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Les nombres complexes

Ce que ce chapitre apporte 9 points
  • Écrire un nombre complexe sous forme algébrique a + ib et le placer dans le plan.
  • Additionner, multiplier, conjuguer et diviser deux complexes.
  • Calculer un module et un argument, sans se tromper de quadrant.
  • Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique et exponentielle, dans les deux sens.
  • Choisir la bonne forme selon l'opération : algébrique pour additionner, exponentielle pour multiplier.
  • Appliquer la formule de Moivre et déterminer les racines n-ièmes d'un complexe.
  • Linéariser une puissance de cosinus ou de sinus avec les formules d'Euler.
  • Reconnaître dans une écriture complexe une translation, une homothétie ou une rotation, et écrire la rotation autour d'un point.
  • Résoudre une équation du second degré à discriminant négatif.
Un courant alternatif change de sens cent fois par seconde, une onde arrive avec un retard de phase, un moteur tourne. Décrire ces choses avec des nombres ordinaires demande de jongler avec des sinus et des cosinus, et le calcul devient vite illisible. Les nombres complexes servent exactement à cela : ils rangent une amplitude et une direction dans un seul nombre, et transforment les rotations et les déphasages en simples multiplications.

Leur origine est pourtant tout autre. Prenons l'équation x2+1=0x^2 + 1 = 0 : aucun nombre qu'on connaît ne la résout, un carré étant toujours positif. Les mathématiciens du XVIe siècle ont décidé qu'un tel nombre existait quand même, et ont regardé ce qui se passait. Tout a continué de fonctionner, et l'on tenait l'outil qui décrit le mieux tout ce qui tourne.

Le nombre i

Définition

On appelle i le nombre imaginaire tel que i² = −1.

C'est la seule règle nouvelle du chapitre. Tout le reste est du calcul algébrique ordinaire : on développe, on factorise, on réduit, exactement comme avec des lettres, et à la fin, on remplace chaque i2i^2 par −1-1.

Attention
En électricité, le nombre imaginaire se note j et non i, parce que i désigne déjà l'intensité du courant. On croisera les deux notations selon la matière. Elles désignent le même objet, et le chapitre d'électricité sur Fresnel reprend tout ce qui suit avec la lettre jj.
Le symbole racine ne franchit pas cette frontière
La définition est i² = −1, et jamais i=−1i = \sqrt{-1}. La règle a b=ab\sqrt{a}\,\sqrt{b} = \sqrt{ab} ne vaut que pour des réels positifs, et l'appliquer ici produit la démonstration suivante, fausse de bout en bout :
−1=i2=−1×−1=(−1)×(−1)=1=1-1 = i^2 = \sqrt{-1} \times \sqrt{-1} = \sqrt{(-1)\times(-1)} = \sqrt{1} = 1.
Le symbole racine reste réservé aux réels positifs. C'est pourquoi il n'apparaîtra dans ce chapitre que sous la forme −Δ\sqrt{-\Delta}, où le nombre sous le radical, lui, est bien positif.

Les puissances de i

Une seule règle, et pourtant elle engendre un cycle. i2=−1i^2 = -1, donc i3=i2×i=−ii^3 = i^2 \times i = -i, puis i4=i2×i2=(−1)×(−1)=1i^4 = i^2 \times i^2 = (-1) \times (-1) = 1, et tout recommence : i5=ii^5 = i, i6=−1i^6 = -1, et ainsi de suite.

i0i^0i1i^1i2i^2i3i^3i4i^4i5i^5i6i^6i7i^7
1ii−1-1−i-i1ii−1-1−i-i

Pour une puissance quelconque, le reste de la division de l'exposant par 4 suffit. 2027=4×506+32027 = 4 \times 506 + 3, donc i2027=i3=−ii^{2027} = i^3 = -i. Ce cycle de longueur quatre est déjà une rotation : chaque multiplication par ii fait un quart de tour, et quatre quarts de tour ramènent au départ. La figure de la section suivante le montre.

La forme algébrique

Définition

Un nombre complexe s'écrit z=a+ibz = a + ib, où aa et bb sont deux nombres réels. On appelle aa la partie réelle de z (notée Re z) et bb sa partie imaginaire (notée Im z).

L'erreur la plus fréquente du chapitre
La partie imaginaire de 3+5i3 + 5i vaut 5, et surtout pas 5i5i. La partie imaginaire est un nombre réel. Traîner le ii avec elle fausse tout calcul de module et d'argument qui suit.

Deux cas particuliers portent un nom :

  • si b=0b = 0, z est un réel ordinaire : les réels sont donc des complexes ;
  • si a=0a = 0, z est dit imaginaire pur (exemple : 7i7i).

L'ensemble de tous les nombres complexes se note C\mathbb{C}. La première remarque ci-dessus se réécrit alors R⊂C\mathbb{R} \subset \mathbb{C} : on n'a rien perdu en chemin, on a seulement ajouté. C'est ce qui autorise à mêler réels et complexes dans un même calcul sans précaution particulière.

Deux complexes sont égaux si et seulement si leurs parties réelles sont égales et leurs parties imaginaires sont égales. C'est ce qu'on appelle l'identification, et c'est un outil de démonstration à part entière : d'une seule égalité entre complexes, on tire deux équations entre réels.

Le plan complexe

Un complexe porte deux nombres réels : on peut donc le dessiner comme un point du plan, la partie réelle en abscisse et la partie imaginaire en ordonnée. z=3+2iz = 3 + 2i est le point de coordonnées (3, 2), qu'on appelle son image.

ReIm-11234-1123z = 3 + 2i
L'image de z = 3 + 2i dans le plan complexe : la partie réelle en abscisse, la partie imaginaire en ordonnée.

Cette image n'est pas décorative : c'est elle qui rend tout le chapitre lisible. Un complexe, c'est une flèche partant de l'origine. Elle a une longueur et une direction : ce seront le module et l'argument.

