Le bilan thermique d'un bâtiment
Ce que ce chapitre apporte 6 points
- Trouver l'épaisseur d'isolant qui amène une paroi sous un coefficient de transmission visé.
- Exprimer un pont thermique en surface de mur équivalente.
- Calculer le coefficient de déperdition d'un bâtiment, puis la puissance de chauffage à installer.
- Passer d'une puissance à une consommation annuelle par les degrés-jours.
- Comparer le coût d'un même chauffage selon la machine qui le fournit.
- Chiffrer ce que la récupération d'une chaleur perdue change aux achats de gaz et d'électricité d'un site.
Les bureaux et la halle de conditionnement des Eaux d'Escarlens, qui mettent en bouteilles une eau gazeuse, se chauffent l'hiver. Nadia Ferrand, responsable maintenance et énergie, veut connaître la puissance de chauffage qu'il faut prévoir par grand froid, et l'endroit par où la chaleur s'échappe le plus : les murs, la toiture, les fenêtres, les jonctions entre parois ou l'air renouvelé. Elle pose aussi une seconde question, qui clôt le parcours. La salle des compresseurs et le groupe d'eau glacée jettent dehors des centaines de kilowatts de chaleur, pendant que la chaudière brûle du gaz pour le chauffage et le nettoyage en place. Que gagnerait l'entreprise à reprendre cette chaleur perdue, en gaz et en électricité ?
Ce chapitre réunit les parois du chapitre 13, les résistances de surface du chapitre 14, la récupération du chapitre 15 et les machines du chapitre 11.
Le mur qui doit passer sous 0,20
Le mur extérieur des bureaux est celui du chapitre 13 : du plâtre, 100 mm de laine de verre et du parpaing. Son coefficient de transmission , l'inverse de sa résistance totale, résistances de surface comprises, vaut 0,33 W/(m²·K). Une paroi de surface laisse alors passer la puissance , comptée positivement quand elle sort du bâtiment. Pour un bâtiment, l'écart se prend au jour le plus froid retenu pour le lieu : c'est l'écart de base, ici 19 °C dedans et −7 °C dehors, soit 26 K (chapitre 1).
Sur les 80 m² de mur de la façade, dont le pan de 12 m² du chapitre 13, la perte vaut W (0,33 est le arrondi). La direction veut un mur neuf sous 0,20 W/(m²·K) pour l'extension des bureaux, et le premier réflexe est de doubler la laine. Quelle épaisseur le seuil exige-t-il vraiment ?
Défi : faire passer U sous 0,20 W/(m²·K) en réglant l'épaisseur de la couche de laine-de-verre.
U = 0,329 W/(m²·K) : encore au-dessus de 0,20. L'épaisseur juste, la plus faible qui y parvient, est de 174,3 mm.
sonde à 157 mm · −5,4 °C
| Élément | R (m²·K/W) | Part | Chute |
|---|---|---|---|
| surface intérieure | 0,130 | 4 % | 1,11 K |
| platre | 0,0520 | 2 % | 0,444 K |
| laine-de-verre | 2,63 | 86 % | 22,5 K |
| parpaing | 0,190 | 6 % | 1,63 K |
| surface extérieure | 0,0400 | 1 % | 0,342 K |
Résistance totale 3,04 m²·K/W, donc U = 0,329 W/(m²·K), soit 8,54 W/m² et 683 W pour 80,0 m². Les couches sont dessinées à l'échelle de leur épaisseur, et le profil à celle de leur résistance.
Relever le flux à travers la façade avant et après, puis pousser jusqu'à 200 mm.
Constater que les derniers millimètres rapportent moins que les premiers.
Il suffit de 175 mm, et non du double des 100 mm de départ : tombe à 0,199 W/(m²·K), et le flux de la façade de 683 à 415 W. Pousser à 200 mm ne retire plus que 49 W, parce que les résistances s'additionnent alors que est leur inverse : chaque centimètre ajouté pèse moins dans la résistance totale que le précédent. Le calcul à la main, celui de l'extension des bureaux au chapitre 13, donne 17,4 cm, que le curseur arrondit au pas de 5 mm au-dessus.
Les 268 W gagnés sont à garder en tête : le bilan complet dira ce qu'ils pèsent.
Par où la chaleur s'échappe
Un bâtiment perd de la chaleur par quatre postes, et un bilan les compte tous. Ces déperditions sont les pertes de chaleur du bâtiment vers l'extérieur.
