Le condensateur, la bobine et le premier ordre
Ce que ce chapitre apporte 6 points
- Décrire ce qu'un condensateur stocke, et écrire la relation entre son courant et sa tension.
- Reconnaître qu'un circuit à résistance et condensateur (RC) conduit à une équation différentielle du premier ordre, et en écrire la solution.
- Calculer une constante de temps, l'employer pour situer la durée d'un régime transitoire, et lire les valeurs remarquables d'une charge et d'une décharge à 63 %, 95 % et 99 %.
- Calculer l'énergie stockée dans un condensateur, et associer des condensateurs en série et en parallèle.
- Écrire la relation d'une bobine entre sa tension et son courant, dire quelle grandeur y est continue, et calculer la constante de temps d'un circuit R-L en la distinguant de celle d'un circuit R-C.
- Reconnaître que les deux montages obéissent à la même équation, et transporter d'un cas à l'autre ce qui a été appris.
À chaque mise en service d'une borne rapide du parc de recharge de Belmarais, le condensateur de 2 mF qui lisse son bus continu, déchargé, se trouve relié aux 400 V du bus. Branché directement, il ne verrait que les 0,05 Ω du câblage. Le constructeur interpose donc une résistance de précharge de 100 Ω, qu'un contacteur court-circuite une fois le condensateur chargé. Inès Barral, responsable d'exploitation, veut savoir quel courant traverse la résistance au premier instant, au bout de combien de temps le contacteur peut se fermer, et quelle énergie le condensateur garde ensuite. Hugo Sellier, technicien de maintenance, propose une résistance plus petite pour gagner du temps : jusqu'où descendre ?
Tous les circuits vus jusqu'à Thévenin, Norton et la superposition étaient établis : les sources branchées depuis longtemps, rien ne bouge. Ce chapitre regarde ce qui se passe juste après la fermeture d'un interrupteur. Il y faut le condensateur, dont la tension dépend de tout le courant qui l'a traversé, et une équation différentielle, que le chapitre de mathématiques qui la résout a établie sur des cas identiques.
Un composant qui stocke des charges
Un condensateur est fait de deux surfaces conductrices séparées par un isolant. Aucun courant ne traverse cet isolant, et pourtant un courant circule dans les fils au moment où la tension change : les charges s'accumulent d'un côté et se retirent de l'autre.
La charge stockée est proportionnelle à la tension appliquée :
avec en coulombs, en volts et la capacité en farads. Le farad est une unité énorme : les valeurs courantes se comptent en microfarads, en nanofarads ou en picofarads.
Ce qui distingue un condensateur d'une résistance. Une résistance dissipe l'énergie en chaleur, et cette énergie est perdue.
Un condensateur stocke l'énergie et la restitue. Un condensateur chargé reste dangereux longtemps après la coupure de l'alimentation, ce qui est la première consigne de sécurité de tout montage qui en comporte.
La relation qui change tout
En dérivant la relation de définition par rapport au temps, et puisque le courant est le débit de charge :
Les minuscules désignent désormais des grandeurs qui varient dans le temps, et ; les majuscules gardent les valeurs constantes, comme la tension de la source.
Cette écriture dit trois choses, et chacune se retient comme une phrase.
Un courant nul impose une tension constante. C'est le régime établi : une fois la charge terminée, plus rien ne circule, et le condensateur se comporte comme un circuit ouvert.
Une tension constante impose un courant nul. C'est la même phrase lue à l'envers, et c'est ce qui fait qu'un condensateur bloque le continu.
Une tension ne peut pas sauter. Un saut de tension demanderait une dérivée infinie, donc un courant infini. La tension aux bornes d'un condensateur est donc continue, et c'est cette propriété qui fournit la condition initiale de tout calcul de régime transitoire.
À l'instant où l'interrupteur se ferme, un condensateur déchargé porte zéro volt, et il continue d'en porter zéro juste après, puisque sa tension ne peut pas sauter.
Un composant qui impose zéro volt entre ses bornes se comporte, à cet instant précis, comme un fil. C'est pourquoi le courant est maximal au début d'une charge, et non à la fin comme l'intuition le suggère : toute la tension de la source tombe alors sur la résistance, et le courant vaut .
Un condensateur chargé sous une tension n'est pas un fil à la fermeture : il garde ses volts, et se comporte à cet instant comme une source de tension.