Additionner

On additionne les parties réelles entre elles, les parties imaginaires entre elles :

(3+2i)+(1+4i)=4+6i(3 + 2i) + (1 + 4i) = 4 + 6i

Géométriquement, c'est l'addition de deux flèches mises bout à bout, exactement comme les vecteurs du chapitre précédent. Le résultat est la diagonale du parallélogramme construit sur les deux, et c'est la même figure que celle de l'addition vectorielle.

ReIm-2-1123456-112345673 + 2i1 + 4i4 + 6i
L'addition de deux complexes est celle de deux flèches. La construction en pointillés est le parallélogramme dont la somme est la diagonale.

Multiplier

On développe, puis on remplace i2i^2 par −1-1 :

(3+2i)(1+4i)=3+12i+2i+8i2=3+14i−8=−5+14i(3 + 2i)(1 + 4i) = 3 + 12i + 2i + 8i^2 = 3 + 14i - 8 = -5 + 14i

À retenir. Il n'y a rien de plus à savoir pour la forme algébrique : on calcule comme avec des lettres, et on remplace i2i^2 par −1-1.

Le calcul est simple, mais il cache ce qui se passe vraiment. Multiplier n'étire pas seulement la flèche : cela la fait aussi tourner. Le cas le plus parlant est la multiplication par ii, qui ne change pas la longueur et fait tourner d'un quart de tour exactement.

ReIm-3-2-11234-2-11234534°124°zii·z
Multiplier par i fait tourner d'un quart de tour dans le sens direct, sans changer la longueur. Déplacer la pointe de z pour le vérifier sur n'importe quelle position.
À manipuler
Poser la pointe de z sur l'axe des réels, puis sur l'axe des imaginaires, puis n'importe où ailleurs. Vérifier à chaque fois deux choses : l'angle entre z et i·z ne change jamais, et les deux flèches gardent exactement la même longueur. C'est ce qui permet de dire qu'une multiplication complexe est une rotation suivie d'un agrandissement.

Ce n'est pas propre à ii. Dans le cas général, les longueurs se multiplient et les angles s'ajoutent. C'est le fait le plus important du chapitre, et la section suivante sur le module et l'argument ne fait que le mettre en formules.

ReIm-2-11234-112345627°63°90°z₁z₂z₁ z₂
Le produit de deux complexes : sa longueur est le produit des deux longueurs, son angle la somme des deux angles. Les deux flèches de départ se déplacent.

Le conjugué

Définition

Le conjugué de z=a+ibz = a + ib est zˉ=a−ib\bar{z} = a - ib. On change le signe de la partie imaginaire ; géométriquement, on symétrise le point par rapport à l'axe des réels.

ReIm-11234-3-2-1123zz̄
Le conjugué est le reflet dans l'axe des réels. Déplacer z : les deux flèches restent symétriques, et se confondent exactement quand z devient réel.

Son intérêt tient dans un seul calcul, à connaître par cœur :

z×zˉ=(a+ib)(a−ib)=a2−(ib)2=a2+b2z \times \bar{z} = (a + ib)(a - ib) = a^2 - (ib)^2 = a^2 + b^2

Le produit d'un complexe par son conjugué est donc toujours un réel positif. C'est le seul outil dont on a besoin pour diviser.

Deux autres égalités, utiles pour démontrer :

  • z+zˉ=2a=2Re⁡zz + \bar{z} = 2a = 2 \operatorname{Re} z
  • z−zˉ=2ib=2iIm⁡zz - \bar{z} = 2ib = 2i \operatorname{Im} z

D'où : z est réel si et seulement si z̄ = z, et z est imaginaire pur si et seulement si z̄ = −z.

Le conjugué traverse les opérations : z+z′‾=zˉ+zˉ′\overline{z + z'} = \bar{z} + \bar{z}', zz′‾=zˉ zˉ′\overline{z z'} = \bar{z}\,\bar{z}' et z/z′‾=zˉ/zˉ′\overline{z / z'} = \bar{z} / \bar{z}'. C'est ce qui explique, plus loin, que les racines d'une équation à coefficients réels aillent par paires : conjuguer toute l'équation la laisse inchangée, donc envoie une racine sur une autre racine.

Il donne aussi l'inverse sans division à poser. Comme zzˉ=∣z∣2z \bar{z} = |z|^2 :

1z=zˉ∣z∣2\frac{1}{z} = \frac{\bar{z}}{|z|^2}

Ainsi 13+4i=3−4i25\dfrac{1}{3 + 4i} = \dfrac{3 - 4i}{25}, et 1i=−i1=−i\dfrac{1}{i} = \dfrac{-i}{1} = -i, ce qui se vérifie en une ligne : i×(−i)=−i2=1i \times (-i) = -i^2 = 1.

Diviser

Une fraction avec un ii au dénominateur n'est pas une forme acceptable : on n'y lit ni la partie réelle ni la partie imaginaire. La technique consiste à multiplier haut et bas par le conjugué du dénominateur, ce qui rend celui-ci réel.

Exemple avec (3+2i)/(1+4i)(3 + 2i) / (1 + 4i) :

  1. Le conjugué du dénominateur est 1−4i1 - 4i.
  2. En bas : (1+4i)(1−4i)=12+42=17(1 + 4i)(1 - 4i) = 1^2 + 4^2 = 17.
  3. En haut : (3+2i)(1−4i)=3−12i+2i−8i2=3−10i+8=11−10i(3 + 2i)(1 - 4i) = 3 - 12i + 2i - 8i^2 = 3 - 10i + 8 = 11 - 10i.
  4. Résultat : (11−10i)/17(11 - 10i)/17, soit 11/17−(10/17)i11/17 - (10/17) i.

Géométriquement, diviser fait l'inverse de multiplier : les longueurs se divisent et les angles se retranchent. C'est pourquoi diviser par un complexe de longueur 1 ne fait que tourner, en sens inverse cette fois.

