Matrices et systèmes linéaires
Ce que ce chapitre apporte7 points
- Additionner et multiplier des matrices, et savoir quand le produit est défini.
- Calculer un déterminant d'ordre 2 et d'ordre 3, et interpréter sa nullité.
- Déterminer si une matrice est inversible et calculer son inverse.
- Écrire un système linéaire sous la forme matricielle AX = B.
- Résoudre un système par la méthode du pivot de Gauss.
- Discuter le nombre de solutions d'un système : une, aucune, ou une infinité.
- Trouver les valeurs propres d'une matrice d'ordre 2 et interpréter les directions qu'elles désignent.
Ce qu'est une matrice
Une matrice de taille est un tableau de nombres à n lignes et p colonnes. Le coefficient situé à la ligne i et la colonne j se note .
L'ordre est toujours lignes × colonnes, et on ne s'en écarte jamais.
Quelques matrices portent un nom : carrée (n = p), nulle (tous les coefficients nuls), identité (des 1 sur la diagonale, des 0 ailleurs), diagonale, triangulaire (tous les coefficients nuls d'un côté de la diagonale).
Opérations
Addition et multiplication par un nombre
Coefficient par coefficient, et seulement entre matrices de même taille.
et
Le produit matriciel
C'est l'opération qui n'a rien d'intuitif, et celle qu'il faut maîtriser.
Le produit n'est défini que si le nombre de colonnes de A égale le nombre de lignes de B. Si A est et B est , alors AB est , et
Pour obtenir le coefficient en position (i, j) : prendre la ligne i de A et la colonne j de B, multiplier leurs coefficients terme à terme, puis additionner. « Ligne fois colonne » : c'est la seule chose à retenir.
Exemple travaillé. La difficulté de cette règle n'est pas de la retenir, c'est de la faire : disposées côte à côte, la ligne de A et la colonne de B ne se rencontrent nulle part sur la feuille, et l'œil doit tenir deux repérages à la fois.
La disposition ci-dessous supprime ce problème. B est posée en haut à droite, A en bas à gauche, et le résultat vient naturellement en bas à droite : chaque case du produit se trouve alors très exactement au croisement de la ligne et de la colonne qui la fabriquent.
| La colonne de B descend, la ligne de A avance, la case est à leur croisement. | B | 5 | 6 | |
| 7 | 8 | |||
| 1 | 2 | A | ||
| 3 | 4 | |||
(AB)2,1 = 3 × 5 + 4 × 7 = 43
La case mise en évidence est celle de la ligne 2 et de la colonne 1 : on lit la ligne 2 de A, soit (3, 4), la colonne 1 de B, soit (5, 7), et l'on obtient . Cliquer une autre case du résultat pour suivre son calcul.
Elle rend le contrôle des dimensions immédiat, puisque les deux tailles se lisent sur les bords du même rectangle, et elle supprime la faute la plus fréquente du calcul à la main, qui est de glisser d'une ligne ou d'une colonne en cours de route.
Le format du résultat, lui, ne se devine pas : il n'a aucune raison d'être celui des facteurs. Sur un cas rectangulaire, cela saute aux yeux.
| La colonne de B descend, la ligne de A avance, la case est à leur croisement. | B | 7 | 8 | ||
| 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | ||||
| 1 | 2 | 3 | A | ||
| 4 | 5 | 6 | |||
(AB)1,2 = 1 × 8 + 2 × 10 + 3 × 12 = 64
Les deux 3 intérieurs se répondent, c'est ce qui autorise le produit ; les deux extérieurs, 2 et 2, donnent le format du résultat. D'où le contrôle à faire avant tout calcul : écrire , vérifier que les deux nombres du milieu sont égaux, et lire le format du résultat aux extrémités.
- Il n'est pas commutatif. en général, et souvent l'un des deux n'est même pas défini. L'ordre des facteurs est une information, pas un détail.
- Un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. On ne peut donc pas « simplifier par A » comme avec des nombres : l'exemple ci-dessous en donne un cas.
- Les identités remarquables ne s'appliquent pas. , et le terme du milieu ne se regroupe pas en .
| La colonne de B descend, la ligne de A avance, la case est à leur croisement. | B | 0 | 1 | |
| 1 | 0 | |||
| 1 | 2 | A | ||
| 3 | 4 | |||
(AB)1,1 = 1 × 0 + 2 × 1 = 2
| La colonne de B descend, la ligne de A avance, la case est à leur croisement. | B | 1 | 2 | |
| 3 | 4 | |||
| 0 | 1 | A | ||
| 1 | 0 | |||
(AB)1,1 = 0 × 1 + 1 × 3 = 3
| La colonne de B descend, la ligne de A avance, la case est à leur croisement. | B | 1 | 1 | |
| 1 | 1 | |||
| 1 | -1 | A | ||
| -1 | 1 | |||
(AB)1,1 = 1 × 1 + -1 × 1 = 0
Le produit est associatif () et distributif sur l'addition. La matrice identité est neutre : .
