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L'enthalpie et les systèmes ouverts

Ce que ce chapitre apporte 6 points
  • Calculer le travail de transvasement d'un fluide qui entre dans une machine et en sort.
  • Établir l'enthalpie à partir du premier principe écrit pour un fluide qui traverse une machine.
  • Calculer le travail technique d'un compresseur adiabatique par la variation d'enthalpie.
  • Choisir entre le travail de piston et le travail technique, d'après la frontière du système.
  • Chiffrer l'économie de travail que procurent le refroidissement et l'étagement d'une compression.
  • Reconnaître, pour une vanne et pour un échangeur, la grandeur que sa traversée laisse invariante.

La centrale d'air des Eaux d'Escarlens, qui mettent en bouteilles une eau gazeuse, comprime l'air de 1 à 41 bar absolus et remplit deux réservoirs de 3 m³. Nadia Ferrand, responsable maintenance et énergie, doit choisir le moteur d'un compresseur. Elle applique la formule du chapitre 7 : pour un kilogramme d'air comprimé sans échange de chaleur, le travail vaut 397 kJ. La note du constructeur, pour la même compression idéale, en annonce 556. D'où viennent les 159 kJ de différence, et pourquoi une formule exacte pour un gaz enfermé dans un cylindre devient-elle fausse quand l'air traverse la machine ? Une seconde question suit : le chapitre 5 a chiffré à 45,6 mégajoules le remplissage d'un réservoir par une compression refroidie sans cesse, un minimum. Que demandent les trois étages réels de la centrale, avec leurs refroidisseurs ?

Le premier principe du chapitre 5, la capacité à pression constante du chapitre 6 et la loi de Laplace du chapitre 7 sont les prérequis.

Ce que la formule du piston oublie

Un kilogramme d'air est aspiré par un compresseur de la centrale à 1 bar et 20 °C, puis refoulé à 41 bar, sans frottement ni échange de chaleur. Il compte n=34,52n = 34{,}52 mol (la masse molaire de l'air, 28,97 g/mol, que le chapitre 2 arrondit à 29). La loi de Laplace, avec des kelvins et des pressions absolues, donne la température de sortie :

T2=293,15×410,2857≈847 Ksoit 574 °CT_2 = 293{,}15 \times 41^{0{,}2857} \approx 847\ \text{K}\quad\text{soit } 574\ °\text{C}

Le travail de l'adiabatique, W=n Cv ΔTW = n\,C_v\,\Delta T (chapitre 7, avec Cv=20,79C_v = 20{,}79 J/(mol·K) du chapitre 5), vaut alors :

W=34,52×20,79×553,9≈397 kJW = 34{,}52 \times 20{,}79 \times 553{,}9 \approx 397\ \text{kJ}

La note du constructeur annonce 556 kJ pour la compression idéale. Le même désaccord s'observe sur une mole comprimée de 1 à 5 bar à partir de 300 K : 3,64 kJ par la formule, 5,10 kJ pour la machine. Dans les deux cas, la machine demande 40 % de plus, et un moteur choisi sur la formule ne fournirait que 71 % de la puissance nécessaire.

Ni un frottement, exclu des deux calculs, ni la température de sortie, qu'ils partagent, n'expliquent l'écart. La formule du piston décrit un gaz enfermé, dont seul le volume varie. Un compresseur n'enferme rien : l'air y entre, le traverse et en ressort. Sa frontière est ouverte (chapitre 1), le système est dit ouvert, et le fluide qui le parcourt forme un écoulement.

Le travail de transvasement

Un fluide qui entre dans une machine n'y entre pas tout seul : il est poussé par le fluide qui le suit. En sortant, il pousse à son tour celui qui se trouve devant lui. Ces deux poussées sont des travaux, et un cylindre fermé n'en a pas.

Le travail de transvasement

Pour entrer, une tranche de fluide de volume V1V_1 est poussée sous la pression P1P_1 par le fluide qui la suit : la machine reçoit le travail P1V1P_1V_1, le produit de la pression par le volume.

Pour sortir, une tranche de volume V2V_2 doit repousser, sous la pression P2P_2, le fluide qui la précède : la machine fournit le travail P2V2P_2V_2.

