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Le second ordre : le circuit R-L-C

Ce que ce chapitre apporte 6 points
  • Écrire l'équation différentielle d'un circuit R-L-C série à partir de la loi des mailles, et y reconnaître un second ordre.
  • Calculer la pulsation propre et le coefficient d'amortissement d'un montage.
  • Écrire l'équation caractéristique, dire pourquoi le signe de son discriminant ne dépend que de l'amortissement, nommer le régime qui en résulte et donner la forme de la réponse qui lui correspond.
  • Calculer la résistance critique d'un circuit, et dire ce qu'elle sépare.
  • Chiffrer un dépassement et une pseudo-période, et dire de quoi chacun dépend.
  • Reconnaître la même équation dans un système mécanique, et transporter le vocabulaire d'un domaine à l'autre.

Une borne rapide du parc de recharge pour véhicules électriques de Belmarais lisse son bus continu de 400 V par un condensateur de 2 mF, que le chapitre précédent préchargeait à travers une résistance de 100 Ω, court-circuitée ensuite par un contacteur. Le constructeur propose de supprimer la résistance et son contacteur : à la mise sous tension, le condensateur, déchargé, recevrait les 400 V d'un coup à travers un filtre d'entrée, une bobine de 1 mH et une résistance de 1 Ω en série avec lui, qui arrête aussi les parasites du redresseur.

La bobine stocke de l'énergie, comme le condensateur. Avec deux composants qui stockent, l'énergie peut passer de l'un à l'autre, aller et revenir, et la tension du condensateur ne monte plus forcément en exponentielle. Or ce condensateur est donné pour 450 V. Inès Barral, responsable d'exploitation, veut savoir si sa tension dépasserait alors 400 V, et de combien. Hugo Sellier, technicien de maintenance, propose une bobine de 5 mH, qui filtrerait mieux ces parasites : le condensateur supporterait-il encore la mise sous tension ?

Deux réservoirs au lieu d'un

Un condensateur stocke l'énergie dans un champ électrique, une bobine dans un champ magnétique. Mis ensemble, ils peuvent se la passer : le condensateur se décharge dans la bobine, qui établit un courant, qui recharge le condensateur en sens inverse, et ainsi de suite.

D'où vient l'oscillation. Un seul composant de stockage ne peut que se remplir ou se vider : l'énergie n'a qu'un seul endroit où aller, et le régime est monotone.

Deux composants de stockage ouvrent un aller-retour. La résistance, elle, ne stocke rien : elle prélève une part de l'énergie à chaque passage, et c'est ce prélèvement qui décide si l'aller-retour a lieu plusieurs fois ou pas du tout, la frontière entre les deux étant le régime critique.

L'équation du montage

Une résistance RR, une bobine LL et un condensateur CC sont en série, et le montage reçoit à l'instant zéro un échelon de tension EE, le condensateur étant déchargé. L'équation s'écrit en trois gestes, avec les deux relations de composant du chapitre précédent.

La loi des mailles. La tension de la source se partage entre les trois composants :

E=Ri+L didt+uCE = Ri + L\,\frac{di}{dt} + u_C

Une seule inconnue. Le courant de la maille est celui du condensateur, i=C duCdti = C\,\dfrac{du_C}{dt}. En dérivant une fois de plus, didt=C d2uCdt2\dfrac{di}{dt} = C\,\dfrac{d^2u_C}{dt^2}. En remplaçant les deux dans la loi des mailles :

LC d2uCdt2+RC duCdt+uC=ELC\,\frac{d^2u_C}{dt^2} + RC\,\frac{du_C}{dt} + u_C = E

La forme canonique. En divisant tout par LCLC pour que la dérivée seconde soit seule devant :

L'équation du montage

d2uCdt2+RL duCdt+1LC uC=ELC\frac{d^2u_C}{dt^2} + \frac{R}{L}\,\frac{du_C}{dt} + \frac{1}{LC}\,u_C = \frac{E}{LC}

que l'on écrit sous la forme canonique :

d2uCdt2+2mω0 duCdt+ω02 uC=ω02E\frac{d^2u_C}{dt^2} + 2m\omega_0\,\frac{du_C}{dt} + \omega_0^2\,u_C = \omega_0^2 E

La dérivée seconde est ce qui fait de ce montage un second ordre : il a fallu dériver deux fois pour que les trois tensions s'expriment avec la même grandeur, parce que deux composants stockent.

