Équations différentielles
Ce que ce chapitre apporte9 points
- Reconnaître une équation différentielle linéaire du premier ordre et identifier ses éléments.
- Lire une équation comme un champ de directions, et une solution comme une courbe qui le suit.
- Résoudre y' = ay et y' = ay + b, et connaître la forme de leurs solutions par cœur.
- Résoudre l'équation homogène y' + a(x) y = 0 dans le cas général.
- Trouver une solution particulière selon la forme du second membre.
- Assembler solution générale = solution homogène + solution particulière.
- Déterminer la constante à partir d'une condition initiale.
- Traduire un énoncé physique en équation différentielle, et interpréter la solution.
- Appliquer la méthode d'Euler quand aucune formule ne sort, et savoir ce qu'elle coûte.
Ce qu'est une équation différentielle
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées.
La différence avec une équation ordinaire est là : a pour solutions deux nombres ; a pour solutions des fonctions. Et il y en a une infinité, sauf si on ajoute une information supplémentaire.
Une équation est linéaire du premier ordre si elle s'écrit . On y trouve et , chacun à la puissance 1, sans produit ni . Le terme s'appelle le second membre. Quand , l'équation est dite homogène (ou sans second membre).
Ce qu'une équation raconte avant d'être résolue
Une équation différentielle se lit sans rien calculer, et il vaut la peine de le faire une fois.
Prenons , qui servira d'exemple à tout le chapitre. Elle dit ceci : si je passe par un point d'ordonnée , ma pente vaut . En , la pente vaut 6, ça monte raide. En , elle vaut 4, ça monte encore. En , elle vaut 0 : c'est plat. En , elle vaut : ça descend.
L'équation impose donc une direction en chaque point du plan. En dessinant un petit segment de la bonne pente partout, on obtient un champ de directions.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
Deux choses se voient sur cette figure, et aucune n'a demandé le moindre calcul.
La hauteur est spéciale. Les flèches y sont horizontales, puisque la pente y vaut 0. Une courbe qui passe par cette hauteur n'a aucune raison de la quitter : la fonction constante est donc elle-même une solution. C'est ce qu'on appellera l'équilibre.
Tout le reste converge vers elle. Au-dessus de 3 les flèches descendent, en dessous elles montent. Quelle que soit la hauteur de départ, la courbe est ramenée vers 3.
Tout le chapitre consiste à obtenir ces courbes par une formule plutôt qu'en suivant les flèches à la main. On reviendra à la fin sur le cas, fréquent, où aucune formule n'existe et où il faut bel et bien les suivre.
Le cas fondamental :
C'est l'équation la plus importante du chapitre, celle dont tout le reste découle.
Les solutions de sur ℝ sont exactement les fonctions
, où C est une constante réelle quelconque.
La phrase à retenir : une fonction dont la dérivée est proportionnelle à elle-même est une exponentielle. C'est ce qui rend l'exponentielle omniprésente en sciences. Dès qu'un phénomène varie proportionnellement à son état, elle apparaît.
Le signe de décide de tout :
- : croissance explosive (population sans contrainte, réaction en chaîne) ;
- : décroissance vers 0 (décharge d'un condensateur, désintégration radioactive, refroidissement).
Ces trois nombres sont les seuls à connaître par cœur, et ils suffisent à répondre sans calcul à la plupart des questions de dimensionnement : « au bout de combien de temps le régime transitoire est-il négligeable ? » se répond par , quel que soit le système.
Le carbone 14 se désintègre à une vitesse proportionnelle à la quantité présente, avec par an.
- Traduire : « vitesse de disparition proportionnelle à la quantité » donne .
- Résoudre : c'est le cas fondamental, donc .
- Répondre à la question posée : la demi-vie est le temps tel que , c'est-à-dire , soit ans.
- Contrôler l'ordre de grandeur : un échantillon qui a perdu les trois quarts de son carbone 14 a donc vécu deux demi-vies, environ 11 500 ans. C'est cohérent avec la portée usuelle de la méthode, une cinquantaine de milliers d'années au plus.
Le cas
C'est le modèle du système qui tend vers un équilibre non nul : un corps qui refroidit vers la température de la pièce, un condensateur qui se charge vers la tension d'alimentation.
