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Étude d'une fonction d'une variable

Ce que ce chapitre apporte 9 points
  • Déterminer un domaine de définition et calculer des limites, y compris dans les formes indéterminées.
  • Manipuler l'exponentielle et le logarithme, et résoudre une équation dont l'inconnue est un exposant.
  • Reconnaître les asymptotes verticales, horizontales et obliques.
  • Dériver n'importe quelle fonction usuelle, un produit, un quotient, une composée.
  • Dresser un tableau de variations complet et en déduire les extremums.
  • Étudier la convexité avec la dérivée seconde et localiser les points d'inflexion.
  • Écrire l'équation d'une tangente et faire une approximation affine.
  • Utiliser le théorème des valeurs intermédiaires pour justifier l'existence d'une solution.
  • Trouver la valeur qui optimise une grandeur, et justifier que c'est bien un maximum ou un minimum.
Étudier une fonction, c'est répondre à quatre questions dans l'ordre : où est-elle définie, que devient-elle aux bords, où monte-t-elle et où descend-elle, et de quel côté est-elle courbée. Au bout de ces quatre questions, la courbe se trace sans avoir calculé plus de trois points. Et surtout, on sait où est le maximum : c'est la vraie question quand on dimensionne une pièce, un signal ou un coût.

Domaine de définition

Avant tout calcul, il faut savoir où la fonction existe. Trois interdits, et ce sont toujours les mêmes :

Ce qu'on voitLa condition
un quotient A/BA/BB≠0B \neq 0
une racine carrée A\sqrt{A}A≥0A \geq 0
un logarithme ln⁡A\ln AA>0A > 0

La racine accepte 0, le logarithme le refuse. Cette seule différence est une source d'erreur classique.

Exemple. f(x)=ln⁡(x−2)/(x−5)f(x) = \ln(x - 2)/(x - 5) est définie pour x>2x > 2 et x≠5x \neq 5, soit sur ]2;5[∪]5;+∞[]2 ; 5[ \cup ]5 ; +\infty [.

Exponentielle et logarithme

Deux fonctions reviennent dans tout le reste du parcours : dans une suite qui double, une charge de condensateur, une loi de Poisson, un nombre de classes. Elles méritent d'être posées une fois, avec les règles de calcul qui les rendent utiles.

Définitions

L'exponentielle x↦exx \mapsto e^x est définie sur R\mathbb{R}, strictement positive et strictement croissante, avec e0=1e^0 = 1 et e≈2,718e \approx 2{,}718.

Le logarithme népérien x↦ln⁡xx \mapsto \ln x est sa fonction réciproque, définie sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[ : ln⁡x\ln x est l'exposant qu'il faut donner à ee pour obtenir xx. Autrement dit, eln⁡x=xe^{\ln x} = x pour x>0x > 0, et ln⁡(ey)=y\ln(e^y) = y pour tout réel yy.

Deux fonctions réciproques ont des courbes symétriques par rapport à la droite y=xy = x : ce que l'une fait, l'autre le défait. La figure le montre, et elle montre aussi pourquoi ln⁡\ln n'existe pas pour x≤0x \leq 0 : l'exponentielle ne prend jamais ces valeurs.

-3-2,5-2-1,5-1-0,50,511,522,533,54-3-2,5-2-1,5-1-0,50,511,522,533,54xye⁰ = 1ln 1 = 0
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [-3 ; 4]
xfgh
-30,0498non définie-3
-2,650,0707non définie-2,65
-2,30,1003non définie-2,3
-1,950,1423non définie-1,95
-1,60,2019non définie-1,6
-1,250,2865non définie-1,25
-0,90,4066non définie-0,9
-0,550,5769non définie-0,55
-0,20,8187non définie-0,2
01non définie0
0,151,1618-1,89710,15
0,51,6487-0,69310,5
0,852,3396-0,16250,85
12,718301
1,23,32010,18231,2
1,554,71150,43831,55
1,96,68590,64191,9
2,259,48770,81092,25
2,613,46370,95552,6
2,9519,1061,08182,95
3,327,11261,19393,3
3,6538,47471,29473,65
454,59821,38634
f(x) = exp(x)g(x) = ln(x)h(x) = x
L'exponentielle, le logarithme, et la droite y = x qui les échange. Chaque point de l'une a son reflet sur l'autre : le point (0 ; 1) de l'exponentielle devient le point (1 ; 0) du logarithme.

Les règles de calcul

Tout vient d'une seule propriété : l'exponentielle transforme une somme en produit, et le logarithme fait l'inverse.

ExponentielleLogarithme
ea+b=ea×ebe^{a + b} = e^a \times e^bln⁡(ab)=ln⁡a+ln⁡b\ln(ab) = \ln a + \ln b
ea−b=ea/ebe^{a - b} = e^a / e^bln⁡(a/b)=ln⁡a−ln⁡b\ln(a/b) = \ln a - \ln b
(ea)n=ena(e^a)^n = e^{na}ln⁡(an)=nln⁡a\ln(a^n) = n \ln a
e−a=1/eae^{-a} = 1/e^aln⁡(1/a)=−ln⁡a\ln(1/a) = -\ln a

La troisième ligne est celle qui sert le plus : le logarithme fait descendre l'exposant. C'est elle qui résout toute équation dont l'inconnue est en exposant.

Ce que le logarithme ne fait pas
ln⁡(a+b)\ln(a + b) n'est pas ln⁡a+ln⁡b\ln a + \ln b : le logarithme transforme les produits, pas les sommes. Et ln⁡(a)×ln⁡(b)\ln(a) \times \ln(b) ne se simplifie pas. Les deux fautes viennent de la même confusion, et elles se contrôlent en une ligne avec a=b=1a = b = 1 : ln⁡2≠ln⁡1+ln⁡1=0\ln 2 \neq \ln 1 + \ln 1 = 0.

Résoudre une équation dont l'inconnue est un exposant

Exemple travaillé. Au bout de combien d'années un capital placé à 3 % par an a-t-il doublé ? Il faut résoudre 1,03n=21{,}03^n = 2.

  1. On prend le logarithme des deux membres, ce qui est permis puisqu'ils sont strictement positifs : ln⁡(1,03n)=ln⁡2\ln(1{,}03^n) = \ln 2.
  2. L'exposant descend : nln⁡1,03=ln⁡2n \ln 1{,}03 = \ln 2.
  3. On divise : n=ln⁡2ln⁡1,03≈23,4n = \dfrac{\ln 2}{\ln 1{,}03} \approx 23{,}4 ans.

