L'isobare, l'isochore et l'isotherme
Ce que ce chapitre apporte 6 points
- Calculer le travail, la chaleur et la variation d'énergie interne d'une isochore et d'une isobare.
- Calculer le travail et la chaleur d'une isotherme.
- Relier chaque capacité thermique molaire à la transformation qui la définit.
- Établir la relation de Mayer par le premier principe écrit sur une isobare.
- Justifier la valeur de C_v par le nombre de degrés de liberté d'une molécule.
- Reconnaître, d'après la grandeur maintenue constante, la transformation et l'expression à employer.
Un soir d'été, aux Eaux d'Escarlens, qui mettent en bouteilles une eau gazeuse, le refroidisseur final de la centrale d'air ne suit plus : le réservoir de 3 m³ cesse de se remplir à 40 bar au manomètre, mais son air est à 50 °C, et la salle des compresseurs le ramène à 20 °C pendant la nuit. Nadia Ferrand, responsable maintenance et énergie, veut savoir quelle chaleur l'air aura cédée aux parois et ce que le manomètre affichera au matin. À la souffleuse, qui gonfle des préformes (des ébauches de bouteille en plastique, en forme d'éprouvette) avec ce même air, la question se pose autrement : le plastique chaud s'étire sous une pression qui reste à peu près la même, et l'air qui entre s'échauffe à son contact. Pour le même échauffement, cet air demande-t-il la même chaleur que celui du réservoir, qui ne bouge pas ?
Le bilan du chapitre 5 donne le cadre, avec le gaz parfait du chapitre 2 et la chaleur du chapitre 3 ; reste à calculer chacun de ses termes.
L'isochore, à volume constant
Un réservoir tampon, qui lisse la demande en air, de 0,5 m³, plein d'air à 11 bar absolus et 60 °C, refroidit jusqu'à 20 °C, ses parois restant fermées. Il contient mol (chapitre 2), donc la variation d'énergie interne de l'air vaut kJ, avec la capacité thermique molaire à volume constant du chapitre 5. Cette énergie est-elle la chaleur cédée aux parois ? Le premier principe écrit : la chaleur n'est égale à que si le travail est nul. Que vaut-il quand le volume du gaz ne peut pas changer ?
Une transformation à volume constant est dite isochore. Aucune frontière ne se déplace, donc le travail des forces de pression est nul et toute la chaleur reçue devient énergie interne :
Le réservoir tampon cède donc 165 kJ à ses parois : est négatif, selon la convention du receveur. C'est la situation qui sert à définir au chapitre 5, celle où la chaleur reçue n'a nulle part ailleurs où aller. Le piston bloqué par des butées en est le montage typique, et l'écart vaut autant en kelvins qu'en degrés Celsius (chapitre 3). Le volume et la quantité d'air ne changeant pas, la pression suit en outre la température absolue, par la loi à deux états du chapitre 2.
En revanche, un cylindre fermé n'est pas pour autant isochore : « fermé » dit que la matière ne sort pas, non que le volume est bloqué. Un piston libre se déplace, et le travail n'est plus nul.
L'isobare, à pression constante
Une mole d'air, gaz diatomique (à deux atomes par molécule), est enfermée sous un piston que charge une masse : la masse ne change pas, donc la pression du gaz non plus, 1 bar. Le gaz est porté de 300 à 900 K. Le chapitre précédent a posé pour toute transformation : la chaleur reçue serait-elle cette énergie, et rien d'autre ? Avant de lancer la figure, répondre à sa question : quels signes ont le travail et la chaleur reçus par le gaz ?
1,00 bar · 24,9 L · 300 K · masse posée sur un piston libre
| Étape | W | Q | ΔU |
|---|---|---|---|
| 1 → 2 isobare | -4,99 kJ | 17,5 kJ | 12,5 kJ |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.
isobare, masse posée sur un piston libre. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.Noter la chaleur et la variation d'énergie interne , et chercher à quelle autre colonne leur différence est égale.
La figure donne la réponse : le gaz reçoit 17,5 kJ de chaleur, et son énergie interne n'en garde que 12,5 kJ, soit exactement . Les 4,99 kJ qui manquent sont le travail : le volume triple, le gaz repousse le piston et fournit cette énergie, donc kJ. Compter la chaleur avec , comme à volume bloqué, en laisserait de côté près de 29 %.