ReIm-1123-112327°63°37°z₁z₂z₁ / z₂
Le quotient de deux complexes : sa longueur est le rapport des deux longueurs, son angle la différence des deux angles. À comparer avec la figure du produit, plus haut.
Le piège classique
Dans une rédaction, s'arrêter à (11−10i)/17(11 - 10i)/17 est incomplet. On demande la forme algébrique, c'est-à-dire deux réels bien séparés : 11/17−(10/17)i11/17 - (10/17) i. Séparer toujours, même quand le résultat est moche.

Module et argument

Revenir à l'image de la flèche : une flèche, c'est une longueur et une direction.

Le module

Définition

Le module de z=a+ibz = a + ib est ∣z∣=a2+b2|z| = \sqrt{a^2 + b^2}. C'est la distance de l'origine au point (a, b) : le théorème de Pythagore.

Exemple : ∣3+4i∣=9+16=25=5|3 + 4i| = \sqrt{9 + 16} = \sqrt{25} = 5.

ReIm-11234-112345z = 3 + 4i
Le module est la longueur de la flèche, l'argument l'angle qu'elle fait avec l'axe des réels. Ces deux nombres en disent autant que la paire (a, b), et c'est tout le propos des deux sections qui suivent.
Propriétés

∣z∣|z| est un réel positif ou nul, nul seulement si z=0z = 0 ; ∣z∣2=zzˉ|z|^2 = z \bar{z} ; ∣zz′∣=∣z∣×∣z′∣|z z'| = |z| \times |z'| ; ∣z/z′∣=∣z∣/∣z′∣|z/z'| = |z|/|z'| ; et ∣z+z′∣≤∣z∣+∣z′∣|z + z'| \leq |z| + |z'| (inégalité triangulaire).

Notons bien que le module ne s'additionne pas : ∣z+z′∣|z + z'| n'est pas ∣z∣+∣z′∣|z| + |z'| en général. L'inégalité triangulaire dit seulement qu'il ne peut pas dépasser, et la figure dit pourquoi : la diagonale d'un parallélogramme est plus courte que le chemin qui longe deux côtés.

ReIm-2-11234-112345zz'z + z'
Le raccourci contre le détour. La flèche somme est plus courte que les deux autres mises bout à bout, et elle ne les égale que si elles pointent dans la même direction : déplacer z' pour l'aligner sur z et voir l'inégalité devenir une égalité.

La distance entre deux points

Le module de la différence est ce qui rend les complexes utiles en géométrie, et c'est une seule ligne de calcul.

Propriété

Si A et B sont les images de zAz_\mathrm{A} et zBz_\mathrm{B}, alors la distance AB vaut ∣zB−zA∣|z_\mathrm{B} - z_\mathrm{A}|.

La raison est immédiate : zB−zAz_\mathrm{B} - z_\mathrm{A} a pour partie réelle xB−xAx_\mathrm{B} - x_\mathrm{A} et pour partie imaginaire yB−yAy_\mathrm{B} - y_\mathrm{A}, donc son module est (xB−xA)2+(yB−yA)2\sqrt{(x_\mathrm{B} - x_\mathrm{A})^2 + (y_\mathrm{B} - y_\mathrm{A})^2}, qui est la distance du plan.

ReIm-4-3-2-112345-2-11234567zB − zAAB
La flèche d'affixe zB − zA a exactement la longueur AB, ici 5. Elle porte aussi sa direction : son argument est l'angle de la droite (AB).

Ce que cette propriété permet d'écrire. Une condition géométrique devient une équation, et réciproquement. Les trois cas à reconnaître :
∣z−a∣=r|z - a| = r : les points à distance r du point d'affixe a, c'est-à-dire le cercle de centre a et de rayon r.
∣z−a∣≤r|z - a| \leq r : le disque correspondant, bord compris.
∣z−a∣=∣z−b∣|z - a| = |z - b| : les points à égale distance de deux points, c'est-à-dire la médiatrice du segment.

Exemple travaillé. Quel est l'ensemble des points tels que ∣z−1−2i∣=3|z - 1 - 2i| = 3 ?

On commence par lire l'affixe du centre, et c'est là que se joue l'exercice : z−1−2iz - 1 - 2i s'écrit z−(1+2i)z - (1 + 2i). La condition est donc « la distance de z au point d'affixe 1+2i1 + 2i vaut 3 », soit le cercle de centre (1 ; 2) et de rayon 3.

Le signe qui inverse tout
La forme à reconnaître est ∣z−a∣|z - a|, avec un moins. Devant ∣z+3i∣|z + 3i|, il faut donc lire ∣z−(−3i)∣|z - (-3i)| : le centre est le point d'affixe −3i-3i, et non 3i3i. C'est l'erreur qui fait perdre l'exercice entier, parce qu'elle ne se voit pas dans la suite du calcul.

L'argument

Définition

L'argument de z≠0z \neq 0, noté arg z, est l'angle en radians entre l'axe des réels et la flèche. Il n'est défini qu'à 2π près : un tour complet ramène au même point.

Le nombre 0 n'a pas d'argument : une flèche de longueur nulle ne pointe nulle part, et c'est pourquoi la définition l'exclut. Les points des axes se lisent sans calcul : un réel strictement positif a pour argument 0, un réel strictement négatif a pour argument π\pi, un imaginaire pur bibi a pour argument π/2\pi/2 si b>0b > 0 et −π/2-\pi/2 si b<0b < 0.

Pour le calculer, on cherche l'angle θ tel que :

cos⁡θ=a/∣z∣\cos \theta = a / |z|   et   sin⁡θ=b/∣z∣\sin \theta = b / |z|

Il faut les deux, et c'est là que se joue l'exercice. tan⁡θ=b/a\tan \theta = b/a donne la même valeur pour un point et pour son symétrique par rapport à l'origine : une arctangente utilisée sans réfléchir donne un angle qui peut être décalé de π.