Exemple travaillé. Une grandeur suit y(t)=5 e−0,2ty(t) = 5\,e^{-0{,}2t}. Quand passe-t-elle sous 1 ? Il faut e−0,2t<0,2e^{-0{,}2t} < 0{,}2, soit −0,2t<ln⁡0,2-0{,}2t < \ln 0{,}2 en passant au logarithme, qui est croissant et conserve donc le sens. Puis on divise par −0,2-0{,}2, qui est négatif, ce qui retourne l'inégalité : t>ln⁡0,2−0,2≈8,05t > \dfrac{\ln 0{,}2}{-0{,}2} \approx 8{,}05.

Le sens de l'inégalité
Passer au logarithme ne change pas le sens d'une inégalité, puisque ln⁡\ln est croissante. Diviser ensuite par un logarithme peut le changer : ln⁡q\ln q est négatif dès que q<1q < 1. C'est la faute qui revient au chapitre sur les suites chaque fois qu'on cherche un seuil.

Les deux autres logarithmes

Le logarithme népérien a une base, ee. On en emploie deux autres, et ils se ramènent tous à lui :

log⁡10x=ln⁡xln⁡10log⁡2x=ln⁡xln⁡2\log_{10} x = \frac{\ln x}{\ln 10} \qquad\qquad \log_2 x = \frac{\ln x}{\ln 2}

Le logarithme décimal log⁡10\log_{10} compte les chiffres : log⁡101 000=3\log_{10} 1\,000 = 3. C'est lui qui définit le décibel : un gain de puissance GG vaut 10log⁡10G10 \log_{10} G décibels, donc multiplier une puissance par 100 ajoute 20 dB, et la diviser par 2 en retire environ 3. Les diagrammes de Bode sont tracés dans cette unité.

Le logarithme binaire log⁡2\log_2 compte les divisions par deux : log⁡21 024=10\log_2 1\,024 = 10. C'est le nombre de tours d'une dichotomie, le nombre de bits qu'il faut pour écrire un nombre, et celui qui donne le nombre de classes d'un histogramme au chapitre de statistiques.

Limites

Une limite répond à la question : « quand x s'approche de a, vers quoi f(x) s'approche-t-elle ? » C'est la question que le chapitre sur les suites posait pour n→+∞n \to +\infty, étendue ici à un réel qui s'approche d'une valeur quelconque.

Les limites de référence

En +∞+\inftyEn 0+0^+
xn→+∞x^n \to +\infty1/x→01/x \to 01/x→+∞1/x \to +\inftyln⁡x→−∞\ln x \to -\infty
ex→+∞e^x \to +\inftyln⁡x→+∞\ln x \to +\infty
e−x→0e^{-x} \to 0x→+∞\sqrt{x} \to +\infty

Les croissances comparées

C'est le résultat qui débloque la moitié des exercices. Il dit qui gagne quand deux infinis s'affrontent :

Croissances comparées

L'exponentielle écrase la puissance, qui écrase le logarithme.

En +∞+\infty :

  • ex/xn→+∞e^x / x^n \to +\infty  (l'exponentielle l'emporte)
  • ln⁡x/xn→0\ln x / x^n \to 0  (la puissance l'emporte)
  • xne−x→0x^n e^{-x} \to 0  (l'exponentielle l'emporte encore, elle écrase la puissance)

En 0+0^+, un seul résultat, et il est du même genre :

  • xln⁡x→0x \ln x \to 0  (la puissance l'emporte sur le logarithme, même près de zéro)

À retenir. La hiérarchie se retient dans l'ordre : ln ≪ puissances ≪ exponentielle. Face à une forme indéterminée qui mêle deux de ces familles, c'est celle de droite qui impose la limite.

Ce signe ≪\ll se voit. Les trois fonctions ci-dessous partent presque ensemble, et il suffit d'aller jusqu'à 4 pour que l'écart devienne impossible à représenter sur un même repère.

0,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,833,23,43,63,84-2246810121416182022xy
Valeurs de f(x), g(x), h(x) sur l'intervalle [0,15 ; 4]
xfgh
0,151,16180,0225-1,8971
0,34251,40850,1173-1,0715
0,5351,70740,2862-0,6255
0,72752,06990,5293-0,3181
0,922,50930,8464-0,0834
1,11253,0421,23770,1066
1,3053,68771,7030,2662
1,49754,47052,24250,4038
1,695,41952,85610,5247
1,88256,56993,54380,6326
2,0757,96454,30560,73
2,26759,65525,14160,8187
2,4611,70486,05160,9002
2,652514,18957,03580,9755
2,84517,20168,0941,0456
3,037520,8539,22641,111
3,2325,279710,43291,1725
3,422530,645911,71351,2304
3,61537,151313,06821,2851
3,807545,037714,49711,337
454,5982161,3863
f(x) = exp(x) vaut 54,6g(x) = x^2 vaut 16h(x) = ln(x) vaut 1,39
Valeurs pour x = 4, le bord droit de la figure.
En 4, l'exponentielle vaut 55, le carré 16 et le logarithme 1,4. Aucune des trois ne rattrapera jamais celle de gauche : l'écart ne cesse de croître.
À manipuler
Élargir l'axe des abscisses jusqu'au bout du curseur. Le carré et le logarithme finissent couchés sur l'axe horizontal, et ce n'est pas qu'ils décroissent : c'est l'exponentielle qui impose l'échelle à elle seule. Le signe ≪ de la hiérarchie ne dit rien d'autre que cela.

Le départ, lui, ne prouve rien, et c'est ce qui rend le résultat moins évident qu'il n'y paraît. Avec x10x^{10} à la place de x2x^2, la puissance mènerait très longtemps, jusque vers x≈36x \approx 36, et se ferait pourtant rattraper puis distancer sans retour. C'est bien pourquoi la croissance comparée s'énonce comme une limite et non comme une comparaison de valeurs : elle ne dit rien de ce qui se passe avant, seulement de ce qui finit par arriver.

Les formes indéterminées

Quatre, les mêmes que pour les suites : ∞−∞\infty - \infty, 0×∞0 \times \infty, ∞/∞\infty /\infty, 0/00/0. Elles ne signifient pas « pas de limite » mais « la règle habituelle ne suffit pas ». Les techniques de sortie :

  • quotient de polynômes → factoriser par le terme de plus haut degré ;
  • différence de racines → multiplier par la quantité conjuguée ;
  • exponentielle contre polynôme → croissances comparées ;
  • forme 0/00/0 en un point → factoriser numérateur et dénominateur par (x−a)(x - a), puis simplifier.

Exemple travaillé. lim⁡(x2−4)/(x−2)\lim (x^2 - 4)/(x - 2) quand x→2x \to 2. C'est du 0/00/0. On factorise : (x−2)(x+2)/(x−2)=x+2(x-2)(x+2)/(x-2) = x + 2, qui tend vers 4.