Le travail net reçu par ces deux poussées vaut donc P1V1−P2V2=−Δ(PV)P_1V_1 - P_2V_2 = -\Delta(PV). Lorsque P2V2P_2V_2 l'emporte, comme dans un compresseur, c'est à l'arbre de payer ce supplément, en plus du travail qui comprime le gaz.

entrée · 1,00 bar · 300 Ksortie · 5,00 bar · 475 Kcompresseurentropie constantew = 5,10 kJq = 0P₁V₁2,49 kJP₂V₂3,95 kJsections constantes : le fluide qui se resserre ralentit, le débit massique ne varie pas
vitesse de sortie 0,32 fois celle d'entrée, à section égale
Bilan du volume de contrôle
Travail de transvasement entrant, P₁V₁2,49 kJ
Travail de transvasement sortant, P₂V₂-3,95 kJ
Travail technique de l'arbre5,10 kJ
Chaleur reçue0,00 J
Variation d'énergie interne, Δu3,64 kJ
Variation d'enthalpie, Δh5,10 kJ

Le bilan du volume de contrôle s'écrit Δu = q + w + P₁V₁ − P₂V₂, et en rassemblant les deux derniers termes dans l'enthalpie il reste w + q = Δh. Les deux rectangles clairs aux frontières sont ces deux travaux, à l'échelle.

Un volume de contrôle traversé par un écoulement. Les deux rectangles clairs aux frontières représentent les travaux de transvasement : celui que reçoit la machine quand le fluide qui suit pousse l'entrée, et celui qu'elle dépense pour faire sortir le fluide.
À manipuler
Faire circuler le fluide et comparer les deux tuyaux : les particules se resserrent et ralentissent à la sortie, car c'est le débit massique, la masse qui passe chaque seconde, qui se conserve, non le débit volumique, le volume qui passe chaque seconde.
Comparer les deux rectangles de transvasement, et chercher ce qui rend celui de la sortie plus grand que celui de l'entrée.
Lire le tableau ligne à ligne : la variation d'énergie interne est la somme de la chaleur, du travail de l'arbre et des deux transvasements, comptés avec leur signe.

Sur la mole de la figure, les deux poussées sont inégales : 2,49 kJ à l'entrée, 3,95 kJ à la sortie. Les 1,46 kJ de différence sont exactement l'écart entre les 5,10 kJ de la machine et les 3,64 kJ de la formule du piston : le cas qui échouait trouve sa cause. Cet écart vient de l'échauffement : le gaz sort à 475 K, donc avec un produit PVPV plus grand qu'à l'entrée. En revanche, une compression isotherme laisserait les deux rectangles égaux, puisque PV=nRTPV = nRT ne varie pas quand la température est constante.

L'enthalpie, et d'où elle vient

Suivre un kilogramme de fluide à travers la machine. Il reçoit la chaleur qq et le travail wtw_t de l'arbre, plus les deux transvasements, P1v1P_1v_1 à l'entrée et −P2v2-P_2v_2 à la sortie, où vv est le volume massique, le volume d'un kilogramme, en m³/kg. Le premier principe donne, avec uu l'énergie interne par kilogramme :

u2−u1=q+wt+P1v1−P2v2u_2 - u_1 = q + w_t + P_1v_1 - P_2v_2

En rangeant chaque terme de pression du côté de l'état auquel il appartient :

(u2+P2v2)−(u1+P1v1)=wt+q(u_2 + P_2v_2) - (u_1 + P_1v_1) = w_t + q

La combinaison u+Pvu + Pv apparaît d'elle-même, à l'entrée comme à la sortie. Plutôt que de traîner le transvasement dans tous les bilans, on le range une fois pour toutes dans une grandeur nouvelle.

L'enthalpie

H=U+PVet, par kilogramme,h=u+PvH = U + PV \qquad\text{et, par kilogramme,}\qquad h = u + Pv

Les minuscules désignent des grandeurs massiques, rapportées à un kilogramme comme la capacité thermique du chapitre 3 : uu et hh en J/kg, qq et wtw_t par kilogramme qui traverse. Multipliées par le débit massique m˙\dot m, en kg/s, elles donnent des puissances. Les majuscules désignent la même grandeur pour toute la quantité de fluide considérée, en joules.