Les solutions de (avec ) sont
La méthode qui permet de le retrouver, et qu'il faut savoir écrire :
- Solution particulière constante. On cherche une solution qui ne varie pas : si , alors , donc , d'où . C'est la valeur d'équilibre du système.
- Solution générale de l'homogène : .
- Somme des deux.
Exemple travaillé. .
Équilibre : . Homogène : . Donc .
Comme , le terme exponentiel s'efface avec le temps : quelle que soit la valeur de départ, la solution tend vers 3. C'est le régime permanent, et est le régime transitoire.
La figure montre ce que « une infinité de solutions » veut dire : une famille de courbes, une par valeur de C, toutes attirées par la même horizontale. La condition initiale ne fait qu'en désigner une.
Le principe général de résolution
C'est la structure qui organise tout le chapitre, et elle vaut aussi pour le second ordre qu'on verra plus tard.
Autrement dit : une seule solution particulière suffit, et l'homogène fournit toute la famille. C'est pour cela qu'on peut chercher la solution particulière « au hasard » d'une forme plausible : dès qu'on en tient une, on a tout.
Étape 1 : l'équation homogène
Pour , on sépare les variables : . En intégrant les deux membres, où A est une primitive de a. D'où :
Les solutions de sont , où A est une primitive de a.
Le cas constant redonne bien .
La division reste donc licite, mais il faut savoir pourquoi. Et c'est aussi ce qui explique qu'une solution non nulle ne s'annule jamais : une exponentielle ne vaut zéro nulle part, donc une solution ou bien est nulle partout, ou bien ne l'est nulle part.
Exemple travaillé. Résolvons .
Ici . Une primitive est , et les solutions sont donc .
Contrôle en dérivant : , donc ✓
La courbe obtenue est la gaussienne, ce qui n'a rien d'un hasard : c'est la même équation qui la fait apparaître en probabilités.
Étape 2 : une solution particulière
On la cherche « de la même forme que le second membre ». C'est une recette, mais elle est fiable et elle couvre tous les cas usuels.
| Second membre | Forme à essayer |
|---|---|
| constante | une constante |
| polynôme de degré n | polynôme de degré n |
On injecte la forme dans l'équation, on identifie les coefficients, on obtient α et β.
Exemple travaillé. .
- Homogène : → .
- Particulière : le second membre est un polynôme de degré 1, on essaie . Alors , et l'équation devient , soit . Par identification : donc ; et donc .
- Solution générale : .
Contrôle en dérivant : , et ✓
Le théorème de structure se voit sur cette solution, en prenant .
C'est tout le contenu du théorème de structure, sur une seule figure. La droite porte le second membre, l'exponentielle porte la liberté du choix de C, et la solution est leur somme.
Variation de la constante
Quand aucune forme ne se devine, il existe une méthode qui marche toujours. On part de la solution homogène et on remplace la constante C par une fonction . En injectant dans l'équation complète, tous les termes se simplifient sauf un, et il reste :
, donc
Il ne reste plus qu'à intégrer pour obtenir . La méthode est plus longue, mais elle ne dépend d'aucune devinette.
Exemple travaillé. Résolvons sur .
Le second membre est un polynôme, mais le coefficient devant est une fonction de : le tableau des formes à essayer ne dit rien de ce cas. C'est exactement la situation où la variation de la constante sert.
- L'homogène donne , dont une primitive est . Les solutions homogènes sont donc .
- On fait varier la constante : on cherche . En dérivant, .
- On injecte dans l'équation complète : Les deux termes en se simplifient, comme annoncé, et il reste , donc .
- On intègre : .
- On remonte : .
Contrôle en dérivant : , et ✓
Donc s'ils ne disparaissent pas, c'est qu'il y a une erreur de calcul plus haut, et il est inutile de continuer. C'est le meilleur contrôle intermédiaire du chapitre.
Étape 3 : la condition initiale
Tant qu'on n'a que la solution générale, il reste une constante libre : il y a une infinité de solutions, une par valeur de C. Une condition initiale du type en sélectionne exactement une.
Exemple travaillé. Résoudre avec .
Solution générale : .
En : , donc .
Solution unique : .
Elle part de 1 et monte vers 3 : le comportement attendu d'une charge.
C'est ce contrôle qui attrape l'erreur d'ordre décrite juste au-dessus : la réponse fautive donne 4 en zéro au lieu de 1, et le défaut saute aux yeux.