Limite à gauche, limite à droite

En un point interdit, une fonction n'a pas une limite mais deux, et elles diffèrent souvent. On note x→a−x \to a^- pour l'approche par la gauche, x→a+x \to a^+ pour l'approche par la droite.

Le cas d'école est 1/x1/x en 0 : lim⁡x→0−1/x=−∞\lim_{x \to 0^-} 1/x = -\infty et lim⁡x→0+1/x=+∞\lim_{x \to 0^+} 1/x = +\infty. Dire seulement « la limite est infinie en 0 » ne suffit donc pas à tracer quoi que ce soit. Il faut savoir de quel côté la courbe part vers le haut, et de quel côté vers le bas.

Le signe se lit sur le dénominateur
Pour connaître le côté sans réfléchir, on regarde le signe du dénominateur juste avant et juste après le point interdit. Pour 1/x1/x : à gauche de 0 le dénominateur est négatif, donc le quotient part vers −∞-\infty ; à droite il est positif, donc vers +∞+\infty.
C'est la seule question à se poser, et elle se règle en une ligne de tableau de signes.

Asymptotes

Une asymptote est une droite dont la courbe se rapproche indéfiniment.

  • Verticale en x=ax = a : si f(x)→±∞f(x) \to \pm \infty quand x→a−x \to a^- ou quand x→a+x \to a^+. La droite est x=ax = a. Un seul côté suffit à l'existence, mais l'étude demande les deux.
  • Horizontale : si f(x)→Lf(x) \to L quand x→±∞x \to \pm \infty. La droite est y=Ly = L.
  • Oblique : si f(x)−(ax+b)→0f(x) - (ax + b) \to 0 quand x→±∞x \to \pm \infty. La droite est y=ax+by = ax + b.
-4-3-2-11234-6-5-4-3-2-1123456xy
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-4 ; 4]
xf
-4-0,25
-3,6-0,2778
-3,2-0,3125
-2,8-0,3571
-2,4-0,4167
-2-0,5
-1,6-0,625
-1,2-0,8333
-0,8-1,25
-0,4-2,5
0non définie
0,42,5
0,81,25
1,20,8333
1,60,625
20,5
2,40,4167
2,80,3571
3,20,3125
3,60,2778
40,25
f(x) = 1/x
Les deux asymptotes de la fonction inverse. En 0 la courbe plonge d'un côté et grimpe de l'autre : c'est bien une seule asymptote verticale, mais deux limites distinctes.

Pour trouver une asymptote oblique, on calcule a=lim⁡f(x)/xa = \lim f(x)/x, puis b=lim⁡(f(x)−ax)b = \lim (f(x) - ax). Autre voie, souvent plus rapide sur une fraction rationnelle : faire la division euclidienne. Par exemple f(x)=(x2+1)/x=x+1/xf(x) = (x^2 + 1)/x = x + 1/x : le terme 1/x1/x s'efface à l'infini, donc y=xy = x est asymptote oblique, et on le lit directement.

-6-5-4-3-2-1123456-8-6-4-22468xy
Valeurs de f(x), g(x) sur l'intervalle [-6 ; 6]
xfg
-6-6,1667-6
-5,4-5,5852-5,4
-4,8-5,0083-4,8
-4,2-4,4381-4,2
-3,6-3,8778-3,6
-3-3,3333-3
-2,4-2,8167-2,4
-1,8-2,3556-1,8
-1,2-2,0333-1,2
-0,6-2,2667-0,6
0non définie0
0,62,26670,6
1,22,03331,2
1,82,35561,8
2,42,81672,4
33,33333
3,63,87783,6
4,24,43814,2
4,85,00834,8
5,45,58525,4
66,16676
f(x) = (x^2 + 1)/x vaut 6,17g(x) = x vaut 6
Valeurs pour x = 6, le bord droit de la figure.
La même fonction et sa droite asymptote. L'écart entre les deux vaut exactement 1/x : il s'annule à l'infini, et il ne s'annule jamais ailleurs.

De quel côté passe la courbe

Savoir qu'une asymptote existe ne dit pas encore de quel côté la courbe l'aborde, et c'est presque toujours la question suivante. On étudie pour cela le signe de la différence f(x)−(ax+b)f(x) - (ax + b).

Sur l'exemple, f(x)−x=1/xf(x) - x = 1/x. Cette différence est positive pour x>0x > 0 et négative pour x<0x < 0 : la courbe passe donc au-dessus de son asymptote à droite, en dessous à gauche. C'est exactement ce que montre la figure, et cela se démontre en une ligne.

Continuité

Le mot va servir à chaque étape de la suite, et il vaut mieux le poser maintenant.

Définition

f est continue en a si lim⁡x→af(x)=f(a)\lim_{x \to a} f(x) = f(a) : la limite existe, elle est finie, et elle vaut la valeur de la fonction. Autrement dit, la courbe se trace sans lever le crayon.

Toutes les fonctions usuelles sont continues sur leur domaine : polynômes, quotients, racines, exponentielle, logarithme, fonctions trigonométriques. Les discontinuités qu'on rencontre sont donc presque toujours des fonctions définies par morceaux, ou la partie entière.

Dérivable entraîne continue, jamais l'inverse
Une fonction dérivable en a y est nécessairement continue : c'est ce qui autorise à écrire, dans une rédaction de valeurs intermédiaires, « f est dérivable donc continue ».
La réciproque est fausse, et son contre-exemple est à connaître : ∣x∣|x| est continue en 0, on la trace bien sans lever le crayon, et pourtant elle n'y est pas dérivable. Le taux d'accroissement vaut −1-1 à gauche et +1+1 à droite, donc il n'a pas de limite. Graphiquement, la courbe forme un point anguleux et il n'existe aucune tangente.
-2-1,5-1-0,50,511,52-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,82xycontinue ici, mais pas dérivable
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-2 ; 2]
xf
-22
-1,81,8
-1,61,6
-1,41,4
-1,21,2
-11
-0,80,8
-0,60,6
-0,40,4
-0,20,2
00
0,20,2
0,40,4
0,60,6
0,80,8
11
1,21,2
1,41,4
1,61,6
1,81,8
22
f(x) = abs(x)
Un point anguleux. La courbe est d'un seul tenant, donc continue, mais aucune droite ne peut être sa tangente en 0 : deux pentes s'y rencontrent sans se raccorder.

Dérivée

Définition

Le nombre dérivé de f en a est la limite, quand h tend vers 0, de (f(a+h)−f(a))/h(f(a+h) - f(a)) / h. C'est la pente de la tangente à la courbe au point d'abscisse a, autrement dit la vitesse de variation instantanée de f en a.