La méthode qui ne rate pas. Le signe du cosinus et celui du sinus désignent à eux deux un seul quadrant. Cosinus −, sinus + → deuxième quadrant, en haut à gauche. Faisons le dessin : on ne peut plus se tromper de π.

Exemple travaillé : argument de z=−1+iz = -1 + i

  1. Module : ∣z∣=1+1=2|z| = \sqrt{1 + 1} = \sqrt{2}.
  2. cos⁡θ=−1/2\cos \theta = -1/\sqrt{2} et sin⁡θ=1/2\sin \theta = 1/\sqrt{2}. On préfère écrire ces valeurs sans racine au dénominateur, en multipliant haut et bas par 2\sqrt{2} : 1/2=2/21/\sqrt{2} = \sqrt{2}/2. D'où cos⁡θ=−2/2\cos \theta = -\sqrt{2}/2 et sin⁡θ=2/2\sin \theta = \sqrt{2}/2.
  3. Cosinus négatif, sinus positif → deuxième quadrant.
  4. L'angle du deuxième quadrant qui a ces valeurs est θ = 3π/4.

Le quadrant se lit sur le cercle, et rien ne remplace ce coup d'œil : l'angle souligné ci-dessous est celui de l'exemple.

cossin0(1;0)π/6(√3/2;1/2)π/4(√2/2;√2/2)π/3(1/2;√3/2)π/2(0;1)2π/3(−1/2;√3/2)3π/4(−√2/2;√2/2)5π/6(−√3/2;1/2)π(−1;0)7π/6(−√3/2;−1/2)5π/4(−√2/2;−√2/2)4π/3(−1/2;−√3/2)3π/2(0;−1)5π/3(1/2;−√3/2)7π/4(√2/2;−√2/2)11π/6(√3/2;−1/2)
Le cercle trigonométrique. L'abscisse d'un point donne le cosinus de l'angle, l'ordonnée donne le sinus. Angle souligné : celui de l'exemple travaillé ci-dessus.

Ce travail, la calculatrice ne le fait pas. Sa fonction arctan ne renvoie qu'une valeur entre −π/2-\pi/2 et π/2\pi/2 : elle ne sait pas distinguer un point de son symétrique par rapport à l'origine, et se trompe donc d'un demi-tour une fois sur deux. Le signe du cosinus et celui du sinus, eux, ne mentent pas.

Valeurs remarquables du premier quadrant, à savoir de tête, les autres s'en déduisant par symétrie :

θ0π/6π/4π/3π/2
cos θ1√3/2√2/21/20
sin θ01/2√2/2√3/21
Propriétés

arg⁡(zz′)=arg⁡z+arg⁡z′\operatorname{arg}(z z') = \operatorname{arg} z + \operatorname{arg} z'  (mod 2π), arg⁡(z/z′)=arg⁡z−arg⁡z′\operatorname{arg}(z/z') = \operatorname{arg} z - \operatorname{arg} z', arg⁡(zˉ)=−arg⁡z\operatorname{arg}(\bar{z}) = -\operatorname{arg} z, arg⁡(zn)=narg⁡z\operatorname{arg}(z^n) = n \operatorname{arg} z.

Ces deux règles se lisent mieux sur deux cas extrêmes. Multiplier par un complexe de module 1 fait tourner sans changer la taille : seul l'argument bouge. Multiplier par un réel positif change la taille sans faire tourner : seul le module bouge. Toute multiplication complexe est la combinaison de ces deux gestes, une rotation et un agrandissement, et jamais rien d'autre.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Pour z=−1−iz = -1 - i, un étudiant tape arctan⁡(b/a)=arctan⁡(1)=π/4\arctan(b/a) = \arctan(1) = \pi/4 et annonce que c'est l'argument. Où est l'erreur ?

2.Que vaut ∣z∣2\lvert z \rvert^2 pour z=a+ibz = a + ib ?

Les formes trigonométrique et exponentielle

Si r=∣z∣r = |z| et θ=arg⁡z\theta = \operatorname{arg} z, alors par définition du cosinus et du sinus, a=rcos⁡θa = r \cos \theta et b=rsin⁡θb = r \sin \theta. Donc tout complexe non nul s'écrit :

z=r(cos⁡θ+isin⁡θ)z = r (\cos \theta + i \sin \theta )   : forme trigonométrique

Euler a montré que la parenthèse se note plus court : cos⁡θ+isin⁡θ=eiθ\cos \theta + i \sin \theta = e^{i\theta }. D'où :

z=reiθz = r e^{i\theta }   : forme exponentielle

Pourquoi cette notation est légitime, et non un tour de passe-passe
Écrire une exponentielle avec un exposant imaginaire a de quoi surprendre, et l'on peut s'en tenir à « c'est une notation ». Mais elle n'est pas arbitraire.
La propriété qui définit une exponentielle est de transformer une somme en produit : eu+v=eu×eve^{u + v} = e^u \times e^v. Or la règle du produit des complexes, celle qui additionne les arguments, dit exactement que (cos⁡θ+isin⁡θ)(cos⁡θ′+isin⁡θ′)=cos⁡(θ+θ′)+isin⁡(θ+θ′)(\cos \theta + i\sin\theta)(\cos \theta' + i\sin\theta') = \cos(\theta + \theta') + i\sin(\theta + \theta').
La quantité cos⁡θ+isin⁡θ\cos \theta + i \sin \theta se comporte donc, vis-à-vis de θ\theta, comme une exponentielle se comporte vis-à-vis de son exposant. C'est ce qui autorise à lui en emprunter le nom, et c'est pourquoi la notation rend le calcul des puissances si simple.