La capacité thermique molaire à pression constante (lue « c indice p »), en J/(mol·K), est la chaleur qu'il faut fournir à une mole de gaz, sous pression constante, pour élever sa température d'un kelvin. Une transformation à pression constante est dite isobare. Pour moles :
Le travail se tire de l'équation d'état : à pression constante, donne , sans qu'il faille connaître le volume. En revanche, l'énergie interne garde , même ici : celle d'un gaz parfait ne dépend que de la température (chapitre 5), quelle que soit la transformation. Écrire pour est l'erreur symétrique de celle qui emploie pour la chaleur.
Pourquoi la chaleur dépasse l'énergie interne
Pour l'air, vaut 29,1 J/(mol·K) et 20,8 : l'écart est de 8,3, proche de la constante des gaz parfaits J/(mol·K) du chapitre 2. Est-ce un hasard ?
À pression constante, la chaleur reçue se partage entre l'énergie interne et le travail fourni : . En identifiant avec , il vient . La relation de Mayer n'est donc pas un résultat de plus à retenir : c'est le premier principe écrit sur une isobare, et est le travail que fournit une mole de gaz parfait par kelvin gagné. Elle suppose seulement que vaille le long de l'isobare, c'est-à-dire un gaz parfait.
Le rapport des deux capacités, noté (la lettre grecque gamma), vaut . Sans dimension, toujours supérieur à un, il vaut 1,4 pour l'air et servira au chapitre suivant.
1.Un gaz reçoit 800 J de chaleur dans un cylindre dont le piston est bloqué. Que vaut la variation de son énergie interne ?
2.Une mole de gaz parfait diatomique est chauffée de 1 K sous pression constante : elle reçoit 29,1 J, dont 20,8 J augmentent son énergie interne. Que devient le reste ?
3.Deux cylindres contiennent chacun 1 mol d'air à 20 °C. Le piston du premier est bloqué, celui du second est libre sous une charge constante. Chacun reçoit 500 J de chaleur. Lequel s'échauffe le plus ?
L'isotherme, à température constante
Comprimer lentement une mole d'air de 1 à 4 bar, à 300 K, demande quel travail ? Le chapitre 5 donne pour une pression extérieure constante, mais ici la pression monte pendant toute la course : le volume passe de 24,9 L à 6,2 L, soit L. Avec la pression de départ, 1 bar, la formule donne 1,87 kJ ; avec celle d'arrivée, 4 bar, elle donne 7,48 kJ. Le travail se situe entre les deux, et aucune pression unique ne le donne : il faut sommer les petits travaux à la pression de chaque instant, ce que permet une transformation quasi statique (chapitre 5), suite d'états d'équilibre où le gaz a toujours la pression qui le presse.
Une transformation à température constante est dite isotherme. Pour un gaz parfait, l'énergie interne ne dépend que de la température, donc . La pression vaut à chaque instant avec constant, et la somme des petits travaux s'intègre en une ligne :
Comme le long d'une isotherme, :
Ici, est le logarithme népérien, la fonction qui prolonge l'intégrale de , comme le rappelle le chapitre d'intégration du parcours de mathématiques : . Le travail reçu est donc multiplié par le logarithme du rapport des pressions, absolues toutes deux, et il est positif en compression, où ce rapport dépasse un. Pour l'exemple, kJ, bien entre 1,87 et 7,48 kJ. Le chapitre 5 a annoncé 312 kJ par kilogramme pour la compression de l'air de 1 à 41 bar, refroidi sans cesse : c'est ce calcul, que la fin du chapitre refait.
Ce que l'isotherme a de particulier. L'énergie interne ne bouge pas, donc tout le travail reçu ressort en chaleur, et réciproquement : le gaz sert d'intermédiaire, il ne stocke rien. Le bain thermostaté, un bain maintenu à température constante, est ce qui rend la transformation possible : sans lui, comprimer un gaz l'échaufferait.
La confusion est fréquente : température constante ne veut pas dire chaleur nulle. C'est même le contraire, puisque et que le travail n'est pas nul.
La transformation sans échange de chaleur porte un autre nom, et c'est le chapitre suivant qui la traite.
1.Un gaz parfait est comprimé lentement dans un bain thermostaté et reçoit 800 J de travail. Quelle chaleur échange-t-il ?
2.Un gaz parfait est comprimé lentement à température constante, de 2 à 5 bar lus au manomètre, la pression atmosphérique valant 1 bar. Quel rapport des pressions écrire dans le logarithme du travail ?
D'où viennent les valeurs de Cv
L'argon et l'air, chauffés de la même façon à volume bloqué, ne demandent pas la même chaleur : 12,5 J par mole et par kelvin pour le premier, 20,8 pour le second. Le chapitre 5 a donné ces valeurs sans en dire l'origine : elles viennent d'un comptage.