Le tableau des dérivées usuelles

f(x)f'(x)f(x)f'(x)
kk (constante)00ln⁡x\ln x1/x1/x
xx11exe^xexe^x
xnx^nnxn−1n x^{n-1}cos⁡x\cos x−sin⁡x-\sin x
1/x1/x−1/x2-1/x^2sin⁡x\sin xcos⁡x\cos x
x\sqrt{x}1/(2x)1/(2\sqrt{x})tan⁡x\tan x1+tan⁡2x=1/cos⁡2x1 + \tan^2x = 1/\cos^2x
xαx^\alpha (α\alpha réel, x>0x > 0)αxα−1\alpha x^{\alpha - 1}arctan⁡x\arctan x1/(1+x2)1/(1 + x^2)

Les règles de calcul

FormeDérivée
u+vu + vu′+v′u' + v'
kuk uku′k u'
uvu vu′v+uv′u'v + uv'
u/vu / v(u′v−uv′)/v2(u'v - uv') / v^2
unu^nnu′un−1n u' u^{n-1}
eue^uu′euu' e^u
ln⁡u\ln uu′/uu' / u
u\sqrt{u}u′/(2u)u' / (2\sqrt{u})
f(u)f(u), cas généralu′×f′(u)u' \times f'(u)
Les deux erreurs les plus fréquentes
Le quotient : c'est u′v−uv′u'v - uv', avec un moins, et dans cet ordre. Inverser les deux termes donne le résultat opposé.
La composée : on n'oublie jamais le u′u' devant. La dérivée de e3xe^{3x} est 3e3x3e^{3x}, pas e3xe^{3x}.

Les lignes eue^u, ln⁡u\ln u, u\sqrt{u} du tableau sont toutes des cas de la dernière : on dérive la fonction extérieure en gardant l'intérieur intact, puis on multiplie par la dérivée de l'intérieur. Ainsi la dérivée de arctan⁡(2x)\arctan(2x) vaut 2×11+(2x)2=21+4x22 \times \dfrac{1}{1 + (2x)^2} = \dfrac{2}{1 + 4x^2}.

Exemple travaillé. f(x)=x2e−xf(x) = x^2 e^{-x}.

C'est un produit avec u=x2u = x^2 et v=e−xv = e^{-x}, donc u′=2xu' = 2x et v′=−e−xv' = -e^{-x}.

f′(x)=2xe−x+x2(−e−x)=e−x(2x−x2)=x(2−x)e−xf'(x) = 2x e^{-x} + x^2(-e^{-x}) = e^{-x}(2x - x^2) = x(2 - x) e^{-x}

Noter la dernière étape : on factorise systématiquement la dérivée. Comme e−xe^{-x} est toujours strictement positif, le signe de f' est celui de x(2−x)x(2 - x), un trinôme dont on lit les racines à vue. C'est cette factorisation qui rend le tableau de signes possible.

Variations et extremums

Théorème

Sur un intervalle, si f′>0f' > 0 alors f est croissante ; si f′<0f' < 0 alors f est décroissante ; si f′f' s'annule en changeant de signe, f admet un extremum local en ce point.

Le tableau de variations est la synthèse de tout ce qui précède. Sa construction suit toujours le même ordre :

  1. Écrire la ligne des x, avec les bornes du domaine et les valeurs qui annulent f'.
  2. Écrire le signe de f' sur chaque intervalle (à partir de la forme factorisée).
  3. En déduire les flèches de f.
  4. Reporter les valeurs remarquables : limites aux bornes, valeurs des extremums.

Exemple travaillé, suite. f(x)=x2e−xf(x) = x^2 e^{-x} sur [0;+∞[[0 ; +\infty [, avec f′(x)=x(2−x)e−xf'(x) = x(2 - x)e^{-x}.

f′f' s'annule en 0 et en 2. Sur ]0;2[]0 ; 2[, x > 0 et (2−x) > 0 donc f' > 0. Sur ]2;+∞[]2 ; +\infty [, (2−x) < 0 donc f' < 0.

xx2 - xe-xf'(x)f(x)02+∞++0+−0+++−0004e⁻²0
La dérivée change de signe en x = 2 (maximum). C'est le changement de signe, et lui seul, qui fait l'extremum.
Chaque facteur a sa ligne, et la ligne de f' est leur produit. C'est ainsi qu'on construit un tableau de variations, et non en devinant le signe d'un coup.

La limite en +∞+\infty vaut 0 par croissances comparées. La fonction admet donc un maximum en x = 2, qui vaut 4e−2≈0,544e^{-2} \approx 0{,}54.

La ligne qu'on saute, et qu'il ne faut pas sauter
Les trois premières lignes du tableau sont celles des facteurs, une par facteur de la dérivée factorisée. C'est là que le travail se fait : le signe de f' n'est jamais deviné, il est le produit des lignes du dessus, colonne par colonne.
Sauter ces lignes pour écrire directement le signe de f' est l'erreur qui coûte le plus de points, parce qu'elle est invisible : le tableau a l'air complet, et un seul signe faux fait basculer toutes les flèches qui suivent.
Noter au passage la ligne e−xe^{-x}, qui ne s'annule jamais et reste positive partout. Un facteur de ce genre ne change rien au signe du produit, et c'est précisément pourquoi on le sort de l'étude après l'avoir signalé.
S'annuler ne suffit pas
Il faut que la dérivée change de signe. Pour f(x)=x3f(x) = x^3, on a bien f′(0)=0f'(0) = 0, mais f′(x)=3x2f'(x) = 3x^2 reste positive de part et d'autre : la fonction continue de croître, et il n'y a pas d'extremum en 0, seulement une tangente horizontale.
x3x²f'(x)f(x)-∞0+∞++++-∞0+∞
Le tableau de x³. La dérivée s'annule en 0 sans y changer de signe, et les deux flèches montent : la ligne du milieu porte un zéro, celle du bas ne se retourne pas.
-1,8-1,6-1,4-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,8-6-5-4-3-2-1123456xy
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-1,8 ; 1,8]
xf
-1,8-5,832
-1,62-4,2515
-1,44-2,986
-1,26-2,0004
-1,08-1,2597
-0,9-0,729
-0,72-0,3732
-0,54-0,1575
-0,36-0,0467
-0,18-0,0058
00
0,180,0058
0,360,0467
0,540,1575
0,720,3732
0,90,729
1,081,2597
1,262,0004
1,442,986
1,624,2515
1,85,832
f(x) = x^3
Tangente en a = 0 : f(a) = 0, pente f'(a) = 0
En 0 la tangente est horizontale, et pourtant la courbe ne cesse pas de monter. Une dérivée nulle n'est pas un extremum.