Les parois opaques : murs, toiture, plancher bas, chacun avec son coefficient et sa surface.
Les parois vitrées : fenêtres et portes, dont le coefficient est cinq à dix fois celui d'un mur isolé.
Les ponts thermiques : les endroits où l'isolant est interrompu, comptés en watts par mètre de liaison et par kelvin.
Le renouvellement d'air : la ventilation voulue et les infiltrations, c'est-à-dire l'air qui entre par les fuites.
Le troisième est le moins visible. Le mur à 175 mm de laine perd 415 W d'après le calcul. Un relevé du flux total à travers la façade, fenêtres exclues, en lit pourtant 790. Où sont les 375 W de différence ? Le plancher des bureaux est une dalle de béton, et elle traverse la façade sur 24 m de long : un chemin de conductivité 2,3 W/(m·K) à travers une isolation de 0,038, soixante fois moins conductrice.
Un pont thermique, déjà rencontré au chapitre 13, est une liaison où l'isolant est interrompu : une dalle qui traverse la façade, un angle de mur, un appui de fenêtre. Il se compte par unité de longueur :
où , en watts par mètre et par kelvin, vaut typiquement 0,1 à 0,8 selon la qualité de la liaison.
Pour la dalle des bureaux, W/(m·K) : W, et W. Rapportée au mur, cette liaison pèse autant que m² de façade, soit presque la façade entière.
En revanche, sur un bâtiment ancien aux murs à 2 W/(m²·K), la même dalle ne pèserait que 7 m² de mur et disparaîtrait dans des parois médiocres. Plus un bâtiment est isolé, plus ses ponts thermiques comptent, parce que tout le reste a été traité et qu'eux ne l'ont pas été.
Un angle de bâtiment est un pont thermique de 40 m de long, de coefficient W/(m·K). Les murs voisins ont un coefficient W/(m²·K). À quelle surface de mur ce pont équivaut-il ?
Le renouvellement d'air
Une pièce parfaitement close perdrait encore de la chaleur, puisque l'air doit être renouvelé pour rester respirable : de l'air chaud sort, de l'air froid entre, et il faut le réchauffer. Les bureaux du site accueillent 20 personnes, à 25 m³ d'air neuf par heure et par personne : 500 m³/h. Quelle puissance faut-il pour porter cet air de −7 à 19 °C ?
Réchauffer de l'air est une chaleur sensible, celle du chapitre 3 :
avec le débit d'air en mètres cubes par seconde, et pour l'air kg/m³ et J/(kg·K). Le produit vaut environ 0,34 Wh par mètre cube et par kelvin : multiplié par un débit en mètres cubes par heure, il donne directement des watts par kelvin.
Pour les bureaux : W, plus de cinq fois les 790 W de la façade. Une ventilation double flux fait passer l'air sortant et l'air entrant par un échangeur à contre-courant. Avec l'efficacité de 0,85 que le chapitre 15 obtient pour une double flux, elle reprend W, et il ne reste à fournir que W.
En revanche, l'efficacité de 0,85 suppose un échangeur à contre-courant : à co-courant, elle plafonnerait à 0,5 ; et un extracteur qui rejette l'air chaud dehors sans échangeur ne récupère rien. Isoler les parois ne change pas non plus ce poste, puisque l'air à renouveler reste le même : sa part relative grandit à mesure que le bâtiment s'améliore.
1.Une salle de 60 m³ est renouvelée une fois par heure, sous un écart de 20 K. Quelle puissance faut-il pour réchauffer l'air entrant ?
2.Un local dont la ventilation pèse 60 W/K sur un coefficient de déperdition de 150 W/K reçoit un échangeur d'efficacité 0,80. Que devient son coefficient de déperdition ?
Le bilan de la halle et des bureaux
Les postes n'ont pas les mêmes unités : un coefficient surfacique se multiplie par des mètres carrés, un pont thermique par des mètres, un débit d'air par 0,34. Tous rendent pourtant des watts par kelvin, et c'est ce qui permet de les additionner.
avec en mètres cubes par heure. se lit « coefficient de déperdition » : c'est la puissance perdue par kelvin d'écart entre l'intérieur et l'extérieur. Multipliée par l'écart de base, elle donne la puissance de chauffage à installer.