Les deux nombres qui décident de tout

Pulsation propre et amortissement

ω0=1LCm=R2CL\omega_0 = \frac{1}{\sqrt{LC}} \qquad\qquad m = \frac{R}{2}\sqrt{\frac{C}{L}}

La pulsation propre ω0\omega_0 est celle à laquelle le circuit oscillerait sans aucune résistance. Elle s'exprime en radians par seconde.

Le coefficient d'amortissement mm est sans dimension, et c'est lui seul qui décide du régime.

Les deux s'obtiennent en comparant les deux écritures de l'équation, coefficient par coefficient. Devant uCu_C : ω02=1/(LC)\omega_0^2 = 1/(LC). Devant la dérivée première : 2mω0=R/L2m\omega_0 = R/L, donc m=R2Lω0=R2CLm = \dfrac{R}{2L\omega_0} = \dfrac{R}{2}\sqrt{\dfrac{C}{L}}.

Que mm soit sans dimension n'est pas un détail d'écriture. Cela signifie qu'un circuit électrique, une suspension et un asservissement de position se comparent par le même nombre, et qu'un réglage trouvé dans un domaine se transporte tel quel dans l'autre.

Les mêmes grandeurs sous d'autres lettres en mathématiques

Le chapitre de mathématiques sur les oscillations résout exactement cette équation, sous la forme y′′+2λy′+ω02y=0y'' + 2\lambda y' + \omega_0^2 y = 0. La correspondance tient en une ligne : λ=m ω0\lambda = m\,\omega_0.

Là-bas, λ\lambda s'appelle facteur d'amortissement, s'exprime en s⁻¹ et se compare à ω0\omega_0 : le régime critique est λ=ω0\lambda = \omega_0. Ici, mm est le même critère rendu sans dimension, et il se compare à 1 : le régime critique est m=1m = 1. Les deux écritures disent la même chose, et un résultat lu dans l'une se traduit dans l'autre en multipliant ou en divisant par ω0\omega_0.

Vérification rapideon peut se reprendre

1.Une bobine de 4 mH et un condensateur de 10 µF sont en série avec une résistance. Que vaut la pulsation propre du montage ?

2.Sans la bobine, le même condensateur se chargerait à travers une résistance de 50 Ω, comme au chapitre précédent. Quelle serait sa constante de temps ?

Pourquoi trois régimes, et pas un de plus

L'équation sans second membre admet des solutions de la forme erte^{rt}. En dérivant deux fois et en remplaçant, le facteur erte^{rt}, jamais nul, se simplifie, et il reste l'équation caractéristique :

r2+2mω0 r+ω02=0r^2 + 2m\omega_0\,r + \omega_0^2 = 0

Son discriminant réduit vaut m2ω02−ω02=ω02 (m2−1)m^2\omega_0^2 - \omega_0^2 = \omega_0^2\,(m^2 - 1). Le facteur ω02\omega_0^2 est toujours positif : le signe ne dépend que de mm, et c'est pour cela que m=1m = 1 est la frontière.

Les trois régimes, et la forme de la réponse de chacun. m>1m > 1 : régime apériodique. Deux racines réelles, toutes deux négatives, r=−mω0±ω0m2−1r = -m\omega_0 \pm \omega_0\sqrt{m^2 - 1}. La réponse est une somme de deux exponentielles, uC(t)=E+A er1t+B er2tu_C(t) = E + A\,e^{r_1 t} + B\,e^{r_2 t} : elle monte vers sa valeur finale sans jamais la dépasser. C'est la racine la plus proche de zéro, −ω0(m−m2−1)-\omega_0\left(m - \sqrt{m^2 - 1}\right), qui s'éteint le plus lentement et commande la fin de la réponse.
m=1m = 1 : régime critique. Une racine double, r=−ω0r = -\omega_0, et la réponse uC(t)=E[1−(1+ω0t) e−ω0t]u_C(t) = E\left[1 - (1 + \omega_0 t)\,e^{-\omega_0 t}\right]. Elle atteint sa valeur finale le plus vite possible sans la dépasser.
m<1m < 1 : régime pseudo-périodique. Deux racines complexes, r=−mω0±j ω01−m2r = -m\omega_0 \pm j\,\omega_0\sqrt{1 - m^2}. La réponse est une sinusoïde amortie, uC(t)=E[1−e−mω0t(cos⁡ωpt+m1−m2sin⁡ωpt)]u_C(t) = E\left[1 - e^{-m\omega_0 t}\left(\cos\omega_p t + \dfrac{m}{\sqrt{1 - m^2}}\sin\omega_p t\right)\right], avec ωp=ω01−m2\omega_p = \omega_0\sqrt{1 - m^2} : elle dépasse sa valeur finale, puis oscille autour d'elle en s'amortissant.

