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Équations différentielles

Ce que ce chapitre apporte 11 points
  • Dire ce qu'est une solution d'une équation différentielle, et vérifier qu'une fonction en est une.
  • Reconnaître une équation linéaire du premier ordre et identifier ses éléments.
  • Lire une équation comme un champ de directions, et une solution comme une courbe qui le suit.
  • Résoudre y' = ay et y' = ay + b, savoir d'où vient la forme de leurs solutions, et dire si l'équilibre attire ou repousse.
  • Résoudre l'équation homogène y' + a(x) y = 0 dans le cas général.
  • Trouver une solution particulière selon la forme du second membre, ou par variation de la constante.
  • Assembler solution générale = solution homogène + solution particulière, et savoir pourquoi c'est permis.
  • Déterminer la constante à partir d'une condition initiale.
  • Traduire un énoncé physique en équation, déduire son paramètre d'une mesure, et interpréter la solution.
  • Séparer les variables sur une équation non linéaire, et reconnaître la croissance logistique.
  • Appliquer la méthode d'Euler quand aucune formule ne sort, et savoir ce qu'elle coûte.
On sait rarement écrire directement la loi d'un phénomène. En revanche, on sait presque toujours écrire comment il varie : un corps chaud se refroidit d'autant plus vite qu'il est loin de la température ambiante, un condensateur se charge d'autant plus lentement qu'il est déjà chargé, une population croît proportionnellement à son effectif. Chacune de ces phrases est une équation différentielle, et la résoudre, c'est remonter de la règle de variation à la fonction elle-même.

Ce qu'est une équation différentielle

Définition

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées.

La différence avec une équation ordinaire est là : x2=4x^2 = 4 a pour solutions deux nombres ; y′=2yy' = 2y a pour solutions des fonctions. Et il y en a une infinité, sauf si on ajoute une information supplémentaire.

Ce que veut dire « être solution »

Définition

Une fonction yy, dérivable sur un intervalle II, est solution de l'équation si, remplacée dans l'équation avec sa dérivée, elle rend l'égalité vraie pour tout xx de II.

Vérifier qu'une fonction est solution ne demande donc aucune méthode nouvelle : on la dérive, on remplace, et on compare les deux membres.

Un candidat qui convient. Pour y=e2xy = e^{2x}, la dérivée vaut y′=2e2xy' = 2e^{2x}, et 2y2y vaut aussi 2e2x2e^{2x}. Les deux membres de y′=2yy' = 2y sont égaux quel que soit xx : c'est une solution. Et y=3e2xy = 3e^{2x} en est une autre, puisque y′=6e2x=2yy' = 6e^{2x} = 2y.

Un candidat qui échoue partout. Pour y=e2x+1y = e^{2x} + 1, la dérivée vaut encore 2e2x2e^{2x}, mais 2y2y vaut 2e2x+22e^{2x} + 2. Les deux membres diffèrent de 2 en tout point : ce n'est pas une solution.

Un candidat qui réussit en deux points. Pour y=x2y = x^2, on a y′=2xy' = 2x et 2y=2x22y = 2x^2. Les deux membres sont égaux en x=0x = 0 et en x=1x = 1, et nulle part ailleurs : en x=2x = 2, l'un vaut 4 et l'autre 8. Ce n'est pas une solution. Une égalité vérifiée en quelques points ne prouve rien, il la faut en chaque point.

La constante multiplie, elle ne s'ajoute pas
L'équation différentielle la plus simple est y′=f(x)y' = f(x), et le chapitre sur l'intégration la résout déjà : ses solutions sont les primitives F(x)+CF(x) + C, où la constante s'ajoute.
Pour y′=2yy' = 2y, ajouter une constante à une solution la détruit, comme le deuxième candidat vient de le montrer, et c'est la multiplier qui la conserve. Le réflexe « plus une constante », pris avec les primitives, est la première faute du chapitre.

Les notations. La fonction inconnue s'écrit yy, ou y(x)y(x) pour rappeler sa variable, et sa dérivée y′y' ou dydx\dfrac{dy}{dx}. Quand la variable est le temps, on la note tt, et la fonction prend le nom de la grandeur qu'elle décrit : T(t)T(t) pour une température, u(t)u(t) pour une tension. Le chapitre sur le condensateur écrit ainsi RC dudt+u=ERC\,\dfrac{du}{dt} + u = E : c'est l'équation RC u′+u=ERC\,u' + u = E que ce chapitre résout plus bas, sous une autre écriture. Les lettres changent, la méthode non.

Ordre et linéarité

Définition

L'ordre d'une équation différentielle est celui de la plus haute dérivée qui y figure. y′=2yy' = 2y est du premier ordre ; l'équation d'une masse au bout d'un ressort, qui fait intervenir y′′y'', est du second ordre.

Une équation du premier ordre est linéaire si elle s'écrit y′+a(x) y=f(x)y' + a(x)\,y = f(x). Le terme f(x)f(x) s'appelle le second membre. Quand f=0f = 0, l'équation est dite homogène, ou sans second membre.

Linéaire ne regarde que yy. Dans une équation linéaire, yy et y′y' apparaissent au premier degré, sans produit entre eux et sans passer dans une autre fonction. La variable xx, elle, peut apparaître n'importe comment : y′+x2y=sin⁡xy' + x^2 y = \sin x est linéaire, alors que y′=y2y' = y^2, y y′=1y\,y' = 1 ou y′=sin⁡yy' = \sin y ne le sont pas. Le mot a une conséquence, qui organise tout le chapitre : la somme de deux solutions d'une équation linéaire homogène est encore une solution, et c'est ce qui permettra d'assembler une solution en morceaux.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Laquelle de ces fonctions est solution de y′=3yy' = 3y ?

2.La fonction y=x2y = x^2 vérifie y′=2yy' = 2y en x=0x = 0 et en x=1x = 1. Est-elle solution ?

3.Laquelle de ces équations est linéaire ?

Ce qu'une équation raconte avant d'être résolue

Une équation différentielle se lit sans rien calculer, et il vaut la peine de le faire une fois.

L'équation y′=−2y+6y' = -2y + 6 servira d'exemple à tout le chapitre. Elle se lit ainsi : une solution qui passe par un point d'ordonnée yy y a pour pente −2y+6-2y + 6. En y=0y = 0, la pente vaut 6, ça monte raide. En y=1y = 1, elle vaut 4, ça monte encore. En y=3y = 3, elle vaut 0 : c'est plat. En y=5y = 5, elle vaut −4-4 : ça descend.

L'équation impose donc une direction en chaque point du plan. En dessinant un petit trait de la bonne pente partout, on obtient un champ de directions. Une solution est alors une courbe qui, en chacun de ses points, a la pente du trait qui s'y trouve.

00,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,8300,511,522,533,544,555,56xy
Cliquer un point du plan : c'est une condition initiale, et la solution qui en part se trace.
Le champ de directions de y' = -2y + 6, et en vert la solution qui part de 1. Chaque trait a la pente que l'équation impose en son point : la courbe les suit tous, et ne suit rien d'autre.

Deux choses se voient sur cette figure, et aucune n'a demandé le moindre calcul.

La hauteur y=3y = 3 est spéciale. Les traits y sont horizontaux, puisque la pente y vaut 0. Une courbe qui passe par cette hauteur n'a aucune raison de la quitter : la fonction constante y=3y = 3 est donc elle-même une solution. C'est ce qu'on appellera l'équilibre.

Tout le reste converge vers elle. Au-dessus de 3 les traits descendent, en dessous ils montent. Quelle que soit la hauteur de départ, la courbe est ramenée vers 3.

À manipuler
Cliquer trois ou quatre points, au-dessus et au-dessous de la hauteur 3. Chaque clic pose une condition initiale et trace une courbe, une seule. Aucune ne croise sa voisine, et aucune ne franchit la hauteur 3 : une solution partie en dessous de l'équilibre s'en approche sans jamais l'atteindre. Cliquer ensuite au plus près de la hauteur 3 : la courbe obtenue se confond avec la droite horizontale.

Une équation, une infinité de courbes. Le champ ne désigne aucune courbe en particulier : il en autorise une par point de départ, et pour toutes les équations de ce chapitre, deux de ces courbes ne se croisent jamais. C'est pour cela qu'une équation différentielle a une infinité de solutions, et qu'il faut une information de plus, la condition initiale, pour en désigner une seule.
Tout le chapitre consiste à obtenir ces courbes par une formule plutôt qu'en suivant les traits à la main. On reviendra à la fin sur le cas, fréquent, où aucune formule n'existe et où il faut bel et bien les suivre.

Le cas fondamental : y′=ayy' = a y

C'est l'équation la plus importante du chapitre, celle dont tout le reste découle.

