L'enthalpie et les systèmes ouverts
Ce que ce chapitre apporte 6 points
- Calculer le travail de transvasement d'un fluide qui entre dans une machine et en sort.
- Établir l'enthalpie à partir du premier principe écrit pour un fluide qui traverse une machine.
- Calculer le travail technique d'un compresseur adiabatique par la variation d'enthalpie.
- Choisir entre le travail de piston et le travail technique, d'après la frontière du système.
- Chiffrer l'économie de travail que procurent le refroidissement et l'étagement d'une compression.
- Reconnaître, pour une vanne et pour un échangeur, la grandeur que sa traversée laisse invariante.
La centrale d'air des Eaux d'Escarlens, qui mettent en bouteilles une eau gazeuse, comprime l'air de 1 à 41 bar absolus et remplit deux réservoirs de 3 m³. Nadia Ferrand, responsable maintenance et énergie, doit choisir le moteur d'un compresseur. Elle applique la formule du chapitre 7 : pour un kilogramme d'air comprimé sans échange de chaleur, le travail vaut 397 kJ. La note du constructeur, pour la même compression idéale, en annonce 556. D'où viennent les 159 kJ de différence, et pourquoi une formule exacte pour un gaz enfermé dans un cylindre devient-elle fausse quand l'air traverse la machine ? Une seconde question suit : le chapitre 5 a chiffré à 45,6 mégajoules le remplissage d'un réservoir par une compression refroidie sans cesse, un minimum. Que demandent les trois étages réels de la centrale, avec leurs refroidisseurs ?
Le premier principe du chapitre 5, la capacité à pression constante du chapitre 6 et la loi de Laplace du chapitre 7 sont les prérequis.
Ce que la formule du piston oublie
Un kilogramme d'air est aspiré par un compresseur de la centrale à 1 bar et 20 °C, puis refoulé à 41 bar, sans frottement ni échange de chaleur. Il compte mol (la masse molaire de l'air, 28,97 g/mol, que le chapitre 2 arrondit à 29). La loi de Laplace, avec des kelvins et des pressions absolues, donne la température de sortie :
Le travail de l'adiabatique, (chapitre 7, avec J/(mol·K) du chapitre 5), vaut alors :
La note du constructeur annonce 556 kJ pour la compression idéale. Le même désaccord s'observe sur une mole comprimée de 1 à 5 bar à partir de 300 K : 3,64 kJ par la formule, 5,10 kJ pour la machine. Dans les deux cas, la machine demande 40 % de plus, et un moteur choisi sur la formule ne fournirait que 71 % de la puissance nécessaire.
Ni un frottement, exclu des deux calculs, ni la température de sortie, qu'ils partagent, n'expliquent l'écart. La formule du piston décrit un gaz enfermé, dont seul le volume varie. Un compresseur n'enferme rien : l'air y entre, le traverse et en ressort. Sa frontière est ouverte (chapitre 1), le système est dit ouvert, et le fluide qui le parcourt forme un écoulement.
Le travail de transvasement
Un fluide qui entre dans une machine n'y entre pas tout seul : il est poussé par le fluide qui le suit. En sortant, il pousse à son tour celui qui se trouve devant lui. Ces deux poussées sont des travaux, et un cylindre fermé n'en a pas.
Pour entrer, une tranche de fluide de volume est poussée sous la pression par le fluide qui la suit : la machine reçoit le travail , le produit de la pression par le volume.
Pour sortir, une tranche de volume doit repousser, sous la pression , le fluide qui la précède : la machine fournit le travail .
Le travail net reçu par ces deux poussées vaut donc . Lorsque l'emporte, comme dans un compresseur, c'est à l'arbre de payer ce supplément, en plus du travail qui comprime le gaz.
| Travail de transvasement entrant, P₁V₁ | 2,49 kJ |
|---|---|
| Travail de transvasement sortant, P₂V₂ | -3,95 kJ |
| Travail technique de l'arbre | 5,10 kJ |
| Chaleur reçue | 0,00 J |
| Variation d'énergie interne, Δu | 3,64 kJ |
| Variation d'enthalpie, Δh | 5,10 kJ |
Le bilan du volume de contrôle s'écrit Δu = q + w + P₁V₁ − P₂V₂, et en rassemblant les deux derniers termes dans l'enthalpie il reste w + q = Δh. Les deux rectangles clairs aux frontières sont ces deux travaux, à l'échelle.
