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La loi d'Ohm, la puissance et l'énergie

Ce que ce chapitre apporte5 points
  • Énoncer la loi d'Ohm et l'appliquer dans les trois sens, en tension, en courant et en résistance.
  • Dire ce qui rend un composant ohmique, et citer un composant qui ne l'est pas.
  • Calculer une puissance dissipée par les trois formes de la formule, et choisir celle qui évite un calcul intermédiaire.
  • Passer d'une puissance à une énergie, et d'un joule à un kilowattheure.
  • Dimensionner une résistance de limitation à partir d'un courant visé.

Une seule relation lie les deux grandeurs du chapitre précédent, et elle tient en trois lettres. Son intérêt n'est pas d'être courte : il est d'être linéaire. Doubler la tension double le courant, et cette proportionnalité est ce qui rend un circuit calculable à la main plutôt que simulable.

Le chapitre établit la relation, dit ce qu'elle suppose, puis passe à ce qu'elle coûte : une résistance parcourue par un courant chauffe, et cette chaleur décide de la taille du composant, de sa durée de vie et de la facture.

La loi d'Ohm

Définition

Pour un conducteur ohmique, la tension à ses bornes est proportionnelle au courant qui le traverse :

U=RIU = R \, I

avec UU en volts, II en ampères et RR en ohms. Le coefficient RR est la résistance du conducteur, et il ne dépend ni de UU ni de II.

Les deux autres écritures ne sont pas d'autres lois, ce sont la même relation lue autrement : I=U/RI = U/R répond à « combien de courant passe-t-il ? », et R=U/IR = U/I répond à « quelle résistance faut-il ? ». Choisir la bonne écriture d'emblée évite un calcul intermédiaire, donc une occasion de se tromper.

E12 ViEuEMR100 ΩiRuRA
100 Ω
Valeurs déclarées et grandeurs calculées, composant par composant
ComposantValeurTensionCourantPuissance
EMA12 V12 V120 mA1,44 W
RAM100 Ω12 V120 mA1,44 W

Potentiels : A = 12 V, M = 0 V. Les grandeurs en gras sont calculées, dans l'orientation portée par les flèches ; une valeur négative signale un sens inverse de celui de la flèche.

Une source de 12 V et une résistance réglable. Déplacer le curseur et suivre la colonne du courant : il suit l'inverse de la résistance, et la tension aux bornes reste celle de la source, puisque la résistance est seule sur le chemin.
À manipuler
Poser la résistance sur 100 Ω et lire le courant : 0,12 A, soit 120 mA.
Doubler la résistance, à 200 Ω : le courant est divisé par deux. C'est la proportionnalité inverse, et elle se vérifie sur toute la course du curseur.
Pousser jusqu'à 2 kΩ : le courant tombe à 6 mA, et la tension aux bornes n'a pas bougé d'un volt.
Tous les composants ne sont pas ohmiques

La loi d'Ohm décrit un comportement, pas un objet. Une diode ne le suit pas : sa tension reste proche de 2 V sur une plage de courant très large, et sa caractéristique n'est pas une droite. Une lampe à filament ne le suit qu'approximativement, sa résistance augmentant avec la température.

Écrire R=U/IR = U/I sur une diode donne un nombre, mais ce nombre ne vaut que pour le point de fonctionnement où il a été calculé, et il change au point suivant.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une résistance de 220 Ω est traversée par 50 mA. Quelle tension à ses bornes ?

Ce qui fixe la valeur d'une résistance

La résistance d'un fil ne se décrète pas non plus : elle découle de sa matière et de sa géométrie.

Définition

R=ρLSR = \rho \frac{L}{S}

avec ρ\rho la résistivité du matériau en ohms-mètres, LL la longueur et SS la section.

La lecture est intuitive : plus le chemin est long, plus il résiste ; plus il est large, moins il résiste. C'est l'analogie du tuyau, et elle est ici exacte plutôt qu'approximative.

La conséquence pratique se voit dans toute installation : un câble d'alimentation trop fin sur une longue distance perd de la tension en chemin, et cette perte est d'autant plus grande que le courant est fort. Le dimensionnement d'un câble se fait donc sur la chute de tension acceptable, et pas seulement sur le courant maximal.

Vérification rapideon peut se reprendre

Un câble de cuivre est remplacé par un câble de même longueur et de section deux fois plus grande. Que devient sa résistance ?

La puissance dissipée

Une résistance parcourue par un courant convertit de l'énergie électrique en chaleur. La puissance de cette conversion se calcule de trois façons, toutes équivalentes.

Trois écritures d'une même puissance

P=UI=RI2=U2RP = U I = R I^2 = \frac{U^2}{R}

La puissance est en watts, et un watt vaut un joule par seconde.

Les deux dernières s'obtiennent en remplaçant UU par RIRI, puis II par U/RU/R, dans la première. L'intérêt de les connaître toutes les trois est d'éviter un calcul intermédiaire : quand le courant est connu, RI2RI^2 va droit au but ; quand c'est la tension, U2/RU^2/R y va aussi.

