L'adiabatique et la loi de Laplace
Ce que ce chapitre apporte6 points
- Définir une transformation adiabatique et dire dans quelles conditions physiques elle se produit.
- Établir la loi de Laplace et manier ses trois écritures.
- Calculer la température finale d'une compression adiabatique, et la comparer à celle d'une compression isotherme.
- Calculer le travail d'une transformation adiabatique.
- Reconnaître, sur un énoncé, laquelle des deux hypothèses s'applique.
- Citer des situations courantes où l'adiabatique s'impose, en compression comme en détente.
Les trois transformations précédentes fixaient chacune une variable d'état. Celle-ci fixe autre chose : elle interdit tout échange de chaleur. Aucune des trois variables n'y est constante, et les trois varient ensemble.
Ce cas n'est pas une curiosité théorique. Il décrit toute transformation assez rapide pour que la chaleur n'ait pas le temps de traverser la paroi : la compression dans un moteur, le coup de pompe qui échauffe un pneu, la détente d'un gaz qui s'échappe d'une bouteille. Et c'est là que se joue la confusion la plus coûteuse du parcours, celle qui consiste à traiter une compression rapide comme si elle était isotherme.
Ce qu'adiabatique veut dire
Une transformation est adiabatique lorsqu'elle se fait sans échange de chaleur :
Tout le travail reçu passe alors en énergie interne, donc en température.
En isolant. Une paroi isolante empêche la chaleur de passer, et la transformation peut alors être aussi lente qu'on veut.
En allant vite. La chaleur met du temps à traverser une paroi. Si la transformation est bien plus rapide que ce temps, presque rien ne passe, et le résultat est le même sans aucune isolation.
Le second cas est de loin le plus fréquent en pratique, et c'est celui que les énoncés décrivent en disant « rapidement », « brusquement » ou « en un dixième de seconde ».
La loi de Laplace
Pour un gaz parfait subissant une transformation adiabatique réversible :
Les deux autres écritures s'en déduisent par l'équation d'état :
Celle qui contient les deux grandeurs de l'énoncé, et aucune autre.
Un compresseur est piloté en pression, et c'est donc la troisième qui sert le plus souvent, sous la forme commode :
| Gaz | |||
|---|---|---|---|
| Monoatomique, comme l'hélium | 5/3 ≈ 1,67 | ||
| Diatomique, comme l'air | 7/5 = 1,40 |
1,00 bar · 24,9 L · 300 K · paroi isolante
| Étape | W | Q | ΔU | ΔS |
|---|---|---|---|---|
| 1 → 2 adiabatique | 3,64 kJ | 0 J | 3,64 kJ | 0 J/K |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.
adiabatique, paroi isolante. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.Regarder les particules : elles se rapprochent et accélèrent en même temps, ce qui n'arrivait sur aucune des trois transformations précédentes.
Comparer la courbe aux deux isothermes tracées en pointillés au fond : le chemin adiabatique les traverse au lieu de suivre l'une d'elles, et c'est la signature du régime.
Lire la colonne de la variation d'énergie interne : elle vaut exactement le travail reçu, puisque la chaleur est nulle.
Le travail d'une adiabatique
La chaleur étant nulle, le travail vaut toute la variation d'énergie interne :
En remplaçant les températures par l'équation d'état, il vient une forme qui n'emploie que les pressions et les volumes :
La première écriture est presque toujours la plus rapide, puisque la loi de Laplace donne d'abord la température finale. La seconde sert quand l'énoncé ne donne aucune température, ce qui arrive sur un énoncé formulé en pressions et en volumes seuls.
Adiabatique ou isotherme, la comparaison qui compte
C'est l'erreur la plus coûteuse du parcours, et elle mérite d'être chiffrée une fois pour toutes.
Une mole d'air est comprimée de 1 à 5 bar, en partant de 300 K.
Si la compression est isotherme, c'est-à-dire assez lente pour qu'un bain thermostaté maintienne la température, la température finale vaut 300 K, par définition. Le travail reçu vaut J.
Si la compression est adiabatique, c'est-à-dire assez rapide pour qu'aucune chaleur ne s'échappe :
soit 202 °C au lieu de 27. Le travail reçu vaut J.
Un écart de 175 kelvins sur la température finale, pour la même compression. Traiter l'une pour l'autre ne donne pas un résultat légèrement décalé : il donne un résultat faux sur la grandeur la plus importante.
1,00 bar · 24,9 L · 300 K · bain thermostaté
| Étape | W | Q | ΔU | ΔS |
|---|---|---|---|---|
| 1 → 2 isotherme | 4,01 kJ | -4,01 kJ | 0 J | -13,4 J/K |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des volumes, est le travail des forces de pression.
isotherme, bain thermostaté. 1,00 bar · 24,9 L · 300 K.Comparer les deux volumes finaux : l'adiabatique laisse un volume plus grand, le gaz échauffé résistant davantage à la compression.
Comparer les deux aires hachurées : celle de l'adiabatique est plus grande, ce qui signifie qu'une compression rapide coûte plus de travail qu'une compression lente. Refroidir en comprimant fait économiser, et c'est pourquoi les gros compresseurs sont refroidis.