Les constantes AA et BB du régime apériodique, comme celles qui ont donné les deux autres formes, se fixent par les deux conditions initiales : uC(0)=0u_C(0) = 0, puisque le condensateur est déchargé, et i(0)=0i(0) = 0, puisque la bobine impose la continuité du courant.

La lettre jj désigne l'unité imaginaire, j2=−1j^2 = -1, notée ii en mathématiques : en électricité, ii est déjà le courant. La partie réelle des racines, −mω0-m\omega_0, donne la vitesse d'extinction, en e−mω0te^{-m\omega_0 t} ; leur partie imaginaire, ω01−m2\omega_0\sqrt{1 - m^2}, donne la pseudo-pulsation ωp\omega_p des oscillations. Le chapitre de mathématiques sur les complexes donne tout ce qu'il faut pour lire ces racines, et le chapitre sur Fresnel et les complexes y reviendra.

valeur finale+44 %5 V0uC0i2 ms
50 Ω

Régime pseudo-périodique · amortissement 0,250 · pulsation propre 10 krad/s · dépassement 44,4 % · pseudo-période 649 µs · résistance critique 200 Ω.

Tension du condensateur et courant de la maille, à vingt et un instants réguliers
InstantTensionCourant
0 s0 V0 A
100 µs1,96 V33,1 mA
200 µs5,35 V29,3 mA
300 µs7,15 V5,72 mA
400 µs6,69 V-12,7 mA
500 µs5,18 V-14,7 mA
600 µs4,14 V-5,26 mA
700 µs4,13 V4,26 mA
800 µs4,75 V6,95 mA
900 µs5,31 V3,55 mA
1 ms5,42 V-1,08 mA
1,1 ms5,19 V-3,11 mA
1,2 ms4,91 V-2,09 mA
1,3 ms4,8 V42,4 µA
1,4 ms4,88 V1,3 mA
1,5 ms5,02 V1,13 mA
1,6 ms5,08 V203 µA
1,7 ms5,06 V-504 µA
1,8 ms5,01 V-568 µA
1,9 ms4,97 V-196 µA
2 ms4,97 V172 µA
La réponse d'un circuit R-L-C série à un échelon de 5 V, avec sa tension de condensateur en haut et son courant de maille en bas. Déplacer le curseur de résistance pour traverser les trois régimes : la fenêtre de temps ne bouge pas, et c'est la courbe qui se déforme.
À manipuler
Amener le curseur tout à gauche : le circuit oscille longuement, le dépassement approche les cent pour cent, et le courant change de signe à chaque demi-pseudo-période.
Chercher la position où la ligne sous la figure annonce le régime critique : la résistance y vaut la résistance critique indiquée, 200 Ω, et c'est la plus petite résistance qui ne produise aucun dépassement.
Continuer vers la droite : la courbe devient de plus en plus lente, et le régime permanent n'est plus atteint dans la fenêtre. Une résistance très grande ralentit donc, alors qu'une résistance modérée accélérait.
Suivre le panneau du bas pendant tout le déplacement : le courant part toujours de zéro, parce que c'est la bobine qui impose sa continuité.
La résistance critique

Rc=2LCR_c = 2\sqrt{\frac{L}{C}}

C'est la valeur qui rend m=1m = 1. En dessous, le circuit oscille ; au-dessus, il n'oscille pas. L'amortissement n'est alors rien d'autre que le rapport m=R/Rcm = R/R_c.

Sur le circuit de la figure

L=10L = 10 mH et C=1C = 1 µF donnent ω0=1/10−8=10 000\omega_0 = 1/\sqrt{10^{-8}} = 10\,000 rad/s, soit une fréquence propre de 10 000/2π≈159010\,000/2\pi \approx 1590 Hz.

