Les filtres et le diagramme de Bode
Ce que ce chapitre apporte5 points
- Reconnaître un filtre passe-bas et un filtre passe-haut sur son montage, et dire ce que la position de la sortie y change.
- Calculer une fréquence de coupure, et dire ce qu'elle vaut en gain et en phase.
- Lire un gain en décibels, et le convertir en rapport d'amplitudes.
- Tracer les asymptotes d'un premier ordre, et placer le coude.
- Distinguer un passe-bande d'un coupe-bande à partir de leur diagramme.
Tous les chapitres précédents travaillent à une fréquence fixe, celle du réseau. Le chapitre des impédances a pourtant montré que la fréquence change tout : une bobine devient un obstacle quand elle monte, un condensateur quand elle descend. Un montage qui combine les deux laisse donc passer certaines fréquences et en arrête d'autres, et c'est exactement ce qu'on appelle un filtre.
Reste à représenter ce comportement. Une courbe ordinaire n'y suffit pas : les fréquences utiles s'étalent sur plusieurs facteurs mille, et les rapports d'amplitude aussi. Le diagramme de Bode résout les deux problèmes du même geste, en passant tout en logarithmes, et il transforme des courbes en droites.
Un même montage, deux filtres
Un filtre est un montage dont le rapport de la tension de sortie à la tension d'entrée dépend de la fréquence. Ce rapport, complexe, s'appelle la fonction de transfert :
Un filtre du premier ordre se construit avec deux composants en série et une sortie prise aux bornes de l'un des deux. C'est un pont diviseur de tension écrit en impédances, exactement celui du chapitre 6, à ceci près que les impédances dépendent de la fréquence.
| composant | valeur | rôle |
|---|---|---|
| R | 1 kΩ | en série |
| C | 0,159 µF | sortie prise à ses bornes |
Filtre passe-bas, coupure à 1 kHz. À 1 kHz : gain -3,0 dB, phase -45,0°. Promener le pointeur sur la figure, ou employer le curseur, pour lire un autre point. Les asymptotes en pointillés sont calculées : horizontale dans la bande passante, puis vingt décibels par décade.
L'amener sur le trait orange : le gain vaut −3 dB et la phase −45 degrés. C'est la définition de la fréquence de coupure.
L'amener très à droite : le gain s'effondre et la phase tend vers −90 degrés. Les hautes fréquences sont arrêtées.
Suivre l'asymptote de droite sur une décade : elle descend de vingt décibels exactement, et c'est la pente d'un premier ordre.
| composant | valeur | rôle |
|---|---|---|
| R | 1 kΩ | sortie prise à ses bornes |
| C | 0,159 µF | en série |
Filtre passe-haut, coupure à 1 kHz. À 1 kHz : gain -3,0 dB, phase 45,0°. Promener le pointeur sur la figure, ou employer le curseur, pour lire un autre point. Les asymptotes en pointillés sont calculées : horizontale dans la bande passante, puis vingt décibels par décade.
Les deux figures ci-dessus portent les mêmes composants aux mêmes valeurs. La première est un passe-bas, la seconde un passe-haut, et la seule différence est l'endroit où la tension de sortie est prise.
La règle qui permet de trancher sans calcul : à basse fréquence, un condensateur est un circuit ouvert et une bobine un fil ; à haute fréquence, c'est l'inverse. La sortie prise sur le composant qui devient un fil ne reçoit rien ; prise sur celui qui devient un circuit ouvert, elle reçoit tout.
Une résistance et une bobine en série, la sortie prise aux bornes de la bobine. Quel filtre obtient-on ?
La fréquence de coupure
La fréquence de coupure est celle où le module de la fonction de transfert est divisé par par rapport à sa valeur dans la bande passante, ce qui correspond à une perte de 3 décibels.
Pour un filtre du premier ordre :
Le choix de 3 décibels n'est pas arbitraire : une division du module par correspond à une division de la puissance par deux, puisque la puissance varie comme le carré de la tension. La coupure est donc le point où le filtre ne laisse plus passer que la moitié de la puissance.
À la coupure d'un premier ordre : −3 dB de gain et 45 degrés de déphasage, dans le sens que le filtre impose.
Une décade plus loin : −20 dB, soit un rapport d'amplitude de dix.
Deux décades plus loin : −40 dB, soit un rapport de cent.
Ces trois points suffisent à tracer un diagramme de Bode à main levée, et c'est le geste que le parcours demande de savoir faire.
Le décibel
Le facteur 20 surprend toujours. Il vient de ce que le décibel est défini sur un rapport de puissances, avec un facteur 10, et que la puissance varie comme le carré de la tension : .
| Gain en dB | Rapport d'amplitude | Ce que cela représente |
|---|---|---|
| 0 | 1 | la sortie reproduit l'entrée |
| −3 | 0,71 | la puissance est divisée par deux |
| −6 | 0,50 | l'amplitude est divisée par deux |
| −20 | 0,10 | un dixième |
| −40 | 0,01 | un centième |
La confusion est permanente. −3 dB divise la puissance par deux, et l'amplitude par . −6 dB divise l'amplitude par deux.
