = \int _{0}^{2\pi } \int _{0}^{2} (4 - r^2) r\,dr\,d\theta = 2\pi \int _{0}^{2} (4r - r^3)\,dr

=2π[2r2−r44]02=2π (8−4)== 2\pi \left[2r^2 - \dfrac{r^4}{4}\right]_0^2 = 2\pi\,(8 - 4) = 8π8\pi

Masse d'une plaque carrée [0;1]2[0;1]^2 de densité ρ(x,y)=x+y\rho (x,y) = x + y

m=∫01∫01(x+y) dx dy=∫01(1/2+y) dy=1/2+1/2=m = \int _{0}^{1} \int _{0}^{1} (x + y)\,dx\,dy = \int _{0}^{1} (1/2 + y)\,dy = 1/2 + 1/2 = 11

Par symétrie, le centre de gravité vérifie xG=yGx_G = y_G. Et xG=∬x(x+y) dx dy=∫01(1/3+y/2) dy=1/3+1/4=x_G = \iint x(x+y)\,dx\,dy = \int _{0}^{1} (1/3 + y/2)\,dy = 1/3 + 1/4 = 7/127/12, décalé vers le coin le plus dense, comme attendu.

Écrire ∫01∫x1f(x,y) dy dx\displaystyle\int_0^1 \int_x^1 f(x, y)\,dy\,dx dans l'autre ordre

Le domaine est {0≤x≤1,  x≤y≤1}\{ 0 \leq x \leq 1, \; x \leq y \leq 1 \}, c'est-à-dire le triangle au-dessus de la diagonale.

Décrit en partant de y : y va de 0 à 1, et pour chaque y, x va de 0 à y.

∫01∫0yf(x,y) dx dy\int _{0}^{1} \int _{0}^{y} f(x,y)\,dx\,dy

C'est exactement l'interversion qui rend calculable f(x,y)=ey2f(x,y) = e^{y^2}.

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