La résistance critique vaut 210−2/10−6=2104=2002\sqrt{10^{-2}/10^{-6}} = 2\sqrt{10^4} = 200 Ω.

L'amortissement se calcule alors sans effort : m=R/200m = R/200. Avec les 50 Ω de la figure, m=0,25m = 0{,}25, et le régime est pseudo-périodique.

Les racines valent −2500±9682 j-2500 \pm 9682\,j : la réponse s'éteint en e−2500 te^{-2500\,t} et oscille à la pseudo-pulsation ωp≈9682\omega_p \approx 9682 rad/s, soit une pseudo-période d'environ 649 µs.

Vérification rapideon peut se reprendre

Un circuit R-L-C série a une résistance critique de 400 Ω. Sa résistance réelle vaut 100 Ω. Quel est son régime ?

Le dépassement ne dépend que de l'amortissement

C'est le résultat le plus utile du chapitre, et le plus surprenant au premier abord.

Premier dépassement

D=e−mπ1−m2D = e^{-\dfrac{m\pi}{\sqrt{1-m^2}}}

exprimé en fraction de la valeur finale, et atteint à la demi-pseudo-période.

La formule sort directement de la réponse pseudo-périodique. À t=Tp/2t = T_p/2, soit ωpt=π\omega_p t = \pi, le cosinus vaut −1-1 et le sinus s'annule : il reste uC=E(1+e−mω0Tp/2)u_C = E\left(1 + e^{-m\omega_0 T_p/2}\right), et l'exposant mω0Tp/2m\omega_0 T_p/2 vaut exactement mπ/1−m2m\pi/\sqrt{1-m^2}.

Ni LL, ni CC, ni RR n'apparaissent séparément : seul mm compte. Deux circuits qui n'ont aucune valeur de composant en commun, mais le même amortissement, dépassent exactement du même pourcentage. Ce qui les distingue est la vitesse à laquelle ils le font, et c'est ω0\omega_0 qui la fixe.

Amortissement mmDépassement
0,173 %
0,2544 %
0,516 %
0,74,6 %
1aucun

Pourquoi 0,7 revient partout. Un amortissement de l'ordre de 0,70{,}7 donne un dépassement de quelques pour cent seulement, tout en restant nettement plus rapide que le régime critique.

C'est le compromis retenu par défaut dans presque tous les réglages d'asservissement, et la raison pour laquelle cette valeur se rencontre bien au-delà de l'électricité.

Le régime critique n'est pas le plus rapide en tout

Le régime critique est le plus rapide parmi ceux qui ne dépassent pas. Si un dépassement est tolérable, un régime pseudo-périodique atteint la valeur finale plus tôt.

Le choix ne se fait donc pas sur la vitesse seule, mais sur ce que le dépassement coûte : sur un ascenseur il se paierait en confort, sur un bras de robot en collision.

La pseudo-période

Définition

Tp=2πωp=2πω01−m2T_p = \frac{2\pi}{\omega_p} = \frac{2\pi}{\omega_0\sqrt{1-m^2}}

Ce n'est pas une période au sens strict, puisque le signal ne se répète pas à l'identique : il décroît d'un passage au suivant. C'est l'intervalle entre deux passages successifs dans le même sens, et il se mesure directement sur un relevé. Le facteur 1−m2\sqrt{1-m^2} vient de la partie imaginaire des racines : l'amortissement ne fait pas que réduire l'amplitude, il ralentit aussi les oscillations.

Pour un amortissement faible, 1−m2\sqrt{1-m^2} est proche de 1 et la pseudo-période se confond presque avec la période propre. À m=0,5m = 0{,}5, l'écart n'est encore que de 15 %.

Vérification rapideon peut se reprendre

Deux circuits R-L-C ont le même amortissement, mais le second a des composants quatre fois plus petits en produit LCLC. Que peut-on dire de leurs réponses ?

La même équation ailleurs

L'équation canonique de ce chapitre ne contient aucune grandeur électrique. Elle décrit tout système qui possède deux réservoirs d'énergie et une perte.