Les valeurs à connaître

Quatre points du cercle unité reviennent dans tous les calculs, et ils s'écrivent sans cosinus ni sinus :

θ\theta0π/2\pi/2π\pi−π/2-\pi/2, ou 3π/23\pi/22π2\pi
eiθe^{i\theta}1ii−1-1−i-i1

Ce tableau est le cycle des puissances de ii lu sur le cercle : i=eiπ/2i = e^{i\pi/2}, donc in=einπ/2i^n = e^{in\pi/2}, et l'exposant fait le tour en quatre pas. L'égalité eiπ=−1e^{i\pi} = -1 est celle qui sert le plus : elle transforme un signe moins en un demi-tour, et un demi-tour en un signe moins.

Dans l'autre sens, revenir de reiθr e^{i\theta} à a+iba + ib ne demande que a=rcos⁡θa = r\cos\theta et b=rsin⁡θb = r\sin\theta. Ainsi 4e−iπ/6=4(cos⁡π6−isin⁡π6)=4(32−i2)=23−2i4 e^{-i\pi/6} = 4\left(\cos\frac{\pi}{6} - i\sin\frac{\pi}{6}\right) = 4\left(\frac{\sqrt{3}}{2} - \frac{i}{2}\right) = 2\sqrt{3} - 2i.

Pourquoi une troisième écriture

Parce qu'elle transforme la multiplication en addition. Avec z=reiθz = r e^{i\theta } et z′=r′eiθ′z' = r' e^{i\theta '} :

z×z′=rr′ei(θ+θ′)z \times z' = r r' e^{i(\theta + \theta ')}   et   z/z′=(r/r′)ei(θ−θ′)z / z' = (r/r') e^{i(\theta - \theta ')}

La propriété centrale du chapitre.

Multiplier deux complexes, c'est multiplier les modules et additionner les arguments. Autrement dit : multiplier par un complexe de module r et d'argument θ, c'est faire subir au plan une rotation de θ suivie d'un agrandissement de r. C'est exactement pour cela que les complexes décrivent bien tout ce qui tourne.

Deux cas particuliers qui reviennent sans arrêt :

  • multiplier par ii (module 1, argument π/2) = tourner d'un quart de tour dans le sens direct ;
  • multiplier par −1-1 (module 1, argument π) = tourner d'un demi-tour.

Les transformations du plan

La propriété centrale se lit comme un catalogue de mouvements. Chaque opération sur zz déplace son image d'une façon précise, et trois d'entre elles suffisent à décrire tout ce qui bouge dans un plan.

ÉcritureCe que subit le pointNom
z′=z+bz' = z + bil glisse du vecteur d'affixe bbtranslation
z′=kzz' = k z, avec kk réel positifsa distance à l'origine est multipliée par kkhomothétie de centre O
z′=eiθzz' = e^{i\theta} zil tourne de l'angle θ\theta autour de l'originerotation de centre O

Tourner autour d'un autre point que l'origine ne demande rien de plus : on ramène ce point à l'origine, on tourne, on le remet en place. Pour une rotation d'angle θ\theta autour du point Ω\Omega d'affixe ω\omega :

z′−ω=eiθ (z−ω)z' - \omega = e^{i\theta}\,(z - \omega)

La formule se lit de droite à gauche. z−ωz - \omega est la flèche qui va de Ω\Omega au point ; multiplier par eiθe^{i\theta} la fait tourner ; ajouter ω\omega replace son origine en Ω\Omega.

Exemple travaillé. Rotation d'un quart de tour direct, autour du point Ω\Omega d'affixe 1+i1 + i, du point MM d'affixe 3+i3 + i.

  1. La flèche de Ω\Omega à MM : z−ω=(3+i)−(1+i)=2z - \omega = (3 + i) - (1 + i) = 2.
  2. Un quart de tour direct est une multiplication par eiπ/2=ie^{i\pi/2} = i : la flèche devient 2i2i.
  3. Retour en place : z′=ω+2i=1+i+2i=1+3iz' = \omega + 2i = 1 + i + 2i = 1 + 3i.

Le contrôle est une distance : MM était à 2 de Ω\Omega, et M′M' est à ∣1+3i−(1+i)∣=∣2i∣=2|1 + 3i - (1 + i)| = |2i| = 2 de Ω\Omega. Une rotation conserve les distances, et c'est ce que le module vérifie.

ReIm-11234-11234ΩMM'
La rotation d'un quart de tour autour de Ω envoie M sur M'. M est à 2 unités à droite de Ω, M' à 2 unités au-dessus : même distance au centre, et un quart de tour dans le sens direct pour passer de l'un à l'autre.

Choisir sa forme

Ce qu'on doit faireForme à utiliser
Additionner, soustraireAlgébrique a+iba + ib
Multiplier, diviserExponentielle reiθr e^{i\theta }
Élever à une puissance, extraire une racineExponentielle
Rendre le résultatCelle que demande l'énoncé, le relire

Une bonne rédaction commence par convertir dans la forme adaptée, fait le calcul en deux lignes, puis reconvertit. Une mauvaise développe (1+i)8(1 + i)^8 à la main.

Exemple travaillé : calculer (1+i)8(1 + i)^8

  1. ∣1+i∣=2|1 + i| = \sqrt{2} et arg⁡(1+i)=π/4\operatorname{arg}(1 + i) = \pi /4 (cos et sin tous deux positifs et égaux → premier quadrant, 45°).
  2. Donc 1+i=2eiπ/41 + i = \sqrt{2} e^{i\pi /4}.
  3. (1+i)8=(2)8×ei⋅8π/4=16×e2iπ(1 + i)^8 = (\sqrt{2})^8 \times e^{i\cdot 8\pi /4} = 16 \times e^{2i\pi }.
  4. e2iπ=1e^{2i\pi } = 1 (un tour complet), donc le résultat est 16.

Trois lignes contre une page de développement.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Combien l'équation z3=8z^3 = 8 a-t-elle de solutions dans ℂ ?

2.Pourquoi passe-t-on en forme exponentielle pour calculer (1+i)8(1 + i)^8 ?