Comparer enfin les colonnes de chaleur : nulle d'un côté, franchement négative de l'autre. C'est le bain thermostaté qui évacue, et c'est lui qui permet l'économie.
Sur la même compression de 1 à 5 bar, l'isotherme demande environ 4,0 kilojoules et l'adiabatique 3,6 en travail de piston.
L'écart s'inverse pourtant sur un compresseur, où c'est le travail technique qui compte : 5,1 kilojoules en adiabatique contre 4,0 en isotherme, soit un quart de plus. C'est la raison pour laquelle les compresseurs industriels sont refroidis, et pourquoi les grosses machines compriment en plusieurs étages avec un refroidissement entre chacun.
Rien dans le montage ne distingue les deux cas : c'est la durée qui tranche, et l'énoncé la donne toujours d'une façon ou d'une autre.
« Lentement », « en contact avec un thermostat », « la température est maintenue » désignent une isotherme.
« Rapidement », « brusquement », « la paroi est isolante », « en quelques millisecondes » désignent une adiabatique.
Devant un compresseur, un choc, un coup de pompe ou une détente brutale, c'est l'adiabatique qu'il faut prendre, et le réflexe inverse est un réflexe de perdant.
De l'air est comprimé de 1 à 5 bar en un dixième de seconde dans un compresseur. Quelle température finale attendre, en partant de 300 K ?
Sur un diagramme pression-volume, les deux courbes partent du même point, et l'adiabatique monte plus vite en compression.
La raison tient en une phrase : en comprimant, l'isotherme n'augmente la pression que par le rapprochement des molécules, tandis que l'adiabatique y ajoute leur échauffement. Deux causes au lieu d'une, donc une pente plus forte, et le rapport des deux pressions finales vaut exactement le rapport des volumes élevé à la puissance .
Où l'adiabatique se rencontre
Le moteur Diesel. L'air est comprimé d'un facteur vingt en quelques millisecondes, ce qui le porte au-delà de six cents degrés. Le gazole injecté s'enflamme alors seul, sans bougie : c'est l'échauffement adiabatique qui allume le moteur.
La pompe à vélo. Son corps chauffe nettement à l'usage, et la chaleur ne vient pas du frottement du piston mais de la compression elle-même.
L'aérosol qui givre. Le gaz se détend brutalement en sortant, donc il refroidit, et l'humidité de l'air se dépose en givre sur la buse. Une détente adiabatique refroidit toujours.
Le vent de foehn. Une masse d'air qui redescend le versant d'une montagne se comprime sous le poids de l'atmosphère et s'échauffe, ce qui explique qu'un vent descendant soit chaud et sec.
Un taux de compression de 20, en partant de l'air ambiant à 300 K :
soit plus de 720 °C, bien au-dessus de la température d'auto-inflammation du gazole, qui se situe vers 250 °C.
Le contrôle : une compression d'un facteur vingt en isotherme aurait laissé l'air à 27 °C, et aucun moteur Diesel n'existerait. C'est l'hypothèse adiabatique, et elle seule, qui rend ce moteur possible.
Pourquoi la buse d'un aérosol givre-t-elle lorsqu'on l'utilise longtemps ?
La méthode
- Trancher entre les deux hypothèses avant tout calcul, sur la durée décrite par l'énoncé. Ce choix décide de tout ce qui suit.
- Écrire la chaleur nulle si la transformation est adiabatique, et en déduire immédiatement .
- Choisir l'écriture de Laplace qui contient les deux grandeurs connues, et elle seule.
- Calculer la température finale avant le travail : celui-ci s'obtient ensuite sans effort par .
- Vérifier les unités avant le résultat : est sans dimension, et les exposants aussi. Un rapport de pressions élevé à une puissance doit rester un nombre pur, et une température finale plus petite que l'initiale après compression signale un exposant pris à l'envers.
- Contrôler l'échauffement : une compression adiabatique chauffe toujours, une détente adiabatique refroidit toujours. C'est ce qui fait qu'un aérosol givre en se vidant.
Synthèse
- Une transformation adiabatique se fait sans échange de chaleur : et .
- Elle s'obtient en isolant la paroi, ou plus souvent en allant assez vite pour que la chaleur n'ait pas le temps de passer.
- La loi de Laplace s'écrit constante, avec , valant 1,40 pour un gaz diatomique.
- Les deux autres écritures, et , s'en déduisent par l'équation d'état, et l'on choisit celle qui contient les grandeurs de l'énoncé.
- Comprimer de 1 à 5 bar mène à 300 K en isotherme et à 475 K en adiabatique : la confusion ne décale pas le résultat, elle le fausse.
- Le mot qui tranche est dans l'énoncé, et il porte sur la durée : lentement contre rapidement.
- Le travail vaut , ou quand l'énoncé ne donne aucune température.
- Comprimer lentement coûte moins de travail technique que comprimer vite, et c'est pourquoi les gros compresseurs sont refroidis.
- Une compression adiabatique chauffe toujours, une détente adiabatique refroidit toujours.
- Le moteur Diesel repose entièrement sur cet échauffement : un taux de vingt porte l'air à plus de 720 °C, et le carburant s'enflamme seul.
- Sur un diagramme pression-volume, l'adiabatique est plus raide que l'isotherme, parce qu'elle ajoute l'échauffement au rapprochement.