L'enthalpie n'est donc pas une énergie d'une autre nature : c'est l'énergie interne plus le travail d'entrée et de sortie, sous un seul nom. En revanche, dans un cylindre fermé, PVPV n'est le travail de rien, et le bilan s'y écrit avec UU.

Pour un gaz parfait (chapitre 2), PV=nRTPV = nRT donne H=U+nRTH = U + nRT, et UU ne dépend que de TT : l'enthalpie aussi. En différenciant, dH=nCv dT+nR dTdH = nC_v\,dT + nR\,dT, et la relation de Mayer, Cv+R=CpC_v + R = C_p, donne :

ΔH=n Cp ΔT\Delta H = n\,C_p\,\Delta T

Du molaire au massique. Cette écriture compte des moles, avec CpC_p en J/(mol·K). Par kilogramme, elle devient Δh=cp ΔT\Delta h = c_p\,\Delta T, avec la capacité massique cp=n1Cpc_p = n_1 C_p, où n1n_1 est le nombre de moles d'un kilogramme. Pour l'air, n1=34,52n_1 = 34{,}52 mol et cp=34,52×29,10≈1005c_p = 34{,}52 \times 29{,}10 \approx 1005 J/(kg·K), la valeur du tableau du chapitre 3. Multiplier CpC_p par une masse, ou cpc_p par des moles, fausse le résultat d'un facteur d'environ trente-cinq.

Vérification rapideon peut se reprendre

De l'air entre dans un compresseur adiabatique à 300 K et en sort à 400 K. Par kilogramme, cp=1005c_p = 1005 J/(kg·K) et cv=718c_v = 718 J/(kg·K). Quel supplément le travail de l'arbre doit-il fournir, en plus de la variation d'énergie interne ?

Le premier principe en écoulement

Le bilan précédent vaut pour tout fluide qui traverse une machine, à deux hypothèses près, que les installations vérifient presque toujours.

Premier principe en écoulement permanent

Un fluide traverse une machine en régime permanent quand le débit, la pression et la température en chaque point ne varient plus avec le temps : ce qui entre chaque seconde ressort chaque seconde. Si, de plus, sa vitesse change peu entre l'entrée et la sortie et que son altitude ne change pas, son énergie cinétique (celle de son mouvement d'ensemble) et son énergie de pesanteur restent négligeables, et :

wt+q=Δhw_t + q = \Delta h

où wtw_t est le travail technique reçu par unité de masse, celui que transmet l'arbre, qq la chaleur reçue par unité de masse, selon la convention du receveur, et Δh\Delta h la variation d'enthalpie massique entre la sortie et l'entrée. C'est la seconde ligne du bilan précédent.

En revanche, si la vitesse du fluide change fortement entre l'entrée et la sortie, l'énergie cinétique s'ajoute au bilan : ce chapitre ne traite pas ce cas.

Le travail technique se relie au travail des forces de pression (chapitre 5) par le transvasement. Le kilogramme suivi reçoit en tout le travail des forces de pression ww, qui vaut wt+P1v1−P2v2w_t + P_1v_1 - P_2v_2 ; donc wt=w+Δ(Pv)w_t = w + \Delta(Pv). Lorsque l'écoulement est réversible, c'est-à-dire sans frottement ni tourbillon, w=−∫P dvw = -\int P\,dv, et :

wt=−∫P dv+∫d(Pv)=∫v dPw_t = -\int P\,dv + \int d(Pv) = \int v\,dP

Les deux travaux diffèrent donc exactement du transvasement : Wt−W=Δ(PV)W_t - W = \Delta(PV). Pour une machine réelle, avec ses frottements, Wt=ΔH−QW_t = \Delta H - Q reste vrai, mais dépasse ∫V dP\int V\,dP : le chapitre 12 chiffrera cet écart par un rendement de compression.

entréesortiecompresseurQ = 0020040060080002040293 K847 K12V (L)P (bar)