Circuit R-L-CMasse, ressort et amortisseur
Grandeur suivietension uCu_Cposition xx
Premier réservoircondensateur, par l'inverse de sa capacité 1/C1/Cressort de raideur kk
Second réservoirbobine LLmasse MM
Perterésistance RRamortisseur
Pulsation propre1/LC1/\sqrt{LC}k/M\sqrt{k/M}

La masse est notée MM pour ne pas la confondre avec l'amortissement mm ; le chapitre de mathématiques, qui n'emploie pas cette lettre pour l'amortissement, la note mm. C'est l'inverse de la capacité qui joue le rôle de la raideur : un petit condensateur, comme un ressort raide, rappelle fort.

Ce qui se transporte, et ce qui ne se transporte pas. Ce qui se transporte est la machine mathématique : les trois régimes, la formule du dépassement, le rôle de l'amortissement, la valeur 0,7.

Ce qui ne se transporte pas est la mise en équation. Écrire la loi des mailles sur un circuit et écrire le principe fondamental de la dynamique sur une masse sont deux gestes différents, qui s'apprennent séparément.

Reconnaître l'équation une fois qu'elle est écrite fait gagner beaucoup de temps ; croire que la reconnaître dispense de savoir l'écrire en fait perdre encore plus.

Le chapitre des impédances retrouvera ce même amortissement sous un autre nom, le facteur de qualité Q=1/(2m)Q = 1/(2m), qui chiffre la surtension d'un circuit à la résonance.

Vérification rapideon peut se reprendre

Une masse de 2 kg repose sur un ressort de raideur 800 N/m, freiné par un amortisseur de constante 48 N·s/m. En transportant la formule de l'amortissement par le tableau, que vaut mm ?

La méthode

  1. Écrire la loi des mailles sur le circuit, puis remplacer la tension de chaque composant par sa relation, uL=L di/dtu_L = L\,di/dt et i=C duC/dti = C\,du_C/dt, pour obtenir une équation en une seule grandeur.
  2. Identifier la forme canonique par comparaison des coefficients, et en tirer ω0\omega_0 et mm.
  3. Calculer la résistance critique Rc=2L/CR_c = 2\sqrt{L/C}, et comparer la résistance réelle à cette valeur. Le rapport des deux est l'amortissement.
  4. Nommer le régime avant tout calcul de réponse : il décide de la forme de la solution, et une forme choisie au hasard rend un résultat faux qui ressemble à un résultat juste.
  5. Chiffrer le dépassement par la formule, s'il y a lieu, en se rappelant qu'il ne dépend que de mm.
  6. Vérifier les unités avant le résultat : ω0\omega_0 est en radians par seconde, 2L/C2\sqrt{L/C} est en ohms, et l'amortissement est sans dimension. Un coefficient mm qui porterait une unité signale une formule inversée, et c'est précisément celle qui décide du régime.
  7. Contrôler aux deux bouts : la réponse part de sa valeur initiale, le courant part de zéro puisque la bobine l'impose, et tout se termine sur la valeur du régime établi.

Mettre en pratique

Le calcul répond à la première question de l'ouverture, et le premier exercice type à la seconde.

Le filtre d'entrée sous 400 V

  • 1.

    Le filtre d'entrée de l'ouverture met en série une résistance de 1 Ω, une bobine de 1 mH et le condensateur de 2 mF. Quelle est sa pulsation propre, en radians par seconde (rad/s), à 1 rad/s près ?

  • 2.

    Quelle est sa résistance critique, en ohms, à 0,01 Ω près ?

  • 3.

    Que vaut son amortissement, à 0,01 près ?

  • 4.

    Le condensateur part déchargé et reçoit 400 V d'un coup. Quelle tension maximale atteint-il, en volts, à 1 V près ?

La première question de l'ouverture a sa réponse : le filtre d'entrée a une pulsation propre de 707,1 rad/s, soit une fréquence propre de 112,5 Hz, une résistance critique de 1,414 Ω et un amortissement de 0,7071, la valeur de compromis du chapitre. La tension du condensateur culmine à 417,3 V, 4,3 % au-dessus de 400 V et bien sous ses 450 V : la mise sous tension sans précharge ne le détruirait pas. Le dépassement vaut ici exactement e−πe^{-\pi}, parce que m/1−m2m/\sqrt{1-m^2} vaut 1 quand m=1/2m = 1/\sqrt{2}.

