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Les changements d'état

Ce que ce chapitre apporte 6 points
  • Expliquer pourquoi la température reste constante pendant un palier.
  • Calculer la chaleur d'une masse qui change d'état, par Q = mL.
  • Indiquer, pour un changement d'état, si la chaleur est absorbée ou libérée.
  • Lire sur la courbe de vaporisation d'un corps sa température d'ébullition sous une pression donnée.
  • Calculer la chaleur d'un parcours qui traverse un ou plusieurs paliers.
  • Déterminer si une glace fond entièrement dans une eau donnée.

Les Eaux d'Escarlens gazéifient l'eau qu'elles mettent en bouteilles : 20 m³ par heure, avec environ 6 g de dioxyde de carbone (CO₂) par litre. Ce CO₂ attend dans une cuve extérieure, liquide à −20 °C sous 19,7 bar. Pour arriver gazeux au saturateur, le lieu où l'eau froide absorbe le gaz, il passe par le vaporiseur, un échangeur ouvert à l'air ambiant, sans aucun chauffage. Nadia Ferrand, responsable maintenance et énergie, veut savoir quelle puissance ce vaporiseur prend à l'air pour toute la ligne. Elle se demande aussi pourquoi le nettoyage en place, qui rince et désinfecte les cuves et les lignes sans les démonter, emploie la vapeur de la chaudière plutôt que de l'eau chaude : pour livrer la même chaleur, quelle masse de l'une et de l'autre faut-il produire ?

La chaleur sensible vue au chapitre 3, dont ce chapitre dépend, ne suffit pas à répondre : le CO₂ et la vapeur changent d'état.

Un palier que la formule ne voit pas

La formule Q=mcΔTQ = mc\Delta T du chapitre 3 vaut pour un corps qui ne change pas d'état, avec un écart de température compté en kelvins ou en degrés Celsius, qui ont le même pas (chapitre 1). Un kilogramme d'eau sort d'un congélateur à −20 °C et se pose sur une plaque qui lui fournit de la chaleur à puissance constante. Le thermomètre monte jusqu'à 0 °C et s'y arrête tant qu'il reste de la glace. Il repart, puis s'arrête de nouveau à 100 °C tant qu'il reste de l'eau liquide. Ces deux arrêts sont des paliers : la température y est constante. Sur un palier, ΔT\Delta T vaut zéro et mcΔTmc\Delta T donne une chaleur nulle, alors que la plaque n'a pas cessé de chauffer.

Le palier du bas est le passage de la glace à l'eau liquide, la fusion ; celui du haut est le passage de l'eau liquide à la vapeur, la vaporisation. Reste à savoir ce que chacun coûte. Avant de lancer le chauffage de la figure, répondre à sa question : à 100 °C, la vaporisation coûte-t-elle plus, autant ou moins que la montée de l'eau liquide de 0 à 100 °C ?

−20 °Csolideon chauffe0100020003000050100chaleur fournie (kJ)T (°C)

0,00 kJ fournis · −20 °C · solide

Chaleur de chaque étape
ÉtapeDeÀChaleurPart
solide−20 °C0 °C41,8 kJ1 %
fusion en cours0 °C0 °C334 kJ11 %
liquide0 °C100 °C419 kJ13 %
vaporisation en cours100 °C100 °C2260 kJ73 %
vapeur100 °C130 °C60,3 kJ2 %

Chaleur totale 3110 kJ pour 1,00 kg d'eau. Les segments épais sont les paliers : la chaleur y entre sans que la température monte.

0,00 kJ fournis, −20 °C, solide.
Le parcours complet d'un kilogramme d'eau, de la glace à la vapeur. Les deux segments épais sont les paliers. Répondre à la question, puis chauffer ou déplacer le curseur : la courbe se trace au fur et à mesure.
À manipuler
Choisir une réponse, puis lancer le chauffage et suivre la température affichée et le récipient, où la fraction de glace ou de vapeur avance.
Relever dans le tableau la chaleur de chaque étape, paliers compris, et sa part du total.
Constater que la température reste figée pendant chaque palier alors que la chaleur entre, et comparer la part du palier de vaporisation à celle de la montée du liquide.