1,00 bar · 841 L · 293 K · compresseur

Bilan de chaque transformation
ÉtapeW techniqueQΔH
1 → 2 adiabatique556 kJ0 J556 kJ

Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. L'aire hachurée, mesurée depuis l'axe des pressions, est le travail technique.

adiabatique, compresseur. 1,00 bar · 841 L · 293 K.
Une compression adiabatique dans un compresseur. Un kilogramme d'air porté de 1 à 41 bar d'un seul étage, sans aucun échange de chaleur.
À manipuler
Regarder le dessin de gauche : il n'y a plus de piston, mais une machine traversée par l'air, de l'entrée à gauche à la sortie à droite.
Lire le tableau : le travail technique et la variation d'enthalpie valent tous deux 556 kJ pour ce kilogramme d'air, puisque la chaleur est nulle, et l'air sort à 574 °C, bien au-delà de ce que supportent l'huile et les joints d'un compresseur.
Regarder où l'aire se construit : depuis l'axe des pressions, à gauche de la courbe, et non dessous.
La compression de la centrale, chiffrée

Le travail technique : Wt=ΔH=n Cp ΔT=34,52×29,10×553,9≈556W_t = \Delta H = n\,C_p\,\Delta T = 34{,}52 \times 29{,}10 \times 553{,}9 \approx 556 kJ pour ce kilogramme, comme la figure.

Le travail du piston, calculé en tête de chapitre : 397 kJ.

L'écart : 159 kJ, soit précisément le transvasement Δ(PV)=nR ΔT\Delta(PV) = n R\,\Delta T. À l'entrée, PV=nRT1=84,1PV = nRT_1 = 84{,}1 kJ ; à la sortie, nRT2=243,1nRT_2 = 243{,}1 kJ ; la différence vaut 159,0 kJ. C'est la réponse à la première question de l'ouverture : la note du constructeur compte le transvasement, la formule du piston l'oublie.

L'erreur qui coûte le plus cher du parcours

Calculer le travail d'un compresseur avec la formule du piston, −∫P dV-\int P\,dV ou nCvΔTnC_v\Delta T, donne un résultat faux et plausible. Sur une adiabatique de gaz parfait, le travail technique vaut exactement γ\gamma fois celui du piston, le rapport Cp/CvC_p/C_v du chapitre 6, soit 1,40 pour l'air : un moteur dimensionné avec la mauvaise formule ne fournit que 71 % de la puissance nécessaire, et rien dans le nombre obtenu ne le signale.

La règle est sans exception : un piston fermé, la formule du piston ; une machine traversée, le travail technique.

Vérification rapideon peut se reprendre

Un compresseur adiabatique aspire 2,0 mol d'air par seconde et l'échauffe de 100 K. Quelle puissance l'arbre fournit-il à l'air ? On donne Cp=29,1C_p = 29{,}1 et Cv=20,8C_v = 20{,}8 J/(mol·K).

Refroidir et étager une compression

Dans un cylindre fermé, le chapitre 7 a montré qu'à 5 bar une compression rapide demande moins de travail de piston qu'une compression lente : 3,64 kJ contre 4,01 kJ pour une mole. Dans un compresseur, c'est le travail technique qui compte, et l'ordre s'inverse : 5,10 kJ contre 4,01 kJ.

La compression de la centrale, refroidie ou non

Sans refroidissement, l'air sort à 574 °C et coûte 556 kJ par kilogramme.

Avec une chaleur évacuée à mesure, la compression est isotherme à 20 °C : Wt=nRTln⁡P2P1=34,52×8,314×293,15×ln⁡41≈312W_t = n R T \ln\dfrac{P_2}{P_1} = 34{,}52 \times 8{,}314 \times 293{,}15 \times \ln 41 \approx 312 kJ, et l'air sort à 20 °C. En isotherme, PVPV ne change pas, donc le travail technique égale celui du piston (chapitre 6).

Le refroidissement économise 244 kJ, la compression sans refroidissement coûtant 78 % de plus.