Théorème

Les solutions de y′=ayy' = a y sur ℝ sont exactement les fonctions

y(x)=Ceaxy(x) = C e^{ax},   où C est une constante réelle quelconque.

Le théorème dit deux choses, et chacune se vérifie en une ligne.

Ces fonctions sont des solutions. Si y=Ceaxy = C e^{ax}, sa dérivée vaut y′=aCeaxy' = aC e^{ax}, c'est-à-dire aya y : l'égalité tient pour tout xx.

Il n'y en a pas d'autre. Soit yy une solution quelconque, et z(x)=y(x) e−axz(x) = y(x)\,e^{-ax}. En dérivant le produit, z′=y′e−ax−ay e−ax=(y′−ay) e−axz' = y' e^{-ax} - a y\,e^{-ax} = (y' - a y)\,e^{-ax}, et la parenthèse est nulle puisque yy est solution. Une fonction de dérivée nulle sur un intervalle est constante : z=Cz = C, donc y=Ceaxy = C e^{ax}. Aucune solution n'échappe à la formule.

La phrase à retenir : une fonction dont la dérivée est proportionnelle à elle-même est une exponentielle. C'est ce qui rend l'exponentielle omniprésente en sciences. Dès qu'un phénomène varie proportionnellement à son état, elle apparaît. Et la constante CC a un sens simple : c'est la valeur de départ, puisque y(0)=Ce0=Cy(0) = C e^{0} = C.

Le signe de aa décide de tout :

  • a>0a > 0 : croissance explosive (population sans contrainte, réaction en chaîne) ;
  • a<0a < 0 : décroissance vers 0 (décharge d'un condensateur, désintégration radioactive) ;
  • a=0a = 0 : l'équation dit y′=0y' = 0, et la solution est constante.
-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,61234567xy(x)
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [-1 ; 2,6]
xfgh
-10,44932,22551
-0,820,51891,92711
-0,640,59931,66861
-0,460,69211,44481
-0,280,79931,25111
-0,10,92311,08331
0,081,06610,9381
0,261,23120,81221
0,441,42190,70331
0,621,64210,6091
0,81,89650,52731
0,982,19020,45661
1,162,52940,39531
1,342,92120,34231
1,523,37370,29641
1,73,89620,25671
1,884,49970,22221
2,065,19660,19241
2,246,00140,16661
2,426,9310,14431
2,68,00450,12491
f(x) = exp(0.8x) vaut 8g(x) = exp(-0.8x) vaut 0,12h(x) = 1 vaut 1
Valeurs pour x = 2,6, le bord droit de la figure.
La même équation y' = a y, pour a positif (en vert), a négatif (en orange) et a nul (en rouge), avec le même point de départ en x = 0. Le signe de a ne modifie pas la forme, il décide du sens : s'échapper, s'éteindre, ou ne pas bouger.
À manipuler
Élargir l'axe et comparer les deux solutions. Celle qui décroît s'approche de l'axe sans jamais le toucher, quel que soit l'élargissement. Celle qui croît sort du cadre à chaque fois qu'on élargit. Aucune échelle ne permet de les représenter ensemble sur une durée un peu longue, et c'est déjà tout le sujet du signe de a.
Vérification rapideon peut se reprendre

Combien l'équation y′=3yy' = 3y a-t-elle de solutions ?

Le temps caractéristique, à lire dans l'équation
Écrire y′=−y/τy' = -y/\tau plutôt que y′=−kyy' = -ky, avec k>0k > 0, fait apparaître τ=1/k\tau = 1/k, le temps caractéristique. Au bout de τ\tau, il reste 37 % ; au bout de 3τ3\tau, 5 % ; au bout de 5τ5\tau, moins de 1 %. C'est la règle qui sert à dimensionner un temps de réponse sans jamais résoudre l'équation.
Les unités confirment l'écriture : l'exposant −t/τ-t/\tau d'une exponentielle n'a pas d'unité, donc τ\tau se mesure dans l'unité du temps, et kk dans son inverse, par seconde ou par heure. Un exposant qui garde une unité signale une erreur de mise en équation.
0,511,522,533,544,555,50,10,20,30,40,50,60,70,80,91temps, en multiples de τfraction restante37 %5 %0,7 %
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [0 ; 5,6]
temps, en multiples de τf
01
0,280,7558
0,560,5712
0,840,4317
10,3679
1,120,3263
1,40,2466
1,680,1864
1,960,1409
2,240,1065
2,520,0805
2,80,0608
30,0498
3,080,046
3,360,0347
3,640,0263
3,920,0198
4,20,015
4,480,0113
4,760,0086
50,0067
5,040,0065
5,320,0049
5,60,0037
f(x) = exp(-x) vaut 0
Valeurs pour temps, en multiples de τ = 5,6, le bord droit de la figure.
La décroissance exponentielle, mesurée en temps caractéristiques. Les trois repères ne dépendent ni de la constante k ni des unités : c'est toujours 37 % après un τ, 5 % après trois, moins de 1 % après cinq.

Ces trois nombres sont les seuls à connaître par cœur, et ils suffisent à répondre sans calcul à la plupart des questions de dimensionnement : « au bout de combien de temps le régime transitoire est-il négligeable ? » se répond par 5τ5\tau, quel que soit le système.

Exemple travaillé : la demi-vie du carbone 14

Le carbone 14 se désintègre à une vitesse proportionnelle à la quantité présente, avec k=1,21×10−4k = 1{,}21 \times 10^{-4} par an.

  1. Traduire : « vitesse de disparition proportionnelle à la quantité » donne N′(t)=−kN(t)N'(t) = -k N(t), avec k>0k > 0. Le signe moins traduit la disparition.
  2. Résoudre : c'est le cas fondamental, avec a=−ka = -k, donc N(t)=N0e−ktN(t) = N_0 e^{-kt}, où N0=N(0)N_0 = N(0) est la quantité de départ.
  3. Répondre à la question posée : la demi-vie est le temps TT tel que N(T)=N0/2N(T) = N_0/2, c'est-à-dire e−kT=1/2e^{-kT} = 1/2. En passant au logarithme, −kT=−ln⁡2-kT = -\ln 2, soit T=ln⁡2/k≈5 730T = \ln 2 / k \approx 5\,730 ans.
  4. Contrôler l'ordre de grandeur : un échantillon qui a perdu les trois quarts de son carbone 14 a vécu deux demi-vies, environ 11 500 ans. C'est cohérent avec la portée usuelle de la méthode, une cinquantaine de milliers d'années au plus.

Le cas y′=ay+by' = a y + b

C'est le modèle du système qui tend vers un équilibre non nul : un corps qui refroidit vers la température de la pièce, un condensateur qui se charge vers la tension d'alimentation.

Théorème

Les solutions de y′=ay+by' = a y + b (avec a≠0a \neq 0) sont

y(x)=Ceax−bay(x) = C e^{ax} - \frac{b}{a}

D'où vient cette forme : l'écart à l'équilibre

On cherche d'abord la solution qui ne varie pas. Si y=ky = k est constante, y′=0y' = 0, et l'équation devient 0=ak+b0 = ak + b, d'où k=−b/ak = -b/a. C'est la valeur d'équilibre, celle où le système ne bouge plus.

On regarde ensuite l'écart entre une solution quelconque et cet équilibre, z=y−kz = y - k. Il a la même dérivée que yy, puisque kk est constante, et comme b=−akb = -ak :

z′=y′=ay+b=ay−ak=a (y−k)=azz' = y' = a y + b = a y - a k = a\,(y - k) = a z

L'écart obéit donc au cas fondamental : z=Ceaxz = C e^{ax}. Il suffit de revenir à yy :

y=k+z=−ba+Ceaxy = k + z = -\frac{b}{a} + C e^{ax}

Voilà d'où vient la somme : une solution est l'équilibre, plus un écart qui évolue comme une exponentielle. C'est aussi la lecture physique de tout ce qui suit, et elle tient en une phrase : l'écart à l'équilibre se comporte comme une exponentielle.

La méthode qu'on en tire, et qu'il faut savoir écrire :

  1. Solution particulière constante : poser y′=0y' = 0 donne l'équilibre k=−b/ak = -b/a.
  2. Solution générale de l'homogène y′=ayy' = ay : CeaxC e^{ax}.
  3. Somme des deux.

Exemple travaillé. y′=−2y+6y' = -2y + 6.

Équilibre : k=−6/(−2)=3k = -6/(-2) = 3. Homogène : Ce−2xC e^{-2x}. Donc y(x)=Ce−2x+3y(x) = C e^{-2x} + 3.

Comme a=−2<0a = -2 < 0, le terme exponentiel s'efface quand xx grandit : quelle que soit la valeur de départ, la solution tend vers 3. Quand la variable est le temps, la limite 3 s'appelle le régime permanent, et le terme Ce−2xC e^{-2x} qui s'éteint le régime transitoire.