Le circuit RC
Une source, une résistance, un condensateur, et un interrupteur. La loi des mailles s'écrit sans difficulté :
En remplaçant par :
C'est une équation différentielle linéaire du premier ordre à coefficients constants, exactement celle que le chapitre des équations différentielles résout. Sa solution, avec un condensateur initialement déchargé, vaut :
Le courant de charge s'en déduit par : il part de et s'éteint avec la même constante de temps,
Pourquoi une exponentielle. La maille donne le courant de charge : . Il est proportionnel à ce qui reste à parcourir.
Au début, l'écart vaut , le courant est maximal et la tension monte vite. À mi-chemin, l'écart a diminué de moitié, le courant aussi, et la tension monte deux fois moins vite.
Une grandeur qui avance d'autant moins vite qu'elle approche de son but ne l'atteint jamais, et chaque constante de temps comble la même fraction, 63 %, de l'écart qui restait : c'est ce qui définit une exponentielle.
| t (s) | u |
|---|---|
| 0 | 0 |
| 0,025 | 1,106 |
| 0,05 | 1,9673 |
| 0,075 | 2,6382 |
| 0,1 | 3,1606 |
| 0,125 | 3,5675 |
| 0,15 | 3,8843 |
| 0,175 | 4,1311 |
| 0,2 | 4,3233 |
| 0,225 | 4,473 |
| 0,25 | 4,5896 |
| 0,275 | 4,6804 |
| 0,3 | 4,7511 |
| 0,325 | 4,8061 |
| 0,35 | 4,849 |
| 0,375 | 4,8824 |
| 0,4 | 4,9084 |
| 0,425 | 4,9287 |
| 0,45 | 4,9445 |
| 0,475 | 4,9567 |
| 0,5 | 4,9663 |
Le bord droit de la vue de départ, 0,5 s, est déjà à cinq constantes de temps : la figure y affiche 4,97 V, à moins d'un pour cent de 5 V. C'est le critère employé en pratique.
Pousser le curseur jusqu'à 2 s, soit vingt constantes : la figure affiche 5 V, parce que l'écart restant, de l'ordre de V, est sous sa précision d'affichage comme sous celle de tout appareil. Mathématiquement, la tension n'atteint pourtant jamais 5 V. Regarder enfin la pente à l'origine : elle est maximale, ce qui confirme que le courant est le plus fort au tout début de la charge.
La constante de temps
avec en ohms, en farads et en secondes. C'est la seule grandeur qui fixe la durée du régime transitoire.
Sa valeur numérique ne se retient pas, mais les pourcentages se retiennent une fois pour toutes et servent partout.
| Durée écoulée | Fraction de la valeur finale atteinte |
|---|---|
| 63 % | |
| 86 % | |
| 95 % | |
| 99,3 % |
La règle des cinq constantes de temps. Un régime transitoire est considéré comme terminé au bout de cinq constantes de temps : il reste alors moins d'un pour cent d'écart à la valeur finale, ce qui est sous la précision des composants eux-mêmes.
Mathématiquement, l'exponentielle n'atteint jamais sa limite. En ingénierie, la question n'est pas « quand est-ce fini » mais « quand l'écart devient-il plus petit que ce qu'on sait mesurer ».
La question inverse, celle du dimensionnement, demande de retourner l'exponentielle. Atteindre la fraction de la tension finale laisse à parcourir : , d'où . La moitié de la tension finale est ainsi atteinte au bout de . Le logarithme, fonction réciproque de l'exponentielle, est présenté dans le chapitre d'étude de fonctions.
Un circuit RC a une constante de temps de 2 ms. Au bout de combien de temps la charge est-elle pratiquement terminée ?
