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L'isobare, l'isochore et l'isotherme

Ce que ce chapitre apporte5 points
  • Calculer le travail, la chaleur et la variation d'énergie interne d'une isobare, d'une isochore et d'une isotherme.
  • Relier chaque capacité thermique molaire à la transformation qui la définit.
  • Établir la relation de Mayer et dire pourquoi C_p est plus grande que C_v.
  • Justifier la valeur de C_v par le nombre de degrés de liberté d'une molécule.
  • Reconnaître, à partir de la grandeur maintenue constante, quelle expression employer.

Le premier principe est une comptabilité générale : il vaut pour toute transformation, et il ne dit pas comment calculer ses deux termes. Ce chapitre les calcule, pour les trois transformations où une variable d'état reste constante.

Ces trois cas couvrent l'essentiel de ce qu'on rencontre, et ils ont un intérêt commun : dans chacun, l'une des trois grandeurs du bilan devient nulle ou immédiate, ce qui réduit le calcul à presque rien. Encore faut-il savoir laquelle, et c'est tout l'objet du chapitre.

L'isochore, à volume constant

Définition

Le volume ne varie pas, donc :

W=0Q=ΔU=nCvΔTW = 0 \qquad Q = \Delta U = n\,C_v\,\Delta T

C'est le cas le plus simple : le piston est bloqué par des butées, aucun déplacement n'est possible, et toute la chaleur fournie passe en énergie interne. C'est d'ailleurs la définition de CvC_v : la capacité molaire mesurée à volume constant, c'est-à-dire lorsque la chaleur reçue n'a nulle part à aller ailleurs.

piston bloquéle gaz reçoit20,025,030,00,001,002,003,00300 K900 K12V (L)P (bar)

1,00 bar · 24,9 L · 300 K · piston bloqué par des butées

Bilan de chaque transformation
ÉtapeWQΔUΔS
12 isochore0 J12,5 kJ12,5 kJ22,8 J/K

Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.

isochore, piston bloqué par des butées. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.
Un échauffement à volume bloqué. Aucune aire n'apparaît sous la courbe, puisque le volume ne varie pas : le travail est nul, et toute la chaleur reçue devient énergie interne.
À manipuler
Dérouler la transformation et suivre le piston : il ne bouge pas, retenu par les deux butées dessinées de part et d'autre.
Regarder les particules : elles accélèrent nettement, puisque la température triple, sans pour autant s'écarter les unes des autres. C'est l'agitation seule qui fait monter la pression.
Lire la colonne du travail dans le tableau : elle vaut zéro, et c'est la seule transformation du parcours pour laquelle ce soit le cas.

L'isobare, à pression constante

Définition

La pression ne varie pas, donc elle sort de l'intégrale :

W=PΔV=nRΔTQ=nCpΔTΔU=nCvΔTW = -P\,\Delta V = -n\,R\,\Delta T \qquad Q = n\,C_p\,\Delta T \qquad \Delta U = n\,C_v\,\Delta T

Ici la chaleur reçue ne va pas entièrement en énergie interne : une part sert à repousser le piston, c'est-à-dire à fournir du travail au milieu extérieur. Il en faut donc davantage pour obtenir la même élévation de température, et c'est exactement ce que dit Cp>CvC_p > C_v.

Relation de Mayer

CpCv=RC_p - C_v = R

Pourquoi cette différence vaut exactement R

À pression constante, la chaleur reçue se partage entre l'énergie interne et le travail fourni : Q=ΔUW=nCvΔT+nRΔTQ = \Delta U - W = n C_v \Delta T + nR\Delta T.