0,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,830,511,522,533,544,5xy(x)
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [0 ; 3]
xfgh
0513
0,154,48161,51843
0,34,09761,90243
0,453,81312,18693
0,63,60242,39763
0,753,44632,55373
0,93,33062,66943
1,053,24492,75513
1,23,18142,81863
1,353,13442,86563
1,53,09962,90043
1,653,07382,92623
1,83,05462,94543
1,953,04052,95953
2,13,032,973
2,253,02222,97783
2,43,01652,98353
2,553,01222,98783
2,73,0092,9913
2,853,00672,99333
33,0052,9953
f(x) = 3 + 2exp(-2x)g(x) = 3 - 2exp(-2x)h(x) = 3
Trois solutions de la même équation, pour C = 2, C = -2 et C = 0. Elles partent d'endroits différents et rejoignent toutes l'équilibre 3 : c'est le régime transitoire qui s'efface.

La figure montre ce que « une infinité de solutions » veut dire : une famille de courbes, une par valeur de C, toutes attirées par la même horizontale. La condition initiale ne fait qu'en désigner une.

Quand l'équilibre repousse

Tout ce qui précède suppose a<0a < 0. Si a>0a > 0, la même formule dit l'inverse : l'écart CeaxC e^{ax} grandit, et la solution s'éloigne de l'équilibre au lieu d'y revenir. L'équilibre existe toujours, mais il est instable : une solution posée exactement dessus y reste, et le moindre écart de départ l'en éloigne de plus en plus vite.

00,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,8300,511,522,533,544,555,56xy
Cliquer un point du plan : c'est une condition initiale, et la solution qui en part se trace.
Le champ de y' = y - 3, dont l'équilibre vaut aussi 3. Les traits fuient la hauteur 3 au lieu d'y converger : les deux solutions tracées partent à 0,2 de l'équilibre, et s'en écartent de plus en plus vite.

C'est le cas d'un emballement thermique, où un composant chauffe d'autant plus vite qu'il est déjà chaud. C'est aussi celui d'un placement qui rapporte 5 % par an et sur lequel on prélève chaque année une somme fixe : au-dessus du capital d'équilibre il croît sans fin, en dessous il s'épuise.

« Tend vers l'équilibre » n'est vrai que si a est négatif
La limite −b/a-b/a n'est atteinte que si l'exponentielle s'éteint, c'est-à-dire si a<0a < 0. Avant d'écrire qu'une solution tend vers son équilibre, regarder le signe du coefficient de yy : c'est lui, et non la valeur de l'équilibre, qui décide si le système y revient.
Vérification rapideon peut se reprendre

1.Dans y′=ay+by' = ay + b, que représente −b/a-b/a ?

2.Les solutions de y′=0,5 y−2y' = 0{,}5\,y - 2 tendent-elles vers leur équilibre 4 ?

Le principe général de résolution

C'est la structure qui organise tout le chapitre, et elle vaut aussi pour le second ordre, celui des oscillations.

Le théorème de structure.

Solution générale = solution générale de l'équation homogène + une solution particulière de l'équation complète.
Autrement dit : une seule solution particulière suffit, et l'homogène fournit toute la famille.

Pourquoi c'est vrai. Soit ypy_p une solution particulière de y′+a(x) y=f(x)y' + a(x)\,y = f(x), et yy une solution quelconque. Leur différence z=y−ypz = y - y_p vérifie

z′+a(x) z=(y′+a(x) y)−(yp′+a(x) yp)=f(x)−f(x)=0z' + a(x)\,z = \big(y' + a(x)\,y\big) - \big(y_p' + a(x)\,y_p\big) = f(x) - f(x) = 0

C'est donc une solution de l'homogène : toute solution s'écrit ypy_p plus une solution de l'homogène, et inversement toute fonction de cette forme est solution. Le calcul n'a demandé qu'une chose, que l'équation soit linéaire. C'est exactement ce que faisait l'écart à l'équilibre, où ypy_p était la constante −b/a-b/a.

Une autre solution particulière n'est pas une erreur
Deux solutions particulières diffèrent d'une solution de l'homogène, si bien que leurs deux familles sont la même, écrite avec une autre constante. Pour l'équation y′−y=xy' - y = x traitée plus bas, −x−1-x - 1 et −x−1+2ex-x - 1 + 2e^x sont deux solutions particulières, et elles donnent exactement les mêmes solutions générales. Le seul contrôle qui tranche est de remplacer sa solution dans l'équation.

Étape 1 : l'équation homogène

Pour y′+a(x) y=0y' + a(x)\,y = 0, on sépare les variables, c'est-à-dire qu'on range yy d'un côté et xx de l'autre. Tant que yy ne s'annule pas, on peut diviser par yy :

y′y=−a(x)\frac{y'}{y} = -a(x)

Le membre de gauche est la dérivée de ln⁡∣y∣\ln\lvert y \rvert, par la règle (ln⁡u)′=u′/u\big(\ln u\big)' = u'/u. En prenant une primitive de chaque membre, ln⁡∣y∣=−A(x)+c\ln\lvert y \rvert = -A(x) + c, où AA est une primitive de aa et cc une constante. D'où ∣y∣=ec e−A(x)\lvert y \rvert = e^{c}\,e^{-A(x)}.

Reste à retirer la valeur absolue. Une solution qui ne s'annule pas est continue, donc elle garde un signe constant : y=ec e−A(x)y = e^{c}\,e^{-A(x)} si elle est positive, y=−ec e−A(x)y = -e^{c}\,e^{-A(x)} si elle est négative. Les deux cas s'écrivent y=Ce−A(x)y = C e^{-A(x)} avec C=±ecC = \pm e^{c}, et la fonction nulle, laissée de côté par la division, correspond à C=0C = 0.

Théorème

Les solutions de y′+a(x) y=0y' + a(x)\,y = 0 sont y(x)=Ce−A(x)y(x) = C e^{-A(x)}, où AA est une primitive de aa et CC une constante réelle quelconque.

La division par yy n'a rien fait perdre : le calcul du cas fondamental, qui multiplie au lieu de diviser, donne le même résultat pour toutes les solutions, puisque (y eA(x))′=(y′+a(x) y) eA(x)=0\big(y\,e^{A(x)}\big)' = \big(y' + a(x)\,y\big)\,e^{A(x)} = 0. Et la formule dit une chose qu'on n'aurait pas devinée : une exponentielle ne s'annule nulle part, donc une solution de l'équation homogène est ou bien nulle partout, ou bien ne l'est nulle part.

Deux écritures, deux signes
Ce théorème écrit le terme en yy à gauche, et la section du cas fondamental l'écrivait à droite. Les deux sont justes, mais la lettre aa n'y désigne pas le même nombre : y′=2yy' = 2y s'écrit aussi y′−2y=0y' - 2y = 0, si bien que son aa vaut 2 dans la première écriture et −2-2 dans la seconde. Les deux formules donnent bien la même solution, Ce2xC e^{2x}.
Avant d'appliquer une formule, récrire l'équation sous la forme qu'elle suppose, et lire le signe à ce moment-là. C'est la faute de signe la plus fréquente du chapitre, et elle change une extinction en explosion.

Exemple travaillé. y′+2x y=0y' + 2x\,y = 0.

Ici a(x)=2xa(x) = 2x. Une primitive est A(x)=x2A(x) = x^2, et les solutions sont donc y=Ce−x2y = C e^{-x^2}.

Contrôle en dérivant : y′=−2x Ce−x2=−2x yy' = -2x \, C e^{-x^2} = -2x \, y, donc y′+2xy=0y' + 2xy = 0 ✓

-2-1,5-1-0,50,511,52-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,822,2xy
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [-2,4 ; 2,4]
xfgh
-2,40,00320,0063-0,0032
-2,160,00940,0188-0,0094
-1,920,02510,0501-0,0251
-1,680,05950,1189-0,0595
-1,440,12570,2515-0,1257
-1,20,23690,4739-0,2369
-0,960,39790,7958-0,3979
-0,720,59551,1909-0,5955
-0,480,79421,5884-0,7942
-0,240,9441,8881-0,944
012-1
0,240,9441,8881-0,944
0,480,79421,5884-0,7942
0,720,59551,1909-0,5955
0,960,39790,7958-0,3979
1,20,23690,4739-0,2369
1,440,12570,2515-0,1257
1,680,05950,1189-0,0595
1,920,02510,0501-0,0251
2,160,00940,0188-0,0094
2,40,00320,0063-0,0032
f(x) = exp(-x^2)g(x) = 2exp(-x^2)h(x) = -exp(-x^2)
Les solutions de y' + 2xy = 0, pour C = 1, C = 2 et C = -1. La constante ne fait que dilater la courbe verticalement, et un C négatif la retourne. Aucune ne coupe l'axe des abscisses : une solution non nulle ne s'annule nulle part.