La décharge
Le condensateur chargé, la source est retirée et remplacée par un fil. La maille devient , et l'équation :
Sa solution est l'exponentielle décroissante, avec la même constante de temps :
| t (s) | u |
|---|---|
| 0 | 5 |
| 0,025 | 3,894 |
| 0,05 | 3,0327 |
| 0,075 | 2,3618 |
| 0,1 | 1,8394 |
| 0,125 | 1,4325 |
| 0,15 | 1,1157 |
| 0,175 | 0,8689 |
| 0,2 | 0,6767 |
| 0,225 | 0,527 |
| 0,25 | 0,4104 |
| 0,275 | 0,3196 |
| 0,3 | 0,2489 |
| 0,325 | 0,1939 |
| 0,35 | 0,151 |
| 0,375 | 0,1176 |
| 0,4 | 0,0916 |
| 0,425 | 0,0713 |
| 0,45 | 0,0555 |
| 0,475 | 0,0433 |
| 0,5 | 0,0337 |
Charge et décharge sont symétriques. À la charge, la tension atteint 63 % de sa valeur finale en une constante de temps.
À la décharge, il en reste 37 %, ce qui est le complément du même nombre.
Les deux valeurs ne sont pas deux choses à retenir, mais une seule : .
Un condensateur se charge souvent à travers une résistance et se décharge à travers une autre. La constante de temps n'est alors la même dans les deux sens que si les deux résistances le sont.
C'est le principe de tout montage à durées asymétriques : un temps de montée court et un temps de descente long s'obtiennent avec deux chemins différents.
L'énergie stockée
en joules, avec en farads et en volts.
Le carré change tout : doubler la tension quadruple l'énergie stockée. Un condensateur de 10 µF chargé sous 5 V ne contient que 125 µJ, ce qui est négligeable. Le même sous 400 V en contient 0,8 J, ce qui suffit à provoquer un choc sérieux.
La charge à travers une résistance réserve une autre surprise. La source délivre toute la charge sous sa tension constante : elle fournit l'énergie . Le condensateur, lui, a reçu cette charge sous une tension qui montait de 0 à , et n'en garde que . L'autre moitié est dissipée dans la résistance, quelle que soit sa valeur : une petite résistance laisse passer un courant plus fort pendant moins longtemps, et les deux effets se compensent exactement. Le rendement d'une charge RC est donc de cinquante pour cent, et il ne s'améliore pas en changeant de résistance.
Associer des condensateurs
Les formules sont l'inverse de celles des résistances, et cette inversion se retient par sa cause plutôt que par cœur.
En parallèle, les capacités s'ajoutent :
En série, ce sont les inverses qui s'ajoutent :
En parallèle, les deux condensateurs portent la même tension et leurs charges s'ajoutent : puisque , les capacités s'ajoutent. C'est le même raisonnement que pour la mise en parallèle de deux réservoirs.
En série, les deux portent la même charge et leurs tensions s'ajoutent, ce qui inverse la relation. Une mise en série réduit donc la capacité, en échange d'une tension admissible plus grande.
1.Un condensateur de 100 µF est chargé sous 10 V. Que devient l'énergie stockée s'il est chargé sous 20 V ?
2.Deux condensateurs de 10 µF sont mis en série. Que vaut la capacité équivalente ?
La bobine, l'autre composant qui stocke
Un condensateur stocke de l'énergie dans un champ électrique, entre deux armatures. Une bobine en stocke dans un champ magnétique, autour d'un enroulement. Idéaux, ce sont les deux seuls composants passifs à ne rien dissiper, et tout le reste de ce chapitre s'applique aux deux.
Une bobine d'inductance , en henrys, relie sa tension au courant qui la traverse par :
La symétrie avec le condensateur est complète, et c'est elle qu'il faut retenir plutôt que deux formules séparées. Le condensateur s'oppose aux variations brusques de sa tension ; la bobine, à celles de son courant.
L'énergie suit la même symétrie. Une bobine parcourue par un courant stocke dans son champ magnétique, comme un condensateur sous la tension stocke dans son champ électrique, et elle la restitue quand le courant décroît.
Ce qui ne peut pas sauter n'est pas la même grandeur. Sur un condensateur, c'est la tension qui est continue : elle ne peut pas sauter, parce qu'un saut demanderait un courant infini.
Sur une bobine, c'est le courant qui est continu : il ne peut pas sauter, parce qu'un saut demanderait une tension infinie.
C'est de là que vient toute la différence de comportement aux instants remarquables, et c'est la seule chose à mémoriser pour les retrouver.
Ouvrir un interrupteur, c'est imposer au courant de tomber à zéro en un temps très court. La bobine oppose alors , et un énorme produit une tension énorme, largement supérieure à celle de l'alimentation.