La figure donne la réponse. La vaporisation absorbe 2257 kJ, des kilojoules (un kilojoule vaut mille joules), contre 418,5 kJ pour la montée du liquide de 0 à 100 °C : 5,4 fois plus, et à elle seule près des trois quarts des 3112 kJ du parcours. La fusion, 334 kJ, coûte presque autant que porter ensuite l'eau de 0 à 80 °C. Les capacités de la figure sont 2090 J/(kg·K) pour la glace, 4185 pour l'eau liquide et 2010 pour la vapeur d'eau : chaque montée suit mcΔTmc\Delta T avec la capacité de sa phase, et les deux paliers demandent une autre formule.

La chaleur latente

La chaleur latente

La chaleur latente est la chaleur qu'un corps reçoit ou cède pour changer d'état sans changer de température, du mot qui veut dire « cachée » : le thermomètre ne la sent pas. Pour une masse mm :

Q=m LQ = m\,L

où LL est la chaleur latente massique du changement d'état, en joules par kilogramme : la chaleur échangée par un kilogramme qui change d'état.

Aucun ΔT\Delta T n'apparaît dans cette formule, et c'est tout son propos. En revanche, elle ne décrit que le palier : avant et après lui, le corps se réchauffe ou se refroidit, et ces montées gardent mcΔTmc\Delta T, avec la capacité de la phase où se trouve le corps.

CorpsChaleur latente de vaporisationTempérature du palier
Eau, sous 1 bar2257 kJ/kg100 °C
Éthanol, sous 1 bar841 kJ/kg78 °C
CO₂ de la cuve, sous 19,7 bar282 kJ/kg−20 °C

Chaque corps a ses propres températures et ses propres chaleurs de changement d'état, et elles ne se devinent pas : vaporiser un kilogramme d'éthanol coûte 2,7 fois moins que vaporiser un kilogramme d'eau, et un kilogramme de CO₂ de la cuve, 8 fois moins. La fusion de l'eau, elle, vaut 334 kJ/kg à 0 °C.

Où passe l'énergie pendant un palier. Elle n'agite pas davantage les molécules, ce qui ferait monter la température, qui mesure leur agitation moyenne (chapitre 2). Elle les écarte les unes des autres, contre l'attraction qui les tient ensemble. Fondre les desserre sans les séparer ; vaporiser les sépare tout à fait, ce qui demande bien plus : la vaporisation de l'eau coûte près de sept fois sa fusion. C'est la raison principale de ce rapport.

Un kilogramme de CO₂ dans le vaporiseur

Le CO₂ de la cuve est liquide à −20 °C sous 19,7 bar. Pour en vaporiser un kilogramme sans changer sa température, le vaporiseur fournit :

Q=m L=1×282=282 kJQ = m\,L = 1 \times 282 = 282\ \text{kJ}

Le gaz doit ensuite sortir du vaporiseur à 5 °C, avant d'être détendu vers le saturateur (chapitre 9), et le réchauffer de −20 à 5 °C sous la même pression ajoute 29 kJ. La vaporisation porte donc 282/311≈91 %282 / 311 \approx 91\ \% de la chaleur prise à l'air : le palier fait presque tout, comme pour l'eau.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une casserole d'eau bout à gros bouillons sur une plaque réglée au maximum. Que gagne-t-on à monter encore la puissance ?

Le sens de l'échange

Le vaporiseur prend de la chaleur à l'air pour vaporiser le CO₂. La vapeur du nettoyage en place, elle, finit sur l'inox des cuves, plus froid : elle y revient à l'état liquide. Prend-elle alors de la chaleur à l'inox, ou lui en cède-t-elle, et combien ?

Les changements d'état et le sens de l'échange

Trois changements d'état absorbent de la chaleur : la fusion (solide vers liquide), la vaporisation (liquide vers gaz) et la sublimation (solide vers gaz).