La courbe obtenue est la gaussienne, ce qui n'a rien d'un hasard : c'est la même équation qui la fait apparaître en probabilités, avec la loi normale.

Étape 2 : une solution particulière

On la cherche « de la même forme que le second membre ». C'est une recette, et le théorème de structure dit pourquoi elle suffit : une seule solution particulière, trouvée par n'importe quel moyen, donne toute la famille.

Le tableau suppose que le coefficient de yy est une constante aa, comme dans y′+a y=f(x)y' + a\,y = f(x). Quand il dépend de xx, il ne s'applique plus, et c'est la variation de la constante, plus bas, qui prend le relais.

Second membre f(x)f(x)Forme à essayer
constante bbune constante kk
polynôme de degré npolynôme de degré n
kemxk e^{mx}αemx\alpha e^{mx}
kcos⁡(ωx)+k′sin⁡(ωx)k \cos(\omega x) + k' \sin(\omega x)αcos⁡(ωx)+βsin⁡(ωx)\alpha \cos(\omega x) + \beta \sin(\omega x)

On injecte la forme dans l'équation, on identifie les coefficients, on obtient α et β.

Le cas résonnant
Si la forme essayée est déjà solution de l'homogène, le membre de gauche s'annule quel que soit le coefficient, et l'équation réclame l'impossible. Pour y′−2y=e2xy' - 2y = e^{2x}, essayer αe2x\alpha e^{2x} donne 2αe2x−2αe2x=e2x2\alpha e^{2x} - 2\alpha e^{2x} = e^{2x}, soit 0=e2x0 = e^{2x} : aucune valeur de α\alpha ne convient. Il faut alors multiplier la forme par xx. Avec αxe2x\alpha x e^{2x}, dont la dérivée vaut αe2x+2αxe2x\alpha e^{2x} + 2\alpha x e^{2x}, il reste αe2x=e2x\alpha e^{2x} = e^{2x}, donc α=1\alpha = 1.
Le nom vient du second ordre, où ce cas est celui de la résonance : un système excité à la fréquence même à laquelle il oscillerait seul.

Exemple travaillé. y′−y=xy' - y = x.

  • Homogène : y′=yy' = y → CexC e^x.
  • Particulière : le second membre est un polynôme de degré 1, on essaie y=αx+βy = \alpha x + \beta. Alors y′=αy' = \alpha, et l'équation devient α−(αx+β)=x\alpha - (\alpha x + \beta ) = x, soit −αx+(α−β)=x-\alpha x + (\alpha - \beta ) = x. Par identification : −α=1-\alpha = 1 donc α=−1\alpha = -1 ; et α−β=0\alpha - \beta = 0 donc β=−1\beta = -1.
  • Solution générale : y(x)=Cex−x−1y(x) = C e^x - x - 1.

Contrôle en dérivant : y′=Cex−1y' = C e^x - 1, et y′−y=Cex−1−Cex+x+1=xy' - y = C e^x - 1 - C e^x + x + 1 = x ✓

Le théorème de structure se voit sur cette solution, en prenant C=1C = 1.

-1,4-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,82-3-2-11234567xy
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [-1,5 ; 2]
xfgh
-1,50,72310,22310,5
-1,3250,59080,26580,325
-1,150,46660,31660,15
-0,9750,35220,3772-0,025
-0,80,24930,4493-0,2
-0,6250,16030,5353-0,375
-0,450,08760,6376-0,55
-0,2750,03460,7596-0,725
-0,10,00480,9048-0,9
0,0750,00291,0779-1,075
0,250,0341,284-1,25
0,4250,10461,5296-1,425
0,60,22211,8221-1,6
0,7750,39562,1706-1,775
0,950,63572,5857-1,95
1,1250,95523,0802-2,125
1,31,36933,6693-2,3
1,4751,8964,371-2,475
1,652,5575,207-2,65
1,8253,37786,2028-2,825
24,38917,3891-3
f(x) = exp(x) - x - 1g(x) = exp(x)h(x) = -x - 1
La solution y = e^x - x - 1 (en vert) est, point par point, la somme de la solution homogène e^x (en orange) et de la solution particulière -x-1 (en rouge). Additionner deux courbes, c'est additionner leurs ordonnées : en x = 0, on lit 1 et -1, dont la somme est bien 0.

C'est tout le contenu du théorème de structure, sur une seule figure. La droite porte le second membre, l'exponentielle porte la liberté du choix de C, et la solution est leur somme.

Exemple travaillé : un second membre sinusoïdal. y′+y=cos⁡xy' + y = \cos x. C'est le cas du circuit RC alimenté en alternatif, et la méthode ne change pas.

  • Homogène : y′=−yy' = -y → Ce−xC e^{-x}.
  • Particulière : le second membre est un cosinus, on essaie y=αcos⁡x+βsin⁡xy = \alpha \cos x + \beta \sin x. Il faut les deux termes, même si le second membre n'a pas de sinus : dériver un cosinus donne un sinus, et l'équation le fait apparaître. Alors y′=−αsin⁡x+βcos⁡xy' = -\alpha \sin x + \beta \cos x, et y′+y=(α+β)cos⁡x+(β−α)sin⁡x=cos⁡xy' + y = (\alpha + \beta)\cos x + (\beta - \alpha)\sin x = \cos x
  • On identifie les coefficients de cos⁡x\cos x et de sin⁡x\sin x : α+β=1\alpha + \beta = 1 et β−α=0\beta - \alpha = 0, donc α=β=12\alpha = \beta = \dfrac{1}{2}.
  • Solution générale : y(x)=Ce−x+cos⁡x+sin⁡x2y(x) = C e^{-x} + \dfrac{\cos x + \sin x}{2}.

Contrôle en dérivant la solution particulière : yp=cos⁡x+sin⁡x2y_p = \dfrac{\cos x + \sin x}{2} a pour dérivée yp′=cos⁡x−sin⁡x2y_p' = \dfrac{\cos x - \sin x}{2}, et la somme des deux vaut 2cos⁡x2=cos⁡x\dfrac{2\cos x}{2} = \cos x, pour tout xx ✓

123456789101112-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,2xy
Valeurs de f(x), g(x) sur l'intervalle [0 ; 12,6]
xfg
001
0,630,43230,808
1,260,48710,3058
1,890,2423-0,3138
2,52-0,1555-0,813
3,15-0,5256-1
3,78-0,7109-0,803
4,41-0,6323-0,2978
5,04-0,31580,3218
5,670,11940,8178
6,30,50740,9999
6,930,69980,798
7,560,62320,2898
8,190,307-0,3297
8,82-0,1271-0,8226
9,45-0,5125-0,9997
10,08-0,7011-0,7929
10,71-0,6206-0,2817
11,34-0,30180,3377
11,970,13290,8274
12,60,51650,9994
f(x) = (cos(x) + sin(x) - exp(-x))/2g(x) = cos(x)
L'excitation cos x (en orange) et la solution partie de 0 (en vert), qui correspond à C = -1/2. Après un transitoire d'une demi-période environ, il ne reste qu'une sinusoïde de même période, d'amplitude 0,71 au lieu de 1, et en retard d'un huitième de période.

Le terme en e−xe^{-x} s'éteint, et il ne reste qu'une sinusoïde de même pulsation que l'excitation, mais retardée d'un huitième de période et d'amplitude 22≈0,71\frac{\sqrt{2}}{2} \approx 0{,}71 au lieu de 1. C'est exactement ce que fait un filtre RC : il ne change pas la fréquence, il atténue et il déphase.

Les deux valeurs trouvées ne doivent rien au hasard. L'équation est celle d'un filtre RC attaqué à sa fréquence de coupure, et une amplitude divisée par 2\sqrt{2} avec un retard de 45 degrés, ce sont les −3 dB et les 45 degrés que le chapitre sur les filtres donne pour définition de la coupure.

Variation de la constante

Quand aucune forme ne se devine, il existe une méthode qui marche toujours. On part de la solution homogène Ce−A(x)C e^{-A(x)} et on remplace la constante C par une fonction C(x)C(x). C'est le calcul qui a démontré le cas fondamental, poussé d'un cran : il y montrait que la « constante » a une dérivée nulle, on lui permet ici de varier. En injectant dans l'équation complète, tous les termes se simplifient sauf un, et il reste :

C′(x)e−A(x)=f(x)C'(x) e^{-A(x)} = f(x),   donc   C′(x)=f(x)eA(x)C'(x) = f(x) e^{A(x)}

Il ne reste plus qu'à intégrer pour obtenir C(x)C(x). La méthode est plus longue, mais elle ne dépend d'aucune devinette.

Exemple travaillé : y′−yx=xy' - \dfrac{y}{x} = x sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[.

