La convection et le rayonnement
Ce que ce chapitre apporte4 points
- Écrire le flux convectif et dire ce que représente le coefficient d'échange.
- Distinguer la convection naturelle de la convection forcée, et situer leurs ordres de grandeur.
- Écrire la loi de Stefan-Boltzmann et définir l'émissivité.
- Rassembler les trois modes en une résistance thermique de surface, et l'ajouter à celles des couches.
La conduction n'est qu'un des trois modes de transfert, et ce n'est pas celui qui domine aux surfaces. Un mur ne touche pas l'air : il baigne dedans, et l'air qui le longe emporte de la chaleur en se déplaçant. C'est la convection. Et toute surface rayonne vers ce qui l'entoure, même à travers le vide, sans aucun support matériel. C'est le rayonnement.
Ces deux modes agissent là où la conduction s'arrête, c'est-à-dire aux deux faces de toute paroi. Les ignorer ne fausse pas un peu le calcul d'un mur bien isolé, et le fausse de moitié sur un simple vitrage. Ce chapitre les chiffre, puis les rassemble avec la conduction en un coefficient unique.
La convection
Entre une paroi à la température et un fluide à la température :
où est le coefficient d'échange convectif, en watts par mètre carré et par kelvin.
La convection est naturelle quand le mouvement du fluide naît du transfert lui-même : l'air réchauffé devient moins dense, et il monte. Elle est forcée quand un ventilateur ou une pompe impose le mouvement.
| Situation | en W/(m²·K) |
|---|---|
| Air en convection naturelle | 5 à 10 |
| Air en convection forcée | 20 à 100 |
| Eau en convection naturelle | 100 à 600 |
| Eau en convection forcée | 1000 à 15 000 |
| Fluide en changement d'état | 5000 à 100 000 |
Trois décades séparent l'air immobile du fluide qui bout. C'est la raison pour laquelle tous les échangeurs performants font circuler leur fluide vite, et pourquoi un évaporateur, où le fluide bout, échange si bien.
La conductivité appartient au matériau et se lit dans une table. Le coefficient , lui, dépend de la situation : de la vitesse du fluide, de sa nature, de la forme de la surface, de son orientation, et de l'écart de température lui-même.
Il ne se lit donc pas dans une table de matériaux, et les valeurs ci-dessus ne sont que des ordres de grandeur. Le déterminer réellement demande des corrélations expérimentales, qui dépassent le cadre de ce parcours.
Le rayonnement
Toute surface à la température émet :
avec W/(m²·K⁴) et l'émissivité, comprise entre 0 et 1.
Le flux rayonné varie comme la puissance quatrième de la température absolue. Doubler la température absolue multiplie donc le rayonnement par seize.
Deux conséquences. Aux températures d'un bâtiment, autour de trois cents kelvins, le rayonnement reste modeste et se confond dans le coefficient de surface. Aux températures d'une flamme ou d'un four, il domine tout le reste, et aucun calcul de four ne peut l'ignorer.
| T (K) | P | M |
|---|---|---|
| 250 | 0,1993 | 0,0111 |
| 287,5 | 0,3486 | 0,0194 |
| 300 | 0,4133 | 0,023 |
| 325 | 0,5693 | 0,0316 |
| 362,5 | 0,8812 | 0,049 |
| 400 | 1,3064 | 0,0726 |
| 437,5 | 1,8696 | 0,1039 |
| 475 | 2,5978 | 0,1443 |
| 512,5 | 3,5205 | 0,1956 |
| 550 | 4,6696 | 0,2594 |
| 587,5 | 6,0793 | 0,3377 |
| 625 | 7,7866 | 0,4326 |
| 662,5 | 9,8304 | 0,5461 |
| 700 | 12,2523 | 0,6807 |
| 737,5 | 15,0964 | 0,8387 |
| 775 | 18,4091 | 1,0227 |
| 812,5 | 22,2392 | 1,2355 |
| 850 | 26,638 | 1,4799 |
| 887,5 | 31,6591 | 1,7588 |
| 925 | 37,3588 | 2,0755 |
| 962,5 | 43,7954 | 2,4331 |
| 1 000 | 51,03 | 2,835 |
Regarder le bas de la courbe : aux températures d'un bâtiment, autour de trois cents kelvins, elle est presque plate. C'est pourquoi le rayonnement s'y confond dans un coefficient de surface au lieu d'être calculé à part.
Étendre l'axe avec le curseur : au-delà de mille kelvins, la courbe sort du cadre presque aussitôt. Aucun calcul de four ne peut ignorer le rayonnement.
Comparer les deux courbes : le métal poli rayonne dix-huit fois moins à toute température, et c'est le seul paramètre sur lequel une couverture de survie agit.