Pour la halle de conditionnement et les bureaux, sous l'écart de base de 26 K :
| Poste | Calcul | en W/K |
|---|---|---|
| Murs de la halle | 900 m² × 0,45 | 405 |
| Murs des bureaux | 80 m² × 0,329 | 26 |
| Toiture | 1 600 m² × 0,30 | 480 |
| Plancher | 1 600 m² × 0,25 | 400 |
| Fenêtres des bureaux | 12 m² × 5,75 | 69 |
| Ponts thermiques | 500 m × 0,30 | 150 |
| Renouvellement d'air | 0,34 × 6 500 m³/h | 2 210 |
| Total | 3 740 |
Les fenêtres sont les six simples vitrages de 2 m² du chapitre 14. Le plancher est compté au coefficient équivalent de la dalle sur le sol, qui tient déjà compte de ce que le sol est moins froid que l'air et s'applique à l'écart plein. L'air renouvelé réunit 6 000 m³/h pour la halle, soit 0,6 volume par heure pour une halle d'environ 10 000 m³, et les 500 m³/h des bureaux.
La puissance à installer vaut kW : c'est la réponse à la première question de l'ouverture. Le poste le plus lourd est l'air renouvelé, avec 59 % du total, loin devant la toiture, à 13 %. Les 80 m² de murs des bureaux, qui ont occupé la première section, ne pèsent pas même 1 % : les 268 W gagnés par le défi font 0,3 % des 97 kW. Le levier de l'entreprise n'est pas dans ce mur, mais dans l'air, que nulle isolation ne touche.
Un contrôle d'ordre de grandeur confirme le résultat : 97 kW pour 1 600 m² au sol font 61 W par mètre carré, ce qui convient à un bâtiment industriel très ventilé.
De la puissance à l'année
Les 97 kW ne sont dus qu'au jour le plus froid. Multipliés par les 8 760 heures d'une année, ils annonceraient kWh, alors que l'hiver demande presque toujours moins que la puissance de base, et que l'été ne demande rien. Une puissance ne donne pas une consommation : il y faut la durée, et l'écart varie chaque jour. Le kilowattheure (kWh), énergie d'un kilowatt pendant une heure, vaut 3,6 mégajoules (MJ), comme le chapitre 1 l'a posé.
Les degrés-jours de chauffage (DJ) cumulent, sur la saison, l'écart quotidien entre une température de référence et la température extérieure moyenne du jour, les jours plus chauds que la référence ne comptant pour rien. Un jour à 8 °C de moyenne sous une référence de 18 °C vaut 10 degrés-jours. La consommation de la saison vaut :
avec en W/K et DJ en degrés-jours : le 24 convertit les jours en heures, et la division par 1 000 les wattheures en kilowattheures.
Les valeurs publiées en France prennent une référence de 18 °C, et non la consigne de 19 °C : les apports gratuits du soleil, des occupants et des machines fournissent les derniers degrés. Pour un lieu à 2 500 degrés-jours, valeur retenue ici comme hypothèse, la halle et les bureaux demandent :
soit 224 MWh, le mégawattheure valant 1 000 kWh : un peu plus du quart de l'estimation par la puissance. En revanche, la valeur publiée change avec l'année, et le calcul ne vaut que pour une saison moyenne.
Un local a un coefficient de déperdition de 200 W/K, un écart de base de 26 K et 2 000 degrés-jours de chauffage dans l'année. Quelle énergie de chauffage demande-t-il ?
De la chaleur à la facture
Les 224 MWh sont de la chaleur à fournir, pas encore une facture : elle dépend de la machine qui la produit. Une résistance électrique rend un kilowattheure de chaleur pour un kilowattheure payé. Une chaudière au gaz, de rendement 0,9, en brûle 1,11. Une pompe à chaleur déplace de la chaleur au lieu d'en créer, et la quantité d'énergie à payer se divise par son coefficient de performance. Pour de l'eau à 45 °C tirée de l'air à −7 °C, la borne de Carnot vaut ; une machine réelle en atteint environ la moitié, d'où un coefficient de 3,0 retenu pour le plus froid de l'hiver.