Le second membre est un polynôme, mais le coefficient devant yy est une fonction de xx : le tableau des formes à essayer ne dit rien de ce cas. C'est exactement la situation où la variation de la constante sert.

  1. L'homogène y′=y/xy' = y/x s'écrit y′−y/x=0y' - y/x = 0, donc a(x)=−1/xa(x) = -1/x, dont une primitive est A(x)=−ln⁡xA(x) = -\ln x. Les solutions homogènes sont donc y=Celn⁡x=Cxy = C e^{\ln x} = C x.
  2. On fait varier la constante : on cherche y=C(x) xy = C(x) \, x. En dérivant, y′=C′(x) x+C(x)y' = C'(x) \, x + C(x).
  3. On injecte dans l'équation complète : C′(x) x+C(x)−C(x) xx=xC'(x) \, x + C(x) - \frac{C(x) \, x}{x} = x Les deux termes en C(x)C(x) se simplifient, comme annoncé, et il reste C′(x) x=xC'(x) \, x = x, donc C′(x)=1C'(x) = 1.
  4. On intègre : C(x)=x+KC(x) = x + K.
  5. On remonte : y=(x+K) x=x2+Kxy = (x + K) \, x = x^2 + K x.

Contrôle en dérivant : y′=2x+Ky' = 2x + K, et y′−y/x=2x+K−(x+K)=xy' - y/x = 2x + K - (x + K) = x ✓

Le signe que la méthode se déroule bien. À l'étape 3, les termes en C(x)C(x) doivent disparaître, et il ne doit rester que ceux en C′(x)C'(x). Ce n'est pas une chance : c'est mathématiquement garanti, puisque C(x)e−A(x)C(x) e^{-A(x)} est solution de l'homogène dès que CC est constante.
Donc s'ils ne disparaissent pas, c'est qu'il y a une erreur de calcul plus haut, et il est inutile de continuer. C'est le meilleur contrôle intermédiaire du chapitre.

Étape 3 : la condition initiale

Tant qu'on n'a que la solution générale, il reste une constante libre : il y a une infinité de solutions, une par valeur de C. Une condition initiale du type y(0)=5y(0) = 5 en sélectionne exactement une.

L'ordre à respecter. On applique la condition initiale tout à la fin, sur la solution générale complète, jamais sur la seule partie homogène. C'est une erreur classique, et elle donne une réponse fausse qui a l'air correcte.

Exemple travaillé. Résoudre y′=−2y+6y' = -2y + 6 avec y(0)=1y(0) = 1.

Solution générale : y(x)=Ce−2x+3y(x) = C e^{-2x} + 3.

En x=0x = 0 : y(0)=C+3=1y(0) = C + 3 = 1, donc C=−2C = -2.

Solution unique : y(x)=−2e−2x+3y(x) = -2 e^{-2x} + 3.

Elle part de 1 et monte vers 3 : le comportement attendu d'une charge.

0,20,40,60,811,21,41,61,822,22,4-1-0,50,511,522,533,544,55xyy(0) = 1
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [0 ; 2,5]
xfgh
015-2
0,1251,44244,5576-0,894
0,251,78694,2131-0,0327
0,3752,05533,94470,6382
0,52,26423,73581,1606
0,6252,4273,5731,5675
0,752,55373,44631,8843
0,8752,65253,34752,1311
12,72933,27072,3233
1,1252,78923,21082,473
1,252,83583,16422,5896
1,3752,87213,12792,6804
1,52,90043,09962,7511
1,6252,92253,07752,8061
1,752,93963,06042,849
1,8752,9533,0472,8824
22,96343,03662,9084
2,1252,97153,02852,9287
2,252,97783,02222,9445
2,3752,98273,01732,9567
2,52,98653,01352,9663
f(x) = 3 - 2exp(-2x)g(x) = 3 + 2exp(-2x)h(x) = 3 - 5exp(-2x)
Trois membres de la même famille de solutions. La condition initiale n'en change aucune : elle en désigne une, celle qui passe par le point marqué. Les deux autres restent des solutions parfaitement valides, d'une autre condition initiale.
Le contrôle qui prend cinq secondes
Une fois la constante trouvée, remplacer xx par la valeur de la condition initiale et vérifier qu'on retombe bien dessus. Ici y(0)=−2+3=1y(0) = -2 + 3 = 1 ✓
C'est ce contrôle qui attrape l'erreur d'ordre décrite juste au-dessus : la réponse fautive e−2x+3e^{-2x} + 3 donne 4 en zéro au lieu de 1, et le défaut saute aux yeux.

Une condition initiale ailleurs qu'en 0. Si l'énoncé donne y(1)=2y(1) = 2, l'exponentielle ne vaut plus 1 au point donné, et il faut la garder : Ce−2+3=2C e^{-2} + 3 = 2, donc C=−e2C = -e^{2}, et y(x)=3−e2 e−2x=3−e2−2xy(x) = 3 - e^{2}\,e^{-2x} = 3 - e^{2 - 2x}. Le raccourci « CC est l'écart entre le départ et l'équilibre » ne vaut qu'en x=0x = 0.

Vérification rapideon peut se reprendre

Pour résoudre y′=−2y+6y' = -2y + 6 avec y(0)=1y(0) = 1, un étudiant écrit : « l'homogène est Ce−2xC e^{-2x}, donc y(0)=C=1y(0) = C = 1, et la solution est e−2x+3e^{-2x} + 3 ». Où est l'erreur ?

Traduire un énoncé en équation

C'est souvent l'étape la plus difficile d'un problème réel : les méthodes qui précèdent résolvent une équation, aucune ne l'écrit. Le vocabulaire, lui, est stable :

L'énoncé ditOn écrit
« la vitesse de… », « le taux de variation de… »y′y'
« proportionnel à y »kyk y
« proportionnel à l'écart entre y et M »k(M−y)k (M - y)
« croît », « augmente »coefficient positif
« décroît », « se refroidit », « se décharge »coefficient négatif

Exemple : la loi de refroidissement de Newton. « La vitesse de refroidissement d'un corps est proportionnelle à l'écart entre sa température et celle du milieu. » En notant TaT_a la température ambiante :

T′(t)=−k (T(t)−Ta)T'(t) = -k\,\big(T(t) - T_a\big), avec k>0k > 0.

C'est une équation de la forme y′=ay+by' = ay + b avec a=−ka = -k et b=k Tab = k\,T_a. L'équilibre vaut −b/a=Ta-b/a = T_a : le corps tend vers la température de la pièce, ce qui est rassurant. Et la solution est T(t)=Ta+(T0−Ta) e−ktT(t) = T_a + (T_0 - T_a)\,e^{-kt}, où T0T_0 est la température de départ : l'équilibre, plus un écart initial qui s'éteint.

12345678910152025303540455055606570758085t (heures)T (°C)départ à 80 °Caprès 2 h
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [0 ; 10]
t (heures)f
080
0,566,728
156,3918
1,548,342
242,0728
2,537,1903
333,3878
3,530,4264
428,1201
4,526,324
524,9251
5,523,8357
622,9872
6,522,3265
721,8118
7,521,4111
821,0989
8,520,8559
920,6665
9,520,5191
1020,4043
f(x) = 20 + 60exp(-0.5x)
Un corps à 80 °C oublié dans une pièce à 20 °C, avec k = 0,5 par heure. Il perd 38 °C pendant les deux premières heures, et moins de 4 °C entre la cinquième et la huitième. La vitesse est proportionnelle à l'écart restant, donc elle s'effondre en même temps que lui.

C'est la raison pour laquelle un plat sorti du four tiédit très vite puis semble ne plus bouger : rien ne change dans la loi, c'est l'écart qui a fondu.

Exemple travaillé : tirer k d'une mesure

Dans un problème réel, kk n'est jamais donné : on le tire d'une mesure. Un café servi à 90 °C, dans une pièce à 20 °C, est à 60 °C au bout de 10 minutes. Quand sera-t-il à 40 °C ?

  1. La forme de la solution, avec tt en minutes : T(t)=20+70 e−ktT(t) = 20 + 70\,e^{-kt}, puisque l'écart de départ vaut 90−20=7090 - 20 = 70.
  2. La mesure donne kk : T(10)=60T(10) = 60 s'écrit 70 e−10k=4070\,e^{-10k} = 40, soit e−10k=47e^{-10k} = \dfrac{4}{7}, donc k=110ln⁡74≈0,056k = \dfrac{1}{10}\ln\dfrac{7}{4} \approx 0{,}056 par minute.
  3. La prédiction : T(t)=40T(t) = 40 demande 70 e−kt=2070\,e^{-kt} = 20, soit e−kt=27e^{-kt} = \dfrac{2}{7}, donc t=1kln⁡72≈22,4t = \dfrac{1}{k}\ln\dfrac{7}{2} \approx 22{,}4 minutes.
  4. Le contrôle : l'écart passe de 70 à 40 en 10 minutes, puis doit passer de 40 à 20, c'est-à-dire être divisé par 2 au lieu de l'être par 1,75. Cette seconde étape demande donc un peu plus que la première : environ 12,4 minutes, ce qui redonne bien 22,4 au total.