En identifiant avec Q=nCpΔTQ = n C_p \Delta T, il vient Cp=Cv+RC_p = C_v + R. La relation de Mayer n'est donc pas un résultat de plus à retenir : c'est le premier principe écrit sur une isobare.

masse posée, piston librele gaz reçoit40,060,00,000,5001,00300 K900 K12V (L)P (bar)

1,00 bar · 24,9 L · 300 K · masse posée sur un piston libre

Bilan de chaque transformation
ÉtapeWQΔUΔS
12 isobare-4,99 kJ17,5 kJ12,5 kJ32,0 J/K

Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.

isobare, masse posée sur un piston libre. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.
Un échauffement sous pression constante. Le chemin est horizontal, et l'aire sous ce chemin est un simple rectangle : c'est le travail que le gaz fournit en repoussant le piston.
À manipuler
Suivre le piston : il monte, la masse posée dessus imposant la pression pendant que le volume triple.
Regarder l'aire se remplir : elle est rectangulaire, la pression ne variant pas, et sa surface vaut simplement la pression multipliée par la variation de volume.
Comparer dans le tableau la chaleur reçue et la variation d'énergie interne : la première est plus grande, et la différence est exactement le travail fourni.

L'isotherme, à température constante

Définition

La température ne varie pas, donc pour un gaz parfait :

ΔU=0W=nRTlnV1V2=nRTlnP2P1Q=W\Delta U = 0 \qquad W = n\,R\,T\ln\frac{V_1}{V_2} = n\,R\,T\ln\frac{P_2}{P_1} \qquad Q = -W

Ce que l'isotherme a de particulier

L'énergie interne ne bouge pas, donc tout le travail reçu ressort en chaleur, et réciproquement. Le gaz sert de simple intermédiaire : il ne stocke rien.

C'est aussi la seule des trois transformations qui demande un logarithme, parce que la pression varie pendant que le volume varie. Le bain thermostaté dessiné sous le cylindre est ce qui rend la transformation possible : sans lui, comprimer un gaz l'échaufferait.

bain thermostatéle gaz cède5,0010,015,020,025,00,002,004,00300 K300 K12V (L)P (bar)

1,00 bar · 24,9 L · 300 K · bain thermostaté

Bilan de chaque transformation
ÉtapeWQΔUΔS
12 isotherme3,46 kJ-3,46 kJ0 J-11,5 J/K

Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.

isotherme, bain thermostaté. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.
Une compression isotherme d'un facteur quatre. Le bain thermostaté évacue au fur et à mesure exactement ce que le piston apporte, et la température ne bouge pas d'un kelvin.
À manipuler
Dérouler la compression et suivre la température : elle reste à 300 kelvins d'un bout à l'autre, alors que le piston descend et que la pression quadruple.
Suivre la flèche de chaleur : elle est dirigée vers le bas pendant toute la transformation, le gaz cédant exactement ce qu'il reçoit en travail.
Lire la colonne de la variation d'énergie interne : elle vaut zéro, ce qui est la signature de l'isotherme d'un gaz parfait.
Comparer l'aire hachurée à celle de l'isobare précédente : elle n'est plus rectangulaire, la pression variant pendant la course. C'est pourquoi ce travail-là demande un logarithme.
Une isotherme n'est pas une transformation sans échange

La confusion est fréquente : température constante ne veut pas dire chaleur nulle. C'est même le contraire, puisque Q=WQ = -W et que le travail n'est pas nul.

La transformation sans échange de chaleur porte un autre nom, et c'est le chapitre suivant qui la traite.

Vérification rapideon peut se reprendre

Un gaz parfait est comprimé à température constante. Que reçoit-il, et que cède-t-il ?

D'où viennent les valeurs de Cv

Les deux valeurs du tableau du chapitre précédent, 32R\frac32 R et 52R\frac52 R, ne sont pas des mesures à retenir : elles se démontrent en comptant.

Le théorème d'équipartition

Chaque degré de liberté d'une molécule, c'est-à-dire chaque façon indépendante dont elle peut emmagasiner de l'énergie, en reçoit en moyenne :

12kBTpar moleˊcule, soit12RTpar mole\frac{1}{2}k_B T \qquad\text{par molécule, soit}\qquad \frac{1}{2}R T \qquad\text{par mole}

Compter les degrés de liberté

Une molécule monoatomique, comme l'hélium, ne peut que se déplacer : trois directions, donc trois degrés. D'où Cv=32RC_v = \frac32 R et γ=5/3\gamma = 5/3.

Une molécule diatomique, comme le diazote, peut en plus tourner autour de deux axes perpendiculaires à sa liaison : cinq degrés aux températures ordinaires. D'où Cv=52RC_v = \frac52 R et γ=7/5\gamma = 7/5.