Les prix du kilowattheure ci-dessous sont des hypothèses de travail, d'un ordre de grandeur plausible pour un site industriel : 0,07 € pour le gaz et 0,16 € pour l'électricité. Ils changent chaque année et se lisent sur le contrat ; la méthode reste, les prix non.
| Fourniture du chauffage | Énergie payée par kWh de chaleur | Coût du kWh de chaleur | Coût annuel pour 224 MWh |
|---|---|---|---|
| Résistances électriques | 1 kWh | 0,160 € | 35 900 € |
| Chaudière au gaz, rendement 0,9 | 1,11 kWh | 0,078 € | 17 500 € |
| Pompe à chaleur, coefficient 3,0 | 0,33 kWh | 0,053 € | 12 000 € |
| Chaleur récupérée sur un compresseur | rien de plus | 0 € | 0 €, si elle existe quand le bâtiment chauffe |
Ce classement dépend des prix. Avec l'électricité à 0,25 € et le gaz à 0,05 €, le kilowattheure de chaleur coûte 0,083 € par la pompe et 0,056 € par la chaudière : la pompe ne l'emporterait qu'au-delà d'un coefficient de 4,5, soit plus des deux tiers de la borne de 6,1, peu réaliste.
Le gaz coûte 0,06 € le kWh, brûlé dans une chaudière de rendement 0,9. L'électricité coûte 0,18 € le kWh, pour une pompe à chaleur de coefficient 3. Quelle chaleur est la moins chère ?
Le cas complet : reprendre la chaleur perdue
Le chauffage de 97 kW ne demande qu'une eau tiède. Or la centrale d'air du site cède aux refroidisseurs de ses compresseurs 135 kW d'eau à 80 °C, que rien n'emploie, et le groupe d'eau glacée rejette 258 kW à son condenseur. Cette chaleur ne produirait presque aucun travail, la borne de Carnot de 18 % du chapitre 10 le disait. Elle chauffe en revanche très bien un bâtiment à 19 °C et, par la pompe à chaleur du chapitre 11, l'eau du nettoyage en place. Pour une heure d'hiver, le schéma suivant compare deux cas : le site actuel, et celui qui reprend ces chaleurs. Avant de basculer, répondre à la question que le schéma pose sur la centrale d'air.
sans récupération
- électricité vers centrale d'air : 180 kW.
- centrale d'air vers air extérieur : 135 kW, eau de refroidissement à 80 °C.
- centrale d'air vers salle des compresseurs : 45 kW.
- eau captée vers groupe d'eau glacée : 209 kW, chaleur prise à l'eau, de 13 à 4 °C.
- électricité vers groupe d'eau glacée : 49 kW.
- groupe d'eau glacée vers air extérieur : 258 kW, condenseur à 40 °C.
- gaz vers chaudière : 314,4 kW.
- chaudière vers nettoyage en place : 186 kW, eau à 85 °C et vapeur.
- chaudière vers chauffage : 97 kW.
- chaudière vers fumées : 31,4 kW.
avec récupération
- électricité vers centrale d'air : 180 kW.
- centrale d'air vers chauffage : 97 kW, eau à 80 °C.
- centrale d'air vers air extérieur : 38 kW.
- centrale d'air vers salle des compresseurs : 45 kW.
- eau captée vers groupe d'eau glacée : 209 kW.
- électricité vers groupe d'eau glacée : 49 kW.
- groupe d'eau glacée vers pompe à chaleur : 90 kW.
- groupe d'eau glacée vers air extérieur : 168 kW.
- électricité vers pompe à chaleur : 36 kW.
- pompe à chaleur vers nettoyage en place : 126 kW, eau à 85 °C.
- gaz vers chaudière : 66,7 kW.
- chaudière vers nettoyage en place : 60 kW, vapeur.
- chaudière vers fumées : 6,7 kW.
La largeur d'un ruban est proportionnelle à sa puissance.200 kW
Relever dans chacun le gaz qui entre dans la chaudière et l'électricité qui entre dans la centrale d'air.
Constater que la récupération fait acheter moins de gaz, non moins d'électricité.
Sans récupération, la chaudière reçoit 314 kW de gaz : 186 kW partent au nettoyage en place, 97 au chauffage, et 31 dans les fumées, les gaz brûlés qui s'échappent par la cheminée. Avec la récupération, la centrale d'air fournit les 97 kW du chauffage (sur ses 135 kW, 38 repartent dehors), la pompe à chaleur dépose 126 kW dans l'eau du nettoyage, et la chaudière ne fournit plus que les 60 kW de vapeur. Le gaz tombe à 67 kW : 248 kW évités, soit 79 %. Les achats d'énergie du site passent de 543 à 332 kW.
