Le premier principe et les échanges d'énergie
Ce que ce chapitre apporte4 points
- Écrire le travail des forces de pression et justifier sa convention de signe.
- Établir, sur deux chemins menant aux mêmes états, que le travail en dépend et que la variation d'énergie interne n'en dépend pas.
- Énoncer le premier principe et l'appliquer à une transformation simple.
- Dire pourquoi l'énergie interne est une fonction d'état alors que le travail et la chaleur n'en sont pas.
Un système reçoit de l'énergie de deux façons seulement : par la chaleur, quand une différence de température la pousse à travers la frontière, et par le travail, quand une force déplace cette frontière. Il n'y en a pas de troisième.
Le premier principe énonce que la somme de ces deux échanges se retrouve intégralement dans le système, sous forme d'énergie interne. C'est une comptabilité, et elle est exacte : rien ne se perd. Mais ce chapitre établit d'abord un fait qui rend cette comptabilité remarquable, et qui se démontre avant elle : le travail dépend du chemin suivi, alors que la variation d'énergie interne n'en dépend pas.
Le travail des forces de pression
Lorsqu'un gaz voit son volume varier de sous la pression , il reçoit le travail élémentaire :
La convention du parcours est celle du receveur : ce qui entre dans le système est compté positivement.
Un gaz qui se détend pousse le piston, donc il fournit du travail au milieu extérieur : il en reçoit un négatif, et est positif. Un gaz qu'on comprime reçoit du travail, positif, et est négatif.
Le signe moins est exactement ce qui fait correspondre ces deux phrases. L'oublier ne change pas la valeur numérique, seulement son sens, ce qui est pire : le bilan semble juste et décrit la situation inverse.
est l'aire comprise entre la courbe de la transformation et l'axe des volumes. Le travail reçu en est l'opposé.
Cette lecture graphique n'est pas une commodité de plus : sur un cycle, elle donnera directement le travail net sans qu'aucune intégrale ne soit écrite.
Deux chemins, deux travaux
C'est le fait central de ce chapitre, et il se constate avant de se démontrer. Les deux figures qui suivent mènent le même gaz du même état initial au même état final, par deux chemins différents.
1,00 bar · 24,9 L · 300 K · bain thermostaté
| Étape | W | Q | ΔU | ΔS |
|---|---|---|---|---|
| 1 → 2 isotherme | 2,74 kJ | -2,74 kJ | 0 J | -9,13 J/K |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.
isotherme, bain thermostaté. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.1,00 bar · 24,9 L · 300 K · piston bloqué par des butées
| Étape | W | Q | ΔU | ΔS |
|---|---|---|---|---|
| 1 → 2 isochore | 0 J | 12,5 kJ | 12,5 kJ | 22,8 J/K |
| 2 → 3 isobare | 4,99 kJ | -17,5 kJ | -12,5 kJ | -32,0 J/K |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.
isochore, piston bloqué par des butées. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.Comparer maintenant les deux colonnes de travail dans les tableaux : le second chemin reçoit près du double du premier. Le travail n'est donc pas déterminé par les deux états.
Comparer enfin les deux aires hachurées : elles n'ont pas la même surface, et c'est exactement la même information, lue sur le dessin.
Regarder les deux variations d'énergie interne : elles sont nulles toutes les deux, puisque la température de départ et celle d'arrivée sont les mêmes.
Le travail et la chaleur dépendent du chemin suivi. Il n'existe donc aucune fonction du seul état qui les donnerait : parler du travail « contenu » dans un gaz n'a pas de sens.
La variation d'énergie interne, elle, ne dépend que des deux états. Sur les deux chemins ci-dessus, elle vaut zéro, parce que la température finale est celle du départ.
C'est cette asymétrie qui rend le principe suivant remarquable : il affirme qu'une combinaison précise de deux grandeurs dépendantes du chemin n'en dépend pas.
L'énoncé
Pour un système fermé au repos, entre deux états d'équilibre :
où est la variation d'énergie interne, le travail reçu et la chaleur reçue.
est une fonction d'état : sa variation ne dépend que des états initial et final.
Pour un gaz parfait, l'énergie interne ne dépend que de la température, ce qui simplifie tout le reste du parcours :
Il énonce une conservation, et une conservation ne donne aucun sens au temps. Un café qui se réchaufferait spontanément en refroidissant la pièce respecterait parfaitement le premier principe, du moment que les comptes s'équilibrent.
Rien dans ce chapitre n'explique donc pourquoi cela ne se produit jamais. Il faudra pour cela un second principe, et c'est le chapitre 10 qui l'énoncera.
Un gaz parfait subit une transformation à l'issue de laquelle il retrouve sa température initiale. Que vaut la variation de son énergie interne ?
Une mole de gaz diatomique est comprimée à température constante de 1 à 3 bar, à 300 K. Le premier chemin des figures ci-dessus.
L'énergie interne : la température ne change pas, donc .
Le travail : J, reçu par le gaz.
La chaleur : le premier principe la donne sans calcul supplémentaire, J.
Le gaz reçoit donc du travail et évacue exactement autant de chaleur. C'est le rôle du bain thermostaté dessiné sous le cylindre : sans lui, le gaz s'échaufferait et la transformation ne serait plus isotherme.
La méthode
- Délimiter le système et vérifier qu'il est fermé. Le principe sous cette forme suppose qu'aucune matière ne traverse la frontière.
- Calculer la variation d'énergie interne en premier, par . Elle ne demande que les deux températures, et elle est souvent nulle.
- Calculer le travail par l'expression propre à la transformation, en conservant son signe.
- En déduire la chaleur par , plutôt que de la calculer séparément. Le principe sert alors de calcul, et non de vérification.
- Vérifier les unités avant le résultat : un pascal multiplié par un mètre cube est un joule, et une capacité molaire multipliée par une quantité de matière et par un écart de température aussi. Un travail en pascals fois litres est mille fois trop petit.
- Contrôler les signes : un gaz comprimé reçoit du travail, un gaz détendu en fournit. Un résultat dont le signe contredit le sens de la transformation est faux, même si sa valeur est juste.
Synthèse
- Un système fermé n'échange de l'énergie que de deux façons : par le travail et par la chaleur.
- Le travail des forces de pression vaut , et le signe moins traduit la convention du receveur.
- Graphiquement, est l'aire sous la courbe de la transformation.
- Le travail dépend du chemin, la chaleur aussi : deux chemins menant aux mêmes états ne donnent pas les mêmes valeurs.
- La variation d'énergie interne ne dépend que des deux états : est une fonction d'état.
- Le premier principe s'écrit pour un système fermé au repos.
- Pour un gaz parfait, : l'énergie interne ne dépend que de la température.
- Le premier principe est une conservation, et une conservation n'interdit rien : elle ne dit pas dans quel sens les choses se produisent.