Transposée
La transposée s'obtient en échangeant les lignes et les colonnes : .
Attention à l'inversion de l'ordre dans un produit : . Une matrice est dite symétrique si . C'est le cas de la matrice d'adjacence d'un graphe non orienté.
Déterminant
Le déterminant est un nombre attaché à une matrice carrée. Il répond à une seule question, mais essentielle : la matrice est-elle inversible ?
Ordre 2
Le produit de la diagonale descendante, moins celui de la diagonale montante. C'est déjà la règle de Sarrus, sur deux lignes au lieu de trois.
Ordre 3 : la règle de Sarrus
On recopie les deux premières colonnes à droite du tableau. Les six diagonales de trois cases apparaissent alors toutes, sans avoir à sortir du rectangle.
| recopiée | recopiée | |||
|---|---|---|---|---|
| a | b | c | a | b |
| d | e | f | d | e |
| g | h | i | g | h |
+ a × e × i
On additionne les trois diagonales descendantes, de gauche à droite, et l'on soustrait les trois montantes :
Sur des nombres, le total se construit diagonale après diagonale, et le déterminant est simplement la dernière valeur affichée.
| recopiée | recopiée | |||
|---|---|---|---|---|
| 2 | 1 | 1 | 2 | 1 |
| 0 | 1 | 2 | 0 | 1 |
| 4 | 0 | 3 | 4 | 0 |
+ 2 × 1 × 3 = 6
total après 1 diagonale : 6
Développement suivant une ligne ou une colonne
, où est le déterminant obtenu en supprimant la ligne i et la colonne j.
Les signes s'organisent en damier, en commençant par un en haut à gauche :
| + | − | + |
| − | + | − |
| + | − | + |
Inutile de calculer la puissance : on part du coin supérieur gauche et l'on alterne d'une case à l'autre, comme sur un échiquier.
Ce que le déterminant dit
Une matrice carrée A est inversible si et seulement si .
Trois matrices, trois déterminants, et la même lecture à chaque fois : l'aire du carré teinté.
Deux propriétés utiles : , et . En revanche, .
Inverse d'une matrice
est l'unique matrice telle que .
Pour une matrice , la formule est à connaître par cœur :
La recette parlée : on échange a et d, on change le signe de b et c, on divise par le déterminant.
Exemple travaillé. Pour , , donc :
Contrôle : ✓, et c'est une vérification qu'il faut toujours faire, elle coûte quatre multiplications.
Au-delà de l'ordre 2, on inverse par le pivot de Gauss : on écrit côte à côte et on applique les mêmes opérations aux deux moitiés jusqu'à obtenir .
Systèmes linéaires
L'écriture matricielle
Un système comme
s'écrit avec :
Toute l'information est dans A et B ; les lettres x, y, z ne servent plus à rien pendant la résolution. C'est précisément l'intérêt de l'écriture matricielle.
Si A est inversible, la solution est unique et vaut . Mais en pratique on ne calcule presque jamais l'inverse : le pivot de Gauss est plus rapide et plus sûr.
Le pivot de Gauss
Trois opérations laissent l'ensemble des solutions inchangé :
- échanger deux lignes ;
- multiplier une ligne par un nombre non nul ;
- ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne.
On les enchaîne pour faire apparaître des zéros sous la diagonale, jusqu'à obtenir un système triangulaire qu'on résout de bas en haut.
On travaille sur la matrice augmentée , c'est-à-dire le tableau des coefficients avec la colonne du second membre ajoutée à droite.
Exemple travaillé sur le système ci-dessus. Avancer d'une étape à l'autre : à chaque fois, l'opération est écrite en dessous, la ligne qu'elle modifie est en orange, et la ligne du pivot dont elle se sert est en vert. Cette dernière ne change pas, ce qui est la source d'erreur la plus fréquente : on croit avoir consommé le pivot alors qu'il reste disponible pour la ligne suivante.
| x | y | z | second membre | |
|---|---|---|---|---|
| L1 | 2 | 1 | -1 | 8 |
| L2 | -3 | -1 | 2 | -11 |
| L3 | -2 | 1 | 2 | -3 |
matrice augmentée de départ
Les deux premières opérations font les zéros de la première colonne, avec le pivot 2 ; la troisième fait celui de la deuxième colonne, avec le pivot 1/2. La matrice est alors triangulaire et la remontée donne la solution, affichée à la dernière étape.
