Le condensateur et le régime transitoire
Ce que ce chapitre apporte5 points
- Décrire ce qu'un condensateur stocke, et écrire la relation entre son courant et sa tension.
- Reconnaître qu'un circuit RC conduit à une équation différentielle du premier ordre, et en écrire la solution.
- Calculer une constante de temps et l'employer pour situer la durée d'un régime transitoire.
- Lire les valeurs remarquables d'une charge et d'une décharge à 63 %, 95 % et 99 %.
- Calculer l'énergie stockée dans un condensateur, et associer des condensateurs en série et en parallèle.
Tout ce qui précède décrit un circuit établi : les sources sont branchées depuis longtemps, rien ne bouge, et une seule équation suffit par composant. Ce chapitre s'intéresse à ce qui se passe juste après la fermeture d'un interrupteur, quand les grandeurs ne sont pas encore à leur valeur finale.
Il y faut un composant nouveau, le condensateur, et une relation d'un genre nouveau : sa tension ne dépend pas du courant qui le traverse à l'instant présent, mais de tout ce qui l'a traversé avant. C'est une équation différentielle, et sa solution est déjà connue, le chapitre de mathématiques qui la résout l'ayant établie sur des cas identiques.
Un composant qui stocke des charges
Un condensateur est fait de deux surfaces conductrices séparées par un isolant. Aucun courant ne traverse cet isolant, et pourtant un courant circule dans les fils au moment où la tension change : les charges s'accumulent d'un côté et se retirent de l'autre.
La charge stockée est proportionnelle à la tension appliquée :
avec en coulombs, en volts et la capacité en farads. Le farad est une unité énorme : les valeurs courantes se comptent en microfarads, en nanofarads ou en picofarads.
Une résistance dissipe l'énergie en chaleur, et cette énergie est perdue.
Un condensateur stocke l'énergie et la restitue. Un condensateur chargé reste dangereux longtemps après la coupure de l'alimentation, ce qui est la première consigne de sécurité de tout montage qui en comporte.
La relation qui change tout
En dérivant la relation de définition par rapport au temps, et puisque le courant est le débit de charge :
Cette écriture dit trois choses, et chacune se retient comme une phrase.
Un courant nul impose une tension constante. C'est le régime établi : une fois la charge terminée, plus rien ne circule, et le condensateur se comporte comme un circuit ouvert.
Une tension constante impose un courant nul. C'est la même phrase lue à l'envers, et c'est ce qui fait qu'un condensateur bloque le continu.
Une tension ne peut pas sauter. Un saut de tension demanderait une dérivée infinie, donc un courant infini. La tension aux bornes d'un condensateur est donc continue, et c'est cette propriété qui fournit la condition initiale de tout calcul de régime transitoire.
À l'instant où l'interrupteur se ferme, un condensateur déchargé porte zéro volt, et il continue d'en porter zéro juste après, puisque sa tension ne peut pas sauter.
Un composant qui impose zéro volt entre ses bornes se comporte, à cet instant précis, comme un fil. C'est pourquoi le courant est maximal au début d'une charge, et non à la fin comme l'intuition le suggère.
Le circuit RC
Une source, une résistance, un condensateur, et un interrupteur. La loi des mailles s'écrit sans difficulté :
En remplaçant par :
C'est une équation différentielle linéaire du premier ordre à coefficients constants, exactement celle que le chapitre des équations différentielles résout. Sa solution, avec un condensateur initialement déchargé, vaut :
| t (s) | u |
|---|---|
| 0 | 0 |
| 0,025 | 1,106 |
| 0,05 | 1,9673 |
| 0,075 | 2,6382 |
| 0,1 | 3,1606 |
| 0,125 | 3,5675 |
| 0,15 | 3,8843 |
| 0,175 | 4,1311 |
| 0,2 | 4,3233 |
| 0,225 | 4,473 |
| 0,25 | 4,5896 |
| 0,275 | 4,6804 |
| 0,3 | 4,7511 |
| 0,325 | 4,8061 |
| 0,35 | 4,849 |
| 0,375 | 4,8824 |
| 0,4 | 4,9084 |
| 0,425 | 4,9287 |
| 0,45 | 4,9445 |
| 0,475 | 4,9567 |
| 0,5 | 4,9663 |
Étendre l'axe du temps avec le curseur et chercher le moment où la courbe devient indiscernable de sa limite. Il se situe vers 0,5 s, soit cinq constantes de temps, et c'est précisément le critère employé en pratique.
Pousser le curseur jusqu'au bout : la courbe reste plate, et la tension n'atteint jamais tout à fait 5 V. Regarder enfin la pente à l'origine : elle est maximale, ce qui confirme que le courant est le plus fort au tout début de la charge.
La constante de temps
avec en ohms, en farads et en secondes. C'est la seule grandeur qui fixe la durée du régime transitoire.
Sa valeur numérique ne se retient pas, mais les pourcentages se retiennent une fois pour toutes et servent partout.
| Durée écoulée | Fraction de la valeur finale atteinte |
|---|---|
| 63 % | |
| 86 % | |
| 95 % | |
| 99,3 % |
Un régime transitoire est considéré comme terminé au bout de cinq constantes de temps : il reste alors moins d'un pour cent d'écart à la valeur finale, ce qui est sous la précision des composants eux-mêmes.