Exemple : la charge d'un condensateur. Le circuit RC donne RCu′+u=ERC u' + u = E, soit u′=−u/(RC)+E/(RC)u' = -u/(RC) + E/(RC).

L'équilibre vaut E : le condensateur se charge jusqu'à la tension d'alimentation. La solution avec u(0)=0u(0) = 0 est u(t)=E(1−e−t/RC)u(t) = E(1 - e^{-t/RC}). La quantité τ=RC\tau = RC s'appelle la constante de temps : au bout de τ, la charge a atteint 63 % de sa valeur finale ; au bout de 5τ, on la considère terminée.

0,511,522,533,544,555,50,511,522,533,544,555,5temps, en multiples de τu(t) en volts63 % à t = τ99 % à t = 5τ
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [0 ; 5,6]
temps, en multiples de τf
00
0,281,2211
0,562,144
0,842,8414
13,1606
1,123,3686
1,43,767
1,684,0681
1,964,2957
2,244,4677
2,524,5977
2,84,6959
3,084,7702
3,364,8263
3,644,8687
3,924,9008
4,24,925
4,484,9433
4,764,9572
54,9663
5,044,9676
5,324,9755
5,64,9815
f(x) = 5 - 5exp(-x)
La charge d'un condensateur sous 5 V. C'est la courbe de refroidissement retournée, et pour cause : c'est la même équation, au signe de l'écart près.

Les deux exemples de cette section ont exactement la même forme, y′=ay+by' = ay + b avec a<0a < 0. L'un descend vers son équilibre, l'autre y monte, et c'est la seule différence entre eux. C'est ce que le chapitre entier cherche à faire voir : une même équation décrit un four qui refroidit et un condensateur qui se charge.

Vérification rapideon peut se reprendre

« La vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart avec la température ambiante (20 °C). » Quelle équation ?

Séparer les variables

Toutes les équations précédentes sont linéaires. Certaines équations qui ne le sont pas se résolvent tout de même, pourvu qu'on puisse ranger yy d'un côté et xx de l'autre. C'est la méthode déjà employée pour l'équation homogène, et elle se généralise.

Méthode

Une équation de la forme y′=g(x) h(y)y' = g(x)\,h(y) se résout en trois temps.

  1. Séparer : y′h(y)=g(x)\dfrac{y'}{h(y)} = g(x), là où h(y)h(y) ne s'annule pas.
  2. Intégrer chaque membre : si HH est une primitive de 1/h1/h, le membre de gauche est la dérivée de H(y)H(y), d'où H(y)=G(x)+cH(y) = G(x) + c, où GG est une primitive de gg.
  3. Isoler yy quand c'est possible, puis fixer cc par la condition initiale.

Les valeurs de yy qui annulent hh sont à part : ce sont des solutions constantes, les équilibres de l'équation.

Exemple travaillé : une solution qui explose. y′=y2y' = y^2 avec y(0)=1y(0) = 1.

  1. On sépare : y′y2=1\dfrac{y'}{y^2} = 1.
  2. Le membre de gauche est la dérivée de −1y-\dfrac{1}{y}, donc −1y=x+c-\dfrac{1}{y} = x + c. En x=0x = 0, cela donne c=−1c = -1.
  3. On isole : y=11−xy = \dfrac{1}{1 - x}.

Contrôle en dérivant : y′=1(1−x)2=y2y' = \dfrac{1}{(1 - x)^2} = y^2 ✓

La solution est parfaitement régulière au départ, et pourtant elle n'existe que pour x<1x < 1 : en x=1x = 1, elle part à l'infini. Aucune équation linéaire ne fait cela, leurs solutions sont définies partout où les coefficients le sont. C'est un avant-goût de ce qui rend les équations non linéaires difficiles.

La croissance logistique

Une population qui croît comme y′=kyy' = ky grossit sans limite, ce qu'aucune population réelle ne fait. Le modèle corrigé freine la croissance à mesure que l'effectif approche une capacité maximale KK :

y′=k y(1−yK)y' = k\,y\left(1 - \frac{y}{K}\right)

Tant que yy est petit devant KK, la parenthèse vaut presque 1 et la croissance est exponentielle. Quand yy approche KK, la parenthèse tend vers 0 et la croissance s'arrête. C'est le modèle d'une épidémie, de l'adoption d'une technologie, du remplissage d'un marché.

Avant de résoudre, lire. Comme pour l'exemple du début du chapitre, les équilibres se trouvent en annulant la pente : k y (1−y/K)=0k\,y\,(1 - y/K) = 0 pour y=0y = 0 et pour y=Ky = K. Entre les deux, la pente est positive et la population croît ; au-dessus de KK, elle est négative, et une population trop nombreuse décroît vers KK. L'équilibre KK attire, l'équilibre 0 repousse.

012345678012345678910111213t (mois)y (milliers)
Cliquer un point du plan : c'est une condition initiale, et la solution qui en part se trace.
Le champ de la logistique y' = y(1 − y/10), avec k = 1 et K = 10, et la solution qui part de 1. Les traits sont horizontaux en 0 et en 10, les deux équilibres ; ils montent entre les deux et descendent au-dessus de 10.
À manipuler
Cliquer un point au-dessus de 10 : la courbe redescend vers la capacité, sans jamais passer dessous. Cliquer ensuite très près de 0 : la courbe reste longtemps collée à l'axe, puis décolle et dessine le même S, décalé dans le temps. Un effectif de départ plus faible ne change pas la capacité, il retarde seulement la croissance.

La résolution. On sépare : y′y (1−y/K)=k\dfrac{y'}{y\,(1 - y/K)} = k. La fraction se décompose en éléments simples : 1y (1−y/K)=1y+1K−y\dfrac{1}{y\,(1 - y/K)} = \dfrac{1}{y} + \dfrac{1}{K - y}, ce qui se vérifie en réduisant au même dénominateur. Pour 0<y<K0 < y < K, le membre de gauche est donc la dérivée de ln⁡y−ln⁡(K−y)=ln⁡yK−y\ln y - \ln(K - y) = \ln\dfrac{y}{K - y}, d'où

ln⁡yK−y=kt+c\ln\frac{y}{K - y} = kt + c

Reste à isoler yy, en trois lignes. On passe à l'exponentielle, en notant D=ecD = e^{c} :

yK−y=D ekt,y=D ekt (K−y),y (1+D ekt)=K D ekt\frac{y}{K - y} = D\,e^{kt}, \qquad y = D\,e^{kt}\,(K - y), \qquad y\,\big(1 + D\,e^{kt}\big) = K\,D\,e^{kt}

puis on divise, et on simplifie la fraction par D ektD\,e^{kt} :

y(t)=K D ekt1+D ekt=K1+A e−ktavecA=1Dy(t) = \frac{K\,D\,e^{kt}}{1 + D\,e^{kt}} = \frac{K}{1 + A\,e^{-kt}} \qquad \text{avec} \qquad A = \frac{1}{D}

La condition initiale fixe AA : en t=0t = 0, la première égalité donne y(0)K−y(0)=D\dfrac{y(0)}{K - y(0)} = D, donc A=K−y(0)y(0)A = \dfrac{K - y(0)}{y(0)}.

Exemple travaillé. Une application est adoptée par 1 000 utilisateurs au lancement, dans un marché de 10 000, avec k=1k = 1 par mois. Alors A=9 000/1 000=9A = 9\,000 / 1\,000 = 9, et y(t)=10 0001+9e−ty(t) = \dfrac{10\,000}{1 + 9e^{-t}}. La moitié du marché est atteinte quand 9e−t=19e^{-t} = 1, soit t=ln⁡9≈2,2t = \ln 9 \approx 2{,}2 mois.

123456781234567891011temps (mois)utilisateurs (milliers)moitié du marché
Valeurs de f(x), g(x) sur l'intervalle [0 ; 8]
temps (mois)fg
011
0,41,42191,4918
0,81,98262,2255
1,22,69493,3201
1,63,54984,953
24,50857,3891
2,1974,99948,998
2,45,505211,0232
2,86,462916,4446
3,27,31624,5325
3,68,026236,5982
48,584954,5982
4,49,00581,4509
4,89,3104121,5104
5,29,527181,2722
5,69,6779270,4264
69,7818403,4288
6,49,8527601,845
6,89,9008897,8473
7,29,93331 339,4308
7,69,95521 998,1959
89,96992 980,958
f(x) = 10/(1 + 9exp(-x))g(x) = exp(x)
La croissance logistique (en vert) et la croissance exponentielle de même départ (en orange). Les deux restent proches pendant le premier mois, puis la logistique s'infléchit à mi-hauteur et plafonne à la capacité du marché, là où l'exponentielle sort du cadre.