Leurs passages inverses la libèrent, en quantité exactement égale : la solidification (liquide vers solide), la liquéfaction, ou condensation (gaz vers liquide), et la condensation du gaz en solide.

Les trois passages qui absorbent écartent les molécules ; les trois inverses les rapprochent. La vapeur qui se condense sur l'inox lui rend donc, par kilogramme, exactement la chaleur latente que la chaudière a dépensée pour la produire. Une machine frigorifique n'exploite rien d'autre : elle fait bouillir un fluide là où elle veut prendre de la chaleur, et le fait condenser là où elle veut en déposer (chapitre 12).

Le sens se lit sur le passage, jamais sur le thermomètre. De la neige carbonique, du CO₂ solide à −78 °C sous la pression atmosphérique, se sublime en prenant de la chaleur à l'air ambiant ou à la main qui la tient, alors qu'elle est déjà bien plus froide qu'eux.

Vérification rapideon peut se reprendre

La vapeur du nettoyage en place se condense sur la paroi, plus froide, d'une cuve. Que reçoit la paroi ?

La température d'ébullition dépend de la pression

L'eau bout à 100 °C sous la pression atmosphérique normale, vers 84 °C au sommet du mont Blanc, où la pression tombe à 0,55 bar, et à 120 °C dans un autocuiseur, où elle atteint 2 bar. Ces pressions sont absolues : un manomètre affiche la pression relative, et il faut y ajouter la pression atmosphérique (chapitre 1). Une température d'ébullition ne veut donc rien dire sans la pression qui l'accompagne. La notion qui les relie est la pression de vapeur saturante.

Ce qui fait bouillir un liquide

Pression de vapeur saturante et ébullition

La pression de vapeur saturante d'un liquide est la pression que prend sa vapeur au-dessus de lui, dans un récipient fermé, une fois l'équilibre établi entre le liquide et sa vapeur. Elle ne dépend que de la température, et croît très vite avec elle.

Un liquide bout lorsque sa pression de vapeur saturante atteint la pression ambiante : des bulles de vapeur se forment alors dans tout son volume.

En revanche, même sous sa température d'ébullition, un liquide à l'air libre n'est pas immobile : il s'évapore, lentement, par sa seule surface, et d'autant plus vite que l'air au-dessus est sec et renouvelé. Une flaque sèche à vingt degrés sans bouillir. Seule l'ébullition est commandée par la pression ambiante, et c'est pourquoi on peut la provoquer sans chauffer, en abaissant la pression.

C'est la pression qui décide, pas la température

Sous 20 millibars (mbar), c'est-à-dire 0,02 bar, l'eau bout vers 17,5 °C. Ce n'est pas une curiosité de laboratoire : une machine frigorifique détend son fluide jusqu'à une pression assez basse pour qu'il bouille, dans l'évaporateur, à une température inférieure à celle de l'air extérieur, ce qui lui permet d'y prendre de la chaleur même en hiver.

La courbe de vaporisation

Pour le CO₂, il faudrait connaître la température d'ébullition sous 19,7 bar, celle de la cuve, sous 5 bar, celle du saturateur, et sous toute pression entre les deux : une table à une ligne par pression n'y suffirait pas. On trace donc la pression de vapeur saturante en fonction de la température, et une seule courbe donne tous les couples.

Le diagramme de phases et la courbe de vaporisation

Le diagramme de phases d'un corps pur porte la pression en ordonnée et la température en abscisse : chaque point est un état du corps, et des courbes y séparent les phases. La courbe de vaporisation sépare le liquide du gaz : c'est la courbe des pressions de vapeur saturante.

Elle part du point triple, où le solide, le liquide et le gaz coexistent, d'où partent aussi les courbes de fusion et de sublimation. Elle s'arrête au point critique, au-delà duquel liquide et gaz ne se distinguent plus.