Mathématiquement, l'exponentielle n'atteint jamais sa limite. En ingénierie, la question n'est pas « quand est-ce fini » mais « quand l'écart devient-il plus petit que ce qu'on sait mesurer ».
Un circuit RC a une constante de temps de 2 ms. Au bout de combien de temps la charge est-elle pratiquement terminée ?
La décharge
Le condensateur chargé, la source est retirée et remplacée par un fil. La maille devient , et l'équation :
Sa solution est l'exponentielle décroissante, avec la même constante de temps :
| t (s) | u |
|---|---|
| 0 | 5 |
| 0,025 | 3,894 |
| 0,05 | 3,0327 |
| 0,075 | 2,3618 |
| 0,1 | 1,8394 |
| 0,125 | 1,4325 |
| 0,15 | 1,1157 |
| 0,175 | 0,8689 |
| 0,2 | 0,6767 |
| 0,225 | 0,527 |
| 0,25 | 0,4104 |
| 0,275 | 0,3196 |
| 0,3 | 0,2489 |
| 0,325 | 0,1939 |
| 0,35 | 0,151 |
| 0,375 | 0,1176 |
| 0,4 | 0,0916 |
| 0,425 | 0,0713 |
| 0,45 | 0,0555 |
| 0,475 | 0,0433 |
| 0,5 | 0,0337 |
À la charge, la tension atteint 63 % de sa valeur finale en une constante de temps.
À la décharge, il en reste 37 %, ce qui est le complément du même nombre.
Les deux valeurs ne sont pas deux choses à retenir, mais une seule : .
Un condensateur se charge souvent à travers une résistance et se décharge à travers une autre. La constante de temps n'est alors la même dans les deux sens que si les deux résistances le sont.
C'est le principe de tout montage à durées asymétriques : un temps de montée court et un temps de descente long s'obtiennent avec deux chemins différents.
L'énergie stockée
en joules, avec en farads et en volts.
Le carré change tout : doubler la tension quadruple l'énergie stockée. Un condensateur de 10 µF chargé sous 5 V ne contient que 125 µJ, ce qui est négligeable. Le même sous 400 V en contient 0,8 J, ce qui suffit à provoquer un choc sérieux.
Cette dépendance quadratique explique aussi une observation contre-intuitive : charger un condensateur à travers une résistance dissipe dans cette résistance exactement autant d'énergie que le condensateur en stocke, quelle que soit la valeur de la résistance. Le rendement d'une charge RC est donc de cinquante pour cent, et il ne s'améliore pas en changeant de résistance.
Un condensateur de 100 µF est chargé sous 10 V. Que devient l'énergie stockée s'il est chargé sous 20 V ?
Associer des condensateurs
Les formules sont l'inverse de celles des résistances, et cette inversion se retient par sa cause plutôt que par cœur.
En parallèle, les capacités s'ajoutent :
En série, ce sont les inverses qui s'ajoutent :
En parallèle, les deux condensateurs portent la même tension et leurs charges s'ajoutent : puisque , les capacités s'ajoutent. C'est le même raisonnement que pour la mise en parallèle de deux réservoirs.
En série, les deux portent la même charge et leurs tensions s'ajoutent, ce qui inverse la relation. Une mise en série réduit donc la capacité, en échange d'une tension admissible plus grande.
Deux condensateurs de 10 µF sont mis en série. Que vaut la capacité équivalente ?
La méthode
- Repérer l'état initial : la tension aux bornes du condensateur juste avant la commutation, qui est aussi celle juste après, puisqu'elle ne peut pas sauter.
- Repérer l'état final : le condensateur se comporte alors comme un circuit ouvert, et le circuit se résout avec les méthodes des chapitres précédents.
- Calculer la constante de temps , avec la résistance réellement vue par le condensateur, éventuellement un équivalent de Thévenin.
- Écrire la solution sans repasser par l'équation différentielle : elle va de la valeur initiale à la valeur finale, avec l'exponentielle de constante .
- Contrôler aux deux bouts : la formule doit redonner la valeur initiale en zéro, et la valeur finale à l'infini.
- Situer la durée à cinq constantes de temps, et vérifier qu'elle est compatible avec ce que le montage doit faire.
Synthèse
- Un condensateur stocke de l'énergie au lieu de la dissiper, et reste dangereux après la coupure de l'alimentation.
- , et en dérivant, : le courant dépend de la variation de la tension, pas de sa valeur.
- La tension aux bornes d'un condensateur est continue : elle ne peut pas sauter, ce qui fournit la condition initiale.
- À l'instant de la fermeture, un condensateur déchargé se comporte comme un fil ; en régime établi, comme un circuit ouvert.
- Un circuit RC conduit à une équation différentielle du premier ordre, déjà résolue dans le parcours de mathématiques.
- La constante de temps fixe seule la durée : 63 % au bout de , 95 % au bout de , 99,3 % au bout de .
- La décharge suit la même constante de temps, et il en reste 37 % après : c'est le même .
- L'énergie vaut : elle croît comme le carré de la tension.
- Les associations de condensateurs sont l'inverse de celles des résistances : somme en parallèle, inverses en série.