La rotation autour de l'axe de la liaison et les vibrations n'entrent en jeu qu'à très haute température, et c'est pourquoi les valeurs ci-dessus tiennent sur toute la plage utile.

Les trois valeurs numériques

Avec R=8,314R = 8{,}314 J/(mol·K) :

CvC_vCpC_pγ\gamma
Monoatomique12,520,81,67
Diatomique20,829,11,40

Le hasard veut que le CpC_p d'un gaz monoatomique égale le CvC_v d'un diatomique, tous deux à 52R\frac52 R. C'est une coïncidence de nombres, et elle est une source d'erreur : ces deux grandeurs ne décrivent ni le même gaz ni la même transformation.

Vérification rapideon peut se reprendre

Pourquoi le coefficient gamma de l'hélium vaut-il 1,67 alors que celui de l'air vaut 1,40 ?

Les trois cas côte à côte

IsochoreIsobareIsotherme
Ce qui est fixéle volumela pressionla température
Le montagepiston bloquémasse sur piston librebain thermostaté
WW00nRΔT-nR\Delta TnRTln(P2/P1)nRT\ln(P_2/P_1)
QQnCvΔTnC_v\Delta TnCpΔTnC_p\Delta TW-W
ΔU\Delta UnCvΔTnC_v\Delta TnCvΔTnC_v\Delta T00
Sur le diagrammeverticalehorizontalehyperbole
La règle de choix, en une ligne

Chercher d'abord ce qui reste constant, et en déduire laquelle des trois grandeurs du bilan est immédiate : le travail pour une isochore, la chaleur pour une isobare, l'énergie interne pour une isotherme.

Le premier principe donne ensuite la troisième sans effort. Attaquer par l'intégrale plutôt que par la constante est le chemin long, et il est rarement nécessaire.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une transformation est représentée par un segment vertical sur un diagramme pression-volume. De quelle transformation s'agit-il ?

La méthode

  1. Repérer la grandeur constante, qui donne le nom de la transformation et le montage qui l'impose.
  2. Écrire la grandeur immédiate : travail nul pour une isochore, chaleur par CpC_p pour une isobare, énergie interne nulle pour une isotherme.
  3. Calculer la deuxième grandeur par son expression propre, en conservant les signes.
  4. Obtenir la troisième par le premier principe, sans la recalculer.
  5. Vérifier les unités avant le résultat : CvC_v et CpC_p sont en joules par mole et par kelvin, et leur différence vaut RR, qui porte la même unité. Une capacité massique, en joules par kilogramme et par kelvin, ne s'emploie pas avec une quantité de matière.
  6. Contrôler par le sens physique : un gaz chauffé sous pression constante doit se dilater et donc fournir du travail, c'est-à-dire en recevoir un négatif.

Synthèse

  • Isochore : W=0W = 0, et toute la chaleur reçue devient énergie interne. C'est la définition de CvC_v.
  • Isobare : W=nRΔTW = -nR\Delta T, et Q=nCpΔTQ = nC_p\Delta T. Une part de la chaleur sert à repousser le piston.
  • Isotherme : ΔU=0\Delta U = 0 pour un gaz parfait, donc Q=WQ = -W, et le travail demande un logarithme.
  • La relation de Mayer, CpCv=RC_p - C_v = R, est le premier principe écrit sur une isobare, et non un résultat supplémentaire.
  • CpC_p est plus grande que CvC_v parce qu'à pression constante une part de la chaleur sort en travail.
  • Une isotherme échange de la chaleur, et même exactement autant que de travail : température constante ne veut pas dire échange nul.
  • Sur un diagramme pression-volume : l'isochore est verticale, l'isobare horizontale, l'isotherme une hyperbole.
  • Les valeurs de CvC_v se comptent plutôt que se retiennent : chaque degré de liberté apporte 12R\frac12 R par mole.
  • Trois degrés pour un gaz monoatomique, cinq pour un diatomique aux températures ordinaires, d'où γ\gamma égal à 5/3 puis 7/5.
  • La marche à suivre est toujours la même : repérer la constante, écrire la grandeur immédiate, calculer la deuxième, déduire la troisième.