C'est la raison pour laquelle tout circuit qui commande un relais, un moteur ou un électroaimant comporte une diode de roue libre : elle offre au courant un chemin pour décroître doucement, au lieu de le forcer à s'annuler instantanément.
Les deux composants aux deux instants qui comptent.
À l'instant de la commutation, un condensateur déchargé est un fil, une bobine sans courant est un circuit ouvert.
En régime établi, sous tension continue, un condensateur est un circuit ouvert, une bobine est un fil.
Les deux lignes sont exactement l'inverse l'une de l'autre, et elles suffisent à répondre sans aucun calcul à la moitié des questions posées sur un régime transitoire.
Un circuit comportant une bobine est mis sous tension. Que vaut le courant juste après la fermeture de l'interrupteur ?
Le circuit R-L
Une bobine en série avec une résistance, sous un échelon de tension , obéit à la loi des mailles . Divisée par , elle s'écrit
C'est l'équation du circuit R-C, avec le courant à la place de la tension, à la place de , et une valeur finale . Elle a donc la même solution.
Le courant s'écrit alors , et la tension de la bobine .
| t (s) | i |
|---|---|
| 0 | 0 |
| 0,0013 | 0,1106 |
| 0,0025 | 0,1967 |
| 0,0038 | 0,2638 |
| 0,005 | 0,3161 |
| 0,0063 | 0,3567 |
| 0,0075 | 0,3884 |
| 0,0088 | 0,4131 |
| 0,01 | 0,4323 |
| 0,0113 | 0,4473 |
| 0,0125 | 0,459 |
| 0,0138 | 0,468 |
| 0,015 | 0,4751 |
| 0,015 | 0,4751 |
| 0,0163 | 0,4806 |
| 0,0175 | 0,4849 |
| 0,0188 | 0,4882 |
| 0,02 | 0,4908 |
| 0,0213 | 0,4929 |
| 0,0225 | 0,4944 |
| 0,0238 | 0,4957 |
| 0,025 | 0,4966 |
Comparer les deux points marqués avec ceux de la charge du condensateur, plus haut : ce sont les mêmes 63 % et 95 %, aux mêmes multiples de la constante de temps.
Remarquer que la courbe monte ici un courant, là où le condensateur montait une tension : c'est la seule différence, et elle vient de la grandeur qui ne peut pas sauter.
Pour un R-C, : une grande résistance ralentit, puisqu'elle limite le courant qui charge.
Pour un R-L, : une grande résistance accélère. Au démarrage, la bobine prend toute la tension, et le courant croît à la vitesse , qui ne dépend pas de . Mais sa valeur finale, , est d'autant plus petite que est grande : le courant part à la même vitesse vers une cible plus proche, et l'atteint plus tôt. Le quotient des deux, , est précisément la constante de temps.
Écrire par analogie avec est l'erreur la plus fréquente du chapitre, et elle ne se voit pas dans le résultat : le nombre obtenu reste une durée plausible.
Un seul premier ordre, deux montages
| Condensateur | Bobine | |
|---|---|---|
| Relation | ||
| Grandeur continue | la tension | le courant |
| À la commutation | sa tension d'avant : un fil s'il était déchargé | son courant d'avant : un circuit ouvert s'il était nul |
| En régime établi | un circuit ouvert | un fil |
| Constante de temps | ||
| Énergie stockée |
Une seule équation, apprise une seule fois. Les deux montages obéissent à
dont la solution est toujours la même : la grandeur va de sa valeur initiale à sa valeur finale, avec l'exponentielle de constante .
Cette écriture dispense de refaire l'équation différentielle à chaque exercice. Elle vaut pour une charge, pour une décharge, pour un courant qui s'établit et pour un courant qui s'annule, et elle se contrôle aux deux bouts en une seconde.
Une bobine de 200 mH est en série avec une résistance de 50 Ω. Que vaut la constante de temps ?
Une carte Arduino ne sait produire que 0 V ou 5 V, et fabrique une tension intermédiaire en alternant rapidement les deux : c'est la modulation de largeur d'impulsion, dont la période vaut environ 2 ms. Un circuit RC dont la constante de temps dépasse largement cette période n'a pas le temps de suivre chaque créneau, et se stabilise à la tension moyenne. Le régime transitoire de ce chapitre devient alors un outil : c'est lui qui transforme un signal carré en tension continue.