Éliminer soi-même
| L1 | -3 | 0 | -4 | 17 |
| L2 | -1 | 2 | -2 | 5 |
| L3 | -3 | -4 | -1 | 15 |
Quel multiplicateur k fait apparaître un zéro en colonne 1, ligne 2 ?
Une fraction s'écrit 3/2. Un décimal est accepté s'il est exact, comme 1,5, mais un tiers ne s'écrit pas en décimal. Le signe compte.
Le système est tiré au sort, et un autre s'obtient à la demande : c'est le seul moyen de savoir si l'on a compris le procédé plutôt que retenu une suite de nombres. Ce qui est demandé n'est pas la matrice obtenue mais le multiplicateur, parce que c'est lui qui se trompe : on divise par le pivot et l'on oublie de changer le signe. La matrice, elle, est calculée et affichée, de sorte qu'une erreur ne se propage pas sur trois étapes.
Le détail de la remontée : la dernière ligne donne , donc . La deuxième donne , donc . La première donne , donc .
Contrôle dans la troisième équation d'origine : ✓
Écrire l'opération à côté de chaque ligne (). C'est ce qui rend le calcul relisible, et c'est ce qui permet de retrouver l'erreur quand le contrôle final échoue.
Discuter le nombre de solutions
À la fin du pivot, on lit le résultat sur la dernière ligne non nulle :
| Ce qu'on obtient | Conclusion |
|---|---|
| autant de pivots que d'inconnues | une solution unique |
| une ligne $0 0 0 | kk \neq 0$ |
| une ligne entièrement nulle | une infinité de solutions |
Le lien avec le déterminant, pour un système carré : ⟺ solution unique. Si , c'est zéro ou une infinité, et seul le pivot permet de trancher.
Quand il y a une infinité de solutions, on exprime les inconnues « principales » (celles qui portent un pivot) en fonction des autres, appelées paramètres. Le nombre de paramètres est .
Le rang de A est le nombre de pivots non nuls obtenus à la fin de la méthode de Gauss. C'est le nombre d'équations réellement indépendantes du système.
Valeurs propres et directions invariantes
Tout ce qui précède traite la matrice comme un tableau sur lequel on applique des recettes. Cette section la traite comme ce qu'elle est : une déformation du plan. La question devient alors naturelle, et c'est la plus utile de tout le chapitre.
Un vecteur propre de est un vecteur non nul que la transformation ne fait pas tourner : son image reste sur la même droite. Le facteur d'étirement est la valeur propre associée. Cela s'écrit .
Sur la figure, la matrice étire le plan dans une direction et le comprime dans une autre. Les deux droites en pointillés sont celles qui ne bougent pas : un vecteur posé dessus ressort dessus, plus long ou plus court, jamais ailleurs. Toutes les autres directions, elles, pivotent.
Les trouver, pour une matrice d'ordre 2
Chercher tel que revient à chercher tel que ait une solution non nulle. Or une matrice qui envoie un vecteur non nul sur zéro aplatit le plan : son déterminant est nul.
Exemple travaillé. Pour , la trace vaut 7 et le déterminant . L'équation devient , dont les solutions sont et .
Deux contrôles gratuits, et il faut les faire : la somme des valeurs propres doit rendre la trace, leur produit doit rendre le déterminant. Ici et .
Quand il n'y en a pas
Le discriminant de peut être négatif, et il n'existe alors aucune direction invariante réelle. C'est précisément le cas des rotations, et ce n'est pas une curiosité : c'est la raison pour laquelle un système mécanique oscille. Les valeurs propres complexes du système décrivent une rotation dans le plan position-vitesse, et cette rotation est l'oscillation elle-même. Le chapitre sur les oscillations retrouve exactement ce discriminant, sous le nom d'équation caractéristique de l'équation différentielle.
Le déterminant, autant de fois qu'il faut
Le déterminant d'ordre 2 se calcule de tête. Ce qui ne se calcule pas de tête, c'est ce qu'il devient quand la matrice est doublée, élevée au carré ou inversée, et ce sont précisément les trois questions qui tombent.
Le déterminant, et ce qu'il devient
Soit .