-60-50-40-30-20-101020301020304050607080T (°C)P (bar)point triple : −56,6 °Ccuve : 19,7 barsaturateur : 5 barpoint critique : 31 °C
Valeurs de P(x) sur l'intervalle [-60 ; 35]
T (°C)P
-604,4976
-56,65,2083
-55,255,5137
-50,56,7005
-45,758,0763
-419,6601
-36,2511,4712
-31,513,5296
-26,7515,8556
-2218,4697
-2019,6615
-17,2521,3924
-12,524,6447
-7,7528,2471
-332,2203
1,7536,5848
438,7945
6,541,3606
11,2546,5676
1652,2253
20,7558,3526
25,564,968
30,2572,0894
3173,2612
3579,734
CO₂
La courbe de vaporisation du dioxyde de carbone, du point triple au point critique. Au-dessus de la courbe, le CO₂ est liquide ; au-dessous, il est gaz ; sur la courbe, les deux coexistent, et c'est là qu'il bout.

La figure se lit dans les deux sens. Dans la cuve, à −20 °C, le CO₂ bout sous 19,7 bar : il y reste liquide sous sa propre vapeur, exactement sur la courbe. Au saturateur, sous 5 bar et à 4 °C, il est loin au-dessous : c'est un gaz, et c'est pourquoi le chapitre 2 a pu le traiter en gaz parfait. Sous 5,2 bar, la courbe s'arrête au point triple : aucune pression plus faible ne laisse le CO₂ liquide, et à l'air libre il passe directement du solide au gaz. Au-delà de 31 °C, elle s'arrête au point critique. L'eau obéit à la même logique, à d'autres températures : ses repères, 100 °C sous 1 bar, 84 °C sous 0,55 bar et 120 °C sous 2 bar, sont ceux du début de cette section.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Du CO₂ à 4 °C arrive dans le saturateur sous 5 bar. Est-il liquide ou gazeux ?

2.Le manomètre d'un autocuiseur indique 1 bar. À quelle température l'eau y bout-elle ?

Une glace qui fond, ou qui reste

Un glaçon de 50 g à 0 °C est mis dans 250 g d'eau à 25 °C, dans un verre dont la capacité est négligée. Le bilan du chapitre 3, qui égale à zéro la somme des chaleurs reçues, donne, si le glaçon est traité comme de l'eau liquide à 0 °C, une température finale de (50×0+250×25)/300≈20,8(50 \times 0 + 250 \times 25)/300 \approx 20{,}8 °C. Le glaçon n'est pas de l'eau liquide : sa fusion prélève de la chaleur avant qu'il commence à s'échauffer.

Un glaçon dans un verre, mené jusqu'au bout

Ce que la fonte coûte : 0,050×334 000=16,70{,}050 \times 334\,000 = 16{,}7 kJ, prélevés à l'eau avant que le glaçon commence à s'échauffer.

Ce que l'eau peut céder en descendant de 25 à 0 °C : 0,250×4185×25≈26,20{,}250 \times 4185 \times 25 \approx 26{,}2 kJ. C'est plus que 16,7, donc le glaçon fond entièrement.

La température finale : il reste 26,16−16,7≈9,4626{,}16 - 16{,}7 \approx 9{,}46 kJ pour échauffer les 300 g d'eau désormais présents, soit 9460/(0,300×4185)≈7,59460 / (0{,}300 \times 4185) \approx 7{,}5 °C.

Le glaçon refroidit donc treize degrés de plus que 50 g d'eau liquide à 0 °C, pour la même masse et la même température de départ : tout l'écart vient de la chaleur latente.

Comparer les deux chaleurs avant de calculer

Le calcul ci-dessus n'est valable que parce que l'eau pouvait céder plus que ce que la fonte demandait. Avec un glaçon de 100 g, la fonte exigerait 33,4 kJ contre 26,2 disponibles : une partie seulement fondrait, et la température finale serait de zéro degré, avec de la glace restante.

Comparer la chaleur que l'eau peut céder à celle que le palier réclame est donc le premier geste, et non le dernier. Un résultat négatif ou aberrant en sortie signale presque toujours ce contrôle omis.

Vérification rapideon peut se reprendre

50 g de glace à 0 °C sont ajoutés à 400 g d'eau à 5 °C, dans un récipient isolé dont la capacité est négligée. Que contient-il à l'équilibre ?