La méthode
- Repérer la grandeur continue : la tension pour un condensateur, le courant pour une bobine. Sa valeur juste avant la commutation est aussi sa valeur juste après.
- Repérer l'état final : en régime établi, un condensateur est un circuit ouvert et une bobine un fil. Le circuit se résout alors avec les méthodes des chapitres précédents.
- Calculer la constante de temps, ou , avec la résistance réellement vue par le composant, éventuellement un équivalent de Thévenin.
- Écrire la solution sans repasser par l'équation différentielle : la grandeur va de sa valeur initiale à sa valeur finale, avec l'exponentielle de constante .
- Contrôler aux deux bouts : la formule doit redonner la valeur initiale en zéro, et la valeur finale à l'infini.
- Vérifier les unités avant le résultat : est un temps, et aussi. Écrire par analogie produit des ohms fois des henrys, qui ne sont pas des secondes, et le contrôle d'unité attrape cette erreur bien avant l'ordre de grandeur.
- Situer la durée à cinq constantes de temps, et vérifier qu'elle est compatible avec ce que le montage doit faire.
Mettre en pratique
Le calcul répond à la première question de l'ouverture, et le premier exercice type à la seconde.
La précharge du condensateur de bus
- 1.
Le condensateur de 2 mF se charge sous 400 V à travers la résistance de précharge de 100 Ω. Quelle est la constante de temps de la précharge, en secondes, à 0,01 s près ?
- 2.
Quel courant traverse la résistance au premier instant, en ampères, à 0,1 A près ?
- 3.
Le contacteur se ferme au bout de trois constantes de temps. Quelle tension le condensateur a-t-il alors atteinte, en volts, à 0,1 V près ?
- 4.
Quelle énergie le condensateur garde-t-il une fois chargé, en joules, à 1 J près ?
La première question de l'ouverture a sa réponse : la précharge a une constante de temps de 0,2 s, et son courant part de 4 A, au lieu des 8 000 A que laisseraient passer les 0,05 Ω du câblage seul. Au bout de 0,6 s, le condensateur est à 380,1 V : le contacteur peut se fermer, l'écart qu'il court-circuite n'étant plus que de 19,9 V au lieu de 400 V. Le condensateur garde alors 160 J, assez pour un choc grave : c'est pourquoi un coffret de borne rapide ne s'ouvre pas aussitôt l'arrêt, comme le deuxième exercice type le chiffre.
Jusqu'où réduire la résistance de précharge pour gagner du temps ?
Hugo Sellier propose de remplacer la résistance de précharge de 100 Ω par une de 33 Ω, pour raccourcir la mise en service des bornes rapides. La fiche de la résistance admet 10 A au plus, en pointe. Le condensateur de bus vaut toujours 2 mF, sous 400 V, et le contacteur ne se ferme que lorsque l'écart entre le bus et le condensateur est tombé à 20 V. Calculer le courant initial avec 33 Ω, en ampères, à 0,1 A près, et dire si la résistance le supporte. Calculer la plus petite résistance admissible, en ohms, puis, avec elle, le délai avant la fermeture du contacteur, en secondes, à 0,01 s près, et l'énergie que la résistance dissipe pendant une charge complète du condensateur, en joules, à 1 J près.
Par où commencer ? Se demander à quel instant le courant de la précharge est le plus fort, et ce que vaut alors la tension du condensateur.
Pourquoi la résistance de 40 Ω dissipe-t-elle autant d'énergie que celle de 100 Ω ?
Le corrigé
- Lire le premier instant avec 33 Ω. Le condensateur déchargé porte 0 V, et sa tension ne peut pas sauter : il est un fil à cet instant, et toute la tension du bus tombe sur la résistance. 12,1 A, au-delà des 10 A admis : la résistance de 33 Ω est refusée.
- Calculer la plus petite résistance admissible. Le courant initial vaut : l'exiger sous 10 A donne 40 Ω.
- Calculer la constante de temps. s.
- Retourner l'exponentielle. L'écart au bus vaut ; le ramener à 20 V demande , soit 0,24 s, contre 0,6 s avec 100 Ω. C'est la réponse à l'ouverture : 40 Ω, et pas moins, pour une mise en service 2,5 fois plus rapide.