Le condensateur tiendrait-il la mise sous tension avec la bobine de 5 mH que propose le technicien ?

À Belmarais, Hugo Sellier propose de remplacer la bobine de 1 mH du filtre d'entrée d'une borne rapide par une bobine de 5 mH, qui filtrerait mieux les parasites du redresseur. La résistance du filtre reste de 1 Ω, et le condensateur de bus, de 2 mF, est donné pour 450 V. Sans résistance de précharge, ce condensateur, déchargé, reçoit 400 V d'un coup à travers le filtre à chaque mise sous tension. Calculer la pulsation propre, en rad/s, à 0,1 rad/s près, l'amortissement, à 0,001 près, puis la tension maximale du condensateur, en volts, à 1 V près, et dire s'il tiendrait. S'il ne tient pas, chiffrer la plus petite résistance du filtre qui le ferait tenir, en ohms, à 0,01 Ω près.

Par où commencer ? Calculer d'abord ce qui ne dépend que de la bobine et du condensateur, puis situer la résistance du filtre par rapport à ce repère.

Le corrigé
  1. Calculer la pulsation propre. ω0=1/LC=1/5×10−3×2×10−3=1/10−5≈316,2\omega_0 = 1/\sqrt{LC} = 1/\sqrt{5 \times 10^{-3} \times 2 \times 10^{-3}} = 1/\sqrt{10^{-5}} \approx 316{,}2 rad/s : une bobine cinq fois plus grande divise la pulsation propre par 5\sqrt{5}, sans rien dire encore du dépassement.
  2. Calculer la résistance critique. Rc=2L/C=22,5≈3,162 ΩR_c = 2\sqrt{L/C} = 2\sqrt{2{,}5} \approx 3{,}162\ \Omega, parce qu'elle seule sert de repère à la résistance du filtre : elle a grandi avec la bobine, alors que la résistance est restée à 1 Ω.
  3. En déduire l'amortissement. m=R/Rc=1/3,162≈0,316m = R/R_c = 1/3{,}162 \approx 0{,}316. Il est inférieur à 1 : le régime est pseudo-périodique, et la tension dépassera 400 V.
  4. Chiffrer le dépassement. 1−m2=0,9≈0,949\sqrt{1 - m^2} = \sqrt{0{,}9} \approx 0{,}949, donc D=e−π×0,316/0,949=e−π/3≈0,351D = e^{-\pi \times 0{,}316/0{,}949} = e^{-\pi/3} \approx 0{,}351, soit 35,1 % de la valeur finale. Seul l'amortissement y entre, ce qui dispense de résoudre l'équation.
  5. Calculer la tension maximale et conclure. 400×(1+0,351)≈540400 \times (1 + 0{,}351) \approx 540 V, bien au-delà des 450 V : avec la bobine de 5 mH, la mise sous tension détruirait le condensateur. C'est la réponse à l'ouverture : la bobine qui filtre mieux amortit moins, parce qu'elle fait grandir la résistance critique.
  6. Chercher l'amortissement qui suffirait. Le dépassement admis vaut 50/400=0,12550/400 = 0{,}125. D=0,125D = 0{,}125 donne mπ1−m2=ln⁡8≈2,079\dfrac{m\pi}{\sqrt{1-m^2}} = \ln 8 \approx 2{,}079, soit m1−m2≈0,662\dfrac{m}{\sqrt{1-m^2}} \approx 0{,}662 ; en élevant au carré, m2=0,438 (1−m2)m^2 = 0{,}438\,(1 - m^2), d'où m≈0,552m \approx 0{,}552. La résistance du filtre doit donc valoir au moins 0,552×3,162≈1,75 Ω0{,}552 \times 3{,}162 \approx 1{,}75\ \Omega : garder la bobine de 5 mH demande 0,75 Ω de plus.
  7. Vérifier. Avec 1,75 Ω, m=1,75/3,162≈0,553m = 1{,}75/3{,}162 \approx 0{,}553, D=e−π×0,553/0,833≈0,124D = e^{-\pi \times 0{,}553/0{,}833} \approx 0{,}124, et la tension maximale vaut 400×1,124≈449,6400 \times 1{,}124 \approx 449{,}6 V : la limite est tenue, de justesse. L'amortissement est bien sans unité, comme le rapport de deux résistances.
Faut-il porter la résistance du filtre à sa valeur critique pour supprimer tout dépassement ?