Refroidir l'air en le comprimant paie donc, mais un compresseur rapide n'a pas le temps d'échanger de la chaleur à travers ses parois. La solution industrielle est de comprimer en plusieurs étages, en ramenant l'air à sa température d'entrée dans un échangeur, un refroidisseur, entre deux étages : l'air y cède sa chaleur à de l'eau. Les compresseurs de la centrale ont trois étages de même rapport de pression, 411/3≈3,4541^{1/3} \approx 3{,}45, avec un refroidisseur après chacun, jusqu'aux réservoirs. Avant de lancer la figure, répondre à sa question : lequel des deux chemins fait recevoir le plus de travail technique à l'air ?

entréesortiecompresseurQ = 0020040060080002040293 K847 K12345678V (L)P (bar)

1,00 bar · 841 L · 293 K · compresseur

Chemin 1 : adiabatique puis isobare, trois fois
ÉtapeW techniqueQΔH
1 → 2 adiabatique125 kJ0 J125 kJ
2 → 3 isobare0 J-125 kJ-125 kJ
3 → 4 adiabatique125 kJ0 J125 kJ
4 → 5 isobare0 J-125 kJ-125 kJ
5 → 6 adiabatique125 kJ0 J125 kJ
6 → 7 isobare0 J-125 kJ-125 kJ
Total375 kJ-375 kJ0 J
Chemin 2 : adiabatique
ÉtapeW techniqueQΔH
1 → 8 adiabatique556 kJ0 J556 kJ
Total556 kJ0 J556 kJ

Les grandeurs en gras sont reçues par le gaz : une valeur négative signifie qu'il en fournit. Les hachures montantes sont l'aire du chemin 1, les hachures descendantes celle du chemin 2 : chacune, mesurée depuis l'axe des pressions, est le travail technique. Travail technique reçu par le gaz : chemin 1, 375 kJ ; chemin 2, 556 kJ.

Chemin 1. adiabatique, compresseur. 1,00 bar · 841 L · 293 K.
La même compression, en trois étages refroidis. Chaque étage multiplie la pression par 3,45, et un refroidisseur ramène l'air à 20 °C avant l'étage suivant, puis avant les réservoirs ; le chemin en pointillés est la compression en un seul étage.
À manipuler
Choisir une réponse, puis suivre l'air sur chaque chemin avec la bascule ou le curseur.
Noter, pour chaque chemin, le travail technique total, la chaleur de chaque palier et la température la plus haute atteinte.
Comparer les deux aires hachurées, tracées aux mêmes échelles : ce qui sépare le pointillé de l'escalier est ce que l'étagement économise.

La figure donne la réponse. Le chemin en un seul étage demande le plus de travail technique : 556 kJ, contre 375 kJ pour les trois étages, à raison de 125 kJ par étage et de rien pendant les refroidissements. La bande qui sépare les deux aires hachurées vaut 182 kJ : c'est le travail économisé, soit 74 % des 244 kJ qui séparent l'adiabatique de l'isotherme, pour trois échangeurs.

La colonne de la chaleur s'additionne en −375 kJ, l'opposé exact du travail, puisque l'air ressort à la température où il est entré : toute l'énergie que l'arbre fournit finit en chaleur dans l'eau des refroidisseurs, comme le chapitre 5 l'a chiffré pour le remplissage d'un réservoir.

L'étagement a un second bénéfice : l'air ne dépasse plus 144 °C en sortie d'étage, au lieu de 574 °C. Chaque étage de plus rapproche de l'isotherme, avec un gain de plus en plus petit, et l'isotherme reste la limite qu'aucune machine ne franchit.

Vérification rapideon peut se reprendre

La centrale d'air reçoit un quatrième étage avec son refroidisseur, toujours de 1 à 41 bar et à rapports égaux. Que deviennent le travail total et la température en sortie d'étage ?

Les organes d'une installation, et ce que chacun conserve

Une installation enchaîne quelques appareils, et chacun impose une contrainte au fluide qui le traverse : le détendeur du dioxyde de carbone (CO₂) de la cuve, un organe qui baisse la pression du fluide sans qu'il fournisse de travail ; le compresseur de la centrale ; la chaudière du nettoyage en place, le circuit qui lave les cuves et les lignes.