Ces trois figures disent la même chose de trois façons : la tangente horizontale sur la courbe, le zéro sans retournement dans le tableau, et la règle dans l'encadré. Une dérivée qui s'annule signale un endroit à examiner, jamais un extremum à annoncer.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une fonction vérifie f′(2)=0f'(2) = 0. Que peut-on en conclure ?

Optimiser : trouver le maximum qui sert

C'est la question que l'introduction annonçait, et le tableau de variations y répond sans rien de nouveau. Tout le travail est dans la mise en équation : choisir l'inconnue, écrire la grandeur à optimiser en fonction d'elle, et fixer l'intervalle où elle a un sens.

Exemple travaillé. Dans une plaque carrée de 30 cm de côté, on découpe un carré de côté xx à chaque coin, puis on relève les bords pour former une boîte sans couvercle. Quelle valeur de xx donne le plus grand volume ?

  1. Mettre en équation. Le fond est un carré de côté 30−2x30 - 2x, la hauteur vaut xx : V(x)=x (30−2x)2V(x) = x\,(30 - 2x)^2.
  2. Fixer le domaine. Il faut x>0x > 0 et 30−2x>030 - 2x > 0, donc x∈ ]0;15[x \in \,]0 ; 15[. C'est l'étape qu'on oublie, et c'est elle qui écarte les solutions absurdes.
  3. Dériver et factoriser. Par la règle du produit, V′(x)=(30−2x)2−4x(30−2x)=(30−2x)(30−6x)V'(x) = (30 - 2x)^2 - 4x(30 - 2x) = (30 - 2x)(30 - 6x).
  4. Étudier le signe. Sur ]0;15[]0 ; 15[, le facteur 30−2x30 - 2x est positif ; le facteur 30−6x30 - 6x est positif avant 5 et négatif après. VV croît jusqu'à 5 puis décroît.
  5. Conclure. Le volume est maximal pour x=5x = 5 cm, et vaut V(5)=5×202=2 000V(5) = 5 \times 20^2 = 2\,000 cm³.
1234567891011121314152004006008001000120014001600180020002200côté du carré découpé (cm)volume (cm³)x = 5 : 2 000 cm³
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [0 ; 15]
côté du carré découpé (cm)f
00
0,75609,1875
1,51 093,5
2,251 463,0625
31 728
3,751 898,4375
4,51 984,5
52 000
5,251 996,3125
61 944
6,751 837,6875
7,51 687,5
8,251 503,5625
91 296
9,751 074,9375
10,5850,5
11,25632,8125
12432
12,75258,1875
13,5121,5
14,2532,0625
150
f(x) = x*(30 - 2x)^2
Le volume de la boîte en fonction de la découpe. Trop peu découper donne une boîte plate, trop découper un fond minuscule : le maximum est entre les deux, là où la dérivée change de signe.

Les deux contrôles d'une optimisation.

Le domaine. La dérivée s'annule aussi en x=15x = 15, qui donne une boîte de volume nul : c'est un minimum, et une valeur hors du domaine utile. Une racine de la dérivée n'est une réponse que si elle est dans l'intervalle où le problème a un sens.
La nature. Une dérivée qui s'annule ne dit pas si l'on tient un maximum ou un minimum : c'est le changement de signe, lu dans le tableau, qui le dit. Le comparer aux bornes, où le volume est nul, confirme qu'on tient bien le plus grand.

Convexité

La variation dit si la courbe monte. La convexité dit comment elle monte : en s'accélérant ou en s'essoufflant.

Définition

f est convexe sur un intervalle si sa courbe est au-dessus de chacune de ses tangentes (elle « tient l'eau », creux vers le haut) ; concave si elle est en dessous (creux vers le bas).

Théorème

f′′>0f'' > 0 ⟺ f convexe.   f′′<0f'' < 0 ⟺ f concave. Un point où f'' s'annule en changeant de signe est un point d'inflexion : la courbe y change de courbure.

La lecture concrète. Convexe = la croissance s'accélère (ou la décroissance ralentit). Concave = la croissance s'essouffle. Une courbe peut très bien être croissante et concave : elle monte encore, mais de moins en moins vite. C'est exactement la forme d'un rendement décroissant ou d'une charge de condensateur.

La définition par les tangentes se comprend en la regardant. Sur la figure ci-dessous, faire glisser le point : la tangente reste toujours sous la courbe, où qu'on la place.

-2-1,8-1,6-1,4-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,6-1-0,50,511,522,533,544,55xy
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-2 ; 1,6]
xf
-20,1353
-1,820,162
-1,640,194
-1,460,2322
-1,280,278
-1,10,3329
-0,920,3985
-0,740,4771
-0,560,5712
-0,380,6839
-0,20,8187
-0,020,9802
0,161,1735
0,341,4049
0,521,682
0,72,0138
0,882,4109
1,062,8864
1,243,4556
1,424,1371
1,64,953
f(x) = exp(x)
Tangente en a = -0,5 : f(a) = 0,61, pente f'(a) = 0,61 (déplacer le point, ou employer les flèches du clavier)
L'exponentielle est convexe partout. La tangente reste sous la courbe en tout point, et c'est exactement ce que dit « convexe ».

Deux repères visuels de plus : ln⁡x\ln x est concave partout, x3x^3 est concave avant 0 et convexe après (point d'inflexion en 0).

S'annuler ne suffit pas non plus pour l'inflexion
C'est le même piège qu'avec les extremums, une dérivée plus loin. Pour f(x)=x4f(x) = x^4, on a f′′(x)=12x2f''(x) = 12x^2, donc f′′(0)=0f''(0) = 0. Et pourtant f′′f'' reste positive de part et d'autre : la fonction est convexe partout, et il n'y a aucun point d'inflexion en 0.
La condition est toujours la même, et elle porte sur le changement de signe, jamais sur l'annulation seule.
-1,2-1-0,8-0,6-0,4-0,20,20,40,60,811,21,4-0,4-0,20,20,40,60,811,21,41,61,822,22,42,62,83xy
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-1,4 ; 1,4]
xf
-1,43,8416
-1,262,5205
-1,121,5735
-0,980,9224
-0,840,4979
-0,70,2401
-0,560,0983
-0,420,0311
-0,280,0061
-0,140,0004
00
0,140,0004
0,280,0061
0,420,0311
0,560,0983
0,70,2401
0,840,4979
0,980,9224
1,121,5735
1,262,5205
1,43,8416
f(x) = x^4
Tangente en a = 0 : f(a) = 0, pente f'(a) = 0
En 0 la dérivée seconde s'annule, et la courbe reste pourtant au-dessus de sa tangente des deux côtés. Convexe avant, convexe après : pas d'inflexion.