L'électricité de la centrale d'air ne change pas, 180 kW dans les deux cas, puisqu'on reprend une chaleur qui partait dehors sans toucher au compresseur. Seule la pompe à chaleur ajoute ses 36 kW. Aux prix de la section précédente, une heure d'hiver économise € de gaz et dépense € d'électricité : 11,6 € de gain net par heure, à multiplier par le nombre d'heures où ce régime dure. En revanche, si le chauffage dépassait les 135 kW que la centrale fournit, la chaudière apporterait la différence, et le gain serait moindre.
Le bilan suppose que les compresseurs tournent quand le bâtiment chauffe : sans cela, la récupération demanderait un stockage que ce chapitre ne dimensionne pas. Chaque ruban se retrouve dans un chapitre du parcours.
| Flux | Valeur | D'où il vient |
|---|---|---|
| Eau captée refroidie de 13 à 4 °C | 209 kW | chaleur sensible de 20 m³/h sur 9 K, chapitre 3 |
| Eau chaude du nettoyage et vapeur | 126 et 60 kW | chauffer 1,5 m³/h de 13 à 85 °C (chapitre 3) et condenser la vapeur (chapitre 4) |
| Centrale d'air | 180 kW, dont 135 dans l'eau | refroidisseurs des compresseurs, chapitre 9 |
| Groupe d'eau glacée | 49 kW payés, 258 kW au condenseur | bilan 209 + 49, chapitre 12 |
| Pompe à chaleur | 36 kW payés, 90 pris, 126 déposés | coefficient 3,5, chapitre 11 |
| Chauffage | 97 kW | le bilan de ce chapitre, avec les chapitres 13 à 15 |
La méthode
- Fixer l'écart de base : la température voulue dedans moins la plus basse retenue pour le lieu, en kelvins.
- Dresser les parois opaques, chacune avec sa surface et son coefficient de transmission, résistances de surface comprises. Pour un mur à isoler, la résistance visée est , et l'isolant porte presque tout le reste.
- Ajouter les vitrages à part : leur coefficient est cinq à dix fois celui d'un mur isolé, et les noyer dans la façade fausse tout.
- Ajouter les ponts thermiques, comptés en longueur et non en surface.
- Ajouter le renouvellement d'air, par 0,34 multiplié par le débit en mètres cubes par heure, moins la part reprise par un échangeur d'efficacité donnée. C'est le poste que l'on oublie, et souvent le premier.
- Sommer en watts par kelvin, puis multiplier par l'écart de base pour la puissance, et par les degrés-jours et 24/1 000 pour l'énergie annuelle.
- Passer à la machine et au prix : diviser la chaleur par le rendement ou le coefficient de performance, multiplier par le prix du kilowattheure payé, et vérifier que le coefficient reste sous la borne de Carnot.
- Boucler le bilan : les parts des postes font 100 %, la puissance rapportée au sol tombe à quelques dizaines de watts par mètre carré, et dans un bilan d'énergie chaque installation rend tout ce qu'elle reçoit, rejets compris.
Mettre en pratique
Les calculs ci-dessous se posent à la main, avec les formules du cours. Le calcul chiffre la halle d'expédition, dont le chauffage s'ajoute à celui du reste du site. Le premier exercice type refait le cas complet avec ce chauffage, et le second le refait dans un autre métier.
Chauffer la halle d'expédition
- 1.
La halle d'expédition du site est chauffée à 19 °C, sous un écart de base de 26 K. Elle a 640 m² de murs à 0,45 W/(m²·K), 900 m² de toiture à 0,30, 900 m² de plancher à 0,25 (coefficient équivalent, écart plein), 48 m² de portes de quai à 2,0, 300 m de ponts thermiques à 0,30 W/(m·K) et un air renouvelé de 3 000 m³/h. Quel est son coefficient de déperdition, en W/K, à 1 W/K près ?
- 2.
Quelle puissance de chauffage cette halle demande-t-elle, en kilowatts, à 0,1 kW près ?
- 3.
Quelle part du coefficient de déperdition revient à l'air renouvelé, en pourcentage, à 1 point près ?
- 4.
La halle se trouve dans un lieu à 2 500 degrés-jours de chauffage. Quelle énergie de chauffage demande-t-elle sur la saison, en mégawattheures, à 1 MWh près ?
La halle d'expédition demande donc 52 kW, dont la moitié pour l'air : elle ajoute ses besoins aux 97 kW de la halle de conditionnement et des bureaux.
Avec la halle d'expédition, la récupération sur la centrale d'air gagne-t-elle encore du gaz, et combien en euros par heure ?
Le chauffage de la halle d'expédition d'Escarlens, 52 kW, s'ajoute à celui de la halle de conditionnement et des bureaux, 97 kW : 149 kW en tout, à fournir par une heure d'hiver. La centrale d'air peut céder 135 kW d'eau à 80 °C ; si cela ne suffit pas, la chaudière complète. La chaudière, de rendement 0,9, fournit seule le nettoyage en place sans récupération (186 kW) ; avec elle, la pompe à chaleur du nettoyage dépose 126 kW et la chaudière ne fournit plus que 60 kW de vapeur, la pompe consommant 36 kW d'électricité. Calculer, à 1 kW près, le gaz brûlé sans récupération puis avec, à 1 point près la part de gaz évitée, et à 0,1 € près le gain par heure, le gaz valant 0,07 € le kWh et l'électricité 0,16 €. Répondre ainsi à la seconde question de l'ouverture.
Par où commencer ? Écrire, pour chaque variante, ce que la chaudière doit encore livrer, usage par usage, avant de parler de gaz.
Pourquoi divise-t-on par 0,9 la chaleur que la chaudière livre pour obtenir le gaz qu'elle brûle ?
Le corrigé
- Écrire ce que la chaudière livre sans récupération. Le nettoyage en place demande 186 kW, le chauffage 149 kW : 335 kW de chaleur, que la chaudière est seule à fournir.
- Passer de la chaleur au gaz. kW de gaz, dont 37 kW de fumées. La chaleur livrée est une fraction du gaz, et c'est le gaz qu'on paie.
- Répartir le chauffage avec la récupération. La centrale d'air ne cède que 135 kW, et le chauffage en demande 149 : elle donne tout, et la chaudière apporte la différence, kW. Si le chauffage avait été plus bas que 135 kW, la centrale aurait suffi, et son surplus serait reparti dehors.
- Compter ce que la chaudière livre encore. La pompe à chaleur du chapitre 11 dépose 126 kW dans l'eau à 85 °C ; il reste 60 kW de vapeur à la chaudière, plus les 14 kW de chauffage : 74 kW, soit kW de gaz.
- Mesurer le gain. kW de gaz évités, soit . En euros, € de gaz en moins, et € d'électricité en plus : 14,5 € par heure. La réponse à la seconde question de l'ouverture est donc oui, et la récupération reste très rentable, un peu moins en pourcentage qu'avec le seul chauffage de 97 kW.
- Vérifier. La chaleur reprise sur la centrale et celle de la chaudière refont les 149 kW : . L'électricité de la centrale ne bouge pas, 180 kW dans les deux cas, et seule la pompe à chaleur ajoute ses 36 kW.
La chaleur du condenseur d'une charcuterie suffit-elle à chauffer son atelier de découpe ?
Une charcuterie industrielle chauffe son atelier de découpe à 80 kW par grand froid, avec une chaudière au gaz de rendement 0,9. Son groupe froid rejette 150 kW à son condenseur, dont un échangeur peut reprendre 55 kW pour le plancher chauffant de l'atelier. La reprise demande une pompe de 3 kW d'électricité ; l'électricité du groupe ne change pas. Calculer, à 0,1 kW près, le gaz brûlé sans récupération puis avec, à 1 point près la part de gaz évitée, et à 0,01 € près le gain par heure, aux prix du chapitre : gaz à 0,07 € le kWh et électricité à 0,16 €.
Par où commencer ? Écrire, pour chaque variante, ce que la chaudière doit encore livrer à l'atelier.
Le corrigé
- Écrire ce que la chaudière livre sans récupération. L'atelier demande 80 kW de chaleur, que la chaudière est seule à fournir.
- Passer de la chaleur au gaz. kW de gaz, dont 8,9 kW de fumées.
- Répartir le chauffage avec la récupération. L'échangeur ne reprend que 55 kW sur les 150 du condenseur ; la chaudière complète kW. Les 95 kW qu'il ne prend pas repartent dehors, comme avant.
- Compter le gaz qui reste. kW de gaz.
- Mesurer le gain. kW de gaz évités, soit . En euros, € de gaz en moins, et € d'électricité en plus : 3,80 € par heure.
- Vérifier. Les 55 kW repris et les 25 kW de la chaudière refont les 80 kW de l'atelier. L'électricité du groupe n'a pas bougé, et la seule dépense nouvelle est la pompe de reprise, 3 kW.
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