Formule de Moivre

En appliquant n fois la règle du produit à un complexe de module 1 :

(cos⁡θ+isin⁡θ)n=cos⁡(nθ)+isin⁡(nθ)(\cos \theta + i \sin \theta )^n = \cos(n\theta ) + i \sin(n\theta )   : formule de Moivre

Elle sert dans les deux sens :

  • de gauche à droite pour calculer des puissances ;
  • de droite à gauche pour établir des formules de trigonométrie. En développant (cos⁡θ+isin⁡θ)2(\cos \theta + i \sin \theta )^2 et en identifiant partie réelle et partie imaginaire avec cos⁡2θ+isin⁡2θ\cos 2\theta + i \sin 2\theta, on retrouve d'un coup cos⁡2θ=cos⁡2θ−sin⁡2θ\cos 2\theta = \cos^2\theta - \sin^2\theta et sin⁡2θ=2sin⁡θcos⁡θ\sin 2\theta = 2 \sin \theta \cos \theta.

On utilise aussi souvent les formules d'Euler, qui vont dans l'autre sens :

cos⁡θ=(eiθ+e−iθ)/2\cos \theta = (e^{i\theta } + e^{-i\theta }) / 2   et   sin⁡θ=(eiθ−e−iθ)/(2i)\sin \theta = (e^{i\theta } - e^{-i\theta }) / (2i)

Ce sont elles qui permettent de linéariser : transformer un cos⁡3θ\cos^3\theta en une somme de cosinus d'angles multiples, forme sous laquelle on sait intégrer.

Exemple travaillé : linéariser cos⁡3θ\cos^3\theta. On remplace le cosinus par sa formule d'Euler, on développe le cube, on regroupe.

  1. cos⁡3θ=(eiθ+e−iθ2)3=18(e3iθ+3eiθ+3e−iθ+e−3iθ)\cos^3\theta = \left(\dfrac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}\right)^3 = \dfrac{1}{8}\left(e^{3i\theta} + 3e^{i\theta} + 3e^{-i\theta} + e^{-3i\theta}\right), par le binôme (a+b)3=a3+3a2b+3ab2+b3(a + b)^3 = a^3 + 3a^2b + 3ab^2 + b^3, où a2b=e2iθe−iθ=eiθa^2 b = e^{2i\theta} e^{-i\theta} = e^{i\theta}.
  2. On regroupe les exposants opposés : e3iθ+e−3iθ=2cos⁡3θe^{3i\theta} + e^{-3i\theta} = 2\cos 3\theta et 3eiθ+3e−iθ=6cos⁡θ3e^{i\theta} + 3e^{-i\theta} = 6\cos\theta.
  3. D'où cos⁡3θ=2cos⁡3θ+6cos⁡θ8=cos⁡3θ+3cos⁡θ4\cos^3\theta = \dfrac{2\cos 3\theta + 6\cos\theta}{8} = \dfrac{\cos 3\theta + 3\cos\theta}{4}.

Le contrôle se fait en θ=0\theta = 0 : à gauche 1, à droite (1+3)/4=1(1 + 3)/4 = 1. Le cube a disparu, et il ne reste que des cosinus d'angles multiples, dont la primitive est immédiate. C'est à cela que sert la linéarisation, et c'est le chapitre d'intégration qui en fait usage.

La factorisation par l'arc moitié

Une somme de deux exponentielles imaginaires n'est pas une exponentielle : eiα+eiβe^{i\alpha} + e^{i\beta} ne se simplifie pas telle quelle, et c'est le point où le calcul se bloque le plus souvent. Le moyen de la ramener à la forme reiθr e^{i\theta} consiste à mettre en facteur l'exponentielle de l'angle moyen, ce qui rend le reste symétrique, donc réel.

1+eiθ=eiθ/2(e−iθ/2+eiθ/2)=2cos⁡(θ2)eiθ/21 + e^{i\theta} = e^{i\theta/2}\left(e^{-i\theta/2} + e^{i\theta/2}\right) = 2\cos\left(\frac{\theta}{2}\right) e^{i\theta/2}

La parenthèse est devenue réelle par la formule d'Euler, et tout se lit d'un coup : le module vaut ∣2cos⁡(θ/2)∣\left|2\cos(\theta/2)\right|, et l'argument vaut θ/2\theta/2 tant que ce cosinus est positif. La valeur absolue n'est pas une précaution d'écriture : au-delà de θ=π\theta = \pi, le cosinus change de signe et l'argument gagne π\pi.

Le cas général se traite de la même façon, en factorisant par la demi-somme des deux angles :

eiα+eiβ=2cos⁡(α−β2)ei(α+β)/2e^{i\alpha} + e^{i\beta} = 2\cos\left(\frac{\alpha - \beta}{2}\right) e^{i(\alpha + \beta)/2}

Ce que cette ligne remplace. Deux signaux de même fréquence et de phases différentes s'additionnent exactement comme ces deux exponentielles. Le facteur cos⁡((α−β)/2)\cos((\alpha - \beta)/2) est l'amplitude du signal résultant : elle vaut 2 quand les phases coïncident, et zéro quand elles sont opposées. Toute la théorie des interférences tient dans ce facteur, et l'obtenir par la trigonométrie demanderait une demi-page.

Racines n-ièmes

On cherche les zz tels que zn=wz^n = w. On écrit w=Reiφw = R e^{i\varphi } et z=reiθz = r e^{i\theta }. L'égalité impose rn=Rr^n = R et nθ=φ+2kπn\theta = \varphi + 2k\pi, d'où :

r=R1/nr = R^{1/n}   et   θ=φ/n+2kπ/n\theta = \varphi /n + 2k\pi /n, pour k=0,1,…,n−1k = 0, 1, \dots , n-1

À retenir. Un complexe non nul a exactement n racines n-ièmes. Elles ont toutes le même module et sont régulièrement espacées de 2π/n : elles forment un polygone régulier à n côtés centré sur l'origine. Si on en trouve une, les autres s'en déduisent par rotations.