La méthode

  1. Situer les deux bouts du parcours : état et température de départ, température d'arrivée, et pression, puisque la température d'ébullition en dépend.
  2. Repérer les paliers réellement franchis en comparant les températures du parcours à celles de fusion et d'ébullition. Un corps chauffé de 10 à 80 °C n'en traverse aucun, et ajouter une fusion qu'il a passée depuis longtemps est l'erreur la plus fréquente.
  3. Découper en segments : une montée, un palier, une montée, un palier, une montée. Un segment par phase traversée.
  4. Calculer chaque segment séparément, par mcΔTmc\Delta T pour une montée, avec la capacité de la phase concernée (celle de la glace n'est pas celle de l'eau liquide), et par mLmL pour un palier.
  5. Donner le signe par la convention du receveur : un passage qui absorbe de la chaleur la reçoit, positive ; le passage inverse la cède, négative.
  6. Additionner les segments, et jamais les températures.
  7. Quand deux corps échangent, comparer d'abord la chaleur que le corps chaud peut céder à celle que le palier du corps froid réclame : si elle suffit, le palier est franchi et le bilan s'écrit comme au chapitre 3 ; sinon, l'équilibre reste sur le palier.
  8. Contrôler par les paliers : sur l'eau, dès que le parcours franchit l'ébullition, la vaporisation doit dominer largement tout le reste. Un total où elle pèserait peu signale un palier oublié ou un facteur mille perdu entre joules et kilojoules.

Mettre en pratique

Le calcul répond à la première question de l'ouverture, et le premier exercice type à la seconde.

Vaporiser le CO₂ de la cuve

  • 1.

    La ligne gazéifie 20 m³ d'eau par heure, soit 20 000 L, avec 6 g de CO₂ par litre. Quelle masse de CO₂ le vaporiseur doit-il traiter en une heure, en kilogrammes, à 1 kg près ?

  • 2.

    La chaleur latente de vaporisation du CO₂ à −20 °C vaut 282 kJ/kg. Quelle puissance le vaporiseur prend-il à l'air pour vaporiser cette masse en une heure, en kilowatts (kW), à 0,1 kW près ? Un kilowatt est un kilojoule par seconde, et une heure compte 3600 s.

  • 3.

    Un vaporiseur d'une puissance de 12 kW est installé. Quelle masse de CO₂ peut-il vaporiser en une heure, en kilogrammes, à 1 kg près ?

La première question de l'ouverture a sa réponse : pour la seule vaporisation, le vaporiseur prend environ 9,4 kW à l'air pour les 120 kg de CO₂ de chaque heure. En ajoutant le réchauffement du gaz à 5 °C, que l'exemple du chapitre compte, la chaleur par kilogramme passe de 282 à 311 kJ, soit 120×311/3600≈10,4120 \times 311 / 3600 \approx 10{,}4 kW, et un appareil de 12 kW garde une marge d'environ 16 %.

Pourquoi le nettoyage en place emploie-t-il de la vapeur plutôt que de l'eau chaude ?

Le nettoyage en place du site doit livrer 60 kW de chaleur aux cuves et aux lignes. La chaudière envoie de la vapeur à 100 °C ; elle se condense sur l'inox, et le condensat, l'eau liquide ainsi obtenue, repart à 85 °C. Calculer la masse de vapeur nécessaire en une heure, en kilogrammes, à 1 kg près, puis la masse d'eau liquide à 100 °C qui livrerait la même chaleur en repartant aussi à 85 °C, à 10 kg près, et dire combien de fois la seconde dépasse la première. La chaleur latente de condensation vaut 2257 kJ/kg, et la capacité de l'eau liquide 4185 J/(kg·K).

Par où commencer ? Se demander ce qu'un seul kilogramme de vapeur cède entre son arrivée et sa sortie, avant de parler de puissance.

Vérification rapideon peut se reprendre

Pourquoi ajouter une chaleur sensible à la chaleur latente pour un kilogramme de vapeur ?