Traduire un énoncé en équation
C'est la moitié des points d'une étude de cas. Le vocabulaire est stable :
| L'énoncé dit | On écrit |
|---|---|
| « la vitesse de… », « le taux de variation de… » | |
| « proportionnel à y » | |
| « proportionnel à l'écart entre y et M » | |
| « croît », « augmente » | coefficient positif |
| « décroît », « se refroidit », « se décharge » | coefficient négatif |
Exemple : la loi de refroidissement de Newton. « La vitesse de refroidissement d'un corps est proportionnelle à l'écart entre sa température et celle du milieu. »
, avec k > 0.
C'est une équation de la forme avec et . L'équilibre vaut : le corps tend vers la température de la pièce, ce qui est rassurant. Et la solution est .
C'est la raison pour laquelle un plat sorti du four tiédit très vite puis semble ne plus bouger : rien ne change dans la loi, c'est l'écart qui a fondu.
Exemple : la charge d'un condensateur. Le circuit RC donne , soit .
L'équilibre vaut E : le condensateur se charge jusqu'à la tension d'alimentation. La solution avec est . La quantité s'appelle la constante de temps : au bout de τ, la charge a atteint 63 % de sa valeur finale ; au bout de 5τ, on la considère terminée.
Les deux exemples de cette section ont exactement la même forme, avec . L'un descend vers son équilibre, l'autre y monte, et c'est la seule différence entre eux. C'est ce que le chapitre entier cherche à faire voir : une même équation décrit un four qui refroidit et un condensateur qui se charge.
Suivre les flèches quand la formule ne vient pas
Les équations de ce chapitre se résolvent toutes par une formule. C'est une chance, et elle ne dure pas : dès qu'on quitte le linéaire, la plupart des équations rencontrées en pratique n'ont aucune solution exprimable. Il ne s'agit pas d'une lacune des méthodes connues, c'est démontré.
On les résout alors numériquement, et la méthode la plus simple est exactement le champ de directions du début de chapitre, suivi à petits pas.
Pour partant de , on avance d'un pas en suivant la pente que donne l'équation :
C'est la traduction littérale de « la dérivée est une pente » : on remplace la courbe par sa tangente sur une petite distance, on regarde où l'on est arrivé, et on recommence depuis là.
Reprenons avec , dont on connaît la solution exacte . On peut donc mesurer l'erreur, ce qui est le seul moyen honnête de juger une méthode numérique.
En partant de et en avançant jusqu'à , voici ce que la méthode donne selon le nombre de pas, comparé à la valeur exacte .
| Nombre de pas | Valeur obtenue | Erreur | Erreur divisée par |
|---|---|---|---|
| 5 | 2,844480 | 0,115151 | |
| 10 | 2,785252 | 0,055922 | 2,06 |
| 20 | 2,756847 | 0,027517 | 2,03 |
| 40 | 2,742976 | 0,013646 | 2,02 |
| 80 | 2,736124 | 0,006795 | 2,01 |
Le dessin explique le tableau. L'erreur ne vient pas d'une pente mal calculée, elle vient de ce qu'on garde cette pente pendant toute la longueur du pas alors que la vraie pente diminue en chemin. Plus le pas est court, moins la pente a le temps de changer, et moins on se trompe.
C'est pourquoi les vrais solveurs n'utilisent pas Euler mais des méthodes d'ordre 4, où diviser le pas par deux divise l'erreur par seize. Le principe reste le même : suivre les flèches, mais en regardant mieux où l'on met le pied.
C'est ce qui permet de dimensionner un système au lieu de le tester au hasard. Résoudre à la main quand c'est possible n'est donc pas une coquetterie d'examen.
Le même exposant se retrouve sur n'importe quelle équation : ce n'est pas une propriété de celle-ci, c'est une propriété de la méthode.
Le premier ordre, autant de fois qu'il faut
Trois quantités se lisent sur l'équation sans la résoudre : l'équilibre, l'exposant de l'exponentielle et la constante d'intégration. Les trois se calculent en quelques secondes, et l'une des trois change de signe en chemin.
Lire une équation du premier ordre sans la résoudre
Soit l'équation , avec .
- La valeur d'équilibre, celle qui annule
- Le coefficient de dans l'exponentielle de la solution
- La constante telle que vaille la valeur donnée
La deuxième question est celle qui compte. Le coefficient écrit dans l'énoncé et celui qui apparaît dans la solution sont opposés, et se tromper de signe transforme une extinction en explosion sans qu'aucune autre ligne de la copie ne soit fausse.