- Le coefficient en haut à gauche de , multiplié par
La deuxième question est le piège du chapitre : doubler une matrice double ses deux lignes, et le déterminant est multiplié une fois par ligne. Pour une matrice d'ordre , le facteur est .
Où la démarche dérape
Une propriété vraie, appliquée là où elle ne vaut pas.
Un déterminant qui s'additionne
Une seule étape est fausse. Désigner laquelle.
Soit et . On cherche .
À calculer soi-même
Quatre calculs qui se posent à la main en quelques lignes. Le déterminant d'ordre trois est celui sur lequel on se trompe le plus, et pour une raison mécanique : trois produits, trois signes, et une seule inattention suffit.
Déterminants et systèmes
- 1.
Le déterminant de .
- 2.
Le déterminant de .
- 3.
Le système et . Combien vaut ?
- 4.
Le même système. Combien vaut ?
- 5.
Pour , quelle est la somme de ses deux valeurs propres ?
- 6.
Pour la même matrice, quelle est la plus grande des deux valeurs propres ?
- 7.
Quel est le discriminant de l'équation caractéristique de la rotation d'un quart de tour, ?
Exercices type
Calculer AB et BA pour A = (1 2 ; 0 1) et B = (1 0 ; 3 1)
Les deux produits sont définis, tous deux , et pourtant différents. C'est l'illustration standard de la non-commutativité.
Inverse de A = (3 1 ; 5 2)
, non nul, donc A est inversible.
Contrôle : ✓
Pour quelle valeur de m la matrice (m 2 ; 3 m) est-elle non inversible ?
. Il s'annule pour ou .
Pour ces deux valeurs, la matrice n'est pas inversible ; pour toute autre valeur de m, elle l'est.
Résoudre par Gauss : x + y = 3 et 2x + 2y = 6
donne la ligne 0 0 | 0 : entièrement nulle.
Le système a donc une infinité de solutions : les deux équations disent la même chose. On exprime , et l'ensemble des solutions est .
Le rang vaut 1 pour 2 inconnues : il y a bien paramètre.
Résoudre : x + y = 3 et 2x + 2y = 7
donne 0 0 | 1, c'est-à-dire l'équation .
Aucune solution : le système est incompatible. Géométriquement, les deux droites sont parallèles et distinctes.
Déterminant de (1 2 3 ; 4 5 6 ; 7 8 9)
Par Sarrus :
La matrice n'est donc pas inversible. On le voit d'ailleurs sans calcul : , donc . Les lignes sont liées, le rang vaut 2.
La méthode sur feuille
- Vérifier les tailles avant tout produit : colonnes de A = lignes de B, sinon le produit n'existe pas.
- Pour savoir si un système a une solution unique, calcule d'abord le déterminant. Nul → il faudra discuter.
- Pour résoudre, utiliser le pivot de Gauss sur la matrice augmentée, pas l'inverse : c'est plus rapide et moins sujet aux erreurs.
- Choisir les pivots pour éviter les fractions, et noter chaque opération en marge.
- Contrôler toujours : réinjecter la solution dans une équation de départ (de préférence celle qu'on a le moins utilisée), et vérifier après une inversion.
- Pour une infinité de solutions, paramètre proprement et compte : .
1.Pour deux matrices carrées A et B, a-t-on toujours ?
2.Une matrice carrée a un déterminant nul. Que peut-on en déduire ?
3. avec A inversible. Quelle est la solution ?
4.Dans un pivot de Gauss, on remplace par . Cette opération change-t-elle les solutions du système ?
Synthèse
- Une matrice : lignes × colonnes, toujours dans cet ordre.
- Le produit exige colonnes de A = lignes de B, et se calcule « ligne fois colonne ». Il n'est pas commutatif, et on ne peut pas simplifier par un facteur.
- Déterminant : à l'ordre 2, Sarrus à l'ordre 3 (et seulement jusqu'à 3), cofacteurs au-delà.
- ⟺ A inversible ⟺ le système a une solution unique.
- Inverse : échanger la diagonale, changer le signe de l'antidiagonale, diviser par le déterminant.
- Pivot de Gauss : trois opérations autorisées, triangulariser, puis remonter.
- Discussion : autant de pivots que d'inconnues → unique ; ligne non nul → aucune ; ligne nulle → infinité.
- Rang = nombre de pivots = nombre d'équations indépendantes. Paramètres = inconnues − rang.
Mettre en pratique
Conformité des dimensions, produit, et transposition.
- Quand deux matrices se multiplientNiveau 1
- Multiplier deux matricesNiveau 2
- Débogage : une transposée qui ne transpose rienNiveau 3