Le corrigé
  1. Convertir la puissance en énergie par heure. 60 kW valent 60 kJ par seconde, soit 60×3600=216 00060 \times 3600 = 216\,000 kJ en une heure.
  2. Écrire ce que cède un kilogramme de vapeur, en deux segments : la condensation à 100 °C, L=2257L = 2257 kJ, puis le condensat de 100 à 85 °C, 4,185×15≈62,84{,}185 \times 15 \approx 62{,}8 kJ. Un kilogramme cède donc 2257+62,8≈2319,82257 + 62{,}8 \approx 2319{,}8 kJ.
  3. Diviser l'énergie par ce que cède un kilogramme. 216 000/2319,8≈93,1216\,000 / 2319{,}8 \approx 93{,}1 kg, soit 93 kg de vapeur par heure.
  4. Refaire le calcul pour l'eau chaude. Elle ne change pas d'état : un kilogramme cède seulement 62,862{,}8 kJ en refroidissant de 100 à 85 °C, d'où 216 000/62,8≈3441216\,000 / 62{,}8 \approx 3441 kg, soit 3440 kg d'eau par heure.
  5. Comparer. 3441/93,1≈373441 / 93{,}1 \approx 37 : il faut 37 fois plus d'eau chaude que de vapeur, parce que la condensation livre 2257 kJ par kilogramme sans que la température baisse, quand le refroidissement de l'eau n'en livre que 63. C'est la réponse à l'ouverture : à masse égale, la vapeur livre 37 fois plus de chaleur que l'eau chaude, et la chaudière en produit d'autant moins.
  6. Vérifier. 93,1×2319,8≈216 00093{,}1 \times 2319{,}8 \approx 216\,000 kJ : le bilan se referme. La condensation porte 2257/2319,8≈97 %2257 / 2319{,}8 \approx 97\ \% de la chaleur de la vapeur ; le négliger donnerait 95,7 kg par heure, 3 % de trop : un segment de plus à calculer, pour un petit écart.
Combien de temps faut-il pour fondre une charge d'aluminium dans un four de fonderie ?

Une fonderie charge dans son four 40 kg d'aluminium à 20 °C. Le four transmet 30 kW utiles au métal, qui doit être entièrement fondu à 660 °C. Calculer la durée minimale de chauffe, en minutes, à 0,1 min près, puis la durée qu'on trouverait en oubliant la fusion. Capacité de l'aluminium solide : 900 J/(kg·K) ; chaleur latente de fusion : 397 kJ/kg ; l'aluminium fond à 660 °C.

Par où commencer ? Dresser la liste des phases que le métal traverse entre 20 °C et le moment où il est entièrement fondu, et ranger celles qui sont des montées et celles qui sont des paliers.

Le corrigé
  1. Découper le parcours. L'aluminium se réchauffe de 20 à 660 °C, puis fond sur un palier à 660 °C. Il n'y a pas de segment liquide : la charge est entièrement fondue à la fin du palier.
  2. Calculer la montée. 40×900×640=23 040 00040 \times 900 \times 640 = 23\,040\,000 J, soit 23 040 kJ.
  3. Calculer le palier. 40×397=15 88040 \times 397 = 15\,880 kJ, sans variation de température.
  4. Additionner. 23 040+15 880=38 92023\,040 + 15\,880 = 38\,920 kJ.
  5. Convertir en durée. 38 920/30≈129738\,920 / 30 \approx 1297 s, soit 21,6 min.
  6. Refaire sans la fusion. 23 040/30=76823\,040 / 30 = 768 s, soit 12,8 min : l'oubli du palier raccourcit la chauffe de 8,8 minutes, car la fusion porte 15 880/38 920≈41 %15\,880 / 38\,920 \approx 41\ \% du total.
  7. Vérifier. 30 kW×1297 s≈38 90030 \text{ kW} \times 1297 \text{ s} \approx 38\,900 kJ : l'énergie fournie couvre bien les deux segments. C'est une durée minimale : une partie de la chaleur du four chauffe aussi les parois et se perd par elles.

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