Où la démarche dérape
Une résolution parfaitement menée, dont le résultat ne vérifie pas l'équation de départ.
Une solution qui ne résout rien
Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.
On cherche la solution de vérifiant .
À calculer soi-même
Cinq questions sur les deux équations du chapitre. Les trois dernières portent sur le régime qui s'installe, qui est ce qu'on cherche presque toujours en pratique.
Résoudre, puis lire la solution
- 1.
La solution de qui vérifie . Combien vaut ?
- 2.
Pour , vers quelle valeur la solution tend-elle quand le temps grandit ?
- 3.
La solution de qui part de . Combien vaut ?
- 4.
Une grandeur suit . Au bout de combien de temps a-t-elle perdu la moitié de sa valeur ?
- 5.
Un système de constante de temps part de zéro vers son équilibre. Au bout de combien de temps en atteint-il 95 % ?
Exercices type
Résoudre avec
Solution générale : .
, donc .
Résoudre
On met sous forme normalisée : .
Équilibre : . Homogène : .
, et toutes les solutions tendent vers 4.
Résoudre
Homogène : → .
Particulière : on essaie (ce n'est pas solution de l'homogène, pas de problème de résonance). Alors , donc et .
Résoudre
Homogène : .
Particulière : est déjà solution de l'homogène → cas résonnant. On essaie , dont la dérivée est . En injectant : , donc .
Résoudre sur
Ici , dont une primitive est .
Contrôle : , et ✓
Une population de 1000 bactéries double toutes les 3 heures. Combien après 12 h ?
Modèle : , donc .
Le doublement en 3 h donne , donc .
On pouvait répondre sans calcul : 12 h = 4 doublements = ×16.
La méthode sur feuille
- Normaliser l'équation : la ramener à un coefficient 1 devant .
- Identifier le type : homogène ou avec second membre ? coefficients constants ou fonction de x ?
- Résoudre l'homogène d'abord. Toujours. C'est là qu'est la constante.
- Chercher une solution particulière de la même forme que le second membre. Vérifier d'abord qu'elle n'est pas déjà solution de l'homogène. Sinon, multiplier par x. Si aucune forme ne convient, passer à la variation de la constante, qui ne demande aucune devinette.
- Additionner les deux.
- Appliquer la condition initiale en dernier, sur la solution complète.
- Contrôler en dérivant la solution et en la réinjectant dans l'équation. C'est gratuit et ça attrape tout.
- Pour un problème concret, contrôler le comportement à l'infini : si le modèle décrit un refroidissement, la solution doit tendre vers la température ambiante. Le champ de directions donne la réponse d'avance, et sans calcul.
1.Pour résoudre avec , un étudiant écrit : « l'homogène est , donc , et la solution est ». Où est l'erreur ?
2.Combien l'équation a-t-elle de solutions ?
3.Dans , que représente ?
4.« La vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart avec la température ambiante (20 °C). » Quelle équation ?
Synthèse
- Une équation différentielle relie une fonction inconnue à ses dérivées. Ses solutions sont des fonctions, en nombre infini sans condition initiale.
- → . C'est le résultat central : dérivée proportionnelle à la fonction ⟹ exponentielle.
- → , où est la valeur d'équilibre.
- → , avec A primitive de a.
- Structure : solution générale = solution générale de l'homogène + une solution particulière.
- La solution particulière se cherche de la même forme que le second membre ; si cette forme est déjà solution de l'homogène, la multiplier par x.
- La variation de la constante est la méthode de secours, valable toujours.
- La condition initiale s'applique en dernier, sur la solution complète.
- Une solution se vérifie en dérivant. Le faire systématiquement.
- Une équation est un champ de directions ; une solution est une courbe qui le suit. L'équilibre est la hauteur où les flèches sont horizontales.
- Quand aucune formule ne sort, la méthode d'Euler suit ces flèches à petits pas. Son erreur est proportionnelle au pas.
Mettre en pratique
L'équilibre et le transitoire, la constante de temps, ce que la condition initiale fixe.
- L'équilibre et le transitoireNiveau 3
- La constante de tempsNiveau 4
- Ce que la condition initiale fixeNiveau 3