Les lois des nœuds et des mailles
Ce que ce chapitre apporte5 points
- Énoncer la loi des nœuds et la loi des mailles, et dire de quelle conservation chacune découle.
- Écrire les équations d'un circuit à deux mailles sans se tromper de signe.
- Choisir le jeu d'équations minimal, plutôt que d'en écrire autant que de boucles visibles.
- Résoudre un système à deux inconnues issu d'un circuit, et vérifier le résultat sur une maille non utilisée.
- Reconnaître les deux cas où le résultat sort négatif pour une bonne raison.
La loi d'Ohm ne suffit pas à résoudre un circuit. Elle décrit un composant isolé, alors qu'un circuit est un assemblage : plusieurs chemins, plusieurs sources, et des grandeurs qui se contraignent mutuellement. Il manque les règles qui disent comment les composants se parlent.
Ces règles sont au nombre de deux, elles s'énoncent en une phrase chacune, et elles suffisent à mettre n'importe quel circuit en équations. Elles ne sont d'ailleurs pas des lois de l'électricité : ce sont la conservation de la charge et la conservation de l'énergie, écrites dans le vocabulaire des schémas.
La loi des nœuds
En un nœud, la somme des courants entrants est égale à la somme des courants sortants.
La justification tient en une observation : la charge ne s'accumule pas en un point d'un fil. Ce qui arrive repart, à l'instant même. Un nœud n'est ni un réservoir ni une source, c'est un carrefour.
La loi s'écrit aussi en comptant tout dans le même sens, les courants sortants étant alors affectés du signe moins, et leur somme algébrique valant zéro. Les deux écritures sont équivalentes, et la seconde évite d'avoir à décider à l'avance qui entre et qui sort.
Deux composants en série sont traversés par le même courant, puisque le point qui les relie n'a que deux branches : ce qui entre par l'un sort par l'autre, sans alternative.
C'est ce fait, et non une propriété des résistances, qui fonde toute l'étude des associations de résistances.
| Composant | Valeur | Tension | Courant | Puissance |
|---|---|---|---|---|
| EM → A | 12 V | 12 V | 30 mA | 360 mW |
| R1A → B | 200 Ω | 6 V | 30 mA | 180 mW |
| R2B → M | 600 Ω | 6 V | 10 mA | 60 mW |
| R3B → M | 300 Ω | 6 V | 20 mA | 120 mW |
Potentiels : A = 12 V, B = 6 V, M = 0 V. Les grandeurs en gras sont calculées, dans l'orientation portée par les flèches ; une valeur négative signale un sens inverse de celui de la flèche.
Comparer ensuite les tensions de R2 et de R3 : elles sont égales, puisque les deux résistances relient les deux mêmes points. Deux branches en parallèle portent la même tension et se partagent le courant, ce qui est exactement l'inverse de la série.
Un nœud reçoit 3 A par une branche et 2 A par une autre. Deux branches en sortent, dont l'une porte 4 A. Que porte la seconde ?
La loi des mailles
Le long d'une maille parcourue dans un sens choisi, la somme algébrique des tensions est nulle.
La justification est la même que pour l'altitude : en revenant au point de départ après un tour complet, le potentiel retrouve sa valeur initiale. La somme des montées vaut donc la somme des descentes.
Ce qui rend cette loi délicate n'est pas son énoncé, c'est la mécanique des signes. Elle se règle une fois pour toutes par une règle de parcours, appliquée sans réfléchir.
Choisir un sens de parcours de la maille, et s'y tenir jusqu'au bout.
Une tension rencontrée dans le sens du parcours est comptée positivement, une tension rencontrée en sens inverse est comptée négativement.
Le sens choisi n'a aucune importance : le parcourir à l'envers change tous les signes à la fois, donc ne change aucune solution.
Une source de 12 V alimente 200 Ω et 400 Ω en série. Le parcours part de la masse, traverse la source, puis les deux résistances, et revient à la masse.
D'où et A, soit 20 mA. Les tensions valent alors 4 V et 8 V, et leur somme redonne bien les 12 V de départ.
Ce dernier contrôle est gratuit et attrape la majorité des fautes de signe : les tensions obtenues doivent se recomposer en la tension de la source. Deux tensions de 4 V et 10 V sous une source de 12 V signalent une erreur, sans qu'il soit besoin de relire le calcul.
Une maille contient une source de 9 V et trois résistances portant respectivement 2 V, 3 V et 5 V. Que faut-il en conclure ?
Combien d'équations, et lesquelles
Un circuit à plusieurs mailles offre plus de boucles qu'il n'en faut, et en écrire trop mène à un système redondant que l'on croit contradictoire.