Le contrôle : un facteur deux sur une amplitude vaut , et le calcul se refait en trois secondes.
Un filtre affiche un gain de −40 dB à une certaine fréquence. Quel est le rapport entre la sortie et l'entrée ?
Pourquoi deux échelles logarithmiques
Le diagramme de Bode porte la fréquence en logarithme sur l'axe horizontal, et le gain en décibels sur l'axe vertical, ce qui est aussi un logarithme. Ce double choix a trois conséquences, et chacune vaut la peine d'être vue.
Les décades ont la même largeur. De 10 à 100 Hz et de 10 à 100 kHz occupent la même place, alors qu'un axe ordinaire écraserait tout le bas de la figure contre l'origine.
Les courbes deviennent des droites. Une décroissance en devient une droite de pente −20 dB par décade, et un ordre deux une droite de pente −40. Un diagramme de Bode se trace donc à la règle.
Les filtres en cascade s'additionnent. Deux filtres mis bout à bout multiplient leurs fonctions de transfert, et les logarithmes transforment ce produit en somme : les deux diagrammes se superposent en s'ajoutant.
Un trait horizontal à 0 dB, jusqu'à la fréquence de coupure.
Un trait oblique à partir de la coupure, de pente −20 dB par décade pour un premier ordre.
Un point, à la coupure, trois décibels en dessous de l'intersection des deux traits.
Le tracé réel passe par ce point et rejoint les deux asymptotes de part et d'autre. C'est tout ce qu'il faut pour répondre à la question sur une copie.
Passe-bande et coupe-bande
Avec trois composants, le filtre peut laisser passer une bande de fréquences et couper de chaque côté.
| composant | valeur | rôle |
|---|---|---|
| R | 50 Ω | sortie prise à ses bornes |
| L | 10 mH | en série |
| C | 1 µF | en série |
Filtre passe-bande, coupure supérieure à 2,04 kHz. À 2,04 kHz : gain -3,0 dB, phase -45,0°. Promener le pointeur sur la figure, ou employer le curseur, pour lire un autre point. Les asymptotes en pointillés sont calculées : horizontale dans la bande passante, puis vingt décibels par décade.
Lire la phase au sommet : elle est nulle, puisque le montage s'y comporte en résistance pure.
S'éloigner de part et d'autre : le gain tombe des deux côtés, et la phase passe de +90 à −90 degrés en traversant la bande.
Sur le même montage R-L-C série : sortie sur la résistance, c'est un passe-bande. Sortie sur le condensateur, c'est un passe-bas d'ordre deux. Sortie sur la bobine, un passe-haut d'ordre deux.
Trois filtres différents, trois composants identiques, et le seul choix qui les sépare est celui de deux points de mesure.
La méthode
- Écrire la fonction de transfert comme un pont diviseur en impédances : l'impédance de sortie sur la somme des impédances.
- Chercher les comportements limites, à fréquence nulle et à fréquence infinie, en remplaçant chaque composant par un fil ou un circuit ouvert. La nature du filtre se lit alors sans calcul.
- Calculer la fréquence de coupure par la formule du premier ordre, ou en cherchant où le module vaut le maximum divisé par .
- Tracer les asymptotes à la règle, puis marquer le point à −3 dB sous leur intersection.
- Vérifier la phase : elle vaut 45 degrés à la coupure, et tend vers 90 degrés au-delà pour un premier ordre.
- Contrôler l'ordre de grandeur : un gain positif sur un filtre passif est impossible, une résistance et un condensateur ne fabriquant aucune énergie.
Synthèse
- Un filtre est un montage dont le rapport sortie sur entrée dépend de la fréquence ; ce rapport est la fonction de transfert.
- Un filtre du premier ordre est un pont diviseur en impédances, et sa nature dépend du composant sur lequel la sortie est prise, pas des composants employés.
- À basse fréquence, un condensateur est un circuit ouvert et une bobine un fil ; à haute fréquence, c'est l'inverse.
- La fréquence de coupure est celle où le gain perd 3 dB, c'est-à-dire où la puissance est divisée par deux.
- pour un R-C, pour un R-L.
- : −6 dB divise l'amplitude par deux, −3 dB divise la puissance par deux.
- Les échelles logarithmiques transforment les courbes en droites, donnent la même largeur à chaque décade, et rendent les filtres en cascade additifs.
- Un premier ordre décroît de 20 dB par décade, un ordre deux de 40.
- Le même R-L-C série donne un passe-bande, un passe-bas ou un passe-haut selon l'endroit où la sortie est prise.