Ce que chaque organe conserve
OrganeCe qui ne varie pasPourquoiBilan
Vanne, détendeurl'enthalpieni arbre, ni temps d'échangerΔh=0\Delta h = 0
Compresseur, turbineaucune grandeur du bilantrop rapide pour échanger de la chaleur : adiabatique ; sans frottement, Laplace donne la température de sortiewt=Δhw_t = \Delta h
Échangeur, chaudièrela pressionaucun arbre, et pertes de charge (la chute de pression due aux frottements) négligéesq=Δhq = \Delta h

Le chapitre 10 montrera que la compression adiabatique et réversible garde une grandeur nouvelle, l'entropie, d'où son nom d'isentropique.

Comment cette table s'emploie. Devant un organe, la première question n'est pas « que vaut le travail » mais « qu'est-ce qui ne varie pas ». Une vanne ne demande aucun calcul de sortie : l'enthalpie est la même des deux côtés, et la pression de sortie est donnée. Un échangeur n'en demande presque aucun non plus : la pression est la même, et q=Δhq = \Delta h donne la seconde grandeur. La chaudière du nettoyage en place porte 1,5 m³ d'eau par heure, soit 0,4167 kg/s, de 13 à 85 °C. Pour un liquide, dont le volume varie à peine, Δh≈c ΔT\Delta h \approx c\,\Delta T : q=4185×72≈301q = 4185 \times 72 \approx 301 kJ/kg, soit 126 kW pour ce débit. Reste le compresseur, qui se calcule comme plus haut. Le cycle frigorifique enchaîne deux échangeurs, un compresseur et un détendeur, et chacun se traite ainsi.

Une vanne conserve l'enthalpie, et non la température

Pour un gaz parfait, l'enthalpie ne dépend que de la température : une vanne y est donc aussi isotherme, et un détendeur de 5 à 1 bar afficherait 300 K des deux côtés.

Pour un fluide réel près de sa liquéfaction, ce n'est plus vrai : sur le site, le CO₂ vaporisé puis réchauffé à 5 °C sous 19,7 bar perd une vingtaine de kelvins (de 5 à −16 °C) en se détendant vers les 5 bar du saturateur, où le gaz se mêle à l'eau, sans qu'aucun arbre ne tourne. C'est exactement ce qui produit le froid dans une machine frigorifique, et confondre les deux propriétés ferait croire qu'un détendeur ne sert à rien.

Vérification rapideon peut se reprendre

De l'air, traité en gaz parfait, entre à 300 K dans une vanne et passe de 5 à 1 bar. À quelle température en sort-il ?

Reconnaître le bon cadre

Deux questions suffisent. La matière traverse-t-elle la frontière ? Si oui, le système est ouvert, et le bilan s'écrit en enthalpie. Si non, il est fermé, et le bilan s'écrit en énergie interne.

La frontière se déplace-t-elle ? Cette question ne tranche pas entre fermé et ouvert : elle dit seulement s'il faut compter, en plus, un travail de piston. Un cylindre de moteur à soupapes closes est fermé ; le même cylindre pendant l'admission est ouvert, bien que son piston bouge. Un compresseur, une turbine, une pompe, un échangeur, une vanne sont ouverts en permanence.

Système ferméSystème ouvert
Exemplegaz dans un pistoncompresseur, turbine, échangeur
Grandeur du bilanénergie interne UUenthalpie HH
Sa variation, gaz parfaitΔU=nCvΔT\Delta U = nC_v\Delta TΔH=nCpΔT\Delta H = nC_p\Delta T
Travail, cas réversibleW=−∫P dVW = -\int P\,dVWt=∫V dPW_t = \int V\,dP
Sur le diagrammeaire sous la courbeaire à gauche de la courbe