Exemple travaillé : les racines cubiques de 8

8=8ei⋅08 = 8 e^{i\cdot 0}. Donc r=81/3=2r = 8^{1/3} = 2 et θ=0+2kπ/3\theta = 0 + 2k\pi /3, pour k = 0, 1, 2 :

  • k = 0 : 2ei⋅0=22 e^{i\cdot 0} = 2
  • k = 1 : 2e2iπ/3=2(−1/2+i3/2)=−1+i32 e^{2i\pi /3} = 2(-1/2 + i\sqrt{3}/2) = -1 + i\sqrt{3}
  • k = 2 : 2e4iπ/3=−1−i32 e^{4i\pi /3} = -1 - i\sqrt{3}

Trois points de module 2, espacés de 120° : un triangle équilatéral. Et les deux racines complexes sont bien conjuguées, ce qui est le contrôle à faire.

ReIm-2-1123-2-1120°120°120°k = 0k = 1k = 2
Les trois racines cubiques de 8. Même module, arguments espacés d'un tiers de tour : les pointes sont les sommets d'un triangle équilatéral.

Une quatrième propriété ne figure dans aucun tableau et fournit le contrôle le moins cher qui soit : la somme des nn racines est nulle dès que n≥2n \geq 2. Le dessin en donne la raison immédiatement, car les flèches d'un polygone régulier centré sur l'origine se compensent, deux à deux quand nn est pair, trois à trois ou davantage sinon.

Concrètement, après avoir écrit les trois racines cubiques de 8, les additionner : si le total n'est pas nul, l'une des trois est fausse, et cela se sait avant toute vérification plus longue.

Le second degré à discriminant négatif

C'est l'application la plus fréquente. Pour az2+bz+c=0az^2 + bz + c = 0 avec a, b, c réels et Δ=b2−4ac\Delta = b^2 - 4ac :

DiscriminantRacines
Δ>0\Delta > 0deux racines réelles (−b±Δ)/(2a)(-b \pm \sqrt{\Delta})/(2a)
Δ=0\Delta = 0une racine double −b/(2a)-b/(2a)
Δ<0\Delta < 0deux racines complexes conjuguées (−b±i−Δ)/(2a)(-b \pm i\sqrt{-\Delta })/(2a)

La seule nouveauté est le passage de Δ\sqrt{\Delta} à i−Δi\sqrt{-\Delta } : comme Δ est négatif, −Δ-\Delta est positif et sa racine carrée existe.

Exemple travaillé : z2−2z+5=0z^2 - 2z + 5 = 0

Δ=4−20=−16\Delta = 4 - 20 = -16, donc −Δ=4\sqrt{-\Delta } = 4, et les racines sont (2±4i)/2=1±2i(2 \pm 4i)/2 = 1 \pm 2i.

ReIm-2-1123-3-2-11231 + 2i1 − 2i
Les deux racines de z² − 2z + 5. À coefficients réels, elles sont conjuguées, donc symétriques par rapport à l'axe des réels : leur partie réelle commune vaut −b/2a, ici 1.

La symétrie se lit et se vérifie : les deux racines partagent la même abscisse, qui vaut −b/(2a)-b/(2a), et leurs parties imaginaires sont opposées. Une racine complexe trouvée seule est donc toujours le signe d'une erreur.

Le contrôle en deux secondes. Quand a, b, c sont réels, les racines complexes vont toujours par paires conjuguées. Si on trouve 1+2i1 + 2i sans trouver 1−2i1 - 2i, on a fait une erreur de signe. Vérifions aussi que la somme des racines vaut −b/a-b/a et leur produit c/ac/a.

Ce que cela sert à décrire

L'introduction promettait un courant alternatif et une onde en retard de phase. Le moment est venu de tenir cette promesse, car tout le chapitre y conduit.

Une grandeur sinusoïdale, en électricité comme en mécanique, porte deux informations et deux seulement : une amplitude et une phase. Un signal Acos⁡(ωt+φ)A \cos(\omega t + \varphi) est entièrement décrit par le couple (A;φ)(A ; \varphi), puisque la pulsation ω\omega est la même pour tout le circuit. Or un couple « longueur et angle » est exactement ce qu'est un complexe sous forme exponentielle : on lui associe donc AeiφA e^{i\varphi}, qu'on appelle son amplitude complexe.

Ce que le passage aux complexes fait gagner. Additionner deux signaux de même pulsation devient l'addition de leurs amplitudes complexes, donc une addition de flèches. Sans complexes, il faut développer deux cosinus déphasés et recomposer, ce qui prend une demi-page pour un résultat qu'on lit ici sur un dessin.
Déphaser de +90 degrés devient une multiplication par i, celle-là même dont la figure du début du chapitre montrait qu'elle fait tourner d'un quart de tour. Un condensateur et une bobine ne font rien d'autre.
Et dériver par rapport au temps devient une multiplication par iωi\omega, ce qui change les équations différentielles d'un circuit en équations algébriques ordinaires.

La figure de deux flèches mises bout à bout, vue au début de ce chapitre, s'appelle dans ce contexte un diagramme de Fresnel, et c'est le même dessin. Le chapitre sur les oscillations part de là, et le chapitre d'électricité sur Fresnel y ajoute les impédances, avec la lettre jj à la place de ii.

La division, autant de fois qu'il faut

La division est le geste le plus mécanique du chapitre, et le plus souvent inachevé : le conjugué est bien multiplié en bas, oublié en haut, ou le résultat est laissé sous forme de fraction. Les nombres sont choisis pour que le quotient tombe juste.

Mettre un quotient sous forme algébrique

Mettre −1+3i−2+1i\dfrac{-1 + 3i}{-2 + 1i} sous forme algébrique.

