Opérateurs vectoriels
Ce que ce chapitre apporte6 points
- Distinguer un champ scalaire d'un champ vectoriel, et savoir ce que chaque opérateur produit.
- Calculer un gradient, une divergence, un rotationnel et un laplacien.
- Interpréter physiquement la divergence (source ou puits) et le rotationnel (tourbillon).
- Utiliser les identités {rot}({grad} f) = 0 et {div}({rot} V) = 0.
- Reconnaître un champ conservatif et remonter à son potentiel.
- Énoncer les théorèmes de flux-divergence et de Stokes, et savoir à quoi ils servent.
Champs scalaires et champs vectoriels
Un champ scalaire associe un nombre à chaque point de l'espace : . C'est le cas d'une température, d'une pression, d'un potentiel électrique, d'une altitude.
Un champ vectoriel associe un vecteur à chaque point : . C'est le cas de la vitesse d'un fluide, du champ électrique, du champ magnétique, de la force de pesanteur.
Ces deux objets se dessinent différemment, et c'est déjà la moitié de la compréhension : un champ scalaire se lit par ses lignes de niveau, un champ vectoriel par ses flèches. La figure ci-dessous porte les deux à la fois, ce qui est exactement la situation du gradient.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
Les trois opérateurs se distinguent d'abord par ce qu'ils prennent en entrée et ce qu'ils rendent :
| Opérateur | Entrée | Sortie |
|---|---|---|
| gradient | champ scalaire | champ vectoriel |
| divergence | champ vectoriel | champ scalaire |
| rotationnel | champ vectoriel | champ vectoriel |
| laplacien | champ scalaire | champ scalaire |
L'opérateur nabla
Pour écrire les trois opérateurs d'une seule façon, on introduit le symbole nabla :
Ce n'est pas un vecteur au sens strict, mais un vecteur d'opérations : chaque composante attend une fonction à dériver. Il se manipule cependant comme un vecteur, ce qui donne les trois écritures compactes :
- (nabla appliqué à un scalaire)
- (produit scalaire de nabla par un champ vectoriel → un nombre)
- (produit vectoriel de nabla par un champ vectoriel → un vecteur)
Gradient
Rappel des trois propriétés vues au chapitre précédent : il pointe dans la direction de plus forte croissance, sa norme est la pente maximale, et il est perpendiculaire aux surfaces de niveau.
Ces trois propriétés sont une seule et même chose vue sous trois angles, et la figure précédente les montre ensemble. En voici une seconde, sur un champ en selle, où la direction de plus forte croissance change de sens selon l'endroit.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
En physique, le gradient relie systématiquement un potentiel à un champ, avec un signe moins qui traduit « ça descend » :
- champ électrique :
- force dérivant d'une énergie potentielle :
- flux de chaleur (loi de Fourier) : . La chaleur va du chaud vers le froid.
Exemple.
Divergence
Pour :
Le résultat est un nombre en chaque point.
: le point est une source (le fluide en jaillit, les lignes de champ divergent).
div V < 0 : le point est un puits (le fluide y disparaît).: autant entre que sort. Le champ est dit conservatif ou à flux conservatif. C'est le cas d'un fluide incompressible, et c'est aussi en magnétisme : il n'existe pas de monopôle magnétique, donc pas de source d'où le champ jaillirait.
Les deux cas extrêmes, l'un à côté de l'autre. Le premier a une divergence constante et strictement positive : toutes les flèches s'écartent de l'origine.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
Le second tourne sans jamais s'écarter : sa divergence est nulle en tout point, alors même que le champ est loin d'être immobile. Divergence nulle ne veut pas dire champ nul.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
Exemple travaillé. : le champ radial qui s'éloigne de l'origine.
: source partout, ce qui correspond bien à un champ qui s'écarte dans toutes les directions.
Exemple. : le champ de rotation autour de l'axe Oz.
: rien ne sort, rien n'entre. Une rotation ne crée ni ne détruit de matière.
Ces deux champs sont choisis pour que l'un des deux nombres soit nul partout, ce qui est commode et rare. Sur un champ quelconque, par exemple, ni la divergence ni le rotationnel ne sont constants, et c'est le cas général.
Rotationnel
Pour :
C'est le produit vectoriel , avec la même mécanique d'indices que celle vue en géométrie : pour la première composante on oublie la ligne 1 et on croise les lignes 2 et 3, et ainsi de suite en tournant (23, 31, 12).
Exemple travaillé. .