La méthode

  1. Trancher entre fermé et ouvert avant d'écrire quoi que ce soit, en regardant si la matière traverse la frontière. Ce choix décide de toutes les formules qui suivent.
  2. Choisir la grandeur du bilan : énergie interne pour un système fermé, enthalpie pour un système ouvert.
  3. Calculer la variation d'enthalpie par nCpΔTn C_p \Delta T, ou cpΔTc_p \Delta T par kilogramme, et non par CvC_v, ce qui est l'erreur symétrique de la précédente.
  4. Appliquer le principe en écoulement, wt+q=Δhw_t + q = \Delta h, et en tirer l'inconnue.
  5. Ne pas mêler le molaire et le massique : CpC_p se multiplie par des moles, cpc_p par des kilogrammes, et une puissance se tire d'une grandeur massique en la multipliant par le débit massique.
  6. Contrôler par le rapport gamma : sur une adiabatique de gaz parfait, le travail technique doit valoir γ\gamma fois le travail de piston. Un rapport égal à un signale que la même formule a servi deux fois.

Mettre en pratique

Les calculs ci-dessous se posent à la main, avec les formules du cours. Le calcul répond à la seconde question de l'ouverture ; la première a sa réponse dans l'exemple chiffré plus haut, et le premier exercice type refait la démarche sur un autre point de fonctionnement.

Remplir un réservoir en trois étages

  • 1.

    Chaque étage de la centrale multiplie la pression par 3,45, la racine cubique de 41, et l'air y entre à 20 °C. Quelle est sa température à la sortie d'un étage, en degrés Celsius, à 1 °C près ? On prendra γ = 1,40.

  • 2.

    Quel travail technique un étage fournit-il à un kilogramme d'air, en kilojoules par kilogramme, à 1 kJ/kg près ? On prendra c_p = 1005 J/(kg·K).

  • 3.

    Les trois étages remplissent le réservoir de 146 kg du chapitre 5. Quelle énergie l'arbre fournit-il à l'air au total, en mégajoules (MJ, un mégajoule valant mille kilojoules), à 0,1 MJ près ?

  • 4.

    De quel pourcentage cette énergie dépasse-t-elle le minimum de 45,6 MJ du chapitre 5, à 1 point près ?

La seconde question de l'ouverture a sa réponse : les trois étages demandent un peu moins de 55 mégajoules (MJ), soit 15,2 kilowattheures (kWh), 20 % de plus que le minimum isotherme de 45,6 MJ. Un seul étage en demanderait 81 MJ : l'étagement économise un tiers de l'énergie du remplissage.

Le moteur de 90 kW suffit-il à comprimer l'air de la centrale en un seul étage ?

Un compresseur de la centrale d'air des Eaux d'Escarlens aspire 0,20 kg/s d'air à 1 bar absolu et 35 °C, un jour d'été où la salle des compresseurs est chaude, et le refoule à 41 bar absolus en un seul étage. Son moteur fournit 90 kW à l'arbre. La compression est supposée sans frottement ni échange de chaleur, et l'air est un gaz parfait diatomique (γ=1,40\gamma = 1{,}40, cp=1005c_p = 1005 J/(kg·K), cv=718c_v = 718 J/(kg·K)). Calculer la température de sortie, en degrés Celsius, à 1 °C près ; la puissance que l'arbre fournit à l'air, en kilowatts, à 1 kW près ; la puissance qu'aurait donnée la formule du piston, en kilowatts, à 1 kW près ; puis dire si le moteur de 90 kW suffit, et si la formule du piston l'aurait fait croire.

Par où commencer ? Chercher si l'air traverse la machine ou y reste enfermé, et ce que cela change pour le travail à retenir.

Vérification rapideon peut se reprendre

Pourquoi la puissance de l'arbre se calcule-t-elle avec cpc_p et non avec cvc_v ?