Ce que la forme en S enseigne. La croissance la plus rapide a lieu à mi-hauteur, en y=K/2y = K/2, là où le produit y(1−y/K)y(1 - y/K) est maximal. Avant, il y a peu d'individus pour croître ; après, il reste peu de place. Une courbe d'adoption qui ralentit n'annonce donc pas un échec : elle annonce qu'on a passé la moitié du chemin.

Suivre les flèches quand la formule ne vient pas

Les équations de ce chapitre se résolvent par une formule. C'est une chance, et elle ne dure pas : la logistique et y′=y2y' = y^2 sont des exceptions, et dès qu'on quitte le linéaire, la plupart des équations rencontrées en pratique n'ont aucune solution exprimable avec les fonctions usuelles. L'équation y′=x2+y2y' = x^2 + y^2, d'apparence anodine, est dans ce cas. Il ne s'agit pas d'une lacune des méthodes connues : c'est démontré.

On les résout alors numériquement, et la méthode la plus simple est exactement le champ de directions du début de chapitre, suivi à petits pas.

Méthode d'Euler

Pour y′=f(x,y)y' = f(x, y) partant de (x0,y0)(x_0, y_0), on avance d'un pas hh en suivant la pente que donne l'équation :

yn+1=yn+h f(xn,yn)y_{n+1} = y_n + h \, f(x_n, y_n)

C'est la traduction littérale de « la dérivée est une pente » : on remplace la courbe par sa tangente sur une petite distance, on regarde où l'on est arrivé, et on recommence depuis là.

L'exemple y′=−2y+6y' = -2y + 6 avec y(0)=1y(0) = 1 s'y prête, puisqu'on connaît sa solution exacte y(x)=3−2e−2xy(x) = 3 - 2e^{-2x}. L'erreur de la méthode peut donc se mesurer, ce qui est le seul moyen honnête de la juger.

Les premiers pas, à la main. Avec un pas h=0,2h = 0{,}2, on part de (0;1)(0 ; 1). La pente y vaut −2×1+6=4-2 \times 1 + 6 = 4, donc on avance de 0,20{,}2 en montant de 0,2×4=0,80{,}2 \times 4 = 0{,}8 : y1=1,8y_1 = 1{,}8 en x=0,2x = 0{,}2. On recommence depuis là : la pente vaut −2×1,8+6=2,4-2 \times 1{,}8 + 6 = 2{,}4, et y2=1,8+0,2×2,4=2,28y_2 = 1{,}8 + 0{,}2 \times 2{,}4 = 2{,}28 en x=0,4x = 0{,}4. La solution exacte vaut 3−2e−0,4≈1,663 - 2e^{-0{,}4} \approx 1{,}66 au premier point : Euler est déjà un peu au-dessus.

En avançant ainsi jusqu'à x=1x = 1, voici ce que la méthode donne selon le nombre de pas, comparé à la valeur exacte y(1)=3−2e−2≈2,729329y(1) = 3 - 2e^{-2} \approx 2{,}729329.

Nombre de pasValeur obtenueErreurErreur divisée par
52,8444800,115151
102,7852520,0559222,06
202,7568470,0275172,03
402,7429760,0136462,02
802,7361240,0067952,01

Le rapport de la dernière colonne se retrouve sur n'importe quelle équation dont la solution est régulière : ce n'est pas une propriété de celle-ci, c'est une propriété de la méthode.

00,10,20,30,40,50,60,70,80,910,811,21,41,61,822,22,42,62,833,2xy
Cliquer un point du plan : c'est une condition initiale, et la solution qui en part se trace.
Euler, pas 0,2en x = 1 : Euler 2,84448, solution 2,72933, écart 0,11515
Les points d'Euler de pas 0,2 (en rouge), posés sur le champ et sur la solution exacte (en vert). Chaque segment suit le trait de son point de départ, garde cette pente sur toute la longueur du pas, et finit au-dessus d'une courbe qui se courbe vers le bas : le petit excès de chaque pas s'ajoute aux précédents.
À manipuler
Diviser le pas par deux, plusieurs fois, en lisant l'écart affiché sous la figure : environ 0,115, puis 0,056, puis 0,028. Chaque division du pas divise l'écart par deux, et pas davantage : c'est la dernière colonne du tableau, constatée sur le dessin, et c'est tout le coût de la méthode.

Le dessin explique le tableau. L'erreur ne vient pas d'une pente mal calculée, elle vient de ce qu'on garde cette pente pendant toute la longueur du pas alors que la vraie pente diminue en chemin. Plus le pas est court, moins la pente a le temps de changer, et moins on se trompe.

Diviser le pas par deux ne divise l'erreur que par deux
C'est ce que montre la dernière colonne : la méthode d'Euler est d'ordre 1, son erreur est proportionnelle au pas. Pour gagner un chiffre décimal, il faut donc dix fois plus de calculs.
C'est pourquoi les vrais solveurs n'utilisent pas Euler mais des méthodes d'ordre 4, où diviser le pas par deux divise l'erreur par seize. Le principe reste le même : suivre les flèches, mais en regardant mieux où l'on met le pied.

Pourquoi la formule exacte garde toute sa valeur. Une solution numérique donne des nombres, pour un jeu de paramètres et un seul. La formule exacte, elle, donne le comportement : on y lit d'un coup d'œil qu'il y a un équilibre en −b/a-b/a, que le transitoire s'éteint en 5τ5\tau, et comment ces deux réponses dépendent de chaque paramètre.
C'est ce qui permet de dimensionner un système au lieu de le tester au hasard. Résoudre à la main quand c'est possible n'est donc pas une coquetterie.

Le premier ordre, autant de fois qu'il faut

Trois quantités se lisent sur une équation du premier ordre sans la résoudre entièrement : l'équilibre, l'exposant de l'exponentielle et la constante fixée par le départ. Les trois se calculent en quelques secondes, et le signe du coefficient se retourne entre l'équation et sa solution.

Lire une équation du premier ordre sans la résoudre

Soit l'équation y′+4y=−4y' + 4 y = -4, où yy est une fonction de tt, avec y(0)=−5y(0) = -5.

  1. La valeur d'équilibre, celle qui annule y′y'
  2. Le coefficient de tt dans l'exponentielle de la solution
  3. La constante CC telle que y(0)y(0) vaille la valeur donnée

La deuxième question est celle qui compte. Le coefficient écrit dans l'énoncé et celui qui apparaît dans la solution sont opposés, et se tromper de signe transforme une extinction en explosion sans qu'aucune autre ligne de la copie ne soit fausse.

La méthode sur feuille

  1. Normaliser l'équation : la ramener à un coefficient 1 devant y′y'.
  2. Identifier le type : linéaire ou non ? homogène ou avec second membre ? coefficients constants ou fonction de x ? Puis récrire l'équation sous la forme exacte de la formule qu'on va appliquer, terme en yy à gauche ou à droite, et lire le signe à ce moment-là.
  3. Résoudre l'homogène d'abord. Toujours. C'est là qu'est la constante.
  4. Chercher une solution particulière de la même forme que le second membre. Vérifier d'abord qu'elle n'est pas déjà solution de l'homogène. Sinon, multiplier par x. Si aucune forme ne convient, passer à la variation de la constante, qui ne demande aucune devinette.
  5. Additionner les deux.
  6. Appliquer la condition initiale en dernier, sur la solution complète.
  7. Contrôler en dérivant la solution et en la réinjectant dans l'équation, pour tout xx et non en un seul point. C'est gratuit et ça attrape tout.
  8. Pour un problème concret, contrôler le comportement à l'infini : si le modèle décrit un refroidissement, la solution doit tendre vers la température ambiante, et le coefficient de yy doit être négatif pour qu'elle le fasse. Le champ de directions donne la réponse d'avance, et sans calcul.

Mettre en pratique

Cinq questions sur les deux équations du chapitre. Les trois dernières portent sur le régime qui s'installe, qui est ce qu'on cherche presque toujours en pratique.

Résoudre, puis lire la solution

  • 1.

    La solution de y′=3yy' = 3y qui vérifie y(0)=2y(0) = 2. Combien vaut y(1)y(1) ?

  • 2.

    Pour y′=−0,5 y+4y' = -0{,}5\,y + 4, vers quelle valeur la solution tend-elle quand le temps grandit ?

  • 3.

    La solution de y′=−0,5 y+4y' = -0{,}5\,y + 4 qui part de y(0)=0y(0) = 0. Combien vaut y(4)y(4) ?

  • 4.