Le filtre d'entrée de 1 mH et 2 mF a une résistance critique de 1,414 Ω. Pour que la tension du condensateur ne dépasse jamais 400 V, le constructeur propose d'ajouter 0,414 Ω en série au 1 Ω du filtre. Écrire l'équation du montage ainsi modifié avec ses valeurs numériques, puis son équation caractéristique, sa racine et la réponse uC(t)u_C(t) à un échelon de 400 V, le condensateur étant déchargé. Calculer la tension du condensateur 5 ms après l'échelon, en volts, à 1 V près, et la comparer aux 406,7 V qu'atteint au même instant le filtre de 1 Ω. Dire enfin s'il vaut mieux garder 1 Ω.

Par où commencer ? Chiffrer les deux coefficients de la forme canonique, puis regarder le discriminant de l'équation caractéristique avant de choisir la forme de la réponse.

Vérification rapideon peut se reprendre

Pourquoi la réponse du filtre modifié s'écrit-elle avec le facteur (1+ω0t)(1 + \omega_0 t) ?

Le corrigé
  1. Écrire l'équation du montage. La loi des mailles, avec i=C duC/dti = C\,du_C/dt, donne après division par LCLC : d2uCdt2+RL duCdt+1LC uC=ELC\dfrac{d^2u_C}{dt^2} + \dfrac{R}{L}\,\dfrac{du_C}{dt} + \dfrac{1}{LC}\,u_C = \dfrac{E}{LC}, avec R/L=1,414/10−3≈1414R/L = 1{,}414/10^{-3} \approx 1414 s⁻¹, 1/(LC)=1/(2×10−6)=500 0001/(LC) = 1/(2 \times 10^{-6}) = 500\,000 s⁻² et E/(LC)=2×108E/(LC) = 2 \times 10^{8} V/s². La dérivée seconde dit le second ordre : deux composants stockent.
  2. Écrire l'équation caractéristique. r2+1414 r+500 000=0r^2 + 1414\,r + 500\,000 = 0. Son discriminant vaut 1414,22−4×500 000≈01414{,}2^2 - 4 \times 500\,000 \approx 0 : la résistance égale la résistance critique, m=1m = 1, et le régime est critique.
  3. En tirer la racine double. r=−1414,2/2≈−707,1r = -1414{,}2/2 \approx -707{,}1 s⁻¹, soit −ω0-\omega_0 : la réponse s'éteint en e−707,1 te^{-707{,}1\,t}, sans osciller.
  4. Écrire la réponse. uC(t)=400[1−(1+707,1 t) e−707,1 t]u_C(t) = 400\left[1 - (1 + 707{,}1\,t)\,e^{-707{,}1\,t}\right], dont les constantes viennent des deux conditions initiales : elle part de 0 avec une pente nulle, puisque le courant part de zéro, et tend vers 400 V sans le dépasser.
  5. Calculer la tension à 5 ms. 707,1×0,005≈3,536707{,}1 \times 0{,}005 \approx 3{,}536, et (1+3,536) e−3,536≈0,132(1 + 3{,}536)\,e^{-3{,}536} \approx 0{,}132 : uC≈400×0,868≈347u_C \approx 400 \times 0{,}868 \approx 347 V.
  6. Comparer et conclure. Le filtre de 1 Ω, de racines −500±500 j-500 \pm 500\,j, atteint 400 V dès que cos⁡500t+sin⁡500t=0\cos 500t + \sin 500t = 0, soit 500 t=3π/4500\,t = 3\pi/4 et t≈4,7t \approx 4{,}7 ms, puis 406,7 V à 5 ms, quand le filtre critique n'en est qu'à 347 V. Il ne dépasse 400 V que de 4,3 %, sous les 450 V du condensateur. Le régime critique est le plus rapide parmi ceux qui ne dépassent pas, pas le plus rapide en tout : mieux vaut garder 1 Ω, dont le petit dépassement ne menace pas le condensateur et qui amène la tension plus tôt.
  7. Vérifier. À 10 ms, 707,1×0,01≈7,07707{,}1 \times 0{,}01 \approx 7{,}07 et la réponse critique vaut 400[1−8,07 e−7,07]≈397400\left[1 - 8{,}07\,e^{-7{,}07}\right] \approx 397 V : elle approche 400 V par en dessous, sans l'atteindre, comme le veut un régime critique. Les unités se tiennent : R/LR/L, en s⁻¹, multiplie une dérivée en V/s, et 1/(LC)1/(LC), en s⁻², multiplie une tension.
Le contrôleur d'un moteur de drone supporte-t-il le branchement de sa batterie ?