Pour un circuit à nœuds et branches :
- équations de nœuds sont indépendantes. La dernière se déduit des autres.
- équations de mailles sont indépendantes. Ce sont les mailles qui ne contiennent aucune autre maille.
Le total, équations pour courants inconnus, tombe juste, et ce n'est pas un hasard : c'est exactement ce qu'il faut pour déterminer le circuit.
En pratique, la règle utile est la seconde : prendre les mailles élémentaires, celles qu'on voit comme des « fenêtres » du schéma, et ignorer les grandes boucles qui en font le tour. Une grande boucle n'apporte rien, elle est la somme des petites.
| Composant | Valeur | Tension | Courant | Puissance |
|---|---|---|---|---|
| EM → A | 15 V | 15 V | 55 mA | 826 mW |
| R1A → B | 100 Ω | 5,5 V | 55 mA | 303 mW |
| R2B → M | 220 Ω | 9,5 V | 43,2 mA | 410 mW |
| R3B → C | 470 Ω | 5,58 V | 11,9 mA | 66,2 mW |
| R4C → M | 330 Ω | 3,92 V | 11,9 mA | 46,5 mW |
Potentiels : A = 15 V, B = 9,5 V, C = 3,92 V, M = 0 V. Les grandeurs en gras sont calculées, dans l'orientation portée par les flèches ; une valeur négative signale un sens inverse de celui de la flèche.
Vérifier la première maille : la tension de R1 plus celle de R2 doit valoir 15 V.
Vérifier la seconde : la tension de R2 doit valoir celle de R3 plus celle de R4, puisque les deux chemins relient les mêmes points.
Mettre un circuit en équations
La démarche ne change jamais, et c'est ce qui la rend sûre.
Nommer et orienter. Trois courants : dans R1, dans R2, dans R3 et R4, tous orientés vers la masse.
Loi des nœuds en B : .
Maille de gauche : .
Maille de droite : , c'est-à-dire .
Résolution. La dernière équation donne . En reportant dans la première, . La maille de gauche devient alors , d'où mA.
Contrôle. Le reste suit : mA et mA. La tension de R1 vaut environ 5,5 V, celle de R2 environ 9,5 V, et leur somme redonne 15 V.
Le contrôle final n'est pas une politesse : il emploie une relation qui n'a pas servi à résoudre, et c'est ce qui lui donne sa valeur. Vérifier avec l'équation qui a servi à trouver le résultat ne vérifie rien.
Un circuit comporte 4 nœuds et 6 branches. Combien d'équations de mailles indépendantes ?
Quand le résultat sort négatif
Deux situations produisent un courant négatif, et aucune des deux n'est une erreur.
La première est banale : l'orientation choisie au départ ne correspondait pas au sens réel. Le résultat le signale, et il suffit d'en prendre note.
La seconde est plus intéressante. Dans un circuit à plusieurs sources, une source peut se retrouver traversée à contresens par le courant qu'imposent les autres. Son courant est alors négatif en convention générateur, ce qui signifie qu'elle reçoit de l'énergie au lieu d'en fournir : c'est exactement ce qui se passe quand une batterie se recharge.
La tentation, devant un courant négatif, est de retourner la flèche sur le schéma et de recommencer. C'est du temps perdu, et une occasion de se tromper ailleurs.
Le signe est le résultat. Le garder tel quel, et l'interpréter, coûte une phrase et ne risque rien.
La méthode
- Compter les nœuds et les branches, et en déduire le nombre d'équations de chaque sorte.
- Nommer et orienter tous les courants inconnus, sans chercher à deviner leur sens réel.
- Écrire les équations de nœuds, une de moins qu'il n'y a de nœuds.
- Écrire les équations de mailles élémentaires, en fixant un sens de parcours et en s'y tenant.
- Résoudre le système, par substitution quand il n'a que deux ou trois inconnues.
- Vérifier sur une relation non utilisée, et contrôler que les tensions d'une maille se recomposent en la tension de sa source.
Synthèse
- La loi des nœuds traduit la conservation de la charge : ce qui entre en un point en ressort.
- La loi des mailles traduit la conservation de l'énergie : après un tour, le potentiel retrouve sa valeur.
- Deux composants en série portent le même courant ; deux branches en parallèle portent la même tension.
- Le sens de parcours d'une maille est arbitraire : l'inverser change tous les signes, donc aucune solution.
- Un circuit à nœuds et branches demande équations de nœuds et équations de mailles, et pas une de plus.
- Les mailles à retenir sont les élémentaires : une grande boucle est la somme des petites et n'apporte rien.
- Un courant négatif signale une orientation contraire à la réalité, ou une source qui reçoit de l'énergie.
- La vérification ne vaut que si elle emploie une relation qui n'a pas servi à la résolution.