  1. Le dénominateur une fois multiplié par son conjugué, c2+d2c^2 + d^2
  2. La partie réelle du quotient
  3. La partie imaginaire du quotient

La première question est le dénominateur réel qui rend le reste possible : c'est c2+d2c^2 + d^2, jamais c2−d2c^2 - d^2, parce que −(id)2=+d2-(id)^2 = +d^2.

L'argument, autant de fois qu'il faut

Un exemple travaillé suffit à comprendre la méthode et jamais à l'acquérir. Ici les deux coordonnées ont toujours la même valeur absolue, et ce choix n'est pas anodin : l'arctangente de b/ab/a rend alors ±45\pm 45 degrés dans les quatre cas. Elle se trompe donc trois fois sur quatre, et cela se constate mieux que cela ne se lit.

Module, quadrant, argument

Soit z=3+3iz = 3 + 3i.

  1. Le carré du module, ∣z∣2|z|^2
  2. Le quadrant du point d'affixe zz, de 1 à 4
  3. L'argument de zz, en degrés, entre 0 et 360degrés

L'ordre des trois questions est celui de la méthode : le module d'abord, qui ne pose aucune difficulté, puis le quadrant, qui se lit sur deux signes, puis l'angle, qui n'est plus qu'une lecture une fois le quadrant connu.

La méthode sur feuille

Sans machine, l'ordre qui fait gagner du temps :

  1. Lire la forme demandée dans l'énoncé (algébrique ? exponentielle ?). C'est elle qui décide de tout.
  2. Dessiner le point dès qu'on calcule un argument. Le quadrant se lit sur le dessin, et c'est ce qui évite l'erreur de π.
  3. Pour une division : multiplier par le conjugué du dénominateur. Toujours.
  4. Pour une puissance ou une racine : passer en exponentielle. Toujours.
  5. Contrôler le module : ∣zz′∣=∣z∣∣z′∣|z z'| = |z||z'| attrape la plupart des erreurs de calcul en deux secondes.
  6. Si les coefficients sont réels, vérifier que les racines sont conjuguées.

Mettre en pratique

Cinq nombres réels, tous tirés de nombres complexes. Passer par la forme qui convient est tout l'exercice : la forme algébrique pour additionner, la forme exponentielle pour élever.

Choisir la bonne forme

  • 1.

    Le module de z=3+4iz = 3 + 4i.

  • 2.

    L'argument de z=1+iz = 1 + i, en degrés, entre 0 et 360.

  • 3.

    La partie réelle de (1+i)8(1 + i)^8.

  • 4.

    Le module commun aux trois racines cubiques de 8.

  • 5.

    L'équation x2+2x+5=0x^2 + 2x + 5 = 0 a deux racines complexes conjuguées. Quelle est la partie imaginaire de celle qui l'a positive ?

  • 6.

    Le module de 1+eiπ/31 + e^{i\pi/3}. Donner sa valeur décimale.

Mettre (2+i)/(1−i)(2 + i)/(1 - i) sous forme algébrique

On multiplie haut et bas par le conjugué 1+i1 + i :

  • en bas : (1−i)(1+i)=1+1=2(1 - i)(1 + i) = 1 + 1 = 2 ;
  • en haut : (2+i)(1+i)=2+2i+i+i2=1+3i(2 + i)(1 + i) = 2 + 2i + i + i^2 = 1 + 3i.

Résultat : (1+3i)/2=(1 + 3i)/2 = 1/2+(3/2)i1/2 + (3/2) i.

Donner le module et un argument de z=−3+iz = -\sqrt{3} + i

Module : ∣z∣=3+1=2|z| = \sqrt{3 + 1} = 2.

cos⁡θ=−3/2\cos \theta = -\sqrt{3}/2 et sin⁡θ=1/2\sin \theta = 1/2. Cosinus négatif, sinus positif → deuxième quadrant. L'angle qui convient est θ = 5π/6.

Forme exponentielle : z=2e5iπ/6z = 2 e^{5i\pi /6}.

Calculer (−3+i)6(-\sqrt{3} + i)^6

On réutilise l'exercice précédent : z=2e5iπ/6z = 2 e^{5i\pi /6}.

z6=26ei⋅30π/6=64e5iπz^6 = 2^6 e^{i\cdot 30\pi /6} = 64 e^{5i\pi }.

5π=π+4π5\pi = \pi + 4\pi, et 4π vaut deux tours complets : e5iπ=eiπ=−1e^{5i\pi } = e^{i\pi } = -1.

Résultat : −64.

Résoudre z2+4z+13=0z^2 + 4z + 13 = 0

Δ=16−52=−36\Delta = 16 - 52 = -36, donc −Δ=6\sqrt{-\Delta } = 6.

Racines : (−4±6i)/2=(-4 \pm 6i)/2 = −2+3i-2 + 3i et −2−3i-2 - 3i.

Contrôle : somme = −4=−b/a-4 = -b/a ✓, produit = 4+9=13=c/a4 + 9 = 13 = c/a ✓.

Résoudre z4=−16z^4 = -16

−16=16eiπ-16 = 16 e^{i\pi }. Donc r=161/4=2r = 16^{1/4} = 2 et θ=π/4+kπ/2\theta = \pi /4 + k\pi /2 pour k = 0, 1, 2, 3 :

2eiπ/42e^{i\pi /4}, 2e3iπ/42e^{3i\pi /4}, 2e5iπ/42e^{5i\pi /4}, 2e7iπ/42e^{7i\pi /4}

soit, sous forme algébrique, 2+i2\sqrt{2} + i\sqrt{2}, −2+i2-\sqrt{2} + i\sqrt{2}, −2−i2-\sqrt{2} - i\sqrt{2}, 2−i2\sqrt{2} - i\sqrt{2}.

Quatre points de module 2 aux sommets d'un carré. Ils sont conjugués deux à deux, comme attendu pour une équation à coefficients réels.

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