    Une grandeur suit y′=−0,1 yy' = -0{,}1\,y. Au bout de combien de temps a-t-elle perdu la moitié de sa valeur ?

  • 5.

    Un système de constante de temps τ=2\tau = 2 part de zéro vers son équilibre. Au bout de combien de temps en atteint-il 95 % ?

Résoudre y′+3y=0y' + 3y = 0 avec y(0)=2y(0) = 2

On récrit d'abord l'équation sous la forme du cas fondamental : y′=−3yy' = -3y. Le coefficient vaut donc −3-3, et non 3.

Solution générale : y=Ce−3xy = C e^{-3x}. Puis y(0)=C=2y(0) = C = 2, donc y(x)=2e−3xy(x) = 2 e^{-3x}.

Contrôle en dérivant : y′=−6e−3x=−3yy' = -6e^{-3x} = -3y, donc y′+3y=0y' + 3y = 0 ✓

Résoudre 2y′+y=42y' + y = 4

On met sous forme normalisée : y′=−y/2+2y' = -y/2 + 2.

Équilibre : k=−2/(−1/2)=4k = -2/(-1/2) = 4. Homogène : Ce−x/2C e^{-x/2}.

y(x)=Ce−x/2+4y(x) = C e^{-x/2} + 4, et toutes les solutions tendent vers 4, puisque le coefficient −1/2-1/2 est négatif.

Résoudre y′+y=e2xy' + y = e^{2x}

Homogène : y′=−yy' = -y → Ce−xC e^{-x}.

Particulière : on essaie αe2x\alpha e^{2x} (ce n'est pas solution de l'homogène, pas de problème de résonance). Alors 2αe2x+αe2x=e2x2\alpha e^{2x} + \alpha e^{2x} = e^{2x}, donc 3α=13\alpha = 1 et α=1/3\alpha = 1/3.

y(x)=Ce−x+(1/3)e2xy(x) = C e^{-x} + (1/3) e^{2x}

Résoudre y′−y=exy' - y = e^x

Homogène : CexC e^x.

Particulière : αex\alpha e^x est déjà solution de l'homogène → cas résonnant. On essaie y=αxexy = \alpha x e^x, dont la dérivée est αex+αxex\alpha e^x + \alpha x e^x. En injectant : αex+αxex−αxex=ex\alpha e^x + \alpha x e^x - \alpha x e^x = e^x, donc α=1\alpha = 1.

y(x)=Cex+xex=(C+x)exy(x) = C e^x + x e^x = (C + x) e^x

Résoudre y′+(2/x)y=0y' + (2/x) y = 0 sur ]0 ; +∞[\left]0 \,;\, +\infty\right[

Ici a(x)=2/xa(x) = 2/x, dont une primitive est A(x)=2ln⁡x=ln⁡(x2)A(x) = 2 \ln x = \ln(x^2).

y=Ce−ln⁡(x2)=C/x2y = C e^{-\ln(x^2)} = C / x^2

Contrôle : y′=−2C/x3y' = -2C/x^3, et y′+(2/x)y=−2C/x3+2C/x3=0y' + (2/x)y = -2C/x^3 + 2C/x^3 = 0 ✓

0,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,83123456789xy
Valeurs de f(x), g(x) sur l'intervalle [0,35 ; 3]
xfg
0,358,163324,4898
0,48254,295412,8863
0,6152,64397,9318
0,74751,78975,3691
0,881,29133,874
1,01250,97552,9264
1,1450,76282,2883
1,27750,61271,8382
1,410,5031,509
1,54250,42031,2609
1,6750,35641,0693
1,80750,30610,9183
1,940,26570,7971
2,07250,23280,6984
2,2050,20570,617
2,33750,1830,5491
2,470,16390,4917
2,60250,14760,4429
2,7350,13370,4011
2,86750,12160,3649
30,11110,3333
f(x) = 1/x^2g(x) = 3/x^2
Deux solutions, pour C = 1 et C = 3. Elles plongent vers 0 sans jamais l'atteindre, et explosent près de 0 : c'est pourquoi l'énoncé impose l'intervalle ]0 ; +∞[, où le coefficient 2/x est défini.
Une population de 1 000 bactéries double toutes les 3 heures. Combien en compte-t-elle après 12 h ?

Modèle : N′=kNN' = kN, donc N(t)=1000ektN(t) = 1000 e^{kt}.

Le doublement en 3 h donne e3k=2e^{3k} = 2, donc k=(ln⁡2)/3k = (\ln 2)/3.

N(12)=1000 e12ln⁡2/3=1000×24=16 000N(12) = 1000 \, e^{12 \ln 2 / 3} = 1000 \times 2^4 = 16\,000 bactéries.

On pouvait répondre sans calcul : 12 h = 4 doublements = ×16.

123456789101112200040006000800010 00012 00014 00016 000t (heures)N(t)3 h : ×26 h : ×412 h : ×16
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [0 ; 12]
t (heures)f
01 000
0,61 148,699
1,21 319,5094
1,81 515,7191
2,41 741,1051
32 000,0056
3,62 297,4045
4,22 639,0262
4,83 031,4468
5,43 482,2199
64 000,0226
6,64 594,8219
7,25 278,0674
7,86 062,9107
8,46 964,4595
98 000,0677
9,69 189,6698
10,210 556,1645
10,812 125,8556
11,413 928,9582
1216 000,1804
f(x) = 1000exp(0.23105x)
La croissance exponentielle de la population. Chaque tranche de 3 heures multiplie l'effectif par 2, quel que soit l'endroit où l'on prend la tranche : c'est la propriété qui caractérise l'exponentielle, et la raison pour laquelle la courbe paraît plate au début puis verticale.
Un médicament est éliminé à une vitesse proportionnelle à la quantité présente. Six heures après une injection de 200 mg, il en reste 50 mg. Quand en restera-t-il moins de 10 mg ?

Traduire : la quantité Q(t)Q(t), en milligrammes et en heures, vérifie Q′=−kQQ' = -kQ avec k>0k > 0, donc Q(t)=200 e−ktQ(t) = 200\,e^{-kt}.

Tirer kk de la mesure : 200 e−6k=50200\,e^{-6k} = 50, soit e−6k=14e^{-6k} = \dfrac{1}{4}, donc k=ln⁡46≈0,231k = \dfrac{\ln 4}{6} \approx 0{,}231 par heure.

Prédire : 200 e−kt=10200\,e^{-kt} = 10 demande e−kt=120e^{-kt} = \dfrac{1}{20}, soit t=ln⁡20k=6ln⁡20ln⁡4≈13t = \dfrac{\ln 20}{k} = \dfrac{6 \ln 20}{\ln 4} \approx 13 heures.

Contrôler : passer de 200 à 50 mg, c'est diviser par 4, donc deux demi-vies en 6 heures, soit une demi-vie de 3 heures. Diviser par 20, c'est un peu plus de quatre demi-vies, puisque 24=162^4 = 16 : un peu plus de 12 heures. Le résultat de 13 heures est cohérent.

Résoudre y′=e−yy' = e^{-y} avec y(0)=0y(0) = 0

L'équation n'est pas linéaire, puisque yy y passe dans une exponentielle. On sépare les variables : ey y′=1e^{y}\,y' = 1.

Le membre de gauche est la dérivée de eye^{y}, donc ey=x+ce^{y} = x + c. En x=0x = 0, e0=1=ce^{0} = 1 = c.

On isole : y=ln⁡(1+x)y = \ln(1 + x), qui n'a de sens que pour x>−1x > -1.

Contrôle en dérivant : y′=11+xy' = \dfrac{1}{1 + x}, et e−y=e−ln⁡(1+x)=11+xe^{-y} = e^{-\ln(1 + x)} = \dfrac{1}{1 + x} ✓

Appliquer deux pas de la méthode d'Euler, de pas 0,5, à y′=yy' = y avec y(0)=1y(0) = 1, et comparer à la valeur exacte en 1

La relation d'Euler s'écrit yn+1=yn+0,5 yn=1,5 yny_{n+1} = y_n + 0{,}5\,y_n = 1{,}5\,y_n.

Premier pas : y1=1,5y_1 = 1{,}5 en x=0,5x = 0{,}5. Second pas : y2=1,5×1,5=2,25y_2 = 1{,}5 \times 1{,}5 = 2{,}25 en x=1x = 1.

La solution exacte est exe^x, qui vaut e≈2,718e \approx 2{,}718 en 1. L'erreur vaut environ 0,47, soit 17 % : deux pas, c'est beaucoup trop peu.

Avec un pas de 0,25, il faut quatre pas, et on trouve 1,254≈2,4411{,}25^4 \approx 2{,}441, soit une erreur de 0,28. Le pas divisé par deux n'a divisé l'erreur que par 1,7 : le rapport 2 de l'ordre 1 n'apparaît que pour des pas plus petits.

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