Comparer les deux rectangles de transvasement, et chercher ce qui rend celui de la sortie plus grand que celui de l'entrée.
Lire le tableau ligne à ligne : la variation d'énergie interne est la somme de la chaleur, du travail de l'arbre et des deux transvasements, comptés avec leur signe.
Sur la mole de la figure, les deux poussées sont inégales : 2,49 kJ à l'entrée, 3,95 kJ à la sortie. Les 1,46 kJ de différence sont exactement l'écart entre les 5,10 kJ de la machine et les 3,64 kJ de la formule du piston : le cas qui échouait trouve sa cause. Cet écart vient de l'échauffement : le gaz sort à 475 K, donc avec un produit plus grand qu'à l'entrée. En revanche, une compression isotherme laisserait les deux rectangles égaux, puisque ne varie pas quand la température est constante.
L'enthalpie, et d'où elle vient
Suivre un kilogramme de fluide à travers la machine. Il reçoit la chaleur et le travail de l'arbre, plus les deux transvasements, à l'entrée et à la sortie, où est le volume massique, le volume d'un kilogramme, en m³/kg. Le premier principe donne, avec l'énergie interne par kilogramme :
En rangeant chaque terme de pression du côté de l'état auquel il appartient :
La combinaison apparaît d'elle-même, à l'entrée comme à la sortie. Plutôt que de traîner le transvasement dans tous les bilans, on le range une fois pour toutes dans une grandeur nouvelle.
Les minuscules désignent des grandeurs massiques, rapportées à un kilogramme comme la capacité thermique du chapitre 3 : et en J/kg, et par kilogramme qui traverse. Multipliées par le débit massique , en kg/s, elles donnent des puissances. Les majuscules désignent la même grandeur pour toute la quantité de fluide considérée, en joules.
L'enthalpie n'est donc pas une énergie d'une autre nature : c'est l'énergie interne plus le travail d'entrée et de sortie, sous un seul nom. En revanche, dans un cylindre fermé, n'est le travail de rien, et le bilan s'y écrit avec .
Pour un gaz parfait (chapitre 2), donne , et ne dépend que de : l'enthalpie aussi. En différenciant, , et la relation de Mayer, , donne :
Du molaire au massique. Cette écriture compte des moles, avec en J/(mol·K). Par kilogramme, elle devient , avec la capacité massique , où est le nombre de moles d'un kilogramme. Pour l'air, mol et J/(kg·K), la valeur du tableau du chapitre 3. Multiplier par une masse, ou par des moles, fausse le résultat d'un facteur d'environ trente-cinq.
De l'air entre dans un compresseur adiabatique à 300 K et en sort à 400 K. Par kilogramme, J/(kg·K) et J/(kg·K). Quel supplément le travail de l'arbre doit-il fournir, en plus de la variation d'énergie interne ?
Le premier principe en écoulement
Le bilan précédent vaut pour tout fluide qui traverse une machine, à deux hypothèses près, que les installations vérifient presque toujours.
Un fluide traverse une machine en régime permanent quand le débit, la pression et la température en chaque point ne varient plus avec le temps : ce qui entre chaque seconde ressort chaque seconde. Si, de plus, sa vitesse change peu entre l'entrée et la sortie et que son altitude ne change pas, son énergie cinétique (celle de son mouvement d'ensemble) et son énergie de pesanteur restent négligeables, et :
où est le travail technique reçu par unité de masse, celui que transmet l'arbre, la chaleur reçue par unité de masse, selon la convention du receveur, et la variation d'enthalpie massique entre la sortie et l'entrée. C'est la seconde ligne du bilan précédent.
En revanche, si la vitesse du fluide change fortement entre l'entrée et la sortie, l'énergie cinétique s'ajoute au bilan : ce chapitre ne traite pas ce cas.