Exemple travaillé. f(x)=x3−3xf(x) = x^3 - 3x. f′(x)=3x2−3f'(x) = 3x^2 - 3 et f′′(x)=6xf''(x) = 6x.

f′′f'' est négative avant 0, positive après : f est concave sur ]−∞;0]]-\infty ; 0], convexe sur [0;+∞[[0 ; +\infty [, et le point (0;0)(0 ; 0) est un point d'inflexion.

La figure ci-dessous porte tout le chapitre en un seul objet. Déplacer le point noir le long de la courbe, à la souris ou avec les flèches du clavier, et lire la valeur de la pente.

-2-1,5-1-0,50,511,52-6-5-4-3-2-1123456xymaximumminimum
Valeurs de f(x) sur l'intervalle [-2,4 ; 2,4]
xf
-2,4-6,624
-2,16-3,5977
-1,92-1,3179
-1,680,2984
-1,441,334
-1,21,872
-12
-0,961,9953
-0,721,7868
-0,481,3294
-0,240,7062
00
0,24-0,7062
0,48-1,3294
0,72-1,7868
0,96-1,9953
1-2
1,2-1,872
1,44-1,334
1,68-0,2984
1,921,3179
2,163,5977
2,46,624
f(x) = x^3 - 3x
Tangente en a = -2 : f(a) = -2, pente f'(a) = 9 (déplacer le point, ou employer les flèches du clavier)
La pente s'annule exactement aux deux extremums, et change de signe en les traversant. En 0, elle est minimale et la courbe passe de l'autre côté de sa tangente : c'est le point d'inflexion.

Trois choses se lisent sur cette figure, et elles résument les trois sections précédentes. La pente est positive là où la courbe monte. Elle s'annule aux extremums, et c'est le seul endroit où elle change de signe. Et au point d'inflexion, la tangente traverse la courbe au lieu de rester du même côté : c'est exactement ce que dit le changement de signe de f′′f''.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une fonction peut-elle être croissante et concave en même temps ?

Tangente et approximation affine

Propriété

L'équation de la tangente à la courbe au point d'abscisse a est :

y=f′(a)(x−a)+f(a)y = f'(a)(x - a) + f(a)

Elle se lit sans effort : on part de la hauteur f(a)f(a), et on avance avec la pente f′(a)f'(a).

Cette tangente est aussi la meilleure approximation affine de f au voisinage de a :

f(x)≈f(a)+f′(a)(x−a)f(x) \approx f(a) + f'(a)(x - a)   pour x proche de a

C'est ce qu'on appelle un développement limité à l'ordre 1, et c'est l'idée derrière presque toutes les linéarisations en physique.

Exemple travaillé. Approcher 4,1\sqrt{4{,}1}.

On prend f(x)=xf(x) = \sqrt{x} et a=4a = 4. Alors f(4)=2f(4) = 2 et f′(x)=1/(2x)f'(x) = 1/(2\sqrt{x}), donc f′(4)=1/4f'(4) = 1/4.

4,1≈2+0,25×0,1=2,025\sqrt{4{,}1} \approx 2 + 0{,}25 \times 0{,}1 = 2{,}025

La valeur exacte est 2,0248…, l'erreur est inférieure à 3 pour 10 000. C'est le principe des approximations sin⁡x≈x\sin x \approx x et (1+x)n≈1+nx(1+x)^n \approx 1 + nx pour x petit, qu'on retrouvera en physique.

Cette précision n'a rien de mystérieux : elle se voit dès qu'on regarde d'assez près. La figure suivante trace x\sqrt{x} et sa tangente en 4 sur une fenêtre resserrée.

3,43,53,63,73,83,944,14,24,34,44,54,61,821,841,861,881,91,921,941,961,9822,022,042,062,082,12,122,142,16xyla valeur cherchée
Valeurs de f(x), g(x) sur l'intervalle [3,4 ; 4,6]
xfg
3,41,84391,85
3,461,86011,865
3,521,87621,88
3,581,89211,895
3,641,90791,91
3,71,92351,925
3,761,93911,94
3,821,95451,955
3,881,96981,97
3,941,98491,985
422
4,062,01492,015
4,12,02482,025
4,122,02982,03
4,182,04452,045
4,242,05912,06
4,32,07362,075
4,362,08812,09
4,422,10242,105
4,482,11662,12
4,542,13072,135
4,62,14482,15
f(x) = sqrt(x)g(x) = 2 + 0.25*(x - 4)
La courbe et sa tangente en 4, vues de près. À cette échelle elles sont déjà presque confondues, et c'est pourquoi lire l'une à la place de l'autre coûte si peu.

Pourquoi l'approximation est bonne, et quand elle cesse de l'être. L'écart entre la courbe et sa tangente est gouverné par la courbure, donc par f′′f''. Plus ∣f′′(a)∣|f''(a)| est petit, plus la tangente colle longtemps.
Deux conséquences pratiques. L'approximation se dégrade quand on s'éloigne de a, et d'autant plus vite que la courbe est courbée. Et elle est d'un seul côté : ici x\sqrt{x} est concave, sa tangente reste donc au-dessus, et l'approximation 2,025 surestime la vraie valeur 2,0248. On sait ainsi non seulement que l'erreur est petite, mais dans quel sens elle va.

Vérification rapideon peut se reprendre

Au point d'inflexion d'une courbe, que fait la tangente ?

Théorème des valeurs intermédiaires

Théorème

Si f est continue sur [a;b][a ; b] et si k est compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), alors l'équation f(x)=kf(x) = k admet au moins une solution dans [a;b][a ; b]. Si de plus f est strictement monotone, cette solution est unique.

La rédaction est très codifiée. Pour montrer que f(x)=0f(x) = 0 a une solution unique sur [1;2][1 ; 2], on écrit les trois arguments :

  1. f est continue sur [1;2][1 ; 2] (elle est dérivable, donc continue) ;
  2. f est strictement croissante sur [1;2][1 ; 2] (d'après le tableau de variations) ;
  3. f(1)=−3<0f(1) = -3 < 0 et f(2)=5>0f(2) = 5 > 0, donc 0 est bien encadré.

Conclusion : l'équation admet une unique solution dans ]1;2[]1 ; 2[.

Ce théorème garantit l'existence sans donner la valeur. Pour approcher la solution, on procède ensuite par dichotomie : on coupe l'intervalle en deux, on regarde de quel côté le signe change, on recommence.

Le procédé tient en dix lignes, et son intérêt est qu'il ne demande rien d'autre que le théorème lui-même. À chaque tour, l'intervalle qu'on garde encadre toujours la solution, et sa longueur est divisée par deux.