E12 ViEuEMR1100 ΩiR1uR1R2300 ΩiR2uR2AB
Valeurs déclarées et grandeurs calculées, composant par composant
ComposantValeurTensionCourantPuissance
EMA12 V12 V30 mA360 mW
R1AB100 Ω3 V30 mA90 mW
R2BM300 Ω9 V30 mA270 mW

Potentiels : A = 12 V, B = 9 V, M = 0 V. Les grandeurs en gras sont calculées, dans l'orientation portée par les flèches ; une valeur négative signale un sens inverse de celui de la flèche.

Deux résistances en série sous 12 V. La colonne des puissances montre que celle qui porte la plus grande tension dissipe le plus, alors que les deux portent le même courant.
À manipuler
Comparer les deux puissances du tableau : leur rapport vaut trois, comme celui des résistances. Avec un courant commun, P=RI2P = R I^2 dit que la puissance suit la résistance.
Additionner les deux puissances : la somme vaut celle que la source fournit, et c'est la conservation de l'énergie lue sur un tableau.
La puissance décide de la taille du composant

Une résistance porte deux valeurs : sa résistance en ohms, et la puissance qu'elle peut dissiper sans se dégrader, en watts. La seconde ne figure pas sur le schéma, et c'est pourtant elle qui décide de l'encombrement.

Un quart de watt est la valeur courante des petits composants. Au-delà, le boîtier grossit, puis il faut un radiateur. Une résistance choisie juste sur sa valeur, et pas sur sa puissance, tient quelques minutes.

De la puissance à l'énergie

La puissance dit à quelle vitesse l'énergie est consommée. L'énergie elle-même se compte en multipliant par la durée.

E=PtE = P \, t

En joules si la durée est en secondes. En pratique, la facture d'électricité emploie une autre unité, plus commode aux échelles domestiques.

Le kilowattheure

Un kilowattheure est l'énergie consommée en une heure par un appareil de mille watts :

1 kWh=1000×3600=3,6×106 J1\ \text{kWh} = 1000 \times 3600 = 3{,}6 \times 10^6\ \text{J}

Un radiateur de 2 kW allumé quatre heures consomme 8 kWh. Une veille de 2 W laissée toute l'année en consomme un peu moins de 18. Le premier chiffre est intuitif, le second beaucoup moins, et c'est précisément pourquoi le calcul vaut d'être fait : une petite puissance permanente rattrape une grande puissance occasionnelle.

Ce raisonnement est le même que celui du chapitre complexité et Green IT : ce qui pèse n'est pas la pointe, c'est l'intégrale.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une veilleuse de 3 W reste allumée toute l'année. Quelle énergie en kWh ?

Dimensionner une résistance de limitation

Le calcul le plus fréquent du parcours tient en trois lignes, et il illustre les trois écritures de la loi d'Ohm.

Une diode témoin sur une carte 5 V

Une diode témoin admet 2 V à ses bornes et demande 10 mA pour éclairer correctement. Une résistance en série absorbe la différence.

Tension à absorber : 52=35 - 2 = 3 V.
Résistance : R=U/I=3/0,010=300 ΩR = U / I = 3 / 0{,}010 = 300\ \Omega. La valeur normalisée immédiatement supérieure, 330 Ω, convient et donne un courant légèrement plus faible.
Puissance dissipée : P=UI=3×0,010=0,03P = U I = 3 \times 0{,}010 = 0{,}03 W, soit trente milliwatts. Un composant d'un quart de watt est largement suffisant.

La démarche vaut au-delà de cet exemple : une résistance de limitation absorbe une différence de tension, et sa valeur se calcule à partir du courant visé, jamais l'inverse. Ce montage se retrouve tel quel dans le parcours Arduino, sur chaque sortie reliée à une diode.

La méthode

  1. Repérer ce qui est connu parmi UU, II et RR, et écrire la loi d'Ohm dans le sens qui donne directement l'inconnue.
  2. Convertir avant de calculer : ramener les milliampères en ampères et les kilohms en ohms, une fois pour toutes, en début de calcul.
  3. Choisir la formule de puissance qui emploie les grandeurs déjà connues, sans passer par un calcul intermédiaire.
  4. Vérifier la puissance du composant choisi, et pas seulement sa valeur.
  5. Contrôler par un ordre de grandeur : une résistance de limitation sur une carte basse tension se compte en centaines d'ohms, une puissance de signalisation en dizaines de milliwatts.

Synthèse

  • La loi d'Ohm, U=RIU = RI, est une proportionnalité : c'est elle qui rend un circuit calculable à la main.
  • Elle décrit un comportement, pas un objet : une diode et une lampe à filament ne le suivent pas.
  • La résistance d'un conducteur vaut ρL/S\rho L / S : elle croît avec la longueur et décroît avec la section.
  • La puissance dissipée s'écrit UIUI, RI2RI^2 ou U2/RU^2/R, et la bonne écriture est celle qui évite un calcul intermédiaire.
  • Une résistance porte deux valeurs : ses ohms et ses watts. La seconde décide de sa taille.
  • L'énergie est une puissance multipliée par une durée ; un kilowattheure vaut 3,6 millions de joules.
  • Une petite puissance permanente rattrape une grande puissance occasionnelle, et seul le calcul le montre.
  • Une résistance de limitation se calcule à partir du courant visé et de la tension à absorber.