Le travail technique se relie au travail des forces de pression (chapitre 5) par le transvasement. Le kilogramme suivi reçoit en tout le travail des forces de pression , qui vaut ; donc . Lorsque l'écoulement est réversible, c'est-à-dire sans frottement ni tourbillon, , et :
Les deux travaux diffèrent donc exactement du transvasement : . Pour une machine réelle, avec ses frottements, reste vrai, mais dépasse : le chapitre 12 chiffrera cet écart par un rendement de compression.
1,00 bar · 841 L · 293 K · compresseur
| Étape | W technique | Q | ΔH |
|---|---|---|---|
| 1 → 2 adiabatique | 556 kJ | 0 J | 556 kJ |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des pressions, est le travail technique.
adiabatique, compresseur. 1,00 bar · 841 L · 293 K.Lire le tableau : le travail technique et la variation d'enthalpie valent tous deux 556 kJ pour ce kilogramme d'air, puisque la chaleur est nulle, et l'air sort à 574 °C, bien au-delà de ce que supportent l'huile et les joints d'un compresseur.
Regarder où l'aire se construit : depuis l'axe des pressions, à gauche de la courbe, et non dessous.
Le travail technique : kJ pour ce kilogramme, comme la figure.
Le travail du piston, calculé en tête de chapitre : 397 kJ.
L'écart : 159 kJ, soit précisément le transvasement . À l'entrée, kJ ; à la sortie, kJ ; la différence vaut 159,0 kJ. C'est la réponse à la première question de l'ouverture : la note du constructeur compte le transvasement, la formule du piston l'oublie.
Calculer le travail d'un compresseur avec la formule du piston, ou , donne un résultat faux et plausible. Sur une adiabatique de gaz parfait, le travail technique vaut exactement fois celui du piston, le rapport du chapitre 6, soit 1,40 pour l'air : un moteur dimensionné avec la mauvaise formule ne fournit que 71 % de la puissance nécessaire, et rien dans le nombre obtenu ne le signale.
La règle est sans exception : un piston fermé, la formule du piston ; une machine traversée, le travail technique.
Un compresseur adiabatique aspire 2,0 mol d'air par seconde et l'échauffe de 100 K. Quelle puissance l'arbre fournit-il à l'air ? On donne et J/(mol·K).
Refroidir et étager une compression
Dans un cylindre fermé, le chapitre 7 a montré qu'à 5 bar une compression rapide demande moins de travail de piston qu'une compression lente : 3,64 kJ contre 4,01 kJ pour une mole. Dans un compresseur, c'est le travail technique qui compte, et l'ordre s'inverse : 5,10 kJ contre 4,01 kJ.
Sans refroidissement, l'air sort à 574 °C et coûte 556 kJ par kilogramme.
Avec une chaleur évacuée à mesure, la compression est isotherme à 20 °C : kJ, et l'air sort à 20 °C. En isotherme, ne change pas, donc le travail technique égale celui du piston (chapitre 6).
Le refroidissement économise 244 kJ, la compression sans refroidissement coûtant 78 % de plus.
Refroidir l'air en le comprimant paie donc, mais un compresseur rapide n'a pas le temps d'échanger de la chaleur à travers ses parois. La solution industrielle est de comprimer en plusieurs étages, en ramenant l'air à sa température d'entrée dans un échangeur, un refroidisseur, entre deux étages : l'air y cède sa chaleur à de l'eau. Les compresseurs de la centrale ont trois étages de même rapport de pression, , avec un refroidisseur après chacun, jusqu'aux réservoirs. Avant de lancer la figure, répondre à sa question : lequel des deux chemins fait recevoir le plus de travail technique à l'air ?
