Les impédances
Ce que ce chapitre apporte5 points
- Écrire l'impédance d'une résistance, d'une bobine et d'un condensateur, et dire ce que vaut chacune à une fréquence donnée.
- Lire le signe de la partie imaginaire comme un retard ou une avance du courant.
- Calculer une impédance équivalente en série et en parallèle, comme au chapitre 4 mais en complexes.
- Relever le déphasage d'un montage et en déduire son caractère inductif ou capacitif.
- Reconnaître une résonance et dire ce qu'elle produit.
Une résistance s'oppose au passage du courant de la même façon à toutes les fréquences. Une bobine et un condensateur, non : leur opposition dépend de la fréquence, et surtout elle déphase. C'est cette dernière propriété qui les distingue vraiment, et qui explique pourquoi une installation industrielle tire plus de courant qu'elle n'en aurait besoin.
Ce chapitre remplace la résistance par une grandeur qui porte les deux informations à la fois, l'opposition et le déphasage. Elle s'appelle l'impédance, c'est un nombre complexe, et toutes les règles d'association du chapitre 4 s'y appliquent mot pour mot. Rien n'est à réapprendre : il faut seulement calculer avec des complexes au lieu de calculer avec des réels.
Trois composants, trois comportements
L'impédance d'un dipôle est le rapport de la tension complexe au courant complexe :
Son module , en ohms, donne le rapport des valeurs efficaces. Son argument donne le déphasage de la tension sur le courant.
Les trois composants du parcours se rangent en trois lignes, et ces trois lignes sont à connaître par cœur.
| Composant | Impédance | Module | Déphasage de u sur i |
|---|---|---|---|
| Résistance | 0° | ||
| Bobine | +90° | ||
| Condensateur | −90° |
Une partie imaginaire positive signale une bobine, donc un courant en retard sur la tension.
Une partie imaginaire négative signale un condensateur, donc un courant en avance.
Une partie imaginaire nulle signale un comportement purement résistif.
Le moyen mnémotechnique employé partout : dans une bobine, le courant est en retard, et la lettre L arrive après la lettre C dans « retard ». Le moyen vaut ce qu'il vaut ; le signe, lui, se retrouve par le calcul en deux lignes.
Une bobine de 0,1 H « vaut 31,4 Ω » à 50 Hz. Ce nombre a bien la dimension d'une résistance, et pourtant la bobine ne dissipe rien : elle stocke l'énergie pendant un quart de période et la rend pendant le suivant.
L'opposition au courant et la dissipation d'énergie sont deux choses différentes, et c'est exactement ce que le chapitre suivant appellera puissance réactive.
Ce que la fréquence change
| composant | impédance | module | tension | courant |
|---|---|---|---|---|
| R | 47 Ω | 47 Ω | 162 V | 3,46 A |
| L | + j47,1 Ω | 47,1 Ω | 163 V | 3,46 A |
| ensemble | 47 Ω + j47,1 Ω | 66,6 Ω | 230 V | 3,46 A |
Déphasage du courant sur la tension : -45,1° (le courant est en retard : le montage est inductif). Les grandeurs en gras sont calculées.
Descendre vers 5 Hz : la bobine ne vaut plus que 4,7 Ω, le montage devient presque purement résistif, et le déphasage tombe sous 6 degrés.
Monter vers 2 kHz : la bobine écrase la résistance, le déphasage s'approche de 90 degrés, et le courant s'effondre. Une bobine est un obstacle qui grandit avec la fréquence.
La première croît avec la fréquence, la seconde décroît. C'est cette opposition qui rend les filtres possibles, et la résonance aussi.
Une bobine de 0,2 H est placée dans un réseau à 50 Hz. Que vaut sa réactance ?
Les associations, exactement comme au chapitre 4
Les règles ne changent pas d'un mot. Seules les valeurs sont devenues complexes.
En série, les impédances s'ajoutent :
En parallèle, ce sont les inverses qui s'ajoutent :
Une résistance de 30 Ω en série avec une bobine dont la réactance vaut 40 Ω, sous 230 V.
L'impédance : , de module et d'argument .
Le courant : A, en retard de 53,1° sur la tension.
Les tensions : V et V.
Le contrôle qui compte : V, soit bien plus que les 230 V de la source. Ce n'est pas une erreur, c'est le rappel du chapitre 9 : les deux tensions sont en quadrature, et c'est V qu'il faut calculer.