Un degré de liberté est une façon indépendante dont une molécule emmagasine de l'énergie : se déplacer dans une direction, tourner autour d'un axe. À température ordinaire, chaque degré de liberté stocke la même énergie moyenne, par mole. Avec degrés de liberté, une mole contient , d'où :
Une molécule monoatomique, comme l'argon ou l'hélium, ne peut que se déplacer, dans trois directions : . Une molécule diatomique, comme le diazote, principal gaz de l'air, peut en plus tourner autour de deux axes perpendiculaires à sa liaison : . La rotation autour de l'axe de la liaison n'apporte rien, et les vibrations ne s'éveillent qu'au-delà de quelques centaines de kelvins : pour l'air, descend à 1,38 vers 600 K. Le parcours garde partout les valeurs ci-dessous, ce dont il faut se souvenir quand un calcul monte à plusieurs centaines de degrés.
| (J/(mol·K)) | (J/(mol·K)) | |||
|---|---|---|---|---|
| Monoatomique | 3 | 12,5 | 20,8 | 1,67 |
| Diatomique | 5 | 20,8 | 29,1 | 1,40 |
Le d'un gaz monoatomique égale le d'un diatomique, tous deux à : une coïncidence de nombres, et une source d'erreur, car ces deux grandeurs ne décrivent ni le même gaz ni la même transformation.
Les molécules d'un gaz ont trois degrés de liberté de déplacement et deux de rotation. Quelle chaleur faut-il à une mole, sous pression constante, pour gagner 1 K ?
Reconnaître la transformation
Un énoncé donne rarement le nom de la transformation : il décrit un montage. Chercher d'abord ce qui reste constant : des parois rigides bloquent le volume, une charge constante sur un piston libre impose la pression, un bain maintient la température. De là se déduit laquelle des trois grandeurs du bilan est immédiate : le travail pour une isochore, la chaleur, par , pour une isobare, l'énergie interne pour une isotherme. Le premier principe donne ensuite la troisième sans effort, et attaquer par l'intégrale plutôt que par la constante est le chemin long, rarement nécessaire.
En revanche, une transformation où rien n'est constant, où le gaz est comprimé trop vite pour échanger de la chaleur, n'est aucun des trois cas : le chapitre suivant la traite.
Un ballon de baudruche gonflé d'air, noué, est laissé au soleil : sa paroi souple garde la pression de l'air extérieur pendant qu'il se réchauffe. Laquelle des trois grandeurs du bilan est immédiate ?
La méthode
- Repérer la grandeur constante d'après le montage (volume bloqué, charge constante, bain thermostaté), qui donne le nom de la transformation.
- Écrire la grandeur immédiate : travail nul pour une isochore, chaleur par pour une isobare, énergie interne nulle pour une isotherme.
- Calculer la deuxième grandeur par son expression propre, avec les écarts de température en kelvins, les pressions absolues, et les signes de la convention du receveur.
- Obtenir la troisième par le premier principe, sans la recalculer : suit toujours , jamais .
- Contrôler le sens physique : un gaz chauffé sous pression constante se dilate et fournit du travail, donc en reçoit un négatif ; un gaz comprimé à température constante cède de la chaleur.
- Vérifier la relation propre à la transformation : sur une isobare, sort plus grand que de , et la chaleur dépasse du travail fourni (le rapport vaut , 1,4 pour l'air) ; sur une isochore, ; sur une isotherme, .
Mettre en pratique
Les calculs ci-dessous se posent à la main, avec les formules du cours. Le calcul répond à la première question de l'ouverture, et le premier exercice type à la seconde.
Le réservoir rempli chaud
- 1.
Le réservoir de 3 m³ de l'ouverture est plein à 40 bar au manomètre, la pression atmosphérique valant 1 bar, avec de l'air à 50 °C. Quelle quantité d'air contient-il, en moles, à 10 mol près ? On prendra R = 8,314 J/(mol·K).
- 2.
Pendant la nuit, l'air revient à 20 °C, le réservoir restant fermé. Quelle chaleur l'air reçoit-il, avec son signe, en mégajoules (MJ, un mégajoule valant un million de joules), à 0,01 MJ près ? On prendra C_v = 20,8 J/(mol·K).
- 3.
Que lit le manomètre au matin, en bar, à 0,1 bar près ?
- 4.