1,00 bar · 841 L · 293 K · compresseur
| Étape | W technique | Q | ΔH |
|---|---|---|---|
| 1 → 2 adiabatique | 125 kJ | 0 J | 125 kJ |
| 2 → 3 isobare | 0 J | -125 kJ | -125 kJ |
| 3 → 4 adiabatique | 125 kJ | 0 J | 125 kJ |
| 4 → 5 isobare | 0 J | -125 kJ | -125 kJ |
| 5 → 6 adiabatique | 125 kJ | 0 J | 125 kJ |
| 6 → 7 isobare | 0 J | -125 kJ | -125 kJ |
| Total | 375 kJ | -375 kJ | 0 J |
| Étape | W technique | Q | ΔH |
|---|---|---|---|
| 1 → 8 adiabatique | 556 kJ | 0 J | 556 kJ |
| Total | 556 kJ | 0 J | 556 kJ |
Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. Les hachures montantes sont l'aire du chemin 1, les hachures descendantes celle du chemin 2 : chacune, mesurée depuis l'axe des pressions, est le travail technique. Travail technique reçu par le gaz : chemin 1, 375 kJ ; chemin 2, 556 kJ.
Chemin 1. adiabatique, compresseur. 1,00 bar · 841 L · 293 K.Noter, pour chaque chemin, le travail technique total, la chaleur de chaque palier et la température la plus haute atteinte.
Comparer les deux aires hachurées, tracées aux mêmes échelles : ce qui sépare le pointillé de l'escalier est ce que l'étagement économise.
La figure donne la réponse. Le chemin en un seul étage demande le plus de travail technique : 556 kJ, contre 375 kJ pour les trois étages, à raison de 125 kJ par étage et de rien pendant les refroidissements. La bande qui sépare les deux aires hachurées vaut 182 kJ : c'est le travail économisé, soit 74 % des 244 kJ qui séparent l'adiabatique de l'isotherme, pour trois échangeurs.
La colonne de la chaleur s'additionne en −375 kJ, l'opposé exact du travail, puisque l'air ressort à la température où il est entré : toute l'énergie que l'arbre fournit finit en chaleur dans l'eau des refroidisseurs, comme le chapitre 5 l'a chiffré pour le remplissage d'un réservoir.
L'étagement a un second bénéfice : l'air ne dépasse plus 144 °C en sortie d'étage, au lieu de 574 °C. Chaque étage de plus rapproche de l'isotherme, avec un gain de plus en plus petit, et l'isotherme reste la limite qu'aucune machine ne franchit.
La centrale d'air reçoit un quatrième étage avec son refroidisseur, toujours de 1 à 41 bar et à rapports égaux. Que deviennent le travail total et la température en sortie d'étage ?
Les organes d'une installation, et ce que chacun conserve
Une installation enchaîne quelques appareils, et chacun impose une contrainte au fluide qui le traverse : le détendeur du dioxyde de carbone (CO₂) de la cuve, un organe qui baisse la pression du fluide sans qu'il fournisse de travail ; le compresseur de la centrale ; la chaudière du nettoyage en place, le circuit qui lave les cuves et les lignes.
| Organe | Ce qui ne varie pas | Pourquoi | Bilan |
|---|---|---|---|
| Vanne, détendeur | l'enthalpie | ni arbre, ni temps d'échanger | |
| Compresseur, turbine | aucune grandeur du bilan | trop rapide pour échanger de la chaleur : adiabatique ; sans frottement, Laplace donne la température de sortie | |
| Échangeur, chaudière | la pression | aucun arbre, et pertes de charge (la chute de pression due aux frottements) négligées |
Le chapitre 10 montrera que la compression adiabatique et réversible garde une grandeur nouvelle, l'entropie, d'où son nom d'isentropique.
Comment cette table s'emploie. Devant un organe, la première question n'est pas « que vaut le travail » mais « qu'est-ce qui ne varie pas ». Une vanne ne demande aucun calcul de sortie : l'enthalpie est la même des deux côtés, et la pression de sortie est donnée. Un échangeur n'en demande presque aucun non plus : la pression est la même, et donne la seconde grandeur. La chaudière du nettoyage en place porte 1,5 m³ d'eau par heure, soit 0,4167 kg/s, de 13 à 85 °C. Pour un liquide, dont le volume varie à peine, : kJ/kg, soit 126 kW pour ce débit. Reste le compresseur, qui se calcule comme plus haut. Le cycle frigorifique enchaîne deux échangeurs, un compresseur et un détendeur, et chacun se traite ainsi.