Ce que l'exemple montre n'est pas une curiosité de calcul : dans un circuit série contenant une bobine et un condensateur, la tension aux bornes de l'un des deux peut dépasser largement la tension d'alimentation, et détruire le composant.
C'est la raison pour laquelle un condensateur se choisit sur une tension mesurée dans le montage, et jamais sur la tension du réseau.
| composant | impédance | module | tension | courant |
|---|---|---|---|---|
| R | 100 Ω | 100 Ω | 230 V | 2,3 A |
| L | + j62,8 Ω | 62,8 Ω | 230 V | 3,66 A |
| ensemble | 28,3 Ω + j45 Ω | 53,2 Ω | 230 V | 4,32 A |
Déphasage du courant sur la tension : -57,9° (le courant est en retard : le montage est inductif). Les grandeurs en gras sont calculées.
Lire le courant de l'ensemble : 4,32 A, et non 5,96. Les deux courants sont en quadrature, et c'est qu'il faut calculer.
Comparer les deux tensions : elles sont égales et valent 230 V, puisque les deux branches relient les deux mêmes points.
Deux branches en parallèle tirent 4 A et 3 A, en quadrature. Que débite la source ?
La résonance
Quand une bobine et un condensateur se trouvent dans le même montage, leurs réactances sont de signes opposés et se retranchent. Il existe donc une fréquence où elles se compensent exactement.
La fréquence de résonance est celle où , c'est-à-dire :
À cette fréquence, l'impédance d'un montage série se réduit à sa seule résistance, et le courant y est maximal.
| composant | impédance | module | tension | courant |
|---|---|---|---|---|
| R | 10 Ω | 10 Ω | 12 V | 1,2 A |
| L | + j31,4 Ω | 31,4 Ω | 37,7 V | 1,2 A |
| C | − j31,8 Ω | 31,8 Ω | 38,2 V | 1,2 A |
| ensemble | 10 Ω − j415 mΩ | 10 Ω | 12 V | 1,2 A |
Déphasage du courant sur la tension : 2,4° (le courant est en avance : le montage est capacitif). Résonance à 50,3 Hz, où les deux réactances se compensent. Les grandeurs en gras sont calculées.
Monter au-dessus : la bobine l'emporte, le triangle pointe vers le haut, le courant est en retard. Le montage est devenu inductif.
S'arrêter à la résonance : le courant atteint son maximum, 1,2 A, c'est-à-dire la tension divisée par la seule résistance. Relever alors la tension aux bornes de la bobine : elle dépasse largement les 12 V de la source.
En série, l'impédance est minimale à la résonance : le courant y passe le mieux. C'est le principe d'un circuit d'accord, qui laisse passer une fréquence et bloque les autres.
En parallèle, l'impédance est au contraire maximale : le courant tiré à la source y est minimal. C'est le principe du circuit bouchon.
Le même mot désigne donc deux comportements inverses, et la seule façon de ne pas s'y perdre est de regarder le montage avant de nommer l'effet.
La méthode
- Calculer la pulsation en premier, une fois pour toutes.
- Écrire l'impédance de chaque composant sous forme algébrique : , , . Le signe de la partie imaginaire n'est pas optionnel.
- Associer comme au chapitre 4 : somme en série, somme des inverses en parallèle, en menant le calcul en complexes.
- Passer au module et à l'argument pour obtenir le courant et son déphasage.
- Redescendre vers chaque composant, comme en continu, en gardant les phases.
- Contrôler : la somme vectorielle des tensions d'un montage série doit redonner la tension de la source, et la somme vectorielle des courants d'un montage parallèle doit redonner le courant de la source.
Synthèse
- L'impédance est le rapport de la tension complexe au courant complexe : son module donne le rapport des valeurs efficaces, son argument le déphasage.
- , , .
- Une partie imaginaire positive met le courant en retard, une partie imaginaire négative le met en avance.
- Une réactance n'est pas une résistance : elle s'oppose au courant sans rien dissiper.
- croît avec la fréquence, décroît : c'est cette opposition qui fait les filtres et la résonance.
- Les règles d'association sont exactement celles du continu, menées en complexes.
- Dans un montage série, la tension d'un composant peut dépasser celle de la source, et cela dimensionne son choix.
- À la résonance, : l'impédance d'un montage série est minimale, celle d'un montage parallèle maximale.