Le chapitre 5 a annoncé 312 kJ par kilogramme pour comprimer l'air de 1 à 41 bar absolus, refroidi sans cesse à 20 °C. Retrouver ce travail, en kilojoules par kilogramme, à 1 kJ près. La masse molaire de l'air vaut 29 g/mol.
La première question de l'ouverture a sa réponse : en revenant de 50 à 20 °C, l'air du réservoir cède environ 2,86 mégajoules (MJ) à ses parois, soit 0,79 kWh, et le manomètre affiche 36,2 bar au matin, 3,8 bar de moins que la veille. Cette chaleur est seize fois plus petite que les 45,6 MJ que le remplissage a emportés au chapitre 5. La dernière question retrouve les 312 kJ par kilogramme : le travail de la compression isotherme est le minimum que demande le remplissage.
Le plastique d'une préforme suffit-il à échauffer l'air qui la gonfle ?
À la souffleuse, 0,26 mol d'air entre dans une préforme à 20 °C. Au contact du plastique à 100 °C, cet air s'échauffe jusqu'à 100 °C, pendant que le plastique, en s'étirant, maintient une pression de 8,0 bar absolus. L'air est suivi comme un système fermé et traité en gaz parfait diatomique ( J/(mol·K), J/(mol·K)) : c'est une idéalisation, l'air entrant en réalité en continu. Le fabricant annonce que la préforme peut céder à l'air 550 J au plus avant d'être trop froide pour s'étirer. Calculer le travail reçu par l'air, en joules, à 1 J près, puis la chaleur qu'il reçoit, en joules, à 1 J près, et dire si la préforme suffit. Dire enfin si l'air demande la même chaleur que celui du réservoir, pour le même échauffement.
Par où commencer ? Chercher ce qui reste constant pendant que la préforme se gonfle, et la grandeur du bilan que cela rend immédiate.
Pourquoi la chaleur de l'air se calcule-t-elle avec et non avec ?
Le corrigé
- Repérer la grandeur constante. Le plastique maintient la pression à 8,0 bar pendant tout le gonflage : c'est une isobare, dont la chaleur s'écrit avec et le travail avec . L'écart de température vaut 80 K, autant en degrés Celsius qu'en kelvins.
- Calculer le travail reçu. −173 J. Le signe négatif dit que l'air fournit du travail en repoussant le plastique : son volume gagne L.
- Calculer la chaleur reçue. 605 J.
- Conclure sur la chaleur disponible. 605 J dépassent les 550 J que la préforme peut céder : elle ne suffit pas, et l'air devrait arriver déjà tiède. Avec , on trouverait 433 J et l'on conclurait à tort qu'elle suffit : ici, le choix de la capacité change la décision.
- Répondre à l'ouverture. À volume bloqué, le même échauffement demanderait J : l'air d'une préforme demande 40 % de chaleur de plus que celui du réservoir, ce que dit . La différence est le travail de 173 J.
- Vérifier. Le premier principe se referme : J, soit J à l'arrondi près. Et dépasse du travail fourni, comme dépasse de .
La résistance de l'étalonneur suffit-elle à chauffer le gaz de la cellule ?
Un laboratoire de métrologie étalonne des sondes de température avec un thermomètre à gaz (un gaz enfermé dont le volume mesure la température) : 0,12 mol d'azote, gaz parfait diatomique ( J/(mol·K), J/(mol·K)), est enfermée sous un piston lesté (chargé d'une masse) qui maintient 3,0 bar absolus. Le gaz passe de 20 à 60 °C. La résistance chauffante ne peut fournir au gaz que 120 J pour cette montée. Calculer le travail reçu par le gaz, en joules, à 1 J près, puis la chaleur qu'il reçoit, en joules, à 1 J près, et dire si la résistance suffit.
Par où commencer ? Chercher ce qui reste constant pendant que le piston monte, et la grandeur du bilan que cela rend immédiate.
Le corrigé
- Repérer la grandeur constante. Le piston lesté maintient 3,0 bar : c'est une isobare, dont la chaleur s'écrit avec . L'écart vaut 40 K, autant en degrés Celsius qu'en kelvins.
- Calculer le travail reçu. −40 J : le gaz repousse le piston et fournit du travail, son volume gagnant L.
- Calculer la chaleur reçue. 140 J.
- Conclure sur la résistance. 140 J dépassent les 120 J qu'elle fournit : elle ne suffit pas. Avec , on trouverait 100 J et l'on conclurait à tort qu'elle suffit.
- Vérifier. Le bilan se referme : J, soit J. La chaleur dépasse de 40 J, le travail fourni, et le rapport des deux, 1,40, est .
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