Pour un gaz parfait, l'enthalpie ne dépend que de la température : une vanne y est donc aussi isotherme, et un détendeur de 5 à 1 bar afficherait 300 K des deux côtés.
Pour un fluide réel près de sa liquéfaction, ce n'est plus vrai : sur le site, le CO₂ vaporisé puis réchauffé à 5 °C sous 19,7 bar perd une vingtaine de kelvins (de 5 à −16 °C) en se détendant vers les 5 bar du saturateur, où le gaz se mêle à l'eau, sans qu'aucun arbre ne tourne. C'est exactement ce qui produit le froid dans une machine frigorifique, et confondre les deux propriétés ferait croire qu'un détendeur ne sert à rien.
De l'air, traité en gaz parfait, entre à 300 K dans une vanne et passe de 5 à 1 bar. À quelle température en sort-il ?
Reconnaître le bon cadre
Deux questions suffisent. La matière traverse-t-elle la frontière ? Si oui, le système est ouvert, et le bilan s'écrit en enthalpie. Si non, il est fermé, et le bilan s'écrit en énergie interne.
La frontière se déplace-t-elle ? Cette question ne tranche pas entre fermé et ouvert : elle dit seulement s'il faut compter, en plus, un travail de piston. Un cylindre de moteur à soupapes closes est fermé ; le même cylindre pendant l'admission est ouvert, bien que son piston bouge. Un compresseur, une turbine, une pompe, un échangeur, une vanne sont ouverts en permanence.
| Système fermé | Système ouvert | |
|---|---|---|
| Exemple | gaz dans un piston | compresseur, turbine, échangeur |
| Grandeur du bilan | énergie interne | enthalpie |
| Sa variation, gaz parfait | ||
| Travail, cas réversible | ||
| Sur le diagramme | aire sous la courbe | aire à gauche de la courbe |
La méthode
- Trancher entre fermé et ouvert avant d'écrire quoi que ce soit, en regardant si la matière traverse la frontière. Ce choix décide de toutes les formules qui suivent.
- Choisir la grandeur du bilan : énergie interne pour un système fermé, enthalpie pour un système ouvert.
- Calculer la variation d'enthalpie par , ou par kilogramme, et non par , ce qui est l'erreur symétrique de la précédente.
- Appliquer le principe en écoulement, , et en tirer l'inconnue.
- Ne pas mêler le molaire et le massique : se multiplie par des moles, par des kilogrammes, et une puissance se tire d'une grandeur massique en la multipliant par le débit massique.
- Contrôler par le rapport gamma : sur une adiabatique de gaz parfait, le travail technique doit valoir fois le travail de piston. Un rapport égal à un signale que la même formule a servi deux fois.
Mettre en pratique
Les calculs ci-dessous se posent à la main, avec les formules du cours. Le calcul répond à la seconde question de l'ouverture ; la première a sa réponse dans l'exemple chiffré plus haut, et le premier exercice type refait la démarche sur un autre point de fonctionnement.
Remplir un réservoir en trois étages
- 1.
Chaque étage de la centrale multiplie la pression par 3,45, la racine cubique de 41, et l'air y entre à 20 °C. Quelle est sa température à la sortie d'un étage, en degrés Celsius, à 1 °C près ? On prendra γ = 1,40.
- 2.
Quel travail technique un étage fournit-il à un kilogramme d'air, en kilojoules par kilogramme, à 1 kJ/kg près ? On prendra c_p = 1005 J/(kg·K).
- 3.
Les trois étages remplissent le réservoir de 146 kg du chapitre 5. Quelle énergie l'arbre fournit-il à l'air au total, en mégajoules (MJ, un mégajoule valant mille kilojoules), à 0,1 MJ près ?
- 4.
De quel pourcentage cette énergie dépasse-t-elle le minimum de 45,6 MJ du chapitre 5, à 1 point près ?