Exemple travaillé. Résoudre x3+x−1=0x^3 + x - 1 = 0 sur [0;1][0 ; 1]. On a f(0)=−1<0f(0) = -1 < 0 et f(1)=1>0f(1) = 1 > 0, donc le théorème garantit une solution. À chaque tour, le milieu mm est évalué, et la moitié où le signe change encore est conservée.

TourIntervalleMilieu mmf(m)f(m)Moitié gardée
1[0;1][0 ; 1]0,5−0,375-0{,}375droite
2[0,5;1][0{,}5 ; 1]0,75+0,172+0{,}172gauche
3[0,5;0,75][0{,}5 ; 0{,}75]0,625−0,131-0{,}131droite
4[0,625;0,75][0{,}625 ; 0{,}75]0,6875+0,012+0{,}012gauche
5[0,625;0,6875][0{,}625 ; 0{,}6875]0,65625−0,061-0{,}061droite

La solution est donc entre 0,656 et 0,688 après cinq tours, et vaut 0,682330{,}68233 à cinq décimales.

La précision se calcule d'avance. La largeur de départ est divisée par deux à chaque tour : après kk tours, elle vaut b−a2k\dfrac{b - a}{2^k}. Pour descendre sous une précision ε\varepsilon, il faut donc k>log⁡2(b−aε)k > \log_2\left(\dfrac{b - a}{\varepsilon}\right) tours, et cette formule se pose avant de commencer.
C'est le seul procédé de résolution dont le nombre d'étapes soit connu à l'avance, et il ne demande ni dérivée, ni formule de résolution, ni point de départ bien choisi : seulement la continuité et un changement de signe, c'est-à-dire exactement les hypothèses du théorème.

Les deux bornes forment d'ailleurs un couple de suites adjacentes : la borne gauche croît, la borne droite décroît, et leur écart tend vers zéro. La solution est leur limite commune, et l'encadrement vaut à tout rang.

Vérification rapideon peut se reprendre

ff est définie sur [1;2][1 ; 2], continue, strictement croissante, avec f(1)=−3f(1) = -3 et f(2)=4f(2) = 4. Combien l'équation f(x)=0f(x) = 0 a-t-elle de solutions sur cet intervalle ?

Réduire le domaine d'étude

Avant de calculer quoi que ce soit, une question fait parfois tomber la moitié du travail : la fonction a-t-elle une symétrie ?

Définitions

f est paire si f(−x)=f(x)f(-x) = f(x) pour tout x du domaine. Sa courbe est alors symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.

f est impaire si f(−x)=−f(x)f(-x) = -f(x). Sa courbe est symétrique par rapport à l'origine.

f est périodique de période T si f(x+T)=f(x)f(x + T) = f(x).

L'intérêt est direct. Une fonction paire ou impaire s'étudie sur [0;+∞[[0 ; +\infty[ seulement, et l'on obtient l'autre moitié par symétrie. Une fonction périodique s'étudie sur un seul intervalle de longueur T.

Quelques cas à reconnaître à vue : x2x^2, cos⁡x\cos x et ∣x∣|x| sont paires ; x3x^3, sin⁡x\sin x et 1/x1/x sont impaires ; exe^x et ln⁡x\ln x ne sont ni l'une ni l'autre.

Le test tient en une ligne
On remplace x par −x-x et on compare au résultat de départ. Pour f(x)=x3−3xf(x) = x^3 - 3x : f(−x)=−x3+3x=−f(x)f(-x) = -x^3 + 3x = -f(x), la fonction est donc impaire. C'est ce qui explique la symétrie de sa courbe autour de l'origine, visible sur la figure de la section précédente, et cela permettait de ne l'étudier que sur [0;+∞[[0 ; +\infty[.
Attention à la condition préalable : le domaine doit lui-même être symétrique, sinon la question ne se pose pas.

Une étude complète, de bout en bout

Chaque section précédente a traité une question sur sa propre fonction. En voici une seule, étudiée dans l'ordre de la méthode : f(x)=x2+1xf(x) = \dfrac{x^2 + 1}{x}, dont la courbe figure plus haut avec son asymptote oblique.

  1. Domaine. Le dénominateur s'annule en 0 : D=R∗D = \mathbb{R}^*, qui est symétrique.
  2. Parité. f(−x)=x2+1−x=−f(x)f(-x) = \dfrac{x^2 + 1}{-x} = -f(x) : ff est impaire. On l'étudie sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[, et la symétrie par rapport à l'origine donne le reste.
  3. Limites. En 0+0^+, le numérateur tend vers 1 et le dénominateur vers 0+0^+ : f(x)→+∞f(x) \to +\infty. En +∞+\infty, f(x)=x+1x→+∞f(x) = x + \frac{1}{x} \to +\infty.
  4. Asymptotes. Verticale x=0x = 0 ; oblique y=xy = x, puisque f(x)−x=1x→0f(x) - x = \frac{1}{x} \to 0, et la courbe est au-dessus sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[ où 1x>0\frac{1}{x} > 0.
  5. Dérivée factorisée. f′(x)=1−1x2=(x−1)(x+1)x2f'(x) = 1 - \dfrac{1}{x^2} = \dfrac{(x - 1)(x + 1)}{x^2}.
  6. Tableau. Sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[, seul le facteur x−1x - 1 change de signe.
xx - 1x + 1x²f'(x)f(x)01+∞−+0++++−+0+∞2+∞
La dérivée change de signe en x = 1 (minimum). C'est le changement de signe, et lui seul, qui fait l'extremum.
La fonction x + 1/x sur ]0 ; +∞[. Le facteur x + 1 et le dénominateur x² sont positifs sur tout l'intervalle : seul x − 1 décide du signe de la dérivée.
  1. Conclusion. Minimum local en x=1x = 1, de valeur 2 ; par imparité, maximum local en x=−1x = -1, de valeur −2-2. La dérivée seconde f′′(x)=2x3f''(x) = \dfrac{2}{x^3} est positive sur ]0;+∞[]0 ; +\infty[ : la branche de droite est convexe, celle de gauche concave, et il n'y a pas de point d'inflexion, puisque le changement de signe a lieu en 0, hors du domaine.

Le résultat se contrôle sans rien recalculer : pour x>0x > 0, x+1x≥2x + \frac{1}{x} \geq 2 est une inégalité classique, avec égalité en 1, et c'est exactement le minimum trouvé.

L'homographique, autant de fois qu'il faut

Une fonction du type ax+bcx+d\dfrac{ax + b}{cx + d} suit une procédure entièrement fixe : valeur interdite, asymptote horizontale, dérivée à numérateur constant. Ce qui change d'un exercice à l'autre, ce sont les nombres, et ce qui se perd, c'est la dernière ligne.

Lire une homographique de bout en bout

Soit f(x)=x−4x−1f(x) = \dfrac{x - 4}{x - 1}.