Le corrigé
  1. Reconnaître le cadre. L'air traverse le compresseur : système ouvert, en régime permanent. La chaleur est nulle, donc wt=Δh=cp ΔTw_t = \Delta h = c_p\,\Delta T.
  2. Calculer la température de sortie, avec des kelvins : T2=308,15×412/7≈890,3T_2 = 308{,}15 \times 41^{2/7} \approx 890{,}3 K, soit 617 °C, et ΔT≈582,2\Delta T \approx 582{,}2 K.
  3. Calculer la puissance de l'arbre. Par kilogramme, wt=1005×582,2≈585,1w_t = 1005 \times 582{,}2 \approx 585{,}1 kJ/kg ; pour 0,20 kg/s, W˙t=0,20×585,1≈\dot W_t = 0{,}20 \times 585{,}1 \approx 117 kW.
  4. Calculer ce que donnait la formule du piston : cv ΔT=718×582,2≈418,0c_v\,\Delta T = 718 \times 582{,}2 \approx 418{,}0 kJ/kg, soit 0,20×418,0≈0{,}20 \times 418{,}0 \approx 83,6 kW.
  5. Conclure sur le moteur. 117 kW dépasse les 90 kW : le moteur ne suffit pas en un seul étage. La formule du piston, 83,6 kW, aurait fait croire à une marge de 6 kW : ici, la mauvaise formule change la décision. En trois étages refroidis, l'arbre ne fournirait que 79 kW, et le moteur suffirait.
  6. Vérifier. L'écart, 117,0−83,6=33,4117{,}0 - 83{,}6 = 33{,}4 kW, est le transvasement m˙ (cp−cv) ΔT=0,20×287×582,2≈33,4\dot m\,(c_p - c_v)\,\Delta T = 0{,}20 \times 287 \times 582{,}2 \approx 33{,}4 kW, et le rapport 117,0/83,6≈1,40117{,}0/83{,}6 \approx 1{,}40 est γ\gamma.
Le moteur de 65 kW suffit-il au compresseur des canons à neige ?

Un domaine skiable alimente ses canons à neige en air comprimé à 8 bar absolus. Son compresseur aspire 0,35 kg/s d'air à 1 bar absolu et 5 °C, et le refoule en un seul étage. Son moteur fournit 65 kW à l'arbre. Mêmes hypothèses et mêmes constantes que pour l'exercice précédent. Calculer la température de sortie, en degrés Celsius, à 1 °C près ; la puissance que l'arbre fournit à l'air, en kilowatts, à 1 kW près ; la puissance qu'aurait donnée la formule du piston, en kilowatts, à 1 kW près ; puis dire si le moteur de 65 kW suffit, et si la formule du piston l'aurait fait croire.

Par où commencer ? Retrouver la démarche de l'exercice précédent : le cadre, puis la température de sortie, avant toute puissance.

Le corrigé
  1. Reconnaître le cadre. L'air traverse le compresseur : système ouvert, en régime permanent, sans chaleur échangée. Donc wt=Δh=cp ΔTw_t = \Delta h = c_p\,\Delta T.
  2. Calculer la température de sortie : T2=278,15×82/7≈503,9T_2 = 278{,}15 \times 8^{2/7} \approx 503{,}9 K, soit 231 °C, et ΔT≈225,7\Delta T \approx 225{,}7 K.
  3. Calculer la puissance de l'arbre. Par kilogramme, wt=1005×225,7≈226,8w_t = 1005 \times 225{,}7 \approx 226{,}8 kJ/kg ; pour 0,35 kg/s, W˙t=0,35×226,8≈\dot W_t = 0{,}35 \times 226{,}8 \approx 79 kW.
  4. Calculer ce que donnait la formule du piston : cv ΔT=718×225,7≈162,1c_v\,\Delta T = 718 \times 225{,}7 \approx 162{,}1 kJ/kg, soit 0,35×162,1≈0{,}35 \times 162{,}1 \approx 57 kW.
  5. Conclure sur le moteur. 79 kW dépasse les 65 kW : le moteur ne suffit pas. La formule du piston, 57 kW, aurait fait croire à une marge de 8 kW : comme à la centrale, la mauvaise formule change la décision.
  6. Vérifier. Un refroidisseur qui ramènerait l'air à 5 °C retirerait 0,35×226,8≈790{,}35 \times 226{,}8 \approx 79 kW, l'opposé du travail de l'arbre. L'écart entre les deux puissances, 79,4−56,7=22,779{,}4 - 56{,}7 = 22{,}7 kW, vaut m˙ (cp−cv) ΔT=0,35×287×225,7≈22,7\dot m\,(c_p - c_v)\,\Delta T = 0{,}35 \times 287 \times 225{,}7 \approx 22{,}7 kW, et leur rapport est de nouveau 1,40.

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