- première composante :
- deuxième :
- troisième :
: un rotationnel dirigé selon Oz, exactement l'axe autour duquel ce champ tourne. La roue à aubes tournerait dans le plan xy.
Exemple. . Toutes les dérivées croisées sont nulles, donc : ce champ s'écarte mais ne tourne pas. Il diverge sans être rotationnel, alors que le précédent tournait sans diverger. Les deux opérateurs mesurent bien des choses indépendantes.
Laplacien
Il combine les deux premiers opérateurs. Il mesure l'écart entre la valeur de f en un point et la moyenne de ses voisins : positif si le point est un creux local, négatif si c'est une bosse.
C'est l'opérateur des grandes équations de la physique :
- : équation de Laplace : régime stationnaire, potentiel dans le vide ;
- : équation de la chaleur : la diffusion lisse les écarts ;
- : équation des ondes.
Exemple. → .
Les deux identités à connaître
: un champ de gradient ne tourne jamais.
: un champ de rotationnel n'a ni source ni puits.
Toutes deux se démontrent par calcul direct, en utilisant le théorème de Schwarz : les termes s'annulent deux à deux parce que les dérivées croisées sont égales.
Champs conservatifs et potentiel
Sur un domaine « sans trou » (simplement connexe), si et seulement si il existe un champ scalaire f tel que . On dit alors que V dérive du potentiel f, et que le champ est conservatif.
Conséquence physique majeure : le travail d'une telle force ne dépend pas du chemin suivi, mais uniquement des points de départ et d'arrivée. Sur un circuit fermé, il est nul. C'est ce qui donne un sens à l'énergie potentielle.
Méthode pour retrouver le potentiel : c'est un exercice type :
- Vérifier que .
- Intégrer par rapport à x. La « constante » d'intégration est une fonction de y et z.
- Dériver le résultat par rapport à y, l'identifier à Q, et en tirer cette fonction.
- Recommencer avec z si nécessaire.
Exemple travaillé. .
Rotationnel : la troisième composante vaut , les deux autres sont nulles. Le champ est donc conservatif.
- →
- , qu'on identifie à → →
Contrôle : ✓
Circulation, flux et les deux grands théorèmes
Ces deux théorèmes relient ce qui se passe à l'intérieur d'un domaine à ce qui se passe sur son bord. Ils généralisent le théorème fondamental de l'analyse, qui disait déjà que l'intégrale d'une dérivée sur un segment ne dépend que des deux extrémités.
La circulation de V le long d'une courbe C est (le travail d'une force). Le flux de V à travers une surface S est (le débit à travers une surface).
le flux sortant d'une surface fermée égale l'intégrale de la divergence sur le volume intérieur.
la circulation le long d'une courbe fermée égale le flux du rotationnel à travers n'importe quelle surface s'appuyant sur cette courbe.
Conséquence directe des identités : si , alors la circulation sur tout circuit fermé est nulle (Stokes). On retrouve la propriété des champs conservatifs. Et si , le flux à travers toute surface fermée est nul.
Divergence et rotationnel, autant de fois qu'il faut
Les deux opérateurs se calculent sur les mêmes neuf coefficients, et la confusion porte sur lesquelles des dérivées entrent dans quoi. La divergence n'emploie que les trois dérivées d'une composante par sa propre variable ; le rotationnel n'emploie que les six autres. Les deux ensembles sont disjoints, ce qui explique qu'un champ puisse avoir l'un sans l'autre.
Les deux opérateurs sur un champ tiré au sort
Soit le champ .
- La divergence de
- La première coordonnée de
- La deuxième coordonnée
- La troisième coordonnée
- Contrôle : la divergence du rotationnel
La dernière question est le contrôle que personne ne fait. La divergence d'un rotationnel est nulle pour tout champ, sans exception : une valeur non nulle dénonce donc une erreur dans les trois coordonnées précédentes, et le vérifier ne coûte que deux additions.
Où la démarche dérape
Une propriété de linéarité, appliquée à un facteur qui n'est pas constant.
Un facteur sorti de la divergence
Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.
Soit le champ et la fonction . On cherche la divergence du champ .
À calculer soi-même
Quatre questions, une par opérateur. Ce sont des calculs courts : la difficulté est de se rappeler lequel des quatre rend un nombre et lequel rend un vecteur.
Appliquer le bon opérateur
- 1.
Pour le champ , combien vaut au point ?
- 2.
Pour , combien vaut le laplacien en tout point ?
- 3.
Pour le champ plan , combien vaut la composante selon du rotationnel ?