Une surface émet vers son environnement et en reçoit en retour. Le bilan net entre une paroi à et un environnement à s'écrit :
Prendre le seul terme d'émission donnerait un flux énorme et absurde : une paroi à vingt degrés dans une pièce à vingt degrés n'échange rien, alors que son émission seule vaut plus de quatre cents watts par mètre carré.
| Surface | Émissivité |
|---|---|
| Peinture, plâtre, brique, bois | 0,85 à 0,95 |
| Verre | 0,90 |
| Aluminium poli | 0,05 |
| Aluminium oxydé | 0,25 |
Une surface d'émissivité 0,05 rayonne vingt fois moins qu'une surface ordinaire, et réfléchit d'autant le rayonnement qu'elle reçoit.
La feuille n'isole donc rien par conduction, son épaisseur étant dérisoire : elle agit uniquement sur le troisième mode. C'est aussi le principe des isolants minces réfléchissants, et la raison pour laquelle ils ne remplacent pas un isolant épais mais s'y ajoutent.
Les trois modes ensemble
En pratique, aux deux faces d'une paroi de bâtiment, la convection et le rayonnement agissent simultanément et se rassemblent en un seul coefficient.
Les valeurs conventionnelles du bâtiment valent W/(m²·K) à l'intérieur et W/(m²·K) à l'extérieur, où le vent renforce la convection.
sonde à 2 mm · 1,04 °C
| Élément | R (m²·K/W) | Part | Chute |
|---|---|---|---|
| échange intérieur | 0,130 | 75 % | 18,7 K |
| verre | 0,00400 | 2 % | 0,575 K |
| échange extérieur | 0,0400 | 23 % | 5,75 K |
Résistance totale 0,174 m²·K/W, donc U = 5,75 W/(m²·K), soit 144 W/m² et 288 W pour 2,00 m². Les couches sont dessinées à l'échelle de leur épaisseur, et le profil à celle de leur résistance.
Déplacer la sonde à travers le verre : la température y chute à peine, alors que l'écart entre les deux ambiances vaut vingt-cinq degrés. Presque toute la chute se produit dans les deux lames d'air, que la figure ne dessine pas parce qu'elles n'ont pas d'épaisseur.
Comparer le coefficient U obtenu avec celui du mur isolé du chapitre précédent : il est quinze fois plus grand. Un mètre carré de simple vitrage laisse passer autant qu'une quinzaine de mètres carrés de mur.
Sur un mur bien isolé, elles pèsent quelques pour cent et les oublier ne change presque rien.
Sur un simple vitrage, elles portent plus de quatre-vingt-quinze pour cent de la résistance. Les oublier donnerait un coefficient U de 250 W/(m²·K) au lieu de 5,8, soit un facteur quarante.
La règle est donc de toujours les compter : elles sont négligeables quand elles le sont, et rien ne prévient quand elles ne le sont pas.
Pourquoi un double vitrage isole-t-il bien mieux qu'un simple vitrage de même épaisseur totale de verre ?
La méthode
- Identifier les modes en présence à chaque frontière : conduction dans les solides, convection et rayonnement aux surfaces.
- Convertir les températures en kelvins dès qu'un rayonnement intervient, puisque la puissance quatrième porte sur la température absolue.
- Rassembler convection et rayonnement en un coefficient de surface unique lorsque les températures sont modérées, comme dans un bâtiment.
- Ajouter les résistances de surface à celles des couches, et calculer la résistance totale.
- Vérifier les unités avant le résultat : un coefficient d'échange est en watts par mètre carré et par kelvin, son inverse en mètres carrés-kelvins par watt. La constante de Stefan-Boltzmann porte des kelvins à la puissance quatre au dénominateur, et un flux rayonné calculé en degrés Celsius est faux d'un facteur considérable.
- Contrôler l'ordre de grandeur : un coefficient U de mur isolé tourne autour de 0,3 W/(m²·K), un simple vitrage autour de 5,8, un double vitrage autour de 2,8. Un résultat hors de ces plages demande une relecture.
Synthèse
- La convection transporte la chaleur par le déplacement du fluide : .
- Elle est naturelle quand le mouvement naît du transfert, forcée quand un appareil l'impose, et trois décades séparent les deux extrêmes.
- Le coefficient n'est pas une propriété du matériau : il dépend de la situation, et ne se lit dans aucune table de matériaux.
- Le rayonnement suit , et il varie comme la puissance quatrième de la température absolue.
- Le bilan net d'échange radiatif fait intervenir la différence des puissances quatrièmes, jamais l'émission seule.
- L'émissivité vaut 0,9 environ pour les matériaux courants et 0,05 pour un métal poli, ce qui fonde les isolants réfléchissants.
- Aux surfaces d'une paroi, convection et rayonnement se rassemblent en un coefficient unique : 7,7 W/(m²·K) à l'intérieur et 25 à l'extérieur.
- Ces résistances de surface pèsent quelques pour cent sur un mur isolé et plus de quatre-vingt-quinze pour cent sur un simple vitrage.