- Calculer l'énergie dissipée. Sur une charge complète, la source fournit J ; le condensateur en garde J, et la résistance dissipe l'autre moitié, 160 J, comme celle de 100 Ω. La fermeture du contacteur, à 95 % de la tension, n'en retire presque rien : le courant n'y vaut plus que 0,5 A.
- Vérifier. À 0,24 s, le condensateur porte V, à 20 V du bus, et le courant vaut A, un vingtième des 10 A du départ.
Quelle résistance de décharge pour ouvrir une borne rapide sans danger ?
Après l'arrêt d'une borne rapide, le condensateur de bus de 2 mF reste chargé à 400 V. La consigne de sécurité du parc veut qu'il soit descendu sous 50 V moins de 60 s après l'arrêt, pour que Hugo Sellier puisse ouvrir le coffret. Une résistance de décharge, branchée en permanence aux bornes du condensateur, s'en charge. Calculer la plus grande résistance qui tient la consigne, en kiloohms, à 0,1 kΩ près. Parmi les valeurs du commerce, 10 kΩ, 12 kΩ et 15 kΩ, choisir celle qui tient la consigne en dissipant le moins, et donner sa durée de décharge jusqu'à 50 V, en secondes, à 0,1 s près, et la puissance qu'elle dissipe en service, en watts, à 0,1 W près.
Par où commencer ? Écrire la tension de la décharge en fonction du temps, puis chercher la constante de temps qui fait tomber 400 V à 50 V en 60 s.
Le corrigé
- Écrire la décharge. L'arrêt coupe la source : le condensateur se décharge dans la seule résistance , et sa tension suit , avec .
- Retourner l'exponentielle. Descendre à 50 V demande , soit . Tenir 60 s impose s.
- En déduire la résistance la plus grande. 14,4 kΩ.
- Choisir dans le commerce. 15 kΩ dépasse 14,4 kΩ : la décharge prendrait s, trop long. 12 kΩ est la plus grande valeur qui tient : s, et la décharge dure 49,9 s. 10 kΩ tiendrait aussi, en 41,6 s, mais dissiperait davantage.
- Chiffrer ce qu'elle coûte en service. Branchée en permanence sous 400 V, elle dissipe 13,3 W, jour et nuit, contre 16 W pour 10 kΩ : c'est le prix de la sécurité, et la raison de ne pas la prendre plus petite qu'il ne faut.
- Vérifier. Au bout de 60 s, la tension vaut V, bien sous 50 V. Pendant la précharge, cette résistance, 120 fois plus grande que celle de précharge, ne change presque rien : vue du condensateur, la source devient V derrière Ω, par le modèle de Thévenin du chapitre précédent.
Quelle résistance de charge pour un poste de soudage par décharge de condensateurs ?
Dans un atelier de chaudronnerie, un poste soude des goujons sur des tôles en vidant d'un coup une batterie de condensateurs de 66 mF, chargée sous 180 V. Entre deux tirs, le chargeur la recharge à travers une résistance, et il ne peut fournir plus de 20 A en pointe. Le poste n'autorise le tir que lorsque les condensateurs ont atteint 98 % de 180 V. Calculer la plus petite résistance de charge admissible, en ohms, puis la constante de temps, en secondes, à 0,001 s près, la durée d'attente entre deux tirs, en secondes, à 0,01 s près, et l'énergie que la résistance dissipe pendant une charge complète, en joules, à 1 J près.
Par où commencer ? Se demander à quel instant le courant de charge est le plus fort, et ce que vaut alors la tension des condensateurs.
Le corrigé
- Lire le premier instant. Après un tir, les condensateurs sont vides : leur tension, nulle, ne peut pas sauter, et toute la tension du chargeur tombe sur la résistance. Le courant initial vaut .
- Calculer la plus petite résistance. L'exiger sous 20 A donne 9 Ω.
- Calculer la constante de temps. 0,594 s.
- Retourner l'exponentielle. Atteindre 98 % laisse 2 % à parcourir : , d'où 2,32 s entre deux tirs.
- Calculer l'énergie dissipée. Sur une charge complète, les condensateurs gardent J, et la résistance en dissipe autant, 1 069 J, quelle que soit sa valeur.
- Vérifier. À 2,32 s, les condensateurs portent V, et le courant ne vaut plus que A : la loi des mailles se referme, V.
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