Un fabricant de drones de cartographie branche la batterie de 22,2 V d'un appareil sur le contrôleur d'un moteur. Le condensateur d'entrée du contrôleur, de 470 µF, part déchargé et reçoit la tension d'un coup à travers les câbles, qui présentent en série une inductance de 4,7 µH et une résistance de 0,08 Ω. Les composants du contrôleur sont donnés pour 25 V. Calculer la pulsation propre, en rad/s, à 1 rad/s près, l'amortissement, à 0,01 près, puis la tension maximale du condensateur, en volts, à 0,1 V près, et dire si le contrôleur la supporte. S'il ne la supporte pas, chiffrer la plus petite résistance série qui le protégerait, en ohms, à 0,001 Ω près.

Par où commencer ? Chercher d'abord ce que fixent l'inductance des câbles et le condensateur seuls, puis y comparer la résistance des câbles.

Le corrigé
  1. Calculer la pulsation propre. ω0=1/4,7×10−6×470×10−6=1/(4,7×10−5)≈21 277\omega_0 = 1/\sqrt{4{,}7 \times 10^{-6} \times 470 \times 10^{-6}} = 1/(4{,}7 \times 10^{-5}) \approx 21\,277 rad/s, soit une fréquence propre d'environ 3,4 kHz : tout se joue en une fraction de milliseconde.
  2. Calculer la résistance critique. Rc=24,7×10−6/(470×10−6)=20,01=0,2 ΩR_c = 2\sqrt{4{,}7 \times 10^{-6}/(470 \times 10^{-6})} = 2\sqrt{0{,}01} = 0{,}2\ \Omega, le repère auquel comparer la résistance des câbles.
  3. En déduire l'amortissement. m=0,08/0,2=0,40m = 0{,}08/0{,}2 = 0{,}40 : le régime est pseudo-périodique, et la tension dépassera 22,2 V.
  4. Chiffrer le dépassement. 1−0,16≈0,917\sqrt{1 - 0{,}16} \approx 0{,}917, donc D=e−π×0,4/0,917≈e−1,371≈0,254D = e^{-\pi \times 0{,}4/0{,}917} \approx e^{-1{,}371} \approx 0{,}254, soit 25,4 % : seul l'amortissement y entre.
  5. Calculer la tension maximale et conclure. 22,2×1,254≈27,822{,}2 \times 1{,}254 \approx 27{,}8 V, au-delà des 25 V : le simple branchement de la batterie peut détruire le contrôleur.
  6. Chercher l'amortissement qui suffirait. Le dépassement admis vaut 2,8/22,2≈0,1262{,}8/22{,}2 \approx 0{,}126, d'où mπ1−m2=−ln⁡0,126≈2,070\dfrac{m\pi}{\sqrt{1-m^2}} = -\ln 0{,}126 \approx 2{,}070, m1−m2≈0,659\dfrac{m}{\sqrt{1-m^2}} \approx 0{,}659 et, en élevant au carré, m≈0,550m \approx 0{,}550. La résistance série doit valoir au moins 0,550×0,2≈0,110 Ω0{,}550 \times 0{,}2 \approx 0{,}110\ \Omega.
  7. Vérifier. Avec m=0,550m = 0{,}550, D=e−π×0,550/0,835≈0,126D = e^{-\pi \times 0{,}550/0{,}835} \approx 0{,}126 et la tension maximale vaut 22,2×1,126≈25,022{,}2 \times 1{,}126 \approx 25{,}0 V : la limite est atteinte, sans plus. Une résistance un peu plus forte garde une marge : avec 0,12 Ω, m=0,6m = 0{,}6, le dépassement tombe à 9,5 % et la tension à 24,3 V. La démarche est celle du premier exercice : la résistance critique d'abord, puis l'amortissement, qui seul décide du dépassement.

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