  1. La valeur interdite
  2. L'ordonnée de l'asymptote horizontale
  3. Le numérateur de f′(x)f'(x), qui est une constante
  4. Le nombre d'intervalles sur lesquels la variation s'énonce

La quatrième question n'est pas un calcul, et c'est délibéré : c'est la seule réponse que l'on rédige mal après avoir tout calculé juste.

La méthode sur feuille

L'ordre compte : chaque étape se sert de la précédente, et aucune ne se saute.

  1. Écrire le domaine avant tout calcul : dénominateur ≠0\neq 0, radicande ≥0\geq 0, argument du logarithme >0> 0. Le poser sous forme de réunion d'intervalles, c'est lui qui fixe les bornes de toute la suite.
  2. Tester la parité, à condition que le domaine soit lui-même symétrique : remplacer x par −x-x et comparer. Paire ou impaire, l'étude se fait sur la moitié positive et l'autre moitié s'obtient par symétrie.
  3. Calculer les limites à chaque borne du domaine, et des deux côtés de chaque point interdit. Le côté se lit sur le signe du dénominateur juste avant et juste après le point. Face à une forme indéterminée : terme dominant en facteur, quantité conjuguée, croissances comparées, ou factorisation par (x−a)(x - a) pour un 0/00/0.
  4. Nommer les asymptotes que ces limites imposent : limite infinie en a donne la verticale x=ax = a ; limite finie L à l'infini donne l'horizontale y=Ly = L ; sinon calculer a=lim⁡f(x)/xa = \lim f(x)/x puis b=lim⁡(f(x)−ax)b = \lim (f(x) - ax). Le signe de f(x)−(ax+b)f(x) - (ax+b) dit ensuite de quel côté la courbe passe.
  5. Dériver, puis factoriser f'. Tant que f' n'est pas factorisée, le tableau de signes est impossible : c'est cette étape qui porte tout le travail, pas le calcul de la dérivée.
  6. Dresser le tableau de variations en autant de lignes qu'il y a de facteurs : la ligne des x d'abord (bornes du domaine et racines de f'), puis une ligne par facteur, puis la ligne de f' comme produit des précédentes, puis les flèches de f.
  7. Reporter les valeurs remarquables dans le tableau : limites aux bornes et valeur de chaque extremum, calculée et non lue sur un dessin.
  8. Ne conclure à un extremum que là où f' change de signe. Une dérivée qui s'annule sans changer de signe ne donne qu'une tangente horizontale. Si la convexité est demandée, dériver une seconde fois et appliquer la même règle à f'' : un point d'inflexion exige un changement de signe.
  9. Tracer en dernier : d'abord les asymptotes en pointillés, puis les points remarquables avec leur tangente y=f′(a)(x−a)+f(a)y = f'(a)(x - a) + f(a), puis la courbe qui relie en respectant les flèches. Le tracé obtenu ne doit contredire aucune ligne de l'étude ; s'il la contredit, c'est l'étude qu'il faut reprendre.

Mettre en pratique

Quatre nombres à trouver sur le papier, avec la dérivée et rien d'autre. Le dernier porte sur la dérivée seconde, celle dont le signe décide de la convexité.

Dériver, puis évaluer

  • 1.

    Pour f(x)=x3−3xf(x) = x^3 - 3x, combien vaut f′(2)f'(2) ?

  • 2.

    La même fonction admet un minimum local. Quelle est sa valeur, c'est-à-dire le f(x)f(x) atteint en ce point ?

  • 3.

    L'approximation affine de x\sqrt{x} au voisinage de 4 donne quelle valeur pour 4,1\sqrt{4{,}1} ?

  • 4.

    Pour f(x)=x4−6x2f(x) = x^4 - 6x^2, combien vaut f′′(2)f''(2) ?

  • 5.

    Une dichotomie part d'un intervalle de largeur 1. Combien de tours faut-il pour que la largeur descende sous 10−610^{-6} ?

Domaine de f(x)=x2−9ln⁡xf(x) = \dfrac{\sqrt{x^2 - 9}}{\ln x}

Trois conditions :

  • x2−9≥0x^2 - 9 \geq 0 → x≤−3x \leq -3 ou x≥3x \geq 3
  • x>0x > 0 (logarithme) → élimine x≤−3x \leq -3
  • ln⁡x≠0\ln x \neq 0 → x≠1x \neq 1, sans effet ici car on est déjà au-delà de 3

Domaine : [3;+∞[[3 ; +\infty [.

Limite de (ex−1)/x(e^x - 1)/x en 0

Forme 0/00/0. On reconnaît le taux d'accroissement de la fonction exponentielle en 0 :

(ex−e0)/(x−0)→f′(0)=e0=(e^x - e^0)/(x - 0) \to f'(0) = e^0 = 11

Dériver f(x)=ln⁡(x2+1)f(x) = \ln(x^2 + 1)

Forme ln⁡u\ln u avec u=x2+1u = x^2 + 1, donc u′=2xu' = 2x.

f′(x)=2x/(x2+1)f'(x) = 2x/(x^2 + 1)

Le dénominateur est toujours strictement positif : le signe de f' est celui de x. La fonction décroît sur ]−∞;0]]-\infty ; 0], croît sur [0;+∞[[0 ; +\infty [, avec un minimum f(0)=0f(0) = 0.

Tangente à f(x)=x3−2xf(x) = x^3 - 2x au point d'abscisse 1

f(1)=1−2=−1f(1) = 1 - 2 = -1 et f′(x)=3x2−2f'(x) = 3x^2 - 2, donc f′(1)=1f'(1) = 1.

y=1×(x−1)−1y = 1 \times (x - 1) - 1, soit y=x−2y = x - 2.

Convexité de f(x)=xexf(x) = x e^x f′(x)=ex+xex=(1+x)exf'(x) = e^x + x e^x = (1 + x)e^x f′′(x)=ex+(1+x)ex=(2+x)exf''(x) = e^x + (1+x)e^x = (2 + x)e^x

Comme ex>0e^x > 0, le signe de f'' est celui de (2+x)(2 + x) : f est concave sur ]−∞;−2]]-\infty ; -2], convexe sur [−2;+∞[[-2 ; +\infty [, avec un point d'inflexion en x=−2x = -2.

Approcher e0,05e^{0,05}

Avec f(x)=exf(x) = e^x et a=0a = 0 : f(0)=1f(0) = 1, f′(0)=1f'(0) = 1.

e0,05≈1+0,05=e^{0{,}05} \approx 1 + 0{,}05 = 1,051{,}05 (valeur exacte : 1,0513).

C'est l'approximation ex≈1+xe^x \approx 1 + x pour x petit, omniprésente en physique.

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