La seconde question de l'ouverture a sa réponse : les trois étages demandent un peu moins de 55 mégajoules (MJ), soit 15,2 kilowattheures (kWh), 20 % de plus que le minimum isotherme de 45,6 MJ. Un seul étage en demanderait 81 MJ : l'étagement économise un tiers de l'énergie du remplissage.
Le moteur de 90 kW suffit-il à comprimer l'air de la centrale en un seul étage ?
Un compresseur de la centrale d'air des Eaux d'Escarlens aspire 0,20 kg/s d'air à 1 bar absolu et 35 °C, un jour d'été où la salle des compresseurs est chaude, et le refoule à 41 bar absolus en un seul étage. Son moteur fournit 90 kW à l'arbre. La compression est supposée sans frottement ni échange de chaleur, et l'air est un gaz parfait diatomique (, J/(kg·K), J/(kg·K)). Calculer la température de sortie, en degrés Celsius, à 1 °C près ; la puissance que l'arbre fournit à l'air, en kilowatts, à 1 kW près ; la puissance qu'aurait donnée la formule du piston, en kilowatts, à 1 kW près ; puis dire si le moteur de 90 kW suffit, et si la formule du piston l'aurait fait croire.
Par où commencer ? Chercher si l'air traverse la machine ou y reste enfermé, et ce que cela change pour le travail à retenir.
Pourquoi la puissance de l'arbre se calcule-t-elle avec et non avec ?
Le corrigé
- Reconnaître le cadre. L'air traverse le compresseur : système ouvert, en régime permanent. La chaleur est nulle, donc .
- Calculer la température de sortie, avec des kelvins : K, soit 617 °C, et K.
- Calculer la puissance de l'arbre. Par kilogramme, kJ/kg ; pour 0,20 kg/s, 117 kW.
- Calculer ce que donnait la formule du piston : kJ/kg, soit 83,6 kW.
- Conclure sur le moteur. 117 kW dépasse les 90 kW : le moteur ne suffit pas en un seul étage. La formule du piston, 83,6 kW, aurait fait croire à une marge de 6 kW : ici, la mauvaise formule change la décision. En trois étages refroidis, l'arbre ne fournirait que 79 kW, et le moteur suffirait.
- Vérifier. L'écart, kW, est le transvasement kW, et le rapport est .
Le moteur de 65 kW suffit-il au compresseur des canons à neige ?
Un domaine skiable alimente ses canons à neige en air comprimé à 8 bar absolus. Son compresseur aspire 0,35 kg/s d'air à 1 bar absolu et 5 °C, et le refoule en un seul étage. Son moteur fournit 65 kW à l'arbre. Mêmes hypothèses et mêmes constantes que pour l'exercice précédent. Calculer la température de sortie, en degrés Celsius, à 1 °C près ; la puissance que l'arbre fournit à l'air, en kilowatts, à 1 kW près ; la puissance qu'aurait donnée la formule du piston, en kilowatts, à 1 kW près ; puis dire si le moteur de 65 kW suffit, et si la formule du piston l'aurait fait croire.
Par où commencer ? Retrouver la démarche de l'exercice précédent : le cadre, puis la température de sortie, avant toute puissance.
Le corrigé
- Reconnaître le cadre. L'air traverse le compresseur : système ouvert, en régime permanent, sans chaleur échangée. Donc .
- Calculer la température de sortie : K, soit 231 °C, et K.
- Calculer la puissance de l'arbre. Par kilogramme, kJ/kg ; pour 0,35 kg/s, 79 kW.
- Calculer ce que donnait la formule du piston : kJ/kg, soit 57 kW.
- Conclure sur le moteur. 79 kW dépasse les 65 kW : le moteur ne suffit pas. La formule du piston, 57 kW, aurait fait croire à une marge de 8 kW : comme à la centrale, la mauvaise formule change la décision.
- Vérifier. Un refroidisseur qui ramènerait l'air à 5 °C retirerait kW, l'opposé du travail de l'arbre. L'écart entre les deux puissances, kW, vaut kW, et leur rapport est de nouveau 1,40.
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