- 4.
La circulation de ce même champ le long du cercle de rayon 1 parcouru dans le sens direct.
Exercices type
Divergence et rotationnel de
Rotationnel : chaque composante fait intervenir des dérivées croisées, toutes nulles ici (P ne dépend que de x, Q que de y, R que de z).
: le champ est irrotationnel.
Laplacien de
Par symétrie, .
(hors de l'origine).
Ce champ est harmonique : c'est le potentiel logarithmique, celui d'un fil chargé rectiligne.
Le champ dérive-t-il d'un potentiel ?
Troisième composante du rotationnel : . Les deux autres sont nulles.
Oui. Recherche du potentiel : → ; puis → .
Le champ dérive-t-il d'un potentiel ?
On a calculé plus haut .
Non. Ce champ tourne, donc sa circulation sur un cercle centré à l'origine n'est pas nulle : le « travail » dépend du chemin. Aucun potentiel ne peut exister.
C'est le contre-exemple à retenir, et il ne diffère du précédent que par un signe.
Vérifier que pour
Sa divergence est donc nulle, conformément à l'identité. Au passage, ce champ est irrotationnel : il dérive du potentiel .
Flux de à travers la sphère de rayon R
Par le théorème de flux-divergence, , donc :
Vérification directe : sur la sphère, V est radial de norme R et la normale lui est colinéaire, donc partout. Le flux vaut ✓
C'est exactement l'argument par lequel on établit le théorème de Gauss en électrostatique.
La méthode sur feuille
- Identifier la nature des objets : le résultat doit-il être un nombre ou un vecteur ? C'est le premier contrôle.
- Écrire ou si on hésite sur une formule : le produit scalaire et le produit vectoriel la redonnent.
- Pour un rotationnel, respecter l'ordre des indices (23, 31, 12) et vérifier les signes : c'est là que se perdent les points.
- Pour savoir si un champ est conservatif, calculer d'abord . Nul → chercher le potentiel par intégrations successives.
- Après avoir trouvé un potentiel, contrôle en calculant son gradient.
- Face à un flux à travers une surface fermée, penser au flux-divergence : l'intégrale de volume est souvent bien plus simple.
- Un ou un non nul est nécessairement une erreur de calcul.
Divergence et rotationnel se retiennent mieux en regardant des champs élémentaires qu'en récitant leurs formules. Les deux premiers sont tracés plus haut : , qui s'écarte de l'origine, a une divergence de 2 et un rotationnel nul ; , qui tourne, a l'inverse. Il en manque un troisième, celui où les deux sont nuls.
Cliquer un point du champ pour y lire sa valeur, sa divergence et son rotationnel.
Le premier champ s'écarte de l'origine : il sort de toute petite boîte plus qu'il n'y entre, sa divergence est positive, et il ne tourne pas. Le deuxième tourne sans jamais s'éloigner : ce qui entre dans une boîte en ressort, divergence nulle, mais rotationnel non nul. Le troisième ne fait ni l'un ni l'autre. Divergence et rotationnel mesurent deux comportements indépendants, et un champ peut avoir l'un sans l'autre.
1.La divergence d'un champ de vecteurs est :
2.Le gradient s'applique à :
3.Que vaut pour une fonction f deux fois dérivable ?
4.Un champ de vecteurs a une divergence nulle partout. Comment l'interpréter ?
Synthèse
- Champ scalaire = un nombre par point ; champ vectoriel = un vecteur par point.
grad: scalaire → vecteur. : vecteur → scalaire. : vecteur → vecteur. : scalaire → scalaire.- Nabla : , , . Le type du produit donne le type du résultat.
- Divergence = ce qui sort. source, puits, flux conservatif.
- Rotationnel = tendance à tourner. → irrotationnel.
- Laplacien : opérateur de Laplace, de la chaleur et des ondes.
- et : toujours. Ce sont des tests, et des détecteurs d'erreur.
- ⟺ V dérive d'un potentiel ⟺ le travail ne dépend pas du chemin.
- Flux-divergence : flux sortant = intégrale de la divergence sur le volume. Stokes : circulation sur un contour = flux du rotationnel à travers une surface qui s'y appuie.
Mettre en pratique
Gradient, divergence, rotationnel et laplacien, et les deux identités qui annulent tout.
- Le gradient, coordonnée par coordonnéeNiveau 2
- Divergence et rotationnel d'un champ tournantNiveau 3